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Communication orale

GOURARA ET TOUAT 273

mais qui sont effrayants. Un palmier vaut à Ouargla de 30 à 50 francs; dans l'oued R'-ir de 60 à 70; et les meilleures espèces ideglat nour) vont à 300 francs; au Touat les palmiers ont une valeur maximum de 6 à 7 francs le pied, soit environ dix fois moindre.

La journée de travail au Touat se paie un sou et une poignée de dattes.

A la suite de l'occupation française, la situation économique a été modifiée profondément, et dans un sens péjoratif, au moins par certains côtés.

Le Touat a toujours vécu de la traite des Nègres ; elle lui était doublement nécessaire, d'abord pour renouveler sa main-d'œuvre, puis comme aliment principal du commerce transsaharien. La suppression de la traite est un coup terrible, qui frappe le Touat à la fois <lans son agriculture et dans son commerce ; la main-d'œuvre noire, la seule viable sous cette latitude, tend à émigrer, maintenant que nos lois lui en donnent le droit, et la sécurité des grands chemins la possibilité; comment comblera-tr-on les vides? Et d'autre part, à travers le Sahara, sur cette route commerciale dont le Touat fut un entrepôt, le Soudan, à quelques plumes d'autruches près, n'a jamais expédié que de la marchandise humaine, en échange des produits manufacturés qu'il recevait de la Méditerranée, et qui d'ailleurs, aujourd'hui, lui parviennent plus commodément par la voie océanique. Nous avons rencontré à Ouallen une caravane du Touat en partance pour Tombouctou; elle se composait de deux chameaux chargés de tabac. Les fameuses caravanes d'autrefois, si surfaites qu'on les imagine, étaient apparemment plus fortes et transportaient des marchandises plus variées.

Par surcroît notre venue a troublé profondément le commerce intérieur du Sahara entre nomades et sédentaires. Le Touat était le marché où les produits agricoles (surtout les dattes) s'échangaient contre ceux de l'élevage (mouton, beurre). Pour des raisons diverses, et à titre plus ou moins provisoire ou définitif, les nomades ont désappris le chemin du marché.

Ceux du sud, les Touaregs, ont quitté les oasis après l'occupation d'in Salah pour n'y plus reparaître pendant de longues années.

Ceux de l'ouest sont les Beraber, depuis la disparition des Ouled Moulad; c'étaient les nomades particuliers du Touat proprement dit; ils ne l'ont quitté qu'après de sanglants combats, et ils semblent encore loin d'accepter le nouvel ordre des choses.

Ces désertions du inoins ne sont pas durables ; la question Touareg

est déjà résolue et la question Beraber recevra quelque jour une solution. Au nord, du côté des nomades algériens, clients propres du Gourara, le mal est moindre, mais il est irréparable. Les Hamyan et les Trafi du Sud-Oranais, poussés par l'administration française, ont vite repris, après une courte interruption leur habitude séculaire d'envoyer une fois l'an au Gourara de grandes caravanes *. Pourtant M. le capitaine Flye Sainte-Marie, dans son étude très documentée, constate la décadence du trafic sud-oranais, malgré les encouragements administratifs ; au Touat proprement dit le nombre des chameaux oranais est tombé de i 300 à 1 700*. L'insécurité de la frontière n'est pas étrangère à cette déchéance. Mais la grosse raison est ailleurs, elle a été indiquée par MM. Lacroix et Bernard*. Les conditions économiques ont été si profondément modifiées dans l'Oranie par l'occupation française que la répercussion s'est fait sentir sur l'alimentation. « Les indigènes arrivent à ne plus tenir aux dattes. » Ou s'ils en consomment encore, ce sont les dattes supérieures de l'oued R'ir. La datte en Algérie est tombée du rang d'aliment à celui de friandise; et les médiocres produits des palmeraies touatiennes s'accumulent en stocks invendus.

En compensation de tant de ruines l'occupation française a eu ses avantages. Le premier est une garnison qui laisse dans le pays à peu près l'intégralité de sa solde. Dans une sous-préfecture française c'est un bienfait apprécié. Au Touat ç'a été le point de départ d'une révolution économique. L'argent monnayé a tué le troc ; les Juifs, les Mzabites, voire les Ghaamba ont fondé des maisons de commerce ; au lieu des anciennes caravanes libres qui venaient échanger en nature des moutons contre des dattes, on a vu apparaître des caravanes organisées par entreprise, exécutant des commandes, et qui viennent chercher au Touat non plus des dattes mais de l'argent; elles ont emprunté des routes nouvelles celles de l'est qui viennent dn M'zab, d'Ouargla, ou même de Gabès. A la place de l'ancienne vie commerciale paralysée on en voit naître une nouvelle.

Autre bienfait corrélatif du premier, la garnison a apporté la sécurité, grâce à laquelle on cherche à développer les procédés d'irrigation et l'étendue des cultures. Les sondages artésiens, entrepris, il est vrai, avec un outillage insuffisant, n'ont encore rien donné; et il est bien possible que ce mécompte ne soit pas fortuit. Les indigènes,

1. Voir Bulletin du Comité de l'Afrique française. Renseignements coloniaux. Septembre 1005, p. 350.

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