Pl'ITS DE TIMISSAO
Type de puits saharien ;'i orifice étroit.
Cticlic I «peu inc
14. — TYPE DE I L ITS SOUDANAIS à lar^c orifice; (Adr'ar des Ifor'ass.)
ONOMASTIQUE i5
Tadjemout ou Ain Tikedembati. Des photographies seraient interchangeables.
En somme sous le nom d'aïn les indigènes se représentent un orifice où l'eau affleure jusqu'à déborder, par opposition au puits, où l'eau ne se trouve qu'à une profondeur plus ou moins grande et parfois considérable.
R'dir ou aguelman. — On pourrait être tenté de traduire le mot arabe r'dir, alias guelta (ou son équivalent berbère aguelman) par le français « mare », « flaque d'eau ». Il est remarquable pourtant qu'on ne le fait jamais; à ce point que le mot de r'dir estdéjà presque acclimaté chez nous. Les r'dirs sont en eiïet les mares qui subsistent dans le lit d'un oued, en des points privilégiés, et pendant un temps plus ou moins long, après l'écoulement de la crue. Et c'est dire qu'ils n'ont pas d'équivalent exact en dehors du pays des oueds.
Par définition le r'dir n'est pas pérenne, et, en règle générale, il est bien loin d'offrir au voyageur les mêmes garanties qu'un puits ou une source; à moins de renseignements précis et récents on ne peut pas compter sur lui avec certitude. Dans l'espèce pourtant il y a des aguelmans pérennes (In Ziza, Taguerguera et parmi ceux qui ne le sont pas il en est beaucoup qui conservent de l'eau pendant plusieurs mois. Cela signifie que ces r'dirs sont alimentés par des réserves souterraines ; le soleil du Sahara aurait vite fait d'assécher une flaque où l'eau ne se renouvellerait pas. D'ailleurs les plus beaux r'dirs sont en terrain perméable, ceux de l'oued Saoura, par exemple, dans les sables du lit; l'aguelman Taguerguera dans les grès dévoniens; celui d'In Ziza dans les laves. Voilà qui suffirait à les diversifier de nos mares, creusées au contraire dans un sol imperméable.
Il n'y a donc pas d'opposition essentielle entre les r'dirs et les sources ou les puits. Ce ne sont pas des citernes, il ne saurait y avoir au désert de réserves d'eau un peu importantes indépendamment des souterraines. Mais les r'dirs s'alimentent à des nappes superficielles, susceptibles de s'assécher tout à fait ou de s'appauvrir considérablement dans les périodes de longues sécheresses. M. le capitaine Mussel en 1905 a vu l'aguelman Taguerguera 1 presque à sec; dans l'intervalle de deux visites (1903-1903) l'aguelman d'In Ziza avait baissé de moitié.
Un autre caractère du r'dir, particulièrement frappant pour l'indi-
1. Suivant le dialecte, les Touaregs prononcent et par conséquent on peut écrire indifféremment Tadjerdjera ou Taguerguera; de même qu'on écrit Azguer ou Azdjer.
gène, c'est que par son aspect extérieur il ne rappelle en rien les puits ou les sources. L'eau s'étale largement, l'aguelman Taguerguera a une centaine de mètres de long, et M. le capitaine Besset en décrit au Mouidir de beaucoup plus considérables; ce sont de petits lacs, pittoresques et mystérieux, sans affluent ni effluent apparents. (Voir pl. VI, phot. Il et 12.)
Tilmas. Abankor. — Tilmas (en berbère abankor), n'a pas d'équivalent français. C'est le sable bumide où il suffît de creuser à la main une petite cuvette pour qu'elle se remplisse d'eau; un r'dir ensablé si on veut; et l'on conçoit que le sable protège la nappe bumide à la fois contre l'évaporation et contre la contamination, ou du moins (car il semble que les microbes supportent mal le climat saharien), contre les impuretés.
