‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 111 sur 116 · ÎÏ SABINE DE StGUR · texte numérisé non relu

ÎÏ SABINE DE StGUR

redoublons nos efforts ; oubliez-vons vousmême, mon enfant ; ne pensez pas à vous, mais donnez-vous toute à Dieu, et aux autres pour l'amour de Dieu ; en étant ainsi bien humble, bien obéissante, bien généreuse, vous avancerez vers le bon Dieu.

Ne retombez pas sur vous-même; rappelezvous ce que Notre -Seigneur disait à sainte Catherine de Sienne : « Ma fille, pense à moi et je penserai à toi. » Pensez bien à Notre-Seigneur, aimez-le beaucoup et oubliez-vous vous-même ; car vous êtes l'enfant de Dieu et il vous aime beaucoup.

6 juin 1857.

Mon enfant, d'après tout ce que je sais de vous, je peux vous assurer positivement que le bon Dieu vous veut d'une manière toute particulière; votre vocation à la vie intérieure est claire et ce serait pour vous une grande infidélité que d'y manquer. Entrez donc bien largement dans cette voie de Dieu, donnez-vous tout entière à Notre-Seigneur; faites tout pour lui; consacrez-vous à lui pour toujours. Il a droit sur vous, ma fille ; vous vous êtes vendue

à Notre-Seigneur ; vous êtes sa propriété que vous ne pouvez pas reprendre.

Soyez bien obéissante, car on est arrêté aussi bien par un fil que par un câble , et votre désobéissance dans vos prières , quoique peu grave en elle-même, est un petit esclavage ; vous ne donnez pas à Dieu tout ce qu'il vous demande ; en refusant ce petit sacrifice, vous lui faites injustice puisque vous lui appartenez et iî a droit de vous le demander. Mon enfant, soyez généreuse ; rompez cet obstacle.

Vous êtes lâche, eh bien ! je crois qu'une vie de pénitence vous est indiquée par le bon Dieu, pour vous donner plus d'énergie. Ainsi , ma fille, dans ce moment où vous êtes forcée de vous dévouer à une vie extérieure , allez d'abord à l'église faire tous vos exercices spirituels ; puis mettez ce temps sous la protection du mystère de la Visitation de la sainte Vierge et dévouezvous comme elle chez sainte Elisabeth à un ministère de charité, et pensez que ce que vous semblez perdre d'un côté, vous le gagnez de l'autre, en vous exerçant à des vertus que la vie contemplative ne vous aurait pas données.

Enfin, mon enfant, il faut beaucoup piïer, et prier tous les jours, pour que le bon Dieu bénisse «ette direction de votre âme, car la lumière du

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directeur vient souvent en grande partie de la prière fervente et constante du pénitent. Prie! donc Notre-Seigneur et la Sainte Vierge.

Retraite de prise d'habit

Août 1838.

Pour rendre nos oraisons savoureuses et utiles, il est nécessaire de traiter des mystères de Dieu avec Dieu même. Pour acquérir la perfection il faut peu savoir, peu désirer, peu penser, peu. parler, mais beaucoup aimer et beaucoup faire.

Aller à Notre-Seigneur , c'est la confiance ; le laisser venir, c'est l'abandon. C'est de la charité qu'il est dit : « On donnera à celui qui a, et on ôtera à celui qui n'a pas. » C'est-àdire que celui qui aime obtiendra d'amer davantage, mais celui qui ne désire pas aimer, qui ne travaille pas à avancer dans l'amour, lui ôtera même cette capacité d'aimer que Dieu lui avait donnée en le créant. Il faut sans cesse augmenter notre degré d'amour. L'amour est le meilleur moyen de réparer les fautes. L'obéissance répare aussi, mais l'amour est plus précieux à Dieu qu'un million de mondes. C'est pourquoi un acte ci amour ou ano

action faite par amour lui est si agréable qui! %p plaît à compter celles que chaque âme fait dans un jour; et le soir il dit à ses anges : « Écrivez ce qu'elle a donné; » et si l'âme a donné sans compter, il dit : « Ecrivez encore qu'elle n'a pas compté. »

Nous avons promis au Seigneur « de n'être pas plus ébranlés que les montagnes de Sion. » — Soyons donc généreux , car nous avons le Seigneur qui combat en nous. Un signe de croix suffirait pour mettre nos ennemis en déroute, et nous avons peurl Ne nous appuyons pas sur nous, mais soyons inébranlables à cause de celui qui est en nous. — Qui osera dire que quelque chose est trop difficile, quand c'est pour Dieu, pour l'éternité? Cela ne vaut-il pas le plus grand sacrifice ? et le bon Dieu ne nous en demande que de tout petits.

Le bon Dieu ne veut pas des choses difficile — Il veut qu'on le serve bonnement ; pas lâchement, mais largement. — Une âme qui a de la bonne volonté est sûre d'arriver

Notre-Seïgneur n'aime pas les curieux, -eux qui se regardent toujours eux-mêmes; parce que cela les empêche de marcher. — .Sotre Seigneur aime ceux qui vont toujours en avant,

sans faire des réflexions sur ce qu'ils font.

Notre-Seigneur n'aime pas non plus ceux qui veulent faire du parfait et qui visent trop naut.

