PL. IX
Cliché Gautier
17. — LE LIT DE LA SAOURA A TIMR'AR'IN (Tiinghargb.it) Taillé dans le mio-plioccne ; à l'horizon, très-floue, la chaîne d'Ougarta.
Cliché Galibert
18. — UNE CRUE DE LA SAOURA à Ksabi, en octobre 1904. Huitième jour de li crue.
Kcbka constituant le tampon de sable qui a arrêté et fait dévier la crue photographiée en 18.
Mais au delà les incertitudes commençaient. On savait que l'O. Saoura se continuait sous le nom d'O. Messaoud, ce qui est juste; et ce changement de nom indique chez les indigènes un sens géographique exact de l'importance de Foum el Kheneg comme démarcation entre deux sections différentes de l'oued. Sur le cours de 1*0. Messaoud on ne savait rien : le lieutenant Niéger, auteur d'une excellente carte du Touat, résume ainsi la question : « La carte au 1/2 000 000 du dépôt de la guerre, ainsi que celle de M. Vuillot, accusent au sud du Touat une forte sebkha dans laquelle viendraient se déverser l'oued Saoura et l'oued Djaghit. Cette sebkha est prolongée par un thalweg qui irait se perdre dans l'erg au sud de Taoudéni. Les renseignements que nous avons pu recueillir à ce sujet étant absolument contradictoires, il est impossible de conclure. Un fait reste certain, c'est que la Saoura longe le Touat s'épanouissant en zone d'épandage '. » Voilà donc un fait curieux. Les anciennes cartes sont naturellement très mauvaises, dressées par renseignements; on y voit pourtant l'oued Messaoud nettement affirmé, le dessin de son cours est très schématique, mais ne s'écarte pas trop delà réalité. Le lieutenant Niéger, sur son excellente carte récente ne se croit pas le droit de porter l'O. Messaoud, et il met en doute son existence. Notons d'ailleurs que M. Niéger, par sa connaissance de l'arabe et ses rapports quotidiens avec les indigènes, est aussi apte qu'aucun de ses devanciers à recueillir des renseignements indigènes, et concluons qu'il est beaucoup plus difficile aujourd'hui qu'il y a vingt ans de se renseigner sur l'O. Messaoud. Voilà encore une conclusion à retenir.
A la seule inspection d'une carte topographique exacte du Touat (Niéger, Prudhomme) il semble en effet légitime de conclure que l'O. Messaoud longe le Touat. On constate en bordure des oasis un long chapelet de sebkhas extrêmement allongées, souvent bordées à droite et à gauche, ou à tout le moins sur une rive par des falaises d'érosion. Mais l'examen d'une carte géologique moditie déjà cette conclusion. — Les palmiers du Touat longent rigoureusement une grande faille, le long de laquelle les terrains crétacés du Tadmaït viennent butter contre un horstou un chapeletde horsts primaires. C'est manifestement cet accident qui force les eaux souterraines à réapparaître à la surface du sol. Il est superflu de faire intervenir à titre explicatif l'action de l'O. Messaoud. Et quelques-unes des falaises elles-mêmes pourraient bien être tectoniques et non pas d'érosion.
En fait, nous sommes aujourd'hui fixés sur le cours de l'O. Mes-
1. Lieutenant Niéger, Levé (Tilinéraire (Bulletin du Comité de CA/r. /r., Supplément «e février 1905, p. 33).
saoud; les deux itinaires, que je publie de H. Sefiat et de II. Reze— gai 1 ah, nous font connaître avec précision des sections importantes de l'O. Messaoud, dont la continuité au large du Touat n'est plus douteuse, quoiqu'en bien des points il subsiste des incertitudes sur le tracé exact.
De ces deux itinéraires le plus intéressant est à coup sûr celui de H. Rezegallah. Le long du sentier qui va de Zaouiet Reggan à H. Rezegallah, entre les kilomètres 88 et 137 on chemine dans le lit d'un très grand oued orienté N.-N.-E.-S.-S.-O. Le lit est entaillé d'une dizaine de mètres dans des couches horizontales composées tantôt d'argiles et de grès crétacés, tantôt d'argiles et de calcaires carbonifériens. L'oued n'est pas complètement asséché, on y trouve, parfois en abondance, la végétation habituelle des pâturages sahariens (damran, hâd, etc.), et un puits dont l'eau, encore qu'un peu saumâtre, reste buvable à la rigueur, Haci Roura. Le guide Abiddin spontanément, comme aussi les notables de Zaouiet Reggan, consultés au retour, affirment que c'est là TO. Messaoud, continuation de l'O. Saoura. Il est clair d'ailleurs que ces indigènes ne se placent pas au point de vue géologique, et ce n'est pas l'O. Messaoud quaternaire qui les intéresse, mais simplement l'actuel ; ce qu'ils affirment c'est que, de mémoire d'homme, certaines crues de la Saoura ont roulé dans l'O. Messaoud jusqu'à Haci Roura. Il s'agit de mémoire de très vieil homme; seuls les « Kebar », les anciens, auraient vu couler l'O. Messaoud. Dès le début de notre occupation, nos officiers en ont entendu parler, et le capitaine Letord fit une pointe infructueuse dans l'ouest à la recherche de TO. Messaoud \ Pour un peu nébuleux que soient ces vieux souvenirs indigènes, et quoiqu'ils laissent subsister bien des imprécisions de détail, ils se trouvent confirmés par les faits. Dans la région de H. Roura, à une centaine de kilomètres sud-ouest du Ras-Touat, il existe bien un grand oued, dans le lit duquel s'est conservée quelque humidité, et qui de son vivant coulait indubitablement au sud-ouest. Sur le sens de l'écoulement, l'examen des gorges que l'oued s'est taillées en aval d'Haci Roura ne laisse subsister aucun doute : entre les murailles de grès et d'argiles, sur environ 500 mètres, la dénivellation est très forte, il y a eu là de véritables rapides.
C'est un fait d'autant plus intéressant que, dans ces grandes plaines monotones à l'ouest du Touat, le baromètre ne donne pas d'indications