‹ Sahara algérienChapitre 89 sur 119 · BLANCS · texte numérisé non relu

BLANCS

HARATIN

TOTAL dos habitants

toi

Ce tableau fait ressortir d'un coup d'œil un certain nombre de faits intéressants.

11 nous donne la proportion exacte à la population générale des haratin, c'est-à-dire des paysans. Je ne crois pas qu'on la connaisse au Touat et au Gourara. Ici elle est assez faible. Sur 8831 habitants 3631 seulement cultivent, et nourrissent les autres. Il est vrai que le nombre des esclaves n'est pas indiqué, on ne nous dit pas s'il est

ftAHAHA ALtiÉHIEM. 20

306 SAHAHA ALGERIEN

inclus dans celui des haratin. On verra en outre que l'agriculture n'est pas la seule ressource alimentaire du Tidikelt.

Sur douze ksars il en est deux beaucoup plus importants que les autres qui renferment à eux seuls plus de la moitié de la population totale, ce sont In Salah et Aoulef ; autour de l'un se groupe le Tidikelt oriental, autour de l'autre l'occidental : ce sont les deux capitales, comparé au Touat et au Gourara le Tidikelt est centralisé.

De ces deux centres le plus important n'est pas le plus connu, In Salah (1700 habitants); mais c'est de beaucoup Aoulef (3 791 habitants. Je n'imagine pas pourquoi la plus petite agglomération est précisément celle dont le nom s'est imposé au public européen ; c'est apparemment une notoriété de hasard, mais qui a eu ses conséquences puisque In Salah, après avoir été notre objectif stratégique, est aujourd'hui notre capitale administrative. Ce n'est pas sans conséquences fâcheuses pour Aoulef, et même au Sahara une réclame insuffisante eut un désavantage économique.

L'hydrographie de détail au Tidikelt n'ayant pas été étudiée, il est impossible de savoir si Aoulef dispose d'une nappe d'eau plus puissante; faut-il invoquer, pour expliquer l'infériorité d'In Salah, le fait incontestable que les dunes y sont bien plus agressives ? ou faut-il trouver naturel que le centre le plus occidental soit aussi le plus évolué, puisque la colonisation est venue de l'ouest?

Le tableau ne distingue pas les Arabes des Berbères, mais le texte du rapport Voinot est explicite sur la question.

La prédominance politique appartient incontestablement aux Arabes.

Dans l'est, à In Salah, les maîtres sont les Ouled Ba Hammou, Ouled Baba Aïssa et Ouled Mokhtar, qui se rattachent à un ancêtre commun venu du dj. el Akhdar en Tripolitaine.

Dans l'ouest, à Aoulef, ce sont les Ouled Zenana venus de Tlemcen en 161)0. Ces deux groupes de familles arabes, chacune dans son domaine, exercent leur autorité d'une façon assez particulière.

Et d'abord ils l'assoient sur la force et la crainte, et non pas sur le respect religieux. Il existe au Tidikelt des zaouias, qui ont été fondées au xvir et au xvm e siècle comme dans les autres groupes d'oasis. Des chorfa du Touat (Sali) ce sont établis à Aoulef au commencement du xvii' siècle. Des Kounta se sont fixés à Akabli en 17111. mais ces personnages religieux sont bien loin de jouer dans le Tidikelt occidental le rôle prépondérant qui est dévolu aux gens de poudre, les Ouled Zenana.

La prééminence des familles arabes guerrières a eu pour consé-

TID1KELT ET MOUIDIR-AHNET 307

quence certaines tendances monarchiques. A In Salah la famille Badjouda, des Ouled Ba Hammou, exerçait une sorte de royauté.

En somme, sans que les djemaa aient disparu, il existe au Tidikelt, dans chacun des deux centres, une concentration de l'autorité entre les mains de familles arabes militaires. Nous sommes loin de l'anarchie touatienne et cela sent la marche frontière.