Pour être pleinement content, il faut posséder pleinement Notre-Seigneur ; quand nous l'avons îout entier, Il suffit à tout, et le moyen de trouver pleinement Notre-Seigneur, c'est de ne le chercher qu'au moment le moment, sans penser à ce qui est passé ou à ce qui viendra après. Vivons tout entier dans le moment présent où Notre-Seigneur est là qui nous attend. Rien n'est petit devant Dieu.

Pour arriver au don d'oraison, le meilleur moyen est de garder pour Notre-Seigneur tout seul les diverses petites peines ou petites joies qui nous arrivent, sans nous répandre dans les autres ; l'amour de Notre-Seigneur est très-délicat, il doit rendre avec usure le sacrifice d'une parole, d'une confidence qu'on aura gardée pour n'en parler qu'à lui seul.

23 janvier 1859.

Ma fille, rappelez-vous toujours une chose, c'est que Dieu ne change pas ; il est amour nonseulement en lui-même, mais aussi vis-à-vis de

nous, et par conséquent toutes ses opérations envers nous sont des actes d'amour, quelque dures qu'elles paraissent. Le moment où Notre- Seigneur délaissé sur la croix s'écriait : Mon Dieu! pourquoi m'avez-vous abandonné? était le moment où l'amour de son Père était le plus fort envers lui.

Je vous dis cela, parce que dans votre vie religieuse, il est impossible de ne pas passer par des épreuves, par des délaissements ; on ne voit plus Jésus par moment, et quoique sa croix soit accompagnée de son action, pourtant il semble que même parfois on ne retrouve plus Dieu, tant il s'est caché. Eh bien ! ma fille, appliquezvous surtout et toujours à chercher Jésus dans l'état où il a été, analogue à celui où il vous met intérieurement ; car il a voulu tellement prendre notre nature humaine, qu'il n'y a pas un état où il n'ait voulu passer ; et vous le trouverez là dans toute sa perfection ; c'est là que vous trouverez votre force ; habituez-vous dès votre noviciat à ne pas vous appuyer sur les sentiments, mais bâtissez sur la foi, sachez que dans quelque état que Notre-Seigneur vous mette, il vous iamera toujours infiniment, et qu'il faut que vous passiez par tous les états où Jésus a passé, puisqu'il vous a fait l'honneur d'être son épouse.

Ne vous étonnez pas de ne pas sentir ces élans de ferveur ; il en est de l'âme comme du corps ; la chaleur fébrile est un état maladif ; mais un état calme et paisible est la marque de la sainteté de l'âme aussi bien que de la santé du corps. Pénétrez-vous bien de cette grande vérité, que Dieu en vous créant a eu une pensée, un dessein particulier sur vous. Sa pensée est différente pour chaque créature ; quels sont ses desseins sur vous? Nous ne le savons pas; mais, ma fille, abandonnez-vous sans réserve à Dieu, afin de ne pas gêner sa pensée sur vous ! Oh l donnez-vous bien à lui sans réserve ; humiliezvous de lui refuser quelque chose, lui qui vous a tant donné, mais ne vous tourmentez pas ; ce n'est pas vous qui agirez ; vous ne le pouvez pas ; c'est Dieu qui agira en vous : pour cela priez, priez beaucoup, demandez et puis travaillez.

0 ma fille, livrez-vous à Jésus- Christ et demeurez livrée ! Si vous saviez combien Jésus veut être libre dans l'âme de ses prêtres d'abord, puis de ses religieux et de ses religieuses ! Combien il veut dominer pleinement en elles 1 Dieu n'avait pas besoin par lui-même, mais il a voulu avoir besoin d'âmes qui lui soient dévouées; il faut lui laisser un domaine souverain ; il faut

lui laisser un royaume absolu dans nos âmes ; il faut être sa chose dont il peut user, même abuser, et s'il pouvait avoir des caprices, ii faudrait le laisser user de nous, selon son caprice. Jésus a besoin pour son œuvre de ces âmes toutes livrées.

Oh ! si on savait l'action d'une âme religieuse, pour elle d'abord, puis pour tant d'âmes qui n'aiment pas Notre-Seigneur 1 II faut qu'elle aime Jésus pour toutes ces âmes I II faut auï>si un grand apaisement intérieur pour laisser la place à Notre-Seigneur. Ne vous tourmentez pas au sujet des dispositions à avoir pour la Profession, car la religion est une école de perfection, et si l'on voulait attendre d'être parfait, on ne ferait jamais ses vœux ; mais priez, demandez tout à Jésus ; ce n'est pas vous qui le recevrez, mais c'est lui qui viendra se recevoir en vous, car pour vous, ma fille, vous n'en seriez jamais digne; c'est Jésus qui fera en vous le vœu d'obéissance, le vœu de pauvreté, le vœu de chasteté ; rappelez-vous ce que Notre- Seigneur disait un jour à ia bienheureuse Angèle de Foligno qui n'osait pas communier : « C'est vrai, ma fille, tu n'en es pas digne ; mais j'en serai digne pour toi 1 »

Bénissez Dieu de l'attrait qu'il vous a donné

pour la sainte Écriture, car c'est une grande grâce, mais ne vous étonnez pas de la différence qui existe entre ce que vous sentez et voyez en méditant la sainte Ecriture, et vos actions ; ce -quelque chose de grand que vous éprouvez en vous, c'est ce que Dieu vous montre pour y tendre, et il nous fait voir toujours bien plus taut que l'endroit où nous sommes, pour nous faire avancer dans notre chemin.

