CHAPITRE PREMIER
Circonstances de Tassassinat de M^^> Tinne. — L'hiver de 1870-71 à Mourzouk. — Apprêts de départ pour le Bornou. — Importance et caractère officiel de notre carayane. — Bateleurs marocains* — Les premières étapes. ^ Arrivée à Kawar. — Réapparition du noble Amari. — Détails sur Toasis de Kawar ou enneri Tougé.
Revenu Iç 8 octobre 1869 de mon excursion au Tibesti, je m'occupai, je l'ai dit, de refaire ma santé et de m'enquérir de toutes les circonstances de l'assassinat de M"* Tinne. Voici les détails de ce dernier événement, tels que je finis par les recueillir en procédant à l'interrogatoire de ses gens. La domesticité de l'intrépide Hollandaise se composait, d'abord, de deux serviteurs européens, qui avaient partagé son malheureux sort, puis de trois jeunes nègres favoris, Abdallah, Denki et Freâh, dont le premier, au moment du meurtre, se trouvait en commission à Tripoli pour y acheter des chameaux, et enfin de cinq femmes : l'Égyptienne Habiba, les deux Algériennes Béja et Rôza, une vieille négresse qui depuis des années remplissait l'office de camériste, et une jeune fille de la tribu des Niam-Niam, que les assassins avaient emmenée à Ghât. La voyageuse avait en outre engagé à Tunis un certain Mohammed-el-Kebir, à qui elle avait adjoint à Mourzouk le fils de l'ancien secrétaire du Conseil, Ab der-Rhâman, et un spahi en permission, du nom de Ramadan. A cette escorte, il faut ajouter un certain nombre d'affranchis ou d*esclaves libérés par M"'' Tinne, qui avaient tenu à suivre celle-ci dans son excursion, pour ne pas perdre cette occasion de vivre sans bourse délier.
Après être sortie en même temps que moi de Mourzouk, la dame s'était immédiatement rendue au val Gharbi^ où elle avait trouvé, l'attendant, le chef touareg Ichnouchen ^ Là, ce dernier,