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L'OASIS DE KAWAR. 275

Il ne nous fallut que deux heures, le 26 mai, pour atteindre la large vallée de Kawâr, qui se déployait devant nous sous la forme d'une forêt de palmiers allant se perdre vers le sud. Bou Aïscha, pour faire son entrée, avait revêtu un accoutrement militaire si somptueux, qu'auprès de lui j'avais l'air d'un porte-guenilles. Ce chef d'ambassade avait du reste le droit de s'attendre à une réception cérémonieuse de la part des habitants de l'oasis, auxquels le rattachaient tout à la fois des liens de reconnaissance et de trafic. C'était lui que, quelques années auparavant, le gouvernement de Tripoli, soucieux d'assurer la sécurité de cette voie marchande de la Méditerranée au Bornou, avait chargé de faire rendre aux gens de Kawâr différents captifs que les nomades pillards de la Grande-Syrte avaient enlevés au cours d'une razzia.

Dès Anaï, le hameau le plus septentrional du pays, les indigènes s'empressèrent de répondre de leur mieux à la musique de nos timbaliers et de nos fusils. A la tête d'un groupe de villageois, deux cavaliers, montés sur des chameaux, se portèrent au galop à notre rencontre, tandis que leurs compagnons nous saluaient du cliquetis de leurs lances et de leurs javelots. La plupart de ces hommes avaient le teint très foncé, avec la physionomie accentuée qui est habituelle iaux Toubou. La partie féminine de la population ne manquait pas d'une certaine grâce, sa nervosité originelle se trouvant ici atténuée par un mélange de sang nègre. Des femmes et des jeunes filles, bellement drapées, agitant des éventails en plumes d'autruche ou en feuilles de palmier, allaient d'un groupe de notre caravane à l'autre, en faisant entendre ce claquement de langue particulier, dont j'ai déjà eu occasion de parler *, et en nous gratifiant de mille génuflexions respectueuses.

Il nous fallut acepter le repas de bienvenue que nous offrirent les gens d'Anaï, village de cent feux environ, situé au pied d'une petite rangée de roches de grès, dont la plus considérable, un bloc à pic de trente mètres d'élévation, au haut duquel on se hisse àTaide de bonnes échelles de palmier, sert, en cas d'attaque, de lieu de refuge. Sur le sommet ont été établis, pour loger les fugitifs et leurs provisions, des locaux en pierre munis de portes

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