‹ Sahara algérienChapitre 88 sur 119 · BLED EL MASS · texte numérisé non relu

BLED EL MASS

Couches siluriennes (plivllades) très éti<-rgiqueiuent plissées et :iraséos. sur le terrain on les voit supporter le dévouien horizontal.

Cliché Gautier

91. — Dans l'Adrar Ahnet (guella d'Ouan Tohra), une gorge sauvage au fond de laquelle la progression u'est pas possible sans corde. — Cires quarziteux.

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II n'est pas possible de se soustraire à la conclusion que la nappe d'eau se trouve dans le Crétacé.

Mais d'où vient-elle?

M. Flamand attribue à l'eau d'In Salah une origine méridionale; il la croit venue du Mouidir et l'hypothèse n'est pas invraisemblable ; les grès du Mouidir sont, assurément, un gros réservoir d'humidité, avec lequel il est facile d'imaginer que le Tidikelt puisse être en communication.

Il est certain que le dj. Azzaz et le dj. Idjeran, affleurement de grès dévonien qui borne à l'est le Tidikelt, sont des lieux de sources (Ain Kahla, etc.) et ces sources sont alimentées par le Mouidir. A l'autre bout du Tidikelt Ain Cheikh jaillit de même dans un affleurement de grès éodévonien. Il semble donc bien que la nappe souterraine des grès méridionaux doive trouver son chemin jusqu'au Tidikelt où l'existence de failles facilite son ascension. D'autre part pourtant, on ne peut guère supposer que l'oasis d'In R'ar soit, par une coïncidence purement fortuite, précisément au débouché d'un grand oued descendu du Tadmaït. Il faut apparemment se garder de conclusions absolues et supposer que le Mouidir et le Tadmaït collaborent à la prospérité du Tidikelt.

Il en a grand besoin, car il se trouve dans des conditions défavorables pour utiliser la nappe d'eau du Tadmaït, qui manifestement d'après la pente générale du terrain est surtout drainé au profit des autres groupes d'oasis (Ouargla, Gourara, Touat).

N'oublions pas il est vrai que le Tidikelt, comme importance numérique en palmiers et en âmes, est inférieur de moitié au Touat ou au Gourara. Un coup d'œil sur la carte montre que, au Tidikelt, la distribution des oasis est assez particulière.

Tandis que les palmeraies du Gourara et du Touat s'étendent bout à bout, en formation linéaire, les palmeraies d'In Salah, d'In R'ar, d'Aoulef, etc., sont parallèles l'une à l'autre, en colonne de compagnie.

Cela revient à dire que chacune a son originalité propre, et sa nappe d'eau particulière. Il serait désirable d'en avoir des monographies.

Quoique ces études de détail fassent défaut on peut affirmer cependant, en règle générale, que chaque palmeraie est en relation avec une petite cuvette syndicale, allongée nord-sud, petit pli posthume déterminé par un effondrement local du substratum hercynien ou calédonien. Cette petite cuvette synclinale est une poche où l'eau s'est accumulée comme le montre non seulement l'existence de l'oasis mais encore en général celle d'une ou plusieurs sebkhas.

La carte ci-jointe, dressée par M. le lieutenant Voinot, et qui m'a

été communiquée par M. le commandant Lacroix, rend sensible cette disposition à l'oasis d'Aoulef-Timokten. La cuvette synclinale n'est pas marquée seulement par les courbes de niveau, mais encore par des foggaras, naturellement normales à la pente, et qui viennent

"'Bouirât-

Fig. 00. — Carie d'Aouler, dressée par M. le lieutenant Voinot. fl.i-s traits uoirN convorponts sont les foppaxas.)

de l'ouest à Tinioklen et de Test au contraire à l'Aoulef. Cette disposition des foggaras en auréole ou en rose des vents autour d une sebkha centrale ne se retrouve nulle part ni au Touat, ni même je crois au Gourara, où le parallélisme des foggaras entre elles est la règle générale.

Notons pourtant que certaines oasis du Gourara, en petit nombre (par exemple Ouled Mahmoud), sont elles aussi en relation avec de petits plis posthumes.

Cette similitude apparaîtra accentuée si on se rappelle que le Gourara a quelques puits artésiens (Ouled Mahmoud en particulier). Depuis notre installation aux oasis nous avons fait des efforts infruc-

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tueux pour en forer au Touat — couronnés de succès au contraire au Tidikelt, au moins sur certains points.

D'après M. le lieutenant Voinot le Tidikelt a 8 puits artésiens :

\ à Foggaret ez Zoua, 4 à In Salah, 1 à Akabli, 1 à Tit, 1 à In R'ar.

Évidemment l'accumulation des eaux dans des cuvettes synclinales explique le succès de ces forages.

Le Tidikelt a donc une hydrographie assez originale. D'autre part on sait déjà qu'il partage avec le bas Touat le privilège regrettable d'être ensablé. In Salah est très menacé par les dunes. Aoulef l'est aussi comme en témoigne la carte. D'après les traditions, dans un certain nombre de ksars l'homme a été chassé par le sable.

Notons cependant que dans le fossé d'effondrement, qui a le monopole des dunes, le Tidikelt est bien loin d'être le point le plus ensablé. Les grosses agglomérations de dunes se trouvent dans les maaders du Bota (erg Tegant, erg Iris), et de l'O. Adrem (erg Ennfous, erg Tessegafi), c'est-à-dire au point précis où il est naturel qu'ils soient, si on admet un rapport entre les alluvions et les dunes.