27 janvier 1859.-

Si vous êtes troublée, tourmentée, quand vous <êtes contredite dans vos sentiments, c'est que votre volonté n'est pas morte. — Ce que vous avez à faire, c'est de déclarer votre attrait pour la mortification à vos supérieurs, de vous faire bien connaître ; puis vous n'aurez plus qu'à vous laisser conduire ; la responsabilité n'incombe plus sur vous ; il faut obéir aveuglément comme saint Paul, lorsqu'il a été terrassé par le Seigneur, et aveuglé pendant trois jours, qu'il a marché en avant, et s'est livré complètement. L'obéissance aveugle de saint Paui, c'est le modèle que les saints Pères donnent à l'obéissance religieuse ; déclarez-vous donc, puis obéis-

sez ; en faisant ainsi, vous êtes sûre, mon enfant, de faire tout ce que Dieu veut de vous. ■ — Rappelez-vous que je vous ai défendu de vous troubler quoi qu'il arrive, ni de raisonner avec votre trouble. — Croyez bien que si cet attrait pour la mortification est la volonté de Dieu sur vous, infailliblement il inspirera à vos supérieurs de vous le laisser suivre.

Et puis, mon enfant, ce ne sont pas les actes en eux-mêmes qui sont agréables à Dieu ; c'est le degré d'amour avec lequel on les fait, et la mortification peut être plus grande en acceptant par amour les ménagements qu'on vous impose, qu'en vous privant, car c'est une très-grande mortification d'avoir des particularités en communauté. Les actes de mortification sont bons parce qu'en général, ils développent cet amour de Dieu qui est notre seul but : ce n'est pas de se frapper , de se mortifier , qui a de la valeur en soi. Mais notre faiblesse est si grande, qu'il peut arriver un danger dans ces actes de pénitence ; ils peuvent nous donner une certaine assurance- ce sont comme des certificats de notre fortune spirituelle. La mortification intérieure n'a pas ce danger de la pénitence extérieure.

Ne vous inquiétez pas de ce sentiment de

grandeur, de cette espèce d'emportement intérieur que vous éprouvez; ces élans d'ardeur, ces désirs qui vous soulèvent, cette dilatation intérieure, tout cela est bon en soi, et cela vient de Dieu. Seulement, mon enfant, vous êtes encore novice dans ces sentiments, et c'est pour cela que vous y mettez une sorte d'exaltation ; mais rien n'est plus opposé à l'orgueil que l'élévation. Quoi de plus grand que Notre-Seigneur et quoi de plus humble? Allez-y donc très-simplement et appliquez- vous à pratiquer très- fidèlement la règle, parce que toutes les pratiques d'assujettissement, de mortification, d'humiliation, qui sont l'esprit de la Visitation, feront le contre-poids de ce qu'il y aurait de trop élevé intérieurement en vous : ce seront comme deux rames qui vous feront avancer en se contrebalançant lune l'autre. Continuez donc, mon enfant, avec une grande confiance, car je sens que vous donnerez une grande gloire à Dieu, et je vois tout ce qu'il veut de vous.

Il faut devenir comme un tout petit enfant, il faut aller avec confiance entière à Notre-Seigneur, être comme un enfant avec lui. Il ne vous faut rien qui vous gêne dans l'esprit, vous avez besoin d'une grande paix, d'une grande

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mansuétude de cœur. Vous êtes trop vivante, il vous faut de l'apaisement. C'est une grâce énorme que Notre-Seigneur vous a faite, d'apprécier le vrai esprit de la Visitation et de la vie religieuse. Ce qui m'a comblé de joie, bien plus que si je vous avais vue inondée de consolations jusqu'à en pleurer, c'est que c'est précisément ce qui est contraire à votre nature que vous appréciez. C'est là le solide ; vous bâtissez sur la seule excellente base. La Visitation est comme un luminaire qui détruit peu à peu en vous tout ce qui est naturel pour aller à Dieu ; c'est la croix c'est-à-dire la mort aui est la seule porte de la vit- Dieu est le don par excellence ; dans sa bonté, il se donne à chacun de nous, mais il a des secrets intimes qu'il ne donne qu'à ses plus intimes amis, et il faut qu'il nous mette en état de les recevoir. Voilà ce qu'il faut pour porter des fruits dignes de Dieu : mourir d'abord à vousmême; perdre votre forme, perdre mêms les dons de la grâce qui sont en vous pour les remettre à Notre-Seigneur, parce que « si le grain de froment ne meurt pas après qu'on l'a jeté en terre, il ne portera pas de fruit. » Et quand vous serez ainsi morte, alors Notre-Seigneur vous donnera la forme qu il veut pour vous, et vous vivrez

uniquement de sa vie, et vous donnerez à Dieu toute la gloire qu'il attend de vous.

Ne vous attachez aucunement au sensible ; le sensible n'est rien, et, quoique vous ayez moins de sentiment pour Dieu, vous êtes cependant bien plus unie à lui qu'avant, et vous l'aimez davantage parce que vous l'aimez mieux. Regdrdez-vous le moins possible et appliquez-vous à regarder seulement Notre-Seigneur. Rappelezvous ces paroles qu'il adressait à sainte Catherine de Sienne : « Ma fille, pense à moi et je penserai à toi. b

Maintenant, le passé est fini ; il ne faut, pour quoi que ce soit, vous regarder, ni vous troubler de rien de ce qui est passé; il n'y faut plus penser, mais vous devez, comme dit saint Paul, vous étendre en avant dans votre course et entrer dans une nouvelle vie.