Pour être complet il faudrait consacrer un alinéa aux foggaras, mais il est évident que leur étude sera mieux à sa place dans le chapitre des oasis, dont elles sont l'orgueil et la particularité la plus caractéristique.
En somme l'eau du Sahara se présente sous forme d'affleurements, et Ton dirait presque de filons; plus précieuse d'ailleurs qu'aucun minerai imaginable. L'eau superficielle, immédiatement accessible sans travail humain, celle des tilmas, des r'dirs, des sources, est relativement rare : un coup d'œil sur une carte générale du désert montre l'énorme prédominance des points d'eau qui portent le nom de haci. Pour boire et pour irriguer les indigènes ont développé des qualités d'ingénieurs hydrauliciens tout à fait disproportionnées à leur culture générale. Les animaux eux-mêmes ont dû suivre cet exemple dans une certaine mesure. Il en est, les domestiques, le chameau par exemple, qui mourraient de soif si on ne les abreuvait pas, et dont l'initiative se réduit à se rassembler autour du puits avec des mugissements plaintifs. D'autres se passent de boire, autre chose du moins que le suc des plantes ou la rosée (la gazelle). Les grandes antilopes ne se trouvent que dans les régions où l'eau est à fleur du sol (tilmas de l'erg er Raoui, aguelmans et sources du pays touareg); et elles ont dû apprendre du moins à gratter le sable des tilmas. Le chacal, grand buveur, se montre particulièrement ingénieux. Au voisinage des puits il creuse des galeries jusqu'à l'eau, des « travers-bancs ». J'en ai vu de semblables au puits d'Ouallen, et les officiers de la colonne Flye Sainte-Marie en ont admiré dans la Ménakeb.
Dans un pareil pays il est clair que l'onomastique des points d'eau doit être particulière.
E.-F, Gaitier. — Sahara Algérien. Pl. VIII.
Clwlic Cijuticr
iS. - OUED AU SI AN A
Arbastc (jujubier) juche sur un monticule.
Medjbed. — On se trouve couramment entraîné dans l'exposition à donner aux routes sahariennes leur nom indigène de medjbed. Les mots français de route ou de sentier seraient en somme inadéquats. Au point de vue voirie un medjbed est un sentier créé et entretenu par les pieds des chameaux; il est en général admirablement marqué au moins sur les sols de regetdehammada; partout ailleurs que dans l'erg le sol saharien conserve les empreintes avec indiscrétion, racontant à qui sait le déchiffrer, au sujet de la dernière caravane, eût-elle passé depuis des mois, les moindres incidents du voyage. Mais c'est un sentier transcontinental, se prolongeant rectiligne sur des centaines et des milliers de kilomètres; jalonné de tas de pierres aux croisements, suivant de point d'eau en point d'eau un itinéraire étudié par la sagesse inconsciente des générations. Pour traduire une expression de ce genre, « le medjbed d'In Salah à Tombouctou », le mot de sentier paraîtrait un peu grêle. (Voir pl. VIII, phot. 16.)
Ce medjbed d'ailleurs, qui conduit de l'eau à l'eau, et qu'il s'agit de ne pas perdre ou de retrouver sous peine de mort, devient dans l'imagination du voyageur un personnage considérable; ces incertaines traces d'usure à la surface du sol, seuls guides et seuls vestiges d'humanité sur d'immenses étendues, prennent une sorte de caractère sacré; et on ne conçoit pas la possibilité de laisser anonyme une individualité si marquante.