Les Berbères d'ailleurs, quoique subordonnés, ne sont pas ici dans une situation humiliée comme les Zenati du Touat et du Gourara, ils ne font pas figure de vaincus et d'annexés.

Le groupe berbère le plus important est celui des Ahl Azzi, ils se disent issus du Talilalet en faisant étape au Touat. Ils sont m'rabtin (marabouts), c'est-à-dire qu'ils constituent une noblesse religieuse très respectée, dont l'arbre généalogique remonte aux premiers temps de l'Islam. En réalité, j'imagine que leur rôle social est le suivant. Comme Berbères ils sont bilingues, et comme marabouts, dans un pays où toute l'instruction est religieuse, ils ne peuvent pas être tout ii fait analphabets. Auprès des Touaregs de marque on trouve généralement un secrétaire Ahl Azzi. Ils constituent une tribu d'interprètes, et ils jouent donc un rôle considérable dans un pays Arabe qui a des voisins et l'on pourrait presque dire des maîtres Berbères.

Car les Touaregs sont chez eux au Tidikelt, ils en sont restés en quelque sorte les suzerains. A 30 kilomètres au sud dTn Salah, Haci Gouiret est dominé par une petite gara couverte d'inscriptions tifînar'; ça été la guérite des guetteurs touaregs, beaucoup d'inscriptions y sont récentes, grafitti de sentinelles dans un corps de garde, et sa seule existence atteste des prétentions de surveillance et de domination.

L'influence touareg au Tidikelt s'atteste dans le costume, par la prédominance des cotonnades bleues, tout à fait inconnues au Touat et au Gourara où les blanches sont seules en usage.

Quelques tribus ou fragments de tribus Touaregs sont fixés au Tidikelt, à Akabli. — Les Settaf y sont devenus ksouriens, ce sont des nobles Azguers.

Autour d'Akabli gravitent d'autres Touaregs, agrégés aux tribus de TAhnet, les Sekakna, lesMouazil et les Kenakat; ce qui explique pourquoi Sidi Ag Gueradji, chef des Taïtoq et de l'Ahnet, a eu longtemps à Akabli une sorte de maison de plaisance.

Les Sekakna, les Mouazil et les Kenakat sont des nomades, et ce ne sont pas les seuls au Tidikelt — nomades aussi, parmi les Arabes, les Oulad Zenana d'Aoulef, les Ûulad Bahamou et les Oulad Mokhtar d'In Salah, les Ouled Yahia et les Ouled Dahane de Timokten, les Zoua

de Foggaret ez Zoua. En somme, une fraction assez considérable du Tidikelt continue à nomadiser. Cela s'accuse d'ailleurs dans le tableau, dressé par Voinot, du cheptel au Tidikelt.

600 chameaux, 16 chevaux, 20 mulets, 700 ânes, 2 500 moutons et chèvres.

La proportion des chameaux est tout à fait anormale pour un pays d'oasis et atteste la persistance des habitudes nomades. On se rappelle que le Touat n'a pas un seul nomade et que le Gourara en a pour mémoire (les Kenafsa). (Voici donc une autre originalité du Tidikelt, et si on peut y voir une survivance de l'époque où tout le pays était en pâturages, il est surtout légitime de noter la relation entre le nomadisme et les vertus guerrières tout particulièrement nécessaires au Tidikelt.

La pénéplaine déserte.

La pénéplaine, hercynienne et calédonienne, qui sépare le Tidikelt des plateaux touaregs est une région naturelle nettement individualisée, un petit Tanezrouft, un désert d'une intensité maximum; les caravanes la traversent à marches forcées, d'une sorte de bond stratégique; quitte à souffler et à flâner, quand elles l'ont laissée derrière. Elle fait valoir par le contraste les pays qu'elle sépare, les palmeraies du Tidikelt et les pâturages touaregs.

