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L'Évolution du Nomadisme en Algérie, p. 238 et

GOURARA ET TOUAT 275

au Touat-Gourara, ont creusé deux puits artésiens seulement, en regard de foggaras qui se comptent par milliers ; ce sont après tout d'admirables hydrauliciens, et ils compensent l'infériorité de leur outillage par une expérience de dix ou vingt siècles; nous pouvons espérer faire mieux, mais non pas autrement. La simple réparation des foggaras a donné d'excellents résultats. D'après le capitaine Flye Sainte- Marie le débit « a augmenté dans une proportion incroyable (1/4,1 /3, 3/7)' ». On songe à bétonner les canaux à l'air libre (séguia) et les bassins de réception (madjen) pour éviter l'infiltration. (Voir pl. XXXIX, phot. 74 et XXXVIII, 71 et 72.) Bref on est en mesure d'augmenter notablement les ressources en eau.

On a pu amorcer ainsi aux oasis quelques parcelles nouvelles de terre cultivable, malgré les difficultés qu'oppose ici comme en Egypte la salure du sol *. La production des céréales s'est accrue dans une assez forte proportion, et la vente du blé a pu compenser en quelque mesure le mévente des dattes.

Ce vieil organisme économique très affaibli lutte de son mieux pour traverser une crise redoutable.

Les nitrates de potasse. — On a pu croire que le Gourara-Touat avait des chances de développement minier. On y a signalé depuis longtemps des gisements de nitrates, sur la frontière du Touat et du Gourara (à Ouled Mahmoud, Kaberten, Sba, Tililan'). J'en ai vu trois qui se ressemblent, et je crois savoir que l'autre est du même type.

M. Pouget, professeur à l'École des sciences d'Alger, a bien voulu analyser un échantillon de terre à nitrates, que j'ai rapporté d'Ouled Mahmoud. II y a trouvé une forte proportion de sel de cuisine (41 p. 100). Quant aux nitrates, ce sont plutôt des nitrates de soude que de potasse. Mais « le traitement que les indigènes font subir au minerai transforme partiellement le nitrate de soude en nitrate de potasse, grâce à la présence de chlorure de potassium* ». En somme, on pourrait extraire du minerai 6,45 p. 100 de salpêtre. C'est une quantité faible, les caliches du Chili en contiennent de 3 à 10 fois plus.

3. G.-B.-M. Flamand. Aperçu sur la géologie du bassin de l'oued Saoura (Extrait des Documents pour servir à l'histoire du Nord-Ouest Africain par Lamartinière et Lacroix, Alger, 1897, p. 108). — ld., De l'Oranie au Gourara, 1807. — Id., Observations sur les nitrates du Sahara... (Bull. Soc. géol. de Fr., iv« série, 1902, p. 366-308).

4. Extrait d'une note de M. Pou pet, qu'on donne intégralement dans l'appendice IX.

La teneur du minerai en salpêtre est variable. Elle n'est suffisant» qu'après une forte pluie, suivie d'un grand vent, c'est-à-dire d'une forte évaporation. Les indigènes l'affirment du moins, et ils attendent ce moment favorable pour l'exploitation intermittente de leurs nitrates. D'ailleurs l'ascension des sels par capillarité est, parait-il. un phénomène constant ; les déchets des caliches se rechargent automatiquement, et peuvent être exploités de nouveau. Au Gourara, cette particularité inspire à M. Flamand l'espoir qu'il existe en prorondeur des gisements très riches, alimentant les gisements pauvres superficiels.

Il faut espérer qu'un coup de sonde sera donné par l'administration qui dispose d'un petit appareil à forages. Le terrain encaissant est partout le même, argiles cénomaniennes ou albiennes.

Il faut avouer que l'aspect des gisements n'est pas engageant. Celui d'Ouled Mahmoud est tout petit; c'est une sebkha minuscule de cent à deux cents mètres de diamètre. Elle est enclose dans la palmeraie, en contre-bas du village, dans une dépression marquée. Toutes les déjections et toutes les matières animales ont dû y être entraînées et s'y accumuler depuis des siècles, d'autant plus que le sol environnant est d'argile imperméable. On est donc tenté de croire que la petite nitrière d'Ouled Mahmoud est simplement l'égout naturel d'un village très ancien.

Celles de Sba et de Tililan sont aussi de petites sebkhas à proximité de villages. L'outillage et les procédés d'extraction sont assez ingénieux quoiqu'ils donnent des résultats déplorables. D'après M. Pouget, plus de la moitié du salpêtre contenu dans le minerai se retrouve dans les déchets, soit 3,8 sur 6,45 p. 100. D'autre part, le nitrate de potasse obtenu est très impur, il contient 33 p. 100 de nitrate de soude. •

L'outillage et les procédés des Gourariens ne leur sont d'ailleurs pas particuliers. Ils étaient en usage dans les oasis des Zibans et de l'oued R'ir au milieu du xix* siècle 1 . Je ne sais pas si les nitrières d'Ouled Mahmoud auront une autre fortune que celles des Zibans, aujourd'hui tombées dans l'oubli.

1. G.-B.-M. Flamand (Aperçu..., p. 1 f :*> donne lit-dessus d'intéressants détails d'apré* le capitaine Cnrette (1X44) et l'ingénieur Dubocq (1852).

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