ÎC6 SABINE DE SÉGUR
C'est sa parole, son action, ses dispositions, ses sentiments ; on fait le bien presque naturellement et sans y penser, parce que c'est Jésus qui mena
vie en nous.
Ma chère fille, le principal pour vous n'est pas de fous attacher aux actes, mais à l'état, c'està-dire à l'union avec Jésus : ne cherchez pas à produire des fruits, mais à conserver, à protéger, à sauvegarder et à accroître cette union. C'est là ce qu'il importe de cultiver, et dans cet état d'union, les fruits se produisent d'euxmêmes comme l'épanouissement de la vie de Jésus. — Il est « la source jaillissante jusqu'à la vie éternelle » ; le fond c'est la source, et lorsqu'on la possède, elle jaillit d'elle-même. — Attachez donc là tous vos efforts, tous vos soins, cultivez cette union comme le jardinier arrose seulement la racine de la plante sans s'inquiéter des fruits.
Mon enfant, je dois vous dire pour votre lumière et votre consolation, qu'il y a bien plus de chemin de fait entre Mlle de Ségur et Jésus tel qu'il est en vous, qu'il n'y en a à faire entre ce Jésus petit encore, mais enfin qui est formé, et Jésus parfait en vous; car, une fois Jésus en nous, il n'a plus qu'à pousser, à s'accroître, à grandir et cela se fait comme naturellement.
Soyez très-simple, suivez très-simplement et fidèlement les inspirations de Jésus ; rien n'est petit quand c'est Jésus qui le demande, et souvent les petites choses ont une immense importance dans la vie spirituelle. — Attachezvous à faire vos actions très-purement et trèspleinement. — Votre affaire n'est pas de faire beaucoup, mais de faire très-bien.
Vous êtes très-humble par la grâce de Jésus et vous êtes orgueilleuse par votre nature ; mais ces misères que vous sentez sont bonnes; elles nous tiennent petits devant Dieu ; il faut qu'il y an -n cadre au tableau. Le cadre c'est notre misère, les a actions les plus humiliantes sont celles qui nous viennen de notre propre fond corrompu, le tableau c'est la miséncorue d Dieu. Oui, ma fille, Jésus nous aime, il aime des misérables 1 Plus on va et plus la lumière de Dieu nous fait voir notre misère, mais aussi on a plus de grâce pour l'accepter ; on se regarde avec paix, on comprend que c'est dans l'ordre e* que ceia glorifie Dieu ! Jésus nous aime, ou plutôt il n'y a plus qu'un amour unique qui est Jésus, car le Père aime Jésus en lui ; et en nous c'est encore Jésus qu'il aime, Jésus à veni ou Jésus venu.
Ma pauvre enfant , restez bien en Jésus
estimez comme rien, comme néant, tout ce qui est hors de là. Ne vous occupez pas des choses inutiles, des riens. Ce sont des choses étrangères. Il est difficile de mener cette vie surhumaine ; mais Jésus donne une grâce surhumaine. Jésus fait si facilement des miracles! Tout va bien, mon enfant, rendez bien gloire à Dieu.
Paroles de Jésus-Christ à une religieuse mourante.
Ma fille, nous sommes mariés ; toi tu es sur ton lit qui souffres et ne peux pas prier ; moi je suis dans l'Eucharistie qui prie et ne peux plus souffrir : Tu souffres pour moi, et je prie pour toi, à nous deux nous faisons notre besogne. »
31 août 1864.
Il est mieux ae s'abandonner aux souffrances que Jésus vous enverra que de désirer les souffrances, car la souffrance n'est bonne que lorsqu'elle est la volonté de Dieu. En vous abandonnant ainsi à tout ce que Jésus voudra, c'est lui que vous aimez, mon enfant, et c'est là lo plus parfait.
