IÎ5 SABINE DE SÉGUR
,arrivait-il, dans le cours d'une instruction, dédire quelques-unes de ces aimables naïvetés qui lui étaient familières et qui provoquaient chez les élèves un sourire ou un mouvement de surprise, elle disait aux sœurs après la leçon : « Pourquoi donc ont-elles ri ? Est-ce que je leur ai dit une bêtise ? Si cela m'arrivait vous m'avertiriez, n'estce pas? » Et il fallait qu'on lui en fît la promesse.
Cette humilité jointe à la douceur lui semblait naturelle. Elle ne disait jamais un mot qui put faire de la peine au prochain. Si elle croyait l'avoir fait par inadvertance, elle en demandait pardon à l'instant même. Cordiale et affable avec toutes ses sœurs, elle aimait à témoigner plus de familiarité et de tendresse à celles qu'elle savait d'une condition inférieure à la sienne. Son amie la plus intime fut une pauvre sœur converse qui ne savait pas l'orthographe, mais qui savait l'art plus grand d'aimer Dieu et dont la bouche parlait de l'abondance du cœur. Plus d'une fois, elle exprima le regret de n'être pas elle-même une simple sœur converse, et quand elle perdit un œil, elle s'en consola en pensant que cette infirmité éloignait d'elle le fardeau des dignités: « J'aime mieux, répétait-elle, être aveugle qu'être supérieure. »