Et c'est à peu près tout ce qu'on peut en dire. Il est clair qu'une région à travers laquelle on fuit nuitamment se prête mal à une étude de détail et d'ailleurs un pays parfaitement inhabité présentera toujours un intérêt presque exclusivement géologique. I

L'homme ne laisse pas cependant d'y avoir marqué sa trace.

A H. Ar'eira, à 500 mètres au sud des superbes gommiers qui voisinent avec le puits, et qui frappent davantage dans un pays aussi nu, les rochers portent de mauvaises gravures rupestres et des inscriptions en tifinar.

Auprès de Haci Tirechoumin on voit une msalla (mosquée en plein vent) et le tombeau très vénéré de Sidi Abd et Hassani.

Dans toute la partie orientale de la pénéplaine d'ailleurs, les puits ne sont pas très rares, — sur la route d'In Salah, Haci Gouiret et H. el Kheneg sont séparés par 70 kilomètres — Haci el Kheneg et Afoud Dag Hali par une quarantaine.

Sur la route d'Akabli par Baba Ahmed les étapes de puits à puits (Tirechoumin, Ar'eira, O. Adrem) ne dépassent guère une cinquantaine de kilomètres. — Ce sont des distances insignifiantes au désert

TIDIKELT ET M0U1DIR-AHNET 309

et pour des méharis. Il est vrai que l'eau ne suffit pas, il faut des pâturages, et c'est leur absence oo leur insuffisance qui impose aux caravanes une allure accélérée.

Les puits se trouvent invariablement dans le lit des grands oueds Bota, Nazarif, Souf Mellen, dans des poches d'alluvions en arrière de barrières rocheuses; il est difficile de ne pas conclure que ces grands oueds coulent quelquefois, encore qu'on n'ait pas là-dessus un seul renseignement positif. Il est donc possible que des crues exceptionnelles fassent pousser au voisinage des puits des pâturages temporaires, susceptibles de fixer pendant quelques semaines à de longs intervalles un peu de vie humaine.

A mesure qu'on s'avance à l'ouest, c'est-à-dire en aval, l'aridité augmente. La route de Taourirt est extrêmement dure, 140 kilomètres sans eau de Hacian Taibin à Tikeidi. — 165 par la route directe de Hacian Taibin à Ridjel Imrad; car le point d'eau intermédiaire de Azelmati est intermittent et insuffisant. Ce sont là de vraies étapes de Tanezrouft, dangereuses en été.

Ce grand couloir de l'O. Djar'et est libre de sable au milieu, presque partout on marche sur un sol de roche nette, ou de reg, en un mot sol décapé. Les dunes sont rejetées de part et d'autre, au pied du Tadmaït d'une part, et de l'Ahnet de l'autre (dunes du Tidikelt, erg Timeskis, erg Enfouss, Tessegafi, Fisnet).

Pourtant la sebkha Alekhergan, qui est dans une position tout à fait centrale, est partiellement recouverte et bordée de dunes.

En somme, là comme ailleurs, il semble bien que les dunes se trouvent précisément là où le ruissellement des oueds quaternaires a accumulé les plus grandes masses d'alluvions — à la surface et auprès de ce grand lac desséché qu'est la sebkha Mekhergan, et le long des grandes lignes de rupture de pente.

Plateaux Touaregs.

La partie étudiée des plateaux touaregs est l'extrémité occidentale d'une région beaucoup plus étendue et très uniforme, qui embrasse le Mouidir tout entier, et le Tassili des Azguers. C'est une auréole de grès éodévonien, qui s'étire d'est en ouest sur douze degrés de longitude, et qui joue au Sahara un rôle tout à fait considérable au point de vue humain.

La section étudiée embrasse le Mouidir occidental, l'Ahnet et l'Açedjerad, de Ain Tadjemout à Ouallen soit une bande de 300 kilomètres de long.

310 SAHAHA ALGÉRIEN

On s'est efforcé déjà d en décrire par le menu la composition géologique et la structure, qui expliquent sa richesse en eau et en pâturages ; et par conséquent son importance en géographie humaine.

