‹ Sahara algérienChapitre 7 sur 119 · OUED TLII IA · texte numérisé non relu

OUED TLII IA

Au second ptafl à droite berge de l'oued taillée par l'érosion quaternaire

dans les calcaires crétacés.

L'oued actoct est représenté pir le* toullcs de vegention, «jui constituent un bon pjiurj^c lype.

H.- F. Gautier. —

S;ili;ira Algérien.

Pl. V.

Cliché Gautier

9. — SEBKIIA DE TIMIMOIN la scbkha est au second (Un ; une bande uniforme d'un blar.c éclatant, a cause du sel. l'oe sebkha est une cuvette fermée, où s'accumulent, faute d'ciutoirc, les substance: chimiques.

Cliché l'ulion

10. - TYPE DE MAADER (ou dayo) Pondant contrasté de la scbktin C'est nne cuvette alluvionnaire traverse par un courant souterrain, qui entraine plus loin les produits chimiques ; en conséquence la nappe d'eau reste douce, et alimente la végétation.

tente. La nécessité d'avoir un mot spécial, pour une catégorie de cours d'eau si particulière, a été si vivement sentie, et ce mot est devenu d'un usage si courant que toute explication est superflue.

Sebkha et chott. — On peut en dire autant des sebkhas et des chotts. Je ne crois pas qu'il y ait lieu de chercher une différence de signification entre les deux expressions. Ce sont simplement deux synonymes, le premier plus usité en Algérie et le second au Sahara.

Leurs aires respectives de distribution ne sont pourtant pas nettement délimitées. En Algérie, et dans une même province on dit la sebkha d'Oran et le choit H'arbi. Au Sahara on dit le choit Alelrir, et la sebkha de Timimnun. J'imagine que la solution de cette petite difficulté serait dans une étude des frontières dialectales. Kn tout cas s'il existe entre les deux une nuance de sens je suis incapable de l'indiquer.

La sebkha, puisque c'est en somme l'expression saharienne (et c'est aussi, je crois, en conséquence, la moins familière au public français), n'a pas d'équivalent dans notre langue; sur nos sols bien drainés nous n'avons pas de bassin fermé. C'est à la fois un lac et une zone d'épandage, le point terminus d'un réseau iluvial. Les caractères généraux sont trop connus pour qu'il y ait lieu d'insister — bords nettement délimités et souvent par des falaises, surface unie, nette de végétation et de sable; fondrières et sables mouvants; efflorescences salines qui augmentent lorsque des orages et des inondations déterminent un afflux de la circulation souterraine (Voir pl. V, phot. 9.)

Les termes hydrographiques, en somme, sont précisément ceux qui se passent le mieux de toute introduction auprès du public frauçais. Cela est tout naturel si l'on songe que toute notre éducation géographique, et le simple usage de nos cartes, attirent particulièrement notre attention sur le réseau fluvial.

Les cours d'eau jouent dans la vie humaine un rôle capital aussi bien et plus encore au Sahara qu'ailleurs, mais ils le jouent autrement. Ce n'est plus le cours d'eau dans ses usages immédiats qui est ici essentiel, c'est la végétation. L'oued est par excellence un lieu de pâturages et devient ainsi le point d'attraction unique pour le nomade; là est concentrée toute la vie parce que là seulement on trouve du vert.

Au point de vue alimentaire le régime hydrographique a une onomastique spéciale dont certains termes valent une tentative d'acclimatation.

12 SAHAJIA ALGÉRIEN

Maader. — Celui de maader par exemple parait indispensable.

Il est inconnu, il me semble, dans le nord, dans la région de l'Atlas, où on emploie à sa place le mot daya, peut-être plus connu du public français (daya de Tilr'emt, plateau des dayas) ; je crois ce mot synonyme de maader à quelques nuances près.