Tanezrouft. — Le mot de Tanezrouft, semble bien être, dans son acception vraie, autant qu'il est possible de la dégager, un nom propre plutôt que commun, le nom d'un pays, immense, il est vrai, et mal délimité. Les indigènes le donnent à tout ce qui s'étend entre les pays Touaregs (Hoggar, Mouidir, Ahnet, Açedjerad) d une part et le Soudan de l'autre. Cette immense région est peut-être une unité géologique; il semble bien en effet qu'elle soit tout entière une pénéplaine silurienne et archéenne. Mais c'est avant tout une unité climatique, le pays absolument dépourvu d'eau et inhabitable sur d'immenses étendues, le pays de la peur, de la soif, des marches ininterrompues haletantes, de vingt heures sur vingt-quatre pendant plusieurs jours, le désert maximum qu'on traverse en tremblant.
Dans d'autres parties du Sahara des régions analogues semblent porter des noms différents. Dans l'ouest par exemple le Djouf semble un pendant et d'ailleurs une prolongation du Tanezrouft, de même que le Tiniri dans l'est.
11 est donc probablement incorrect mais il est commode et il devient usuel d'employer ce terme de Tanezrouft dans un sens général, et de
■AHAR* ALoéniEX. 2
Tappliqucr aux grandes étendues vides, aux déserts maxima, qui séparent les uns des autres au Sahara les districts habités.
Et sans doute nous saisissons ici sur le fait la déformation que nous infligeons, plus ou moins consciemment, au vocabulaire indigène quand nous essayons de le franciser. Mais nous ne faisons pas ici une étude philologique du vocabulaire géographique indigène. Le but poursuivi est d'enrichir le nôtre en mettant à notre disposition des termes nouveaux pour exprimer sans périphrase des individualités géographiques nouvelles.
Il est remarquable cependant que nous soyons amenés à emprunter ces termes nouveaux au vocabulaire indigène. En d'autres contrées désertiques les géographes n'ont pas cette ressource, ou, faut-il dire, cet embarras. A feuilleter Le Kalahari du D r Passarge on s'étonne d'y rencontrer une nomenclature exclusivement européenne et même improvisée par périphrases (Salzpfanne, Sandpfanne, Pfannencrater, etc.); à la périphrase sandpfanne pourtant, le D r Passar-e substitue souvent le nom hollandais de Yley. L'Afrique du Sud tout entière semble un pays où le vocabulaire géographique ne s'est pas enrichi de termes populaires indigènes et où l'Européen a baptisé les formes caractéristiques avec les ressources de ses propres langues (Kopje).
C'est évidemment que les langages multiples et enfantins de populations nègres ne sont pas assez riches pour justifier un emprunt. Au Sahara nous avons affaire à de vieilles races cultivées et à une langue savante. L'explication pourtant n'est peut-être pas suffisante. A trouver cet affreux pays, ce désert, pourvu d'une si riche onomastique bilingue, on éprouve quelque surprise. Cet étiquetage minutieux des formes et des individualités géographiques atteste l'effort accumulé d'un peuple observateur, qui est aujourd'hui bien maigrement représenté, et c'est peut-être le legs d'un passé plus prospère. On se serait abstenu pourtant de formuler une conclusion aussi incertaine, si elle n'était étayée par bien d'autres observations beaucoup plus probantes, que nous aurons à présenter dans les chapitres suivants.
D'une façon générale, par exemple, la seule existence des puits qui jalonnent les medjbeds semble attester que le Sahara n'a pas toujours été ce que nous le voyons. Car si ces puits n'existaient pas, il serait impossible, dans ces effroyables solitudes, d'en trouver l'emplacement et de les forer. Nous les devons apparemment à des générations humaines, qui ont assisté au dessèchement progressif et l'ont combattu pied à 'pied, suivant dans le sol la nappe d'eau qu'ils avaient connue en surface. Si l'on songe aux difficultés de l'explora-
tion, dans les déserts vides et bruts de l'Australie, on se rend compte que l'aménagement du Sahara pour la vie humaine est une merveille inappréciable. Elle devient inintelligible, si nous ne la concevons pas comme le produit d'une accommodation graduelle à une transformation péjorative du pays. Les indigènes n'auraient pas pu inventer : il faut donc qu'ils se soient souvenus.