CHAPITRE SIXIÈME
Quant aux vertus spéciales de la vie religieuse, elle les pratiquait à un degré éininent. Elle paraissait dans ses rapports avec ses supérieures comme un petit enfant, soumise et dépendante, non-seulement d'effet, mais de volonté et de jugement. Sa fidélité à la règle était absolue, et son esprit de simplicité, cette liberté des enfants de Dieu qu'elle portait dans sa dévotion, ne l'empêchaient pas de s'assujettir aux plus petites pratiques de l'observance. Rien n'est petit d'ailleurs pour qui voit et fait tout en Dieu. L'esprit de foi transformait et agrandissait à ses yeux les plus humbles fonctions : elle les remplissait toutes avec une joie extrême. Le soin de sonner la cloche l'affligea d'abord parce qu'il la dérangeait souvent de sa prière. Mais un saint prêtre lui ayant dit un jour qu'elle était l'ange du monastère puisqu'elle appelait et conviait ses sœurs au pied des autels, elle fut toute consolée et réjouie de cette pensée et remplit dès lors cette charge avec une pieuse allégresse.
Elle ne faisait aucune des actions religieuses par coutume et se gardait de la routine, cette ennemie mortelle de la dévotion. Elle animait tous ses actes de l'esprit intérieur qui est la vie de l'âme consacrée à Dieu. Aussi était-on édifié en lui voyant faire les choses les plus communes,
comme de prendre de l'eau bénite en entrante la chapelle, de s'agenouiller, de réciter une courte prière ; tout en elle annonçait le respect des choses saintes et l'élévation constante de son cœur vers sou unique Bien-aimé. A mesure qu'elle avançait dans sa vie religieuse , elle pénétrait de plus en plus dans l'esprit de saint François de Sales : « Notre saint fondateur avec son air doux ne laisse rien à la nature, disait-elle à ses compagnes. Il attaque, il prend tout sans en avoir l'air; on le comprend mieux chaque jour !» — Je suis très bien avec saint François, » dit-elle un jour à son frère, et elle semblait prête à lui faire des confidences spirituelles; mais elle se tut et n'en ditpas davantage, pensant sans doute qu'il était plus humble de garder pour Dieu seul les secrets de Dieu.
Sa fidélité parfaite à observer la règle et sa crainte d'y manquer lui causa un jour un singulier scrupule. Étant chargée de laver les burettes qui servaient pour la messe, elle se voyait dans le plateau de cristal et s'y regardait avec une joie d'enfant, heureuse, disait-elle, de voir le visage de quelqu'un qui aimait beaucoup 1g bon Dieu. Tout à coup, la pensée qu'elle s'était mirée contrairement à la règle, la saisit et la jeta dans un trouble douloureux. Son directeur, qui la vint heureusement voir à ce même moment, put