Quelle grâce Dieu vous a faite, ma fille, de vous choisir entre toutes vos sœurs et de vous appeler à être son épouse, à entrer dans sa Visitation î Votre vêture va commencer en vous ces fiançailles, qui se continueront par votre professiua et se consommeront dans le Ciel! donnezvous bien tout entière à Jésus-Christ. Je le sais, je ie sens, ce sont vos sentiments ; mais derneu-

rez bien simple comme un petit enfant avec le bon Dieu et aussi avec vos supérieures, car, par ce moyen, il n'y aura pas d'illusions possibles. Pensez que pour être sauvée il faut que vous soyez une sainte, parce que le bon Dieu vous a destiné ce degré ; vous avez une place particulière marquée clans le ciel, et c'est là qu'jl faut que vous arriviez, ma fille. Vous y arriverez, j'en ai la certitude, mais soyez bien fidèle. Souvenez-vous que Notre Seigneur a montré à sainte Thérèse que si elle avait fait tel péché véniel, elle aurait été damnée ; le péché véniel ne damne cependant pas. Mais le péché est relatif, et si sainte Thérèse eût commis ce péché, cela lui aurait fait perdre une grâce, puis une autre, et cela l'eût peu à peu entraînée au péché mortel. J'ai la confiance que vous ferez une bonne, une parfaite religieuse : mais, avant toutes choses, gardez une simplicité de petit enfant. Rappelez-vous cette parole de votre bienheureux Père : « Si je savais dans mon cœur une fibre qui ne fût pas à Dieu, je l'arracherais aussitôt. »

Je vous défends de regarder en arrière, de vous troubler sur ce que vous auriez oublié ou mal expliqué dans votre confession générale.

Tout est effacé, pardonné ; ce sera contre l'ohéissance si vous vous regardez vous-même. Il ne faut plus qu'aller en avant.

27 mai 1859.

Ma fille, je vois bien que vous n'êtes pas encore reposée en Dieu. Il y a en vous de l'empressement; vous n'êtes pas encore fondée dans la foi qui nous fait demeurer dans la paix, audessus de tous les sentiments. Mais ayez patience ; il faut laisser faire Dieu en vous. Ne regardez jamais la sainteté de Dieu et "votre misère, sans voir Notre-Seigneur comme intermédiaire, car de nous-mêmes nous ne sommes rien ; mais, dans ce rien, il a plu à Notre-Seigneur de demeurer. C'est sa sainteté qui passe en nous et nous conduit au Père.

Puis aussi, mon enfant, il y a un autre intermédiaire nécessaire : c'est la très sainte Yierge qui, elle, adoucit tout; elle a été chargée par Dieu d'adoucir.

Notre -Seigneur en nous, c'est tout; c'est lui qui est notre richesse, qui possède tout bien. C'est en vivant de lui que peu à peu et tout :iatmellement vous vous sentirez transformée, éta-

blie dans cette paix dont je vous parlais, sans même vous en apercevoir. Mon enfant, que Notre-Seigneur soit le principe et la mesure de toutes vos actions ; que chaque mouvement, chaque parole parte de lui, soit comme le mot daté de \ài en vous.

Ne vous étonnez pas de vos imperfections ; cet empressement d'ailleurs n'offense Dieu en aucune manière : cela tient à votre âge chrétien ; vous êtes déjà née dans la vie de perfection par là même que vous avez été appelée à la vocation religieuse ; mais vous êtes encore un petit enfant. Patientez, c'est une si grande œuvre que Dieu entreprend en vous! Aidez-la par vos communions, par vos oraisons, par votre sainte règle, vos sacrifices qui accroîtront peu à peu en vous la vie de Notre-Seigneur. Si les astres, les plantes croissent insensiblement par Faction seule de Dieu, jugez combien vous qui avez la liberté de votre volonté pour concourir à cette action de Dieu, vous croîtrez plus vitel C'est vrai, il faut pour vous unir à Dieu une sainteté parfaite ; voyez la très-sainte Vierge, elle si pure, combien il a fallu que Dieu la purifiât et la perfectionnât encore par toutes ses souffrances.

Il est vrai que si nous devons tendre à cette

vie toute d'union, toute contemplative, notre condition présente rend impossible la continuité de la contemplation mêlée avec la vie active ; mais lorsque, par une application nécessaire, qui est même un devoir, notre esprit est sorti hors de sa conversation avec Dieu , il faut ïentrer le plus tôt possible en nous, retrouver en nous Notre-Seigneur, et à l'exemple des épouses du monde qui bien qu'elles sortent de leur logis, reviennent retrouver leur époux, il faut nous remettre dans ce contact spirituel avec Notre-Seigneur en nous. Grâce à votre voie d'union avec Notre-Seigneur, mon enfant, les procédés pour vous sont bien simples. Rentrez toujours avec lui, car c'est lui qui a tous les biens ; priez-le.

Pour arriver à l'obéissance intérieure que vous désirez, demandez-la lui beaucoup, puisa mesure que vous serez unie à lui, la seule pensée qu'une chose lui déplaît, que vous le gênez et arrêtez en vous sa liberté, fera tomber cette muraille entre lui et vous et vous soumettra toute à lui.

Ma fille, demeurez bien livrée à Notre-Seigneur. Il vous apprend toutes choses à l'oraison ; c'est la bonne école ; ayez courage ; déjà il a fait de grandes choses en vous ; soyez assurée que vous arriverez où il veut : aimez à souffrir

pour lui, à tout lui sacrifier, car rien n'est perdu avec Dieu, et tout ce qu'il fait pour vous et sur vous est un acte d'amour plus grand que to''t ce que nous pourrions non -seulement savoir, mais concevoir.

