I. A. de Lapparent, ouvr. cité. p
stituer, au point de vue météorologique, des entités aussi distinctes et aussi opposées que, à la surface du globe, les mers et les continents. La distribution des grands amas de sable doit avoir une influence considérable sur la distribution des pressions barométriques, et on la retrouverait apparemment dans le dessin des isobares. On peut imaginer par exemple que, en été, une zone cyclonique de basses pressions s'établit sur l'erg, et inversement en hiver une zone anticyclonique de hautes pressions. C'est là assurément une hypothèse extrêmement hasardeuse dans l'état actuel de nos connaissances, mai* elle cadre assez bien avec le petit nombre des faits connus. On sait que les équinoxes au Sahara sont violemment orageux, comme si d'été à hiver les conditions météorologiques générales s'inversaient brusquement. D'autre part, dans le Sahara algérien, ce sont assurément les vents d'est qui dominent; dans le Sahara marocain, au contraire, d'après Lenz, ce sont les vents d'ouest. Il est donc possible que, de par l'existence même des ergs et la distribution des pression» barométriques qui en est le corollaire, les vents aient une tendance à tourbillonner autour de la région des dunes; ce qui nous aiderait à comprendre qu'un certain état d'équilibre ait été atteint.
En tout cas, une étude détaillée de l'action du vent sur les ergs devrait être nécessairement appuyée sur des connaissances météorologiques précises et étendues, qui nous font encore tout à fait défaut. Il faut donc renoncer à insister davantage sur la part et le rôle du vent dans l'amoncellement des grandes dunes 1 . Il va sans dire que cette part et ce rôle sont énormes, et on n'a pas naturellement la prétention de contester que l'erg ne soit une formation éolienne.
Pourtant les effets de l'action éolienne ont été exagérés; on lui entrevoit d'incontestables limites. En règle générale, les grandes masses de dunes sont en place, là où l'érosion fluviale en avait accumulé les matériaux. Vis-à-vis d'elles le vent ne semble avoir qu'une puissance insignifiante de déplacement. Il en a trié les éléments, et surtout il les a vannés, emportant au loin en poussière impalpable les éléments argileux qui ne peuvent faire tout à fait défaut dans un dépôt sédimentaire, et ne laissant subsister que les grains de quartz pur; surtout il a créé le modelé, entassant ce qui était étalé. On n'a
1. Dans cet ordre d'idées, je renonce à tout développement au sujet des dunes parlante», ou plutôt ronflantes, souvent étudiées (Girard, Evolution comparée des sables, 1903). Je mentionne seulement que la dune ronfle au poste de Tar'it, avec le bruit d'une batteuse à blé et aussi, je crois, au poste de Beni Abbés. Il serait intéressant de savoir si l'état de l'atmosphère et la direction du vent ont une influence sur le phénomène. Nous avons entendu la dune crier sous nos pas, avec une voix toute différente, dans un entonnoir de sable à pentes raides, au nord d'In Ziza.
pas la prétention d'établir là une loi qui s'applique à toutes les dunes et à tous les déserts du globe ; mais il semble bien que les choses se passent ainsi dans la partie du Sahara qui nous occupe. Nous sommes ici dans un désert tout jeune, au début d'une évolution péjorative, qui a commencé à la fin du Quaternaire, et dont l'homme a été le témoin.
Les dunes sont, en somme, le résultat d'un antagonisme direct, on dirait presque d'une lutte tragique entre le vent et les oueds, sur le champ clos restreint des dépôts alluvionnaires; les dunes sont la maladie, et, pour ainsi dire, l'éléphantiasis dont meurent les oueds. La circulation superficielle est enrayée la première par l'obstacle mécanique des bourrelets de sable Puis toute la partie aval, ne recevant plus son contingent annuel de crues, tend à se dessécher, les alluvions se trouvent livrées sans défense par la sécheresse et la pulvérulence à l'action du vent, qui les éparpille, entassant ici une dune nouvelle, raclant ailleurs le sol jusqu'au roc, détruisant enfin la continuité du tapis alluvionnaire, c'est-à-dire le réservoir de la circulation souterraine. On saisit ainsi bien nettement le mécanisme de dessèchement progressif à travers les siècles, sans qu'il soit nécessaire de faire entrer en ligne de compte la moindre aggravation du climat désertique.
Pour survivre en tant qu'habitat humain à la première apparition de ce climat de mort, la partie du Sahara qui nous occupe était bien outillée. Les puissantes ramifications de l'O. Messaoud étaient un monumental système d'irrigation naturelle susceptible de conduire les pluies de l'Atlas jusqu'au cœur du désert, jusqu'à Taoudéni. Et apparemment elles n'y ont failli qu'à la longue et progressivement, à mesure qu'elles s'engorgeaient. Si l'on en doute, qu'on songe à ce fait incontestable : des crues alimentées par les pluies de l'Atlas entre Figuig et Ain Chaïr, en suivant le chenal de l'O. Saoura, parvenaient il y a cinquante ans à Haci Boura, il y a dix ans àTesfaout. Mais l'O. Saoura est le seul, entre tant de fleuves puissants, qui soit resté à peu près libre de sable. Qu'on imagine le centre d'attraction et de vie qu'a dû être 10. Messaoud, lorsqu'il colligeait toutes les pluies de l'Atlas entre Laghouat et l'O. Draa! Un souvenir de cette époque meilleure s'est conservé dans la mémoire des indigènes, et, semblet-il, dans le nom même de l'O. Messaoud, le « bienheureux ». Que le lit de l'O. Messaoud ait constitué jadis une route accessible jusqu'à Taoudéni aux bourriquots chargés de dattes, voilà qui n'est plus
t. Voir déjà là-dessus : G. Rolland, Hydrologie du Sahara algérien (Documents relatife à 1b mission dirigée au sud de l'Algérie par M. A. Choisy, tome 111, 1885), p. 31.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XI.
Cliché Cauvin
21. — UN TROU D'EXPLOITATION A TAOUDÊNl Au iomm«t les déblais ; au-dessous couches d'alluvions ; au fond le banc de sel.
si invraisemblable, et cette légende pourrait bien être un souvenir.
Lors de la conquête de l'Algérie, cette puissante barrière de grands ergs, entrevue au sud de l'Atlas, passait pour infranchissable; elle ne Test pas à coup sûr à la circulation des caravanes, mais c'est pourtant bien une barrière, qui coupe au cœur du Sahara sa part d'humidité et de vie. Or, elle s'est édifiée lentement et grain à grain, elle n'a pas atteint du premier coup son étanchéité actuelle. Encore aujourd'hui elle a son point faible, la brèche de la Saoura. Qui sait à quelle époque peut-être récente d'autres brèches bienfaisantes se sont obstruées définitivement?