C'est un pays montagneux, les sommets de l'Adr'ar Ahnet doivent approcher de 1 000 mètres. Il y pleut à coup sûr un peu plus que dans les plaines basses, quoique là-dessus nous n'ayons ni une observation, ni a fortiori une série d'observations précises. A coup sûr le climat reste saharien, il n'y a pas de pluies régulières, saisonnières et annuelles. En 1903, 1904, 1905, au dire des indigènes, corroboré par la baisse des sources, il n'est pas tombé une goutte d'eau.

Ces montagnes sont en grande partie gréseuses. Les grès reposent sur un soubassement silurien à peu près imperméable; ils sont très perméables, malgré leur âge, parce qu'ils n'ont jamais été plissés et métamorphisés ; ils sont médiocrement épais ; et interstratifiés de couches argileuses qui les divisent en compartiments étanches; enfin ils sont failles et dénivelés. C'est un ensemble de conditions merveilleusement favorables à la création de nappes souterraines et à leur utilisation par l'homme.

Aussi les plateaux touaregs ont une vieille réputation d'humidité et de verdure; et ils ont incontestablement un caractère désertique moins accusé que les effroyables plateaux crétacés du Mzab et du Tadmaït.

En tous pays les montagnes gréseuses sont plus verdoyantes que les causses.

Le Mouidir-Ahnet n'a pas d'eau courante ; ses oueds, au lit si profondément encaissé, ne coulent que par métaphore, sauf au moment des orages qui donnent naissance à des torrents brusques et éphémères. Pourtant, sur certains points favorisés, et sur des étendues plus ou moins médiocres, un filet d'eau vive survit longtemps à l'orage.

Ainsi, à Tahount Arak, le commandant Laperrine, lors de sa première tournée (en 1902), a vu un ruisselet d'eau courante. En 1903 il avait disparu.

En revanche, il y a ce qu'on pourrait appeler de l'eau libre, de l'eau superficielle, accessible sans outillage de terrassier et sans corde à puits. C'est une grande nouveauté pour qui vient du Tadmaït. Dans ces affreux plateaux crétacés du Sahara algérien les puits sont la seule ressource et ils atteignent souvent de grandes profondeurs (20 à 30 mètres en moyenne sur la route d el Goléa à Ouargla; 60 mètres au M'zab). Ils sont souvent creusés en pleine

TIDIKELT ET MOUIDIR-AHNET 311

roche, dans le calcaire dur, et ils représentent un grand effort humain collectif. L'eau se soustrait à l'utilisation humaine dans les entrailles du sol.

Le Mouidir-Ahnet a ses puits; mais quelle différence avec ceux de la hammada crétacée! Ceux du Mouidir-Ahnet ont quelques mètres à peine de profondeur, ils sont creusés, non pas dans la roche, mais dans les dépôts meubles. Ils représentent une somme de travail si médiocre que, au cas fréquent où la caravane trouve le puits bouché par les éboulis, elle a souvent avantage, au lieu de déblayer le vieux puits, à en creuser un nouveau à côté.

Des puits semblables sont déjà un acheminement aux abankor.

Le mot touareg abankor, dont le représentant arabe est tilmas, n'a pas de traduction française; on l'applique à une couche de sable humide, où il suffit de creuser à la main un trou de 20 ou 30 centimètres pour qu'il se remplisse d'eau. Il y a par exemple un abankor à Taloak.

Ainsi aux points d'eau du Mouidir, même lorsque l'eau est souterraine, elle est accessible sans grand effort. La plupart ou la moitié du temps on la trouve à l'air libre sous la forme d'une mare. Il y en a deux catégories, les unes sont des sources et les autres des aguelman (en arabe rV//r). Les sources sont parfois reconnaissables sur la carte au nom qu'elles portent, Ain Tadjemout, Aïn Tikedembati : Tin Senasset, Tin Taggar, Tikeidi et Iglitten sont aussi des sources; elles sont donc très nombreuses. En général, les sources n'arrivent pas à ruisseler, ce sont de petites vasques, où l'ascension lente de l'eau souterraine contre-balance l'évaporation.