22 janvier 1860.

Mon enfant, les voies de Dieu sont plus élevées au-dessus de nous que le ciel ne l'est de la terre, et plus sa voie sur l'âme est mystérieuse, plus nous devons nous soumettre sans comprendre ; ce qui augmente notre mérite. Laissez donc Dieu vous conduire. Ce qui fait votre trouble, votre souffrance, c'est que votre volonté est encore très-vivante ; or il faut que vous n'ayez plus aucune volonté propre, plus de jugement * ; que vous soyez sans résistance, comme le liquide qui prend toutes les formes qu'on lui donne ; rappelez-vous les paroles de l'Écriture : « Mon âme s'est liquéfiée lorsque mon Bien-Aimé m'a parlé. » C'est-à-dire que l'âme se laisse absolument manier comme la chose de Dieu.

I. Ceci et ce qui suit dans plusieurs des lettres qui viennent après celle-ci, se rapporte au penchant de ma sœur pour Ici mcttific-iliinis corporelles que lui interdisaient ses supérieures, et aux scrupules que lui causait celte interdiction.

Je voudrais, ma chère enfant, que vous fussiez toute petite enfant, que la sœur Jeanne-Françoise fût la petite du bon Dieu, qu'elle fît tout ce qu'on lui dira sans aucune observation ; il ne faut pas même penser, raisonner, juger sur ce qu'on nous fait faire ; c'est encore trop de la grande personne. Un enfant de trois ans raisonne-t il quand sa mère lui donne à manger de la viande le vendredi ? il mange tout simplement. Mon enfant, voyez-vous, ne vous trompez pas sur la perfection ; elle ne consiste pas. à manger ou à se priver de telle ou telle chose, mais uniquement à détruire, à mortifier cette volonté, ce jugement propre, que j'accuse en ce moment, et qui est votre ennemi en même temps qu'il est celui de Dieu ; car, si ce qu'à Dieu ne plaise, vous deviez vous perdre, ce serait cette volonté propre qui vous perdrait.

La nature souffre, je le sais bien ; mais il faut en arriver à mourir absolument à soi-même.

De même que vous croyez que Notre-Seigneur est présent dans le Très-Saint-Sacrement, de même votre foi doit être assez vive, pour vous faire voir dans vos supérieures le sacrement de la volonté de Dieu ; en faisant tout simplement, s?.iîs observation, ni réflexion, ce qu'elles vous lisent, vous êtes sûre de faire la volonté, le bon

plaisir de Dieu sur vous ; et n'est-ce pas là ce que vous êtes venue chercher ?

Ainsi, mon enfant, embrassez avec religion ce que vos 31ères vous ordonnent, comme si vous le receviez en effet des mains de Jésus-Christ. — S'il vous vient une répugnance, qu'immédiatement elle soit immolée. C'est si grand de se sacrifier sans cesse et d'être la victime de Jésus-Christ ! Je vous assure qu'en agissant ainsi, vous ferez plus de progrès en Jésus-Christ que si pendant un mois vous ne mangiez que du pain noir. Je ne veux plus que vous ayez de volonté ; je ne vous en permets qu'une, celle de vous sanctifier ; je ne vous laisse qu'un jugement, celui de ne croire que l'obéissance. — Mon enfant, vous êtes dans un moment de travail, dans un moment décisif pour vous ; il est dit... [Le reste manqué).

Janvier 1861»

Que Dieu vous aime ! quelles grâces il vous fait ! et que vous devez lui être fidèle ! Ce n'est pas assez d'imiter Jésus, car imiter c'est regarder devant soi ; mais Jésus veut s'incorporer tellement en vous, que vous ne soyez qu'une

chose avec lui, qu'il vive tellement en vous que vous n'ayez simplement qu'à le manifester. Mon enfant, votre voie, c'est de ■vous perdre pour laisser Jésus être... C'est lui qui fera tout en vous, qui se chargera de vos obligations. Il faut arriver à n'avoir plus de désir, plus de volonté, plus d'attachement à rien, plus d'occupation de vous-même ; — le désir de pénitence est bon , pourvu que ce ne soit qu'un désir relatif ; car ce qui hier était pour vous la pénitence que Dieu aimait, ne le sera plus aujourd'hui. Il n'y a toujours et par-dessus tout, que l&volonté di maître, la volonté de Jésus ! c'est là le toutv mon enfant.

të février 1862.

Ma chère enfant, il y a des âmes que la souffrance mène à Jésus, mais vous c'est Jésus qui vous mènera à la souffrance et à tous les états où il a passé. — Jésus est non-seulement votre fin, mais encore votre voie; il faut que vous soyez Jésus ; Jésus veut être en vous, continuer sa vie en vous etpar vous. Tout ce que vous avez à faire, c'est de vous perdre en Jésus • d'être Jé?us dans vos paroles, Jésus dans vos actions, Jésus dans la prière.

Gardez-vous bien surtout, mon enfant, de sortir de cette voie, sous aucun prétexte que ce soit. Il peut vous venir des tentations sur votre voie ; mais je vous recommarde sur toutes choses de n'en jamais sortir. Vous n'avez qu7à laisser faire Jésus en vous, à le suivre quelque part qu'il vous mène, que ce soit au Thabor ou au Calvaire, que vous soyez consolée ou désolée, n'importe, laissez-vous mener où Jésus voudra et n'ayez d'autre mouvement que celui qui vient de Jésus. Si vous agissez par vous-même, vous sortez de votre voie.

