Déporter, Extrême-Sud de l'Algérie.... Alger
2. Mussel. Du Touat à l'Achegrad. Bulletin du Comité l'Afr. fr. ReuaeigaemeaU eoloniaux, mars 1007, p. 57.
T1D1KKLT ET MOUIDIR-AHNET
de l'itinéraire ne peuvent pas être grossièrement inexactes. Comme on pouvait s'y attendre la position réelle d'Ouallen est notablement différente de celle qu'on lui attribuait par renseignements. L'erreur est d'un demi-degré environ en latitude et en longitude (voir par exemple Atlas Stieter et se reporter à notre appendice I, p. 342.)
Ouallen est le seul point de tout l'Ahnet où l'on puisse signaler un bâtiment, en ruines d'ailleurs. D'après Mussel « la casbah d'Ouallen aurait été construite par un marabout de la zaouïa Mouley Heïba, existant encore actuellement à l'Aoulef. Destinée, selon les uns, à servir de refuge aux gens qui revenaient du Soudan, elle aurait été construite, selon les autres, par un marabout de l'Aoulef, chassé par ses khouans, afin d'interdire l'accès des puits aux gens de l'Aoulef venant du Soudan 1 ».
Je retrouve dans mes notes que la casbah d'Ouallen fut occupée un temps par des Arabes coupeurs de route, les Ouold Moulad. En tout cas c'est un château fort, et non pas du tout le centre d'une exploitation agricole, dont on ne voit, aux alentours, ni traces, ni môme possibilité ; un mauvais pâturage, un petit groupe de puits très peu profonds et abondants, voilà quelles étaient les seules ressources d'Ouallen en 1905. Les puits eux-mêmes étaient peu fréquentés, puisque, au fond de l'un d'eux nous avons trouvé une tanière de chacal.
Il faut noter que la casbah est construite en pierres sèches, elle appartient donc à une catégorie d'édifices archaïques très répandus au Sahara, de l'Atlas au Niger (à Colomb-Béchar, dans l'oued Saoura, à Charouïn, au bas Touat, ar'rem d'es-Souk et de Kidal dans l'Adr'ar des Ifor'ass). Il est intéressant de constater ici qu'une forteresse de ce genre peut se trouver dans un point comme Ouallen, où toute agriculture semble impossible.
Sur ces routes transsahariennes qui aboutissent à l'Ahnet il se fait peu de commerce; pour l'alimenter, outre les produits de l'élevage, il faut noter qu'il existe des ressources minérales locales.
Les unes sont au Tidikelt occidental, dont les Touaregs de l'Ahnet sont les courtiers. C'est d'abord l'alun d'Ain Chebbi; c'est un produit assez répandu au Sahara dans les schistes du Silurien supérieur, les Touaregs l'utilisent comme mordant. Auprès d'Akabli, dans les argiles schisteuses carbonifériennes (?), les indigènes exploitent un produit minéral qu'ils appellent tomela. C'est un sulfate de fer, qui donne une couleur noire très recherchée. Alun et tomela alimentent
surtout les petites industries domestiques de la tente chez les Touaregs: le travail du cuir. (Voir appendice IX, p. 357.)
Le sel de l'Açedjerad est au contraire un produit d'échange, qu'on exporte au loin, au Soudan en particulier. Ce sel se trouve quelqur part dans les hauts de l'oued Meraguen, au lieu dit Tilîouin In Chikadh; qui est très célèbre, et dont j'ai beaucoup entendu parler, sans le voir.
Touaregs de l'Ahnet. — Sur les habitants de l'Ahnet on a maintenant des renseignements précis. On en trouvera le détail dans 1? travail de M. Benhazera 1 .
L'Ahnet est sous la suzeraineté exclusive d'une tribu noble Touareg, les Taïtoq; il est habité par eux et par leurs imrads dont les principaux sont les Kel Ahnet (gens de l'Ahnet).
Taïtoq et Kel Ahnet ont les plus grandes affinités avec leurs congénères du Hoggar. Les Taïtoq sont des Hoggar ou Ahaggar" au sens littéral du mot. « En Tamaheq, dit M. Benhazera, le mot Ahaggar, pluriel lhaggaren, veut dire noble, et s'applique indistinctement à tous les nobles. » Les Taïtoq sont une des trois famille* ou tribus nobles qui se partagent l'autorité dans la confédération du Hoggar, ils se rattachent comme les deux autres, à l'aïeule commun* Tin Ilinan, enterrée à Abalcssa dans un beau tombeau mégalithique
Les Kel Ahnet se réclament aussi d'une aïeule commune aux Da^ R'ali, la plus importante des tribus Imr'ads du Hoggar; cette aïeule commune est Takamat qui est enterrée elle aussi à Abalessa, auprès de Tin Hinan, dans un redjem turriforme.
Tous ces gens-là ont donc pour patrie Abalessa, où ils ont leurs tombeaux de famille.
Les Taïtoq se sont brouillés avec l'autre grande tribu noble, les Kel B'ela (la troisième tribu ne comptant pas numériquement ; c'est la vieille rivalité, souvent sanglante, entre Kel R'ela et Taïtoq qui donne à l'Ahnet une vie à part, une individualité politique.
Les Taïtoq ont pour tributaires (outre les Kel Ahnet), des Arabes nomades d'Akabli, les Mouazil, les Setlaf, et les Sekakna, qui portent d'ailleurs le costume et l'armement des Touaregs. Il en résulte qu'Akabli est pour les Taïtoq une sorte de capitale. Leur chef, Sidi ag Gueradji, y possède une maison et y a fait de longs séjours. Toute la tribu se trouve avoir une familiarité plus intime avec la langue et
2. Ahaggar est l'orthographe correcte en même temps qu'inusitée.
3. La description la plus détaillée qui en ait été faite est celle de Motylinski. Supplément au bulletin, etc., octobre t907. On y trouvera une photographie du Tombeau.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien.
Cliché LapcriÏDe