Les aguelman (en arabe rV/r, guetta) sont des mares, voire même des lacs.

L'un des aguelman, Taguerguera (celui d'amont), a près de 100 mètres de long sur 5 ou 6 de large. Il est très pittoresque, une gigantesque vasque de roc nu. Il avait, en 1903, 4 ou 5 mètres de profondeur. (Voir pl. VI, phot. 11.)

C'est incontestablement le géant de tous les aguelman dans la région étudiée, le seul auquel on puisse appliquer le nom de lac.

Les petits aguelman ne sont pas rares : celui de Tamama, en amont de Taguerguera dans l'oued Tarit (Ahnet); celui de Taoulaoun au confluent des oueds Tibratin et Tiratimin; deux autres sont échelonnés dans les gorges de l'oued Tibratin ; un autre est à Tahount Arak (tout cela au Mouidir). Un autre, que les Touaregs nous ont simplement désigné sous le nom générique de guelta, et qui est apparemment anonyme, mérite une mention spéciale ; il est juché à

une altitude d'une centaine de mètres dans les grès siluriens de l'Adr'ar Ahnet presque au sommet d'une vallée torrentielle, étroite et sauvage, et de pente si raide, accidentée de ressauts si brusques, que l'ascension exige des cordes. (Voir pl. XLIX, phot. 91.) La guelta a 4 ou 5 mètres de diamètre et 2 mètres de profondeur, elle est logée dans une anfractuosité de roc nu.

Le trait commun de tous ces aguelman, grands ou petits, c'est de jalonner des lits d'oued; il est impossible pourtant de les considérer tous comme des flaques, résidus de la dernière crue, des citernes naturelles. M. le lieutenant Besset signale au Mouidir un aguelman alimenté par des sources visibles '. Sur l'itinéraire suivi je n'ai rien vu de semblable; mais il est impossible d'imaginer que Taguerguera par exemple, ou la guelta de l'Adr'ar Ahnet ne soient pas en relation avec une nappe d'eau souterraine. Dans une vasque de roc nu, sous le ciel du Sahara, l'eau ne se conserverait pas indéfiniment si elle n'était renouvelée par l'afflux de sources invisibles.

Je crois que, au Mouidir-Ahnet, la majorité sinon la totalité des aguelman sont des sources, dont on méconnaît la nature parce qu'on les rencontre dans le lit d'un oued. Et d'ailleurs l'érosion, entamant le sol jusqu'au niveau de la nappe, explique la fréquence des sources dans les lits desséchés.

Un raisonnement analogue peut s'appliquer d'ailleurs aux tilmas et aux puits. Au fond du puits d'el Kheneg, par exemple, j'ai noté que l'eau sourd dans la roche même. Il est clair que les expressions, puits, tilmas, aguelman, nous renseignent sur l'aspect extérieur du point d'eau, mais non pas sur l'origine de la nappe. L^n puits peut être un mode de captagc d'une source, un tilmas peut être une source trop faible pour s'affirmer franchement en surface.

Un coup d'œil sur la carte montre que la distribution générale des points d'eau est indépendante des oueds. Us jalonnent non pas les cours d'eau, mais bien les lignes de contact géologiques.

Sur la limite supérieure de l'Eodévonien s'alignent Afoud Dag Rali, IL Bel Rezaim, IL In Belrem, Taguerguera, Tikedembati, Taloak, Tin Taggar, Tezzai, Meghdoua, Tikeidi, Iglitten, Taguellit.

Taoulaoun et Ouallen sont au contact des deux étages éodévoniens.