C'est une grande chose que de laisser faire Jésus. Une source ne peut couler et féconder que par l'ouverture qu'on lui fait pour se répandre. — En laissar faire Jésus et en vous vidant vous-même, ve îs êtes l'ouverture et Jésus est la source. — Jésus ne vivait que pour faire la volonté de son Père; c'est cette même vie qu'il veut continuer en vous. Vous n'avez qu'à le suivre de moment en moment et qu'il puisse dire par vous en toutes choses : « Je fais la volonté de mon Père. »

Ne vous étonnez pas de vos fautes; Notre-

Seigneur n'est jamais déplacé dans la misère.

Il est venu la chercher sur la terre et il s'en sert

comme il l'a dit lui-même : « Ma vertu se péris

2o4 SABINE DE SÉGUR

fectionne dans la faiblesse. » Laissez faire le temps, mon enfant, vous ne serez pas détruite en un jour; mais peu à peu Jésus vous transformera en lui. C'est dur à la pauvre nature, car la vie de Jésus ne lui laisse rien. Il faudra que vous souffriez encore longtemps, mais c'est pour arriver dans le tombeau de la vie....

Vous n'avez pas d'humiliations, parce que Jésus n'est pas encore assez formé en vous, et ce ne sont pas les humiliations de Jeanne- Françoise que veut Jésus, elle est trop petite : mais quand Jésus sera plus formé en vous, Il vous fera alors passer par ses humiliations, par ses opprobres, par sa vie crucifiée. — Jésus enfant ne faisait pas les œuvres que sa sainte humanité opérait à trente ans, il en sera de même pour vous, mon enfant, et priez Dieu, afin que vous ne soyez pas effrayée ni scandalisée des états où Jésus vous fera passer.

Vous pouvez servir aux âmes en demeurant dans l'esprit d'enfance qui est votre voie. Jésus Enfant n'enseignait-il pas mieux que les plus grands docteurs d'Israël ? Et cependant sa sainte humanité demeurait en dépendance du Verbe Éternel qui l'animait. Servez lésâmes, priez pour les âmes. Ayez un grand courage. Vous êtes en chemin et vous arriverez à la montagne de Dieu.

Tous ne devez plus faire aucune attention aux imaginations qui vous passent par l'esprit. Il faut ies mépriser, les oublier totalement, n'en tenir aucun compte comme si cela se passait loin de vous, que ce fût une chose qui vous soit étrangère.

Pour les soulagements du corps, soumettez-les simplement à vos supérieurs afin que ce soin ne vous occupe plus : dès que l'obéissance a parlé, ne vous inquiétez plus de rien ; c'est une chose consacrée, l'obéissance consacre ces soins que vous prendrez.

Î2 février 1862.

Mon enfant, la mortification qui est plutôt un dégagement de la nature, est meilleure que la mortification qui nous fait combattre contre nous-mêmes, elle est plus douce parce qu'elle est la récompense et l'effet de nos efforts. Quand nos sens et notre chair sont déjà domptés et morts, il n'y a plus de violence à se faire. Mais cependant cette mortificafion-là même doit toujours se traduire par des actes ; il faut mortifier l'extérieur et l'intérieur, il faut dominer sa ïolonté.

2oC SABINE DE SEGUR

Ma chère enfant, il n'est pas étonnant que votre nature répugne au dénûment, intérieur, qu'elle craigne de suivre Jésus au désert. Ce n'est pas manque de fidélité, mais c'es* que vous êtes une créature humaine : or la nature aime l'attachement et l'estime des créatures, les jouissances et les consolations des créatures. Mais il faut dominer cette frayeur de la nature; il ne faut pas vous y laisser aller. Ce n'est pas votre volonté qui résiste, c'est la nature

Savez-vous, ma chère enfant que c'est bien haut d'entrer au désert avec Jésus ? Il y a deux époques spirituelles dans la vie intérieure : l'une qui conduit les âmes jusqu'à l'imitation de Jésus, et c'est déjà une grande chose pour une fille d'Adam d'être appelée à l'imitation de Notre- Seigneur. Peu dames passent plus avant, parc» qu'il y en a peu qui aient assez de courage, et aussi parce que toutes n'ont pas la grâce de cette vocation spéciale. L'autre époque c'est lorsqu'on est arrivé à Jésus, lorsqu'on est identifié

Jésus, qu'on n'est qu'une chose avec lui; c'est de marcher alors avec Jésus jusqu'au bout, comme Jésus par tous les états où il a passés. Savez-vous, mon enfant, que c'est un travail de venir du néant, du néché, pour être des dieux?

C'est bien haut que d'arriver à cette transformation, d'être Jésus ! La nature aura de grandes souffrances, mais qu'est-ce qu'une vie pour en arriver là ! Mon enfant, il faut renoncer au sensible...

Vous n'êtes encore qu'un tout petit enfant à la mamelle ; c'est le mieux pour vous, puisque c'est ce que Notre-Seigneur veut pour vous en ce moment. Mais laissez faire Jésus, s'il veut vous laisser entrer au désert avec lui. — C'est mieux encore que les consolations que vous sentez. Suivez Jésus, restez bien dans votre voie ; c'est votre direction , n'en sortez pour rien. Soyez aussi bien simple, soumettez toujours tout à l'obéissance.

