‹ Sahara et Soudan:Chapitre 38 sur 111 · Voyez ci-detsus, pages 105 ot · texte numérisé non relu

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2* Les Arabes du val ScbijâU avaient, disait-on, menacé de tuer quiconque témoî- SMnit dans l'affaire du meurtre.

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si bien que je dus prendre le grog que je buvais en fumant mélancoliquement, et m'aller placer en un autre endroit de la pièce. Hélas I j'y étais à peine, qu'un morceau de terre du plafond tomba avec fracas dans mon Terre. A trois heures du matin seulement il cessa de pleuvoir, et je pus m'étendre sur ma natte de paille.

Ces petites misères, jointes au désœuvrement de mon existence à Mourzouk, me faisaient vivement désirer la formation d'une caravane qui me permit de reprendre le cours de mes pérégrinations; malheureusement, il n*y en avait aucune en vue. Enfin, dans les premiers jours de janvier, on reçut la nouvelle qu'Ali Rizâ Pacha se proposait d'envoyer au roi du Bornou une ambassade chargée de lui remettre des présents, et de se procurer, par l'intermédiaire de ce prince nègre, une collection>de bêtes fauves pour le sultan de Gonstantinople Abdul Azis, grand amateur de lions, de tigres et de carnivores du même genre ; par la même occasion, on devait ramener quelques eunuques, autre espèce toujours très demandée dans les palais de Stamboul la Grande. Cette ambassade avec son train fastueux n'était certes pas la compagnie de voyage qui pouvait le mieux m'agréer, mon modeste personnage et la gloire du souverain que je représentais en devant être singulièrement éclipsés; cependant si, entre temps, il ne se formait aucune caravane marchande, il allait de soi que je serais bien aise de saisir cette occasion de gagner le Bornou.

C'était un des secrétaires du gouvernement de Tripoli, Hâdch Mohammed Bou Aischa, qui avait été choisi comme chef de ladite ambassade. Tandis qu'on l'attendait de semaine en semaine, on vit arriver (en février) lé nouveau gouverneur de Mourzouk, Hâlim Pacha, qui avait déjà administré la province et y avait laissé de bons souvenirs. Quelques jours auparavant était apparu le nouveau commandant de la garnison, beau militaire d'une quarantaine d'années, sachant bien l'arabe, à l'œil intelligent, et de bonnes manières, bien qu'en somme sa physionomie n'inspirât pas beaucoup de confiance. A peine arrivé, il se mit à l'œuvre comme un balai neuf, stupéfiant au plus haut point officiers et soldats par les exercices quotidiens et les manœuvres qu'il exigeait d'un personnel militaire absolument déshabitué de tout cela. Il est vrai que ce coup de feu ne fut pas de longue durée.

Quant au nouveau gouverneur Halim Pacha, c'était un bonhomme bien intentionné, qui^ on le vit bientôt, en dépit de ses projets, n'était nullement fait pour révolutionner l'administration fezzanaise. Le peuple, à vrai dire, ne lui demandait pas tant;

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Tesseiitiel était qu'il ne se montrât point malfaisant. Pour com< mencer, ce vali fit montre d'une certaine fermeté à l'égard des Tedâs et des Touaregs ; il leur expédia des messagers pour les prévenir qu'il sévirait sans pitié contre quiconque commettrait acte de brigandage ; il déploya la même sévérité de langage contre les Arabes turbulents du Fezzan et de la Grande Syrte : ce qui n'empêcha pas que rien ne fut changé au vieil état de choses ; le gouverneur lui-même ne prenait guère ses menaces au sérieuxi et tout le monde savaitl)ien qu'il était hors d'état de les exécuter.

Dans les derniers jours de février survint enfin Mohammed Bou Aîscha, vigoureux gaillard de cinquante-cinq à soixante ans, d'assez bonne physiodomie, avec des yeux pleins d'astuce et de finesse. Il appartenait à la tribu des Oulâd Sliman, et avait été jadis secrétaire du chef Abd-el-Dchlil. Blessé et pris dans le dernier combat héroïque que celui-ci avait livré aux Turcs, il avait été emmené à Tripoli, où, par la suite, il était rentré en grâce et avait obtenu un poste officiel. 11 aimait à rappeler les souvenirs de cette époque intéressante de sa vie, et se réjouissait fort à l'idée de revoir au Kânem bon nombre de ses compatriotes émigrés.

Chargé, en même temps que de son ambassade, de dresser une évaluation nouvelle des taxes au Fezzan, Bou Aïscha y employa le mois de mars, que j'utilisai de mon côté pour mes préparatifs de ?oyage. J'achetai notamment un cheval, équipage indispensable, disait-on, pour se présenter décemment au Bornou. Bou Aïscha, lui, possédait une vingtaine de chameaux, bien que les présents dont il était porteur ne consistassent qu'en deux chevaux, un sabre et un exemplaire du Coran. Sa suite, énorme, se composait de parents, de clients et d'esclaves. De mauvaises langues prétendaient àMourzouk que les nombreuses caisses qu'il avait avec lui, au lieu de contenir des marchandises, comme il voulait le faire croire, étaient au contraire absolument vides, destinées uniquement à éblouir le souverain du Bornou et les gens de sa cour, pour revenir ensuite à Tripoli combles des cadeaux dont ce prince libéral passait pour prodigue.

Ce train imposant devait se grossir à Mourzouk non seulement de l'appoint de marchands qui se proposaient de faire route avec nous, mais encore, à mon grand plaisir, d'une troupe considérable de bateleurs marocains. Ces acrobates, qui exercent de père en fils, pullulent au sud du Maroc, et s'en vont par bandes souvent énormes dans toutes les contrées de l'Islam ; parfois même on les Toit dans les villes d'Europe. Le Maroc étant, par excellence, le

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