Le contact inférieur de l'Éodévonien (avec le Silurien) est, lui aussi, assez riche en points d'eau, Ait el Kha, Tin Senasset, Ouan Tohra, Haci Macin, Tahount Arak, H. el Kheneg.

t. Bulletin du Comité de VAfr. fr. Supplément do décembre 1902.

TID1KELT ET MOUIDIR-AHNET 313

Ain Tadjemout et Haci Adoukrouz sont au contact du Silurien sédi inentai re et métamorphique, sur des failles évidentes.

En somme le Mouidir-Ahnet est par excellence une région de sources; alimentées par de grandes nappes profondes, les points d'eau sont presque tous pérennes. La longue période sans pluie 1902, 1903 et 1904 en avait asséché plus ou moins complètement un petit nombre dans le haut pays (Tin Senasset, Ait el Kha, surtout aguelman Tamama, qui n'avait plus une goutte d'eau dès 1902). Le grand aguelman Taguerguera avait beaucoup baissé, mais il était loin d'être à sec. Et d'une façon générale la grande majorité des sources ne tarissent jamais.

En géographie humaine, le pâturage est au moins aussi important que le point d'eau, et sans doute les deux vont ensemble, au moins dans une certaine mesure. On constate en tout cas que les pâturages, au Mouidir-Ahnet, tendent à se distribuer eux aussi, suivant les lignes de contact géologique, plutôt que le long des oueds.

A la traversée des plateaux Touaregs, les oueds sont extrêmement pittoresques, ils se sont taillé des canyons étroits, aux murailles perpendiculaires de grès nu, parfois très élevées. Ces gorges sauvages ne sont pas seulement superbe matière à photographies, elles ont pour les Touaregs quelque intérêt alimentaire ; la preuve en est que, en certains points privilégiés, on y observe des groupements de gravures rupestres, trace la plus durable d'ancienne fréquentation — dans le Foum Zeggag par exemple, dans 1*0. Tar'it surtout, ou encore dans les gorges de Tiratimin (Mouidir, d'après le colonel Laperrine).

La verdure des canyons pourtant se réduit à une bande étroite au fond du lit, on mène paître de préférence dans les bas-fonds largement étalés, où les bêtes s'égaillent sur de grands espaces, et où le pâturage s'épuise lentement.

A l'intérieur de la zone gréseuse les points les plus fréquentés sont les vallées très ouvertes, — au contact argileux des deux étages gréseux éodévoniens, Ouallen par exemple, Taoulaoun (voir pl. XL V, phot. Ht); — ou bien encore la cuvette synclinale dTglitten où s'est conservé un lambeau méso-dé vonien.

Mais c'est de préférence la lisière de la zone gréseuse qui est vivante, au nord et au sud, en aval et en amont de l'auréole éodévonienne.

En aval de l'Ahnet, par exemple, s'étend la grande plaine d'el Ouatia, colmatée d'alluvions plus ou moins transformées en dunes. Cette masse alluvionnaire, qui voile la pénéplaine méso- et néodévonienne est très humide, semée de puits; sur une grande étendue c'est un pâturage utilisable, on y rencontre toujours des tentes sur un

point ou l'autre, et cette plaine pourrait bien être le cœur économique de l'Ahnet, encore qu'elle lui soit excentrique et simplement tangente, à parler littéralement.

A l'autre frontière, celle d'amont, la méridionale, au pied et en arrière des falaises dévoniennes terminales (baten Ahnet), s'étendent sur la pénéplaine silurienne des plaques considérables d'alluvions humides, maader et erg : — cesont les résidus ou les représentants de ce qu'on appelle en Kussie les lacs de glint; — pâturages d'Aït ei Kha, de Ouan Tohra, de Haci Masin, d'Adoukrouz, dans l'Ahnet; de maader Arak et de Tadjemout au Mouidir.

En somme, aux plateaux Touaregs, la vie végétale, et par conséquent humaine, est surtout périphérique; les plateaux gréseux euxmêmes se présentent sous la forme de hammadas grandioses et abominables, indéfiniment nues, noires et luisantes.