Je le crois bien, mon enfant, que Notre-Seigneur vous aime ! Il est bien content de tout ce qu'il voit, de tout ce que vous faites ! Mais que tout l'édifice que vous élevez repose sur Marie. 0 mon enfant, ne séparez jamais Marie de Jésus. Marie continue à faire en chacun de nous ce qu'elle a fait sur la terre ; elle fait naître Jésus en nous, elle le nourrit, elle le garde, elle le fait croître en nos âmes. — Que Marie forme donc Jésus en vous, et n'oubliez pas que Jésus nous vient par elle.

16 mai 1362.

Mon enfant, l'obéissance et la charité, c'est Jésus. Soyez donc sûre que lorsque vous parlez de Dieu, que vous donnez Jésus aux autres, vous vous unissez à Jésus. Vous n'avez pas le temps de le savourer, mais à l'oraison vous le retrouverez mieux après avoir agi pour lui... Il y a temps pour donner, et temps pour recevoir. Ce serait bien commode si on pouvait toujours demeurer seul à contempler les mystères de Jésus ; croyez-vous que Notre-Seigneur sur la terre n'aurait pas préféré converser de son Père avec la très-sainte Vierge , que d'enseigner les pécheurs? Il a voulu cependant immoler cet attrait humain de sa sainte âme, pour se livrer à la gloire de son Père et au salut des âmes.

Bénissez Jésus, de ce qu'il vous laisse cet attrait de rester en lui ; mais gardez-vous bien de croire que vous ayez reculé dans la voie de Jésus; au contraire, mon enfant, vous êtes en progrè , et Notre-Seigneur est plus content qu'il y a un an.

Il est bien facile d'allier la petitesse intérieure avec la charge d'enseigner les autres extérieure-

ment. Jésus, lorsqu'il prêchait à douze ans, à Jérusalem, et qu'il était docteur, cessait-il d'être le petit enfant Jésus? Ma fille, vous n'êtes que 'enveloppe, que l'organe, que la parole du Verbe ; vous, soyez petite, mais laissez Jésus être grand. Soyez la petite enveloppe du grand Jésus. — Il faut que vous soyez toujours une petite enfant, vis-à-vis de Jésus.

C'est vrai, qu'en général, quand on commence la vie spirituelle, Dieu donne à l'âme des consolations et des caresses ; bien que l'assurance des promesses de Dieu dût nous suffire, cependant nous avons besoin de sentir, par nousmêmes, la distance infinie des jouissances des sens et des jouissances divines.

Mais il y a les consolations des commençants, les consolations des continuants et les consolations des parfaits. Car Dieu par lui-même est consolant. Il est l'amour, la joie, la paix, et lors même qu'il fait souffrir l'âme, il lui laisse la paix que donne la possession. Dieu ne fait pas souffrir pour faire souffrir , mais s'il éprouve certaines âmes, c'est qu'il imprime sur elles un caractère d'expiation.

Laissez donc Jésus vous donner, et recevez ce qu'il vous donne ; s'il veut que vous soyez toujours consolée, laissez-le faire, et ne vous arrê-

tez pas à regarder où vous en êtes. D'abord nous ne pouvons pas le savoir, puis, le pourrionsnous, c'est une curiosité inutile et dangereuse. Mon enfant, soyez abandonnée ; ce qu'il vous faut, c'est l'abandon entier à Jésus. Ne cherchez pas les humiliations. En attendant les vôtres, entrez par l'oraison dans celles de Jésus, Pour vous, vous n'avez qu'à être fidèle.

Ce qui fait que votre âme est en souffrance, c'est qu'elle n'a pas encore la capacité de recevoir toute la vie que Jésus veut lui donner. Cela tient à un état de l'âme qu'il faut réformer. Dieu demande de vous une fidélité exquise. C'est tantôt une faiblesse, tantôt un autre manquement qu'il faut retrancher. Vous avez besoin de perfectionner vos actions ; vous devez le faire avec une plénitude de volonté et d'amour. Mais patience, mon enfant, ce travail vient du temps. Jésus le fera en vous ; vous n'avez qu'à vous livrer de plus en plus à une grande pureté et perfection en toutes choses.

28 janvier 18 3.

Ma fille, il faut être très-exacte à toutes les observances de la règle ; c'est une fidélité que Jésus vous demande. Voyez Jésus, il n'est pas prompt,

mais il est alerte. Il se hâtait, mais sans empressement, avec gravité, pour faire chaque chose dans l'ordre, à l'heure que son Père avait marquée. « Mon heure, dit-il, n'est pas encore venue. » Il accomplissait chaque action au moment réglé par son Père. C'est là le modèle de la vie régulière, de la vie religieuse.

Ma chère enfant, votre voie est bien facile pour devenir de plus en plus Jésus. Restez en solitude et en conversation avec Jésus. Je le sens bien, toutes vos volontés lui sont livrées; il est complètement maître en vous; mais cependant il y a encore en vous des choses qui lui échappent. Elles sont à lui dans votre volonté, mais enfin tout ne lui est pas rendu. Vous ne le savez pas vous-même. C'est une action prompte, un regard, des imperfections que vous ne voyez pas et qui ne sont pas encore livrées à Jésus. Mais peu à peu il vous les montrera ; la lumière vous sera donnée à mesure ; car Jésus n'éclaire pas la besogne qu'il nous donne à faire longtemps par avance. Il montre le travail à faire pour le moment; puis, quand ce sera fini, il vous découvrira autre chose que vous ne connaissiez pas encore.