En hydrographie désertique le maader est l'équivalent de notre lac, aussi exactement en somme que l'oued correspond à notre rivière. Dans le processus de disparition d'un lac, en passant par le marécage, on aboutirait au maader : une cuvette d'alluvions, nettement circonscrite, avec oueds affluents et e/'/hients. C'est par son effluent que le maader se diversifie de la sebkha; au lieu qu'un oued vienne y mourir, et l'incruster de dépôts chimiques, le maader est traversé et vivifié par un courant souterrain. Il est couvert de végétation; les maadres sont parmi les plus beaux pâturages sahariens; ce sont des points importants, centres de vie qu'il est impossible de laisser anonymes. (Voir pl. V, phot. 10.)

Le maader (au rebours de la sebkha qui reste unie parce qu'aride), a toujours une tendance à se mamelonner de sable accumulé autour des toulîes, souvent il passe à la nebka, dont nous avons rattaché la mention à l'alinéa de l'erg, mais qui ne peut pas être passé sous silence à propros d'hydrographie. Et d'ailleurs il y a une corrélation évidente entre les maaderset les ergs. Les grands maaders du Mouidir, dont l'oued Bota est l'eflluent, sont partiellement recouverts d'assez grands ergs, avec lesquels ils partagent les noms de Tegant et d'Iris. Les dunes envahissent de même les maaders de l'oued Adrem, le maader Arak, etc.

IS'ous arrivons ainsi, à propos de nomenclature, à suivre les principales étapes de la décomposition après décès du régime hydrographique; ce qui fut évidemment un lac ou un marais devient un maader, puis une nebka, puis un erg; et il est évidemment assez méconnaissable au premier coup d'œil sous ce dernier avatar.

Haci. — L'eau vive, libre, directement utilisable, se présente au Sahara sous des aspects dont la diversité a été minutieusement notée par l'onomastique indigène.

Certains mots ont leur équivalent français. Haci par exemple est très suffisamment traduit par notre puits, et c'est presque dommage; le puits saharien en effet, est bien différent du nôtre par son rôle économique. 11 jalonne les routes désertiques, marquant le gîte d'étape, tenant lieu d'hôtellerie et de caravansérail.

On le fait très étroit, à peine suffisant pour livrer passage à un

homme, qui y rappelle un ramoneur dans une cheminée. C'est que malgré toutes les précautions il s'ensable, il faut le désobstruer et presque le creuser à nouveau; ce gros travail, toujours à recommencer, est d'autant moindre que le diamètre est plus petit. Dans ce pays où les habitations les plus somptueuses sont en pisé, les margelles des puits ont le privilège d'être grossièrement mais solidement maçonnées en pierres sèches ; et de telle façon que les voyageurs soigneux puissent fermer l'orifice avec des dalles, en lutant les interstices avec de la fiente de chameau. Et si imprévoyants que soient les indigènes ils n'y manquent pas, surtout les voyageurs isolés, ou en petites troupes, disposant pour désobstruer le puits d'un petit nombre de bras. Au voisinage du puits, autant que possible sur des éminences, en des points choisis pour être visibles de loin, se dressent des pyramides de pierre, des amers qui guident le voyageur. Il existe des formules déprécatives aux divinités des puits., qui semblent d'antiques oraisons païennes, mal islamisées : — celle-ci par exemple, avec laquelle on prend congé : « bqaou ala kheir, ehl el haci, ehl el ma — demeurez en paix, elfes du puits, elfes de l'eau ». Tout cela fait au puits saharien une physionomie à part, à laquelle n'est pas adéquat notre mot de puits, évocateur d'une cour de ferme ou d'un coin de grange.

Notons encore que le puits soudanais est tout différent du puits saharien; dès qu'on arrive à l'Adr'ar des Ifor'ass la différence s'accuse brusquement; le puits soudanais a un diamètre énorme à l'orifice même, cinq ou six mètres; son seul aspect prouve que le climat est changé, on ne craint plus l'ensablement. (Voir pl. VII, phot. 13 et 14.)

Notons que le mot bir synonyme algérien de haci n'est guère usité au Sahara.