La flore. — La flore du Mouidir- Ahnet n'a rien d'original. Au moins n'avons-nous pas vu, je crois, une seule espèce qui ne figure dans le catalogue de Foureau

Les pâturages ne contiennent rien qui soit de nature à surprendre l'estomac des méharis du nord; on y voit les plantes classiques : le had % le dhamvane, le belbel (toutes trois des salsolacées). Tout au plus pourrait-on signaler parmi les graminées la prédominance inusitée du bou-7'ékouba (Panivum turgidum et colonum) sur le drînn {Arlhratherum pungens). La première est plutôt soudanaise, et la seconde algérienne.

Les espèces arbustives ou arborescentes sont naturellement peu nombreuses; il semble qu'on puisse essayer d'en dresser une liste, qui sera à la fois très courte et à peu près complète.

Le plus bel arbre, on pourrait presque dire le seul qui mérite ce nom est le lalha (acacia gommier) ; quelques échantillons supportent la comparaison avec un grand arbre de notre flore européenne; la grande majorité, il est vrai, sont bien plus modestes, le tronc atteint à peine la grosseur de la cuisse. (Voir pl. XL VIII, phot. 89.) Après le gommier il faut citer le teboraq (Balanites vgypliaca) qui a lui aussi le port et les dimensions d'un arbre médiocre.

Vethel et le tarfa (deux espèces de Tamarix) sont de beaux végétaux, de grosses masses de verdures, mais d'allures buissonnantes,

i. Foureau, Essai de catalogue des noms arabes et berbères de quelques plantes, arbustes et arbres algériens et sahariens. Paris, Challamel. 1806. A l'user de ce catalojruo od s'aperçoit que les Arabes et les Berbères ont parfois réuni sous un moine nom des espèces voisine» mais nettement différentes (drinn, dis» par exemple). On reviendra là-dessus dans le second volume.

TID1KELT ET MOUIDIR-AHNET 3 1 ïi

aux troncs multiples et rampants, la ramure est seule vivante, le tronc est un cadavre pourri, où le doigt enfonce. (Voir pl. XLV, phot. 84. )

Fig. 61.

C'est le gommier seul, vu la rareté des Balanites, qui fournit aux Touaregs ce qu'on pourrait appeler leur bois d'ébénisterie, c'cst-àd ire de quoi fabriquer le seul meuble du nomade, la selle de son

méhari. Sur les gommiers et les Balanites les tamarix ont, du moins, la supériorité de n'être pas épineux, infiniment appréciée de qui s'assoit à leur ombre. Après ces géants il ne reste que le menu fretin des broussailles et des arbustes : — le rie m qui a des allures de genêt, — le koronka (Callolropis procera), qui ne mérite guère cette épithète latine; il n'a de grand que son fruit, une énorme gousse ovoïde, d'un beau vert frais, aussi gros qu'un œuf d'autruche, ridiculement disproportionné à sa taille d'un mètre cinquante : il joue un rôle important dans l'économie domestique des Touaregs; son suc laiteux tient lieu du goudron végétal des Algériens, c'est un remède efficace contre la gale des chameaux, et son bois donne le charbon nécessaire à la confection de la poudre.

Toute cette flore arbustive, au point de vue de la géographie botanique, est plutôt méditerranéenne, la plupart des espèces comme le rtem et le tamarix rappellent le sud de l'Algérie; quelques-unes seulement, font déjà songer au Soudan, comme le Ualanifes œgyptiaca dont le nom revient si souvent dans Barth. En somme, c'est la flore saharienne classique, avec un caractère nettement septentrional. Il y a peu de rapports avec la flore nettement soudanaise de l'Adr'ar des Iforass, pourtant voisin.

D'autre part on ne voit pas encore apparaître, à ces altitudes médiocres, quelques espèces qu'on nous signale plus haut, dans le Hoggar ou même à l'Ifetessen; le jujubier par exemple (zizyphiis lotus] fait défaut, de même que l'olivier sauvage et le thym.