Mon enfant, vous êtes prompte, le premier mouvement vous échappe. Eh bien ! il ne faut

plus aller de vous directement aux choses, mais il faut aller d'abord de vous à Jésus, et par Jésus aller aux choses. C'est un mouvement intérieur qui se fait et qui fait que nous n'agissons plus de nousmêmes, mais que c'est Jésus qui agit par nous. C'est par le recueillement, en demeurant en solitude plongés au dedans avec Jésus, que ce mouvement se fait peu à peu en nous. Saint Paul l'a dit : Faites tout au nom du Christ; asseyez-vous en Jésus, parlez en Jésus, marchez en Jésus, dormez en Jésus, faites tout en Jésus. C'est cet esprit de foi qui opère en nous ce que faisait la sainte humanité de Jésus en s'unissant avec le Verbe. C'est ainsi que Jésus disait de lui : « Je ne fais rien de moi-même. » C'était le Verbe qui vivait dans la sainte humanité.

Ma fille, ce que je vous dis là est excessiv ment élevé dans la vie parfaite ; je vous montre le haut de la montagne, mais il faut du temps pour y arriver. Sur la terre, il n'y a pas d'état permanent ; il faut toujours faire des actes de vertu pour se maintenir dans cet état de mortification complète, car la nature ne s'étei/jt jamais, sans cesse elle veut reparaître et il faut toujours la tenir dans une sorte o' excommunication i\e vous découragez donc pas, car Dieu vous aidera et déjà il vous aide puissamment.

Ne soyez jamais contente de ce qui n'est pas le plus parfait. Jésus vous aime trop pour vous laisser tranquille : il vous poussera toujours. Pour vous, ne demandez rien ; ne demandez pas les souffrances. Qu'importe que vous passiez votre vie dans les extases ou sur la croix? La souffrance ou la joie ne sont rien en ellesmêmes. Le meilleur, mon enfant, c'est d'être livrée à Jésus. Il n'y a rien au-dessus de l'abandon. Que vous êtes heureuse d'être dans cet état, hors des choses de la terre I

28 janvier 1864.

Mon enfant, cela n'ôte pas Jésus de le donner aux autres , quand c'est par son mouvement qu'on agit. Notre-Seigneur disait à une sainte religieuse : « Quand tu te sens, retiens-toi; quand tu me sens, livre-toi. » Vous n'avez qu'une seule chose à faire, ma chère fille, c'est, aussitôt que vous vous sentez, que vous vous reconnaissez vous-même, de tout laisser tomber et de passer en Jésus.

^ue Jésus vous aime, et que vous êtes heureuse d'être aimée et d'être aimée comme cela ! Connaître si bien sa misère que l'on puisse dire

sans aucun retour d'amour-propre que tout le bien qui se trouve en nous, c'est Jésus qui le fait, c'est le comble de l'humilité.

Si Jésus nous aime tant avec notre misère, ce n'est pas cette misère qu'il aime en nous ; au contraire, il l'éloigné, il la condamne.

Ma chère enfant, ce n'est pas assez de demander l'amour à Jésus, c'est Jésus lui-même qu'il faut demander, car en lui tout est compris, c'est lui qui est le don de Dieu. Je veux faire bien plus que vous humilier : je veux vous faire sortir hors de vous. Ayez patience, l'œuvre de Dieu se fait plus sûrement et plus solidement quand elle veut du temps. A présent Jésus se pose en vous, il s'établit en souverain absolu. Quant vous serez tout à fait sa chose, soyez tranquille, il ne vous laissera pas stérile. — Il n'est pas besoin que les choses nous coûtent, pour glorifier Dieu. — Croyez-vous que les vertus coûtaient à la sainte Vierge? Non, ma fille, aimez et vous ferez beaucoup! Restez toujours avec Jésus une «nfant et une éoouse.

6 février 1864.

Ma chère enfant, c'est un progrès en Jésus de ne plus pouvoir vous appliquer à faire des actes de

mortification extérieure ; c'est plus loin que cela que vous êtes passée, et il ne faut arriver qu'à être indifférente à. toutes ces choses. Les actes de mortification ne vous donnent pas le bon Dieu, car à quoi bon se mortifier quand on est dans un état de mort?

Il en est de votre état avec Jésus, comme il est arrivé aux deux alliances. L'alliance ancienne était laborieuse, imposait des cérémonies, beaucoup d'observances, de travail; l'alliance nouvelle, au contraire, étant plus parfaite, est toute simple , toute paisible, sans efforts, et c'est surtout l'esprit de Dieu qui y agit. Eh bien ! avant d'entrer dans l'union avec Jésus, il faut aussi un travail laborieux, selon la parole de >Totre- Seigneur. « Le royaume du ciel souffre violence. » Mais après ce travail, ces actes et ces efforts, alors commence la nouvelle alliance, la vie de Jésus qui est toute simple.

L'activité de Jésus est si paisible ! elle est toute-puissante, mais sans bruit ; elle coule comme un grand fleuve, elle avance toujours sans secousse, elle se répand d'elle-même. — • Dans cet état, quand c'est Jésus qui vit en nous tout se fait à propos, comme il faut, sans retour, avec une grande pureté d'intention. C'est Jésus qui sort de nous, qui répand sa vie par nous.

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