Histoire. — C'est au point de vue humain que le Tidikelt se distingue franchement du Touat et du Gourara.

A ce point de vue la meilleure monographie a été rédigée il y a plusieurs années déjà par M. le lieutenant Voinot. Elle n'a pas été publiée encore, et il est à craindre qu'elle ne le soit jamais; c'est une raison de plus pour lui faire de larges emprunts 1 .

Dans le travail de M. Voinot, la partie historique est très neuve et très intéressante.

Dans le haut Touat, au Gourara, dans l'O. Saoura il ne subsiste pas de traditions indigènes concernant le premier aménagement hydraulique du pays; aussi loin que va la mémoire humaine on retrouve les oasis déjà existantes. Elles sont probablement préislamiques; en tout cas il est impossible d'affirmer qu'elles ne le sont pas.

Au bas Touat, d'après Watin*, des traditions un peu confuses assignent une date à l'établissement des premières foggaras. Elles auraient été creusées par les Rarmata, au m* siècle de l'hégire, c'est-àdire au x e siècle de J.-C. Auparavant il n'y aurait eu au Reggan que des puits de caravane, creusés par les Arabes Moakel, nomades du Sahel, qui « avaient établi un courant commercial entre le Soudan

1. Je saisis cette occasion de remercier M. le commandant Lacroix, qui a bien voulu me communiquer ce travail; — et M. Voinot lui-même ù qui j'ai d'ailleurs d'autres obligations.

et le Maroc ». Ces traditions sont, il est vrai, fâcheusement associées à l'étymologie Oualin louât, ce qui n'est pas pour leur donner un caractère d'authenticité; elles méritent pourtant attention.

Au Tidikelt le doute n'est plus permis, les traditions recueillies par Voinot sont nombreuses, précises et concordantes. Partout le souvenir s'est conservé d'une époque où le pays entier était un pâturage, parcouru par les troupeaux touaregs, et dont la r'aba est aujourd'hui le dernier vestige. Dans chaque oasis on indique exactement la date de la fondation.

In Salah serait la plus ancienne; ce fut un pâturage des Touaregs Kel Amellen jusqu'au xin* siècle environ, époque où les premières foggaras auraient été creusées par un nègre nommé Salah, et un certain Mohammed el Hedda, venu de Deldoul (Gourara). De là évidemment l'étymologie Aïn Salah, inventée après coup par les Arabes, puisque le nom véritable est In Salah, et que la particule Berbère In estfréquente dans l'onomastique (In R'ar, In Bel rem, etc. \

Viennent ensuite par ordre d'ancienneté :

Akabli, — autrefois pâturage de Hacci Debder — l'oasis a été fondée en 1230 — agrandie en 1235, 1255. 1273, 1303. Aoulef, puis Tit, puis In R'ar.

L'oasis de Timokten n'a été mise en culture qu'aux environs de 1700.

Les oasis de l'extrême est, Haci el Hadjar, Milianah, Foggaret el Arab, Igosten, datent du xvui 8 siècle. A Foggaret el Arab, la foggara la plus ancienne, foggara el Guedima, est de 1720; la plus récente, celle de Hadj Ali, est de 1800.

Ce sont là des souvenirs précis, souvent datés, quelques-uns tout récents, et qui ne peuvent pas être mis en doute.

Aussi bien les défricheurs du Tidikelt sont venus très souvent du Touat et du Gourara.

A Aoulef la migration de 1303 est celle des Ouled Meriem du Heggan. Les Ahl Azzi qui fondèrent Tit venaient de Fenourin (Touat). Parmi les fondateurs de Timokten, les uns (Ouled Yahia) venaient de Deldoul, les autres (Ouled Dehane) du Timmi.

Il est clair que parmi les trois groupes touatiens, le Tidikelt est le plus récent de beaucoup, c'est une idée toute nouvelle et que nous devons entièrement à M. Voinot.

On sait anciennement que les inscriptions tifînar' ne sont pas rares au Tadmaït 1 , et les Touaregs affirment que le Tadmaït fut

I. J'en donne en appendice. M. Flamand en a signalé : il en existe auprès du fort Miribel, d'npn s le colonel Lapcrrine.

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jadis leur domaine. Tout confirme donc le recul des Touaregs au Tidikelt dans les derniers siècles.

La grande poussée d'arabisation, venue de l'ouest, du Maroc et de la Seguiet el Hamra, ce qu'on pourrait appeler la poussée andalouse, a donc eu sa répercussion jusqu'ici. Elle a refoulé les Berbères hors du Tidikelt, et du même coup elle y a apporté l'agriculture. Nous saisissons ici sur le fait, beaucoup plus nettement qu'ailleurs, le lien qui existe entre la poussée andalouse et le progrès économique au Sahara, et sans doute il n'est pas surprenant que les fugitifs des huertas espagnoles aient été en Afrique de bons professeurs d'hydraulique agricole.

Démographie et organisation politique. — Le Tidikelt est sur la frontière des deux langues et des deux cultures, arabe et berbère ; c'est une marche où l'influence arabe est encore mal assise. On s'en rend compte en étudiant avec M. Voinot sa démographie et son organisation politique.

J'emprunte d'abord à M. Voinot un tableau intéressant et inédit.

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