Ce n'est donc pas par l'originalité de sa flore que le Mouidir-Ahnet se distingue, c'est par son abondance relative. Le lit des oueds et les bas-fonds étendus, zones d'épandage des crues, qui sous un autre climat seraient marécageux, et qu'on appelle ici des mander, dessinent à la surface du pays un lacis de verdure, et comme un réseau de circulation et de vie. Il est vrai qu'ils sont mis en valeur par l'effroyable nudité des grands plateaux gréseux qui les séparent. Le contraste et la surprise, la satisfaction de déjeuner à l'ombre, en rehaussent singulièrement l'effet sur l'œil du voyageur et rendent délicate la mise au point des impressions.

C'est incontestablement une verdure éparse et rabougrie, et qui paraîtrait misérable ailleurs qu'au désert. Telle qu'elle est pourtant, elle suffit à la subsistance d'une faune assez abondante d'animaux sauvages et domestiques.

Faune. — Pas de grands carnassiers, rien qui dépasse la taille du renard, du chacal et du fennec (un tout petit canidé à grandes

TIDIKELT ET MOUIDIR-AHNET 317

oreilles) *. Ils trouveraient pourtant à se nourrir, car le gibier est assez abondant. La girafe et l'autruche ne sont représentées aujourd'hui que par leurs effigies; l'autruche, en particulier, a été reproduite avec prédilection par les artistes inconnus, auteurs des gravures rupestres. Pas de sanglier, — nous n'avons pas rencontré d'antilope mohor, dont l'existence pourtant ne fait pas de doute, puisque les Touaregs emploient sa peau à confectionner leurs grands boucliers. Les sommets rocheux servent de refuge à des mouflons. Mais c'est la gazelle surtout qui est de rencontre quotidienne, dans le voyage de 1003 les méharistes de l'escorte en ont tué cinquantequatre; il est vrai que cette hécatombe s'explique, non seulement par l'abondance du gibier, mais aussi par son inexpérience des fusils à longue portée. Les (gangas un gallinacé voisin de la perdrix) sont aussi d'une candeur qui surprend ; les allures du gibier témoignent de la rareté de l'homme et de la médiocrité de ses armes.

Tout cela, en y ajoutant le lièvre, ne constitue pas une faune sauvage beaucoup plus riche que celle des grands ergs par exemple. Il semble seulement que le nombre des individus soit plus grand au Mouidir Ahnet.

La faune domestique est plus intéressante; c'est Duveyrier, je crois, qui a signalé en pays touareg la présence de l'âne sauvage ou onagre*. Nous avons en effet rencontré (à Tadjemout, en particulier) des troupeaux d'ânes en liberté, loin de toute habitation humaine actuelle. Mais on sait qu'au cours de la première randonnée du commandant Laperrine au Mouidir (1902) un de ces animaux fut chassé, abattu, et qu'on le trouva châtré. Il s'agit, en réalité, d'un mode particulier d'élevage; les animaux sont complètement laissés à eux-mêmes, on se fie à leur sauvagerie pour les protéger contre le vol. Il semble, il est vrai que cette sauvagerie doive rendre illusoires les droits du propriétaire : il se contenterait, dit-on, de capturer et de dresser les ânons.

Pour que l'élevage soit possible dans de pareilles conditions, il faut un pays de sources etd'aguclman, où l'eau est directement accessible aux bêtes. Dans le Grand Erg ou sur les plateaux crétacés, là où il n'y a d'eau qu'au fond des puits, une bêle ne peut boire que si on l'abreuve. La gazelle se tire d'affaire par un miracle qu'on n'a jamais expliqué, peut être une faculté d'abstinence qui dépasserait celle du chameau, ou l'utilisation ingénieuse des plantes succulentes. L'âne abandonné à lui-même serait condamné à mort. D'une façon

Page 1