Aïn. — Le mot d'aïn a ceci de particulier qu'il correspond à deux concepts français bien distincts, celui de source naturelle et celui de puits artésien. Tout ce qui sourd, naturellement ou artificiellement, toute eau animée d'un mouvement ascendant porte le nom d'aïn. Ici donc le vocabulaire français est plus riche que l'arabe, et il n'y a pas lieu par conséquent d'avoir recours à ce dernier; il est impossible pourtant de ne pas insister sur ce mot d'aïn qui revient à chaque instant sur les cartes, comme celui de haci d'ailleurs, et qui contribue à en rendre la lecture difficile '.

Une source saharienne est, elle aussi, très différente de son homo-

1. On trouvera dan» le texte le mot Haci représenté par l'abréviation H. et Ain par A.

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nyme européen. Le mot évoque chez nous l'idée de ruissellement, on dit le bruissement d'une source, la source d'une rivière. La notion est étroitement unie à celle d'eau courante, et même, par extension à celle de commencement : on dit métaphoriquement « remonter à la source ». Dans ces acceptions, qui sont précisément les usuelles, le mot de source est intraduisible par celui d'aïn. Ici nous touchons du doigt l'indépendance essentielle des deux vocabulaires vis-à-vis l'un de l'autre. Lors même que deux termes se correspondent assez pour être pratiquement interchangeables, cette équivalence est apparente plutôt que réelle.

Dans un pays où le rapport entre les pluies et l'évaporâtion est tel qu'il ne peut pas exister un seul cours d'eau pérenne, une source ne coule jamais; la source se présente sous l'aspect d'un simple trou d'eau, une vasque, à bords assez nets, quoiqu'on distingue d'anciens niveaux et des bavures, traces des variations du niveau suivant les saisons et les années. Souvent les bords et le fond même sont complantés de végétaux aquatiques (berdi par exemple, autrement dit iypha). Le diamètre de la flaque est évidemment fonction du débit et de l'évaporâtion, l'homme n'en a pas le contrôle; pourtant l'aspect du trou suggère l'idée d'un certain travail humain d'accommodation; on a creusé, récuré, grossièrement entretenu les talus, transformé un suintement boueux en un bassin d'eau claire; il y a là un rudiment de captage. Il n'existe peut-être pas au Sahara de source entièrement naturelle, comme chez nous; l'homme a toujours collaboré, si modestement que ce soit, à l'œuvre de la nature ; il n'y a guère de sources sahariennes que captées.

Et dès lors on comprend mieux que le même mot d'aïn puisse désigner aussi un puits artésien. En dernière analyse, un puits artésien est une source particulièrement difficile à capter. Ceux des oasis d'ailleurs, ceux du moins qui sont anciens et purement indigènes, ne présentent pas extérieurement l'appareil mécanique des nôtres; ils ne sont ni forés à la machine ni tubés. On sait qu'ils sont creusés et entretenus, avec des instruments primitifs, par une corporation de plongeurs, les r'tass. Ils ont donc extérieurement l'aspect banal d'un trou vaguement circulaire, dont la seule particularité, mais essentielle est d'être plein d'eau jusqu'au bord ou même à déborder. C'est exactement l'aspect d'une source, entre les deux catégories d'aïn il y a bien une différence de structure intérieure mais non pas de physionomie à la surface du sol. Tel puits artésien que j'ai vu aux environs d'Ouargla, ou bien encore celui d'Ouled Mahmoud dans le (iourara, ressemblent exactement à des sources Touaregs, comme Aïn

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. PL. VI.

II. — AGl'EI.MAN TAGL ERGl ERA (00 aval) dans le canyon de l'oaedi dont on voit une deo parois (grès co-devoniens).

ClicM Gautier

iï. - AGt'ELMAN TAGUERGl'ERA (on amont) occupant tout le fi'Cd du canyou

(gres éo-dévoniens).

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien. Pl . VII.

Cliché Ijpcrrinc

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