Yotre voie est la plus sûre, la plus courte et la
pins excellente pour arriver au but. — Vous n'avez donc qu'à y marcher, qu'à y courir et à êire d'une fidélité totale à Jésus. Il faut que vous disparaissiez et qu'on ne voie plus en vous que les yeux de Jésus, les mains de Jésus, J'esprit de Jésus. Tout pour vous est renfermé dans ce mot de saint Paul: «Vivre, pour moi, c'est le Christ. » Ce n'est pas votre voie d'avoir d'avance des partis pris, un programme, de vouloir faire de telle ou telle manière : cela est encore trop de l'esprit humain. Pour vous, vous n'avez qu'à vouloir suivre dans le moment le mouvement de Jésus, faire alors ce qu'il dira, parler s'il le veut, dire simplement à votre Mère ce que vous croyez; c'est la simplicité entière d'un enfant que Jésus veut de vous. Peu à peu les troubles de votre esprit tomberont sous l'action de Jésus qui engloutira tout. Ces pensées ne sont pas un péché, et elles peuvent être une épreuve qui sert à votre sanctification. Je ne pense pas qu'elles vous restent. Travaillez cependant à les laisser tomber, car il est dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton esprit, etc. Vous êtes un peu agitée et empressée mais cela tient en grande partie à votre tempérament. Je crois cependant qu'arrivée à un certain degré d'union avec Jésus, cela disparaîtra.
Ma chère enfant, il est si visible que Dieu vous aime 1 Voyez-vous, quand bien même il ne vous donnerait plus de grâces, il vous en a tant donné que vous n'auriez pas assez de votre vie entière, jusqu'au dernier soupir, pour le remercier 1 Continuez dans cette voie; bénissez Jésus qui fait son œuvre en vous. Il veut faire de vous une âme sainte. Pour le moment, restez enfant et épouse avec Jésus, et qu'il abonde de plus en plus en vous.
Février 1865.
La liberté intérieure n'est que le point de départ dans la vie en Jésus, c'est le commencement. Vous n'aimez plus Jésus de la même manière, car pensez-vous que Jésus puisse pendant bien des années aimer une âme sans la changer? Croyez-vous que son action n'est pas intense, efficace ? Oui, il y a longtemps que Jésus vous prépare à servir à sa gloire, à être son hostie 1 Mon enfant, il y aura là une grande immolation, beaucoup de souffrances ; vous le sentirez peutêtre un jour.
Vous ne sentez pas beaucoup la souffrance , parce que là où il n'y a pas de volonté contraire, les
deux tiers de la souffrance cessent . Mais ce sont des souffrances divines qui sanctifient. — L'amour de Jésus est si pur, il a besoin de silence, d'oubli de toutes choses, d'un entier dégagement du crée. Il faut que vous ayez une grande confiance, un abandon absolu à Jésus ; laissez à l'obéissance le soin de vous-même, et pour vous, soyez toute à votre grande affaire, toute à Jésus à l'intérieur, toute occupée à Jésus au dedans. Laissez Jésus faire en vous tout le travail ; il est le feu qui consume tout ; vous, vous n'avez qu'à alimenter ce feu, qu'à vous jeter dans votre feu qui est Jésus.
Cela va bien , ma fille ; mais il faut aller de mieux en mieux. Que votre travail soit très-doux, que ce travail soit recueilli, silencieux, paisible, tout au dedans. Quand Jésus ordonne, qu'il insiste, vous faites ce qu'il veut, et vous ne pourriez à présent guère faire autrement. Mais il y a tant de délicatesse dans l'amour de Jésus I II se fait sentir si doucement, et il a besoin que vous lui donniez tout avec une activité prompte, avec une véhémence sanî empressement. Souvent je dépose en vous des désirs qui sont comme de petites semences, et vous bs laissez tomber, vous les rendez inutiles. — Il ne faut pas vous en attrister, il n'y a là aucune
malice, mais de la pure faiblesse ; on sent en vous l'action d'un grand amour dans une petite vertu; mais tout ira bien et tout va bien, et si on sent la misère, on sent encore plus la miséricorde de Jésus en votre âme ! Vous aimez beaucoup, et l'amour c'est la plénitude de la loi.
Laissez Jésus régner dans votre âme ; restez dans votre état d'union avec Jésus, et lorsque quelque chose de vous en sort, rentrez dans votre état. — Restez épouse, restez vierge, restez '. tie. Jésus vous a appelée dans son lieu secret comme l'épouse à laquelle il veut tout dire ; restez dans votre lieu ; tout ce qui n'est pas en Jésus est mort, est néant, est vain; la plus petite chose faite en Jésus donne la vie, sanctifie, divinise, déifie, donne gloire au Père, aide les âmes, sauve le monde! Restez donc toute en Jésus, Jésus en priant. Jésus à l'oraison, Jésus en parlant, Jésus en tout. Soyez par-dessus tout dans une grande paix, dans une grande joie, dans un total abandon à Jésus.