‹ Sahara et Soudan:Chapitre 47 sur 111 · Vo3fez page^O · texte numérisé non relu

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pour les joies de 1 amour, il avait pris une « bonne amie », à la famille duquel il se croyait tenu de penser, de sorte qu'il fermait Tœil sur les malversations d'Ali. Quant à Dounkas, qui eût pu m'être utile par sa connaissance du pays, je vis tout de suite qu'il n'était absolument propre à rien. U s'était déshabitué du travail chez son riche patron Lamino. J'avais eu l'intention de l'attacher expressément à ma personne ; mais il se mit sur le pied d'aller coucher chaque nuit dans une maison qu'il possédait extra-muros^ n'arrivant le matin qu'à une heure tardive, ou, quand il pleuvait, attendant pour venir que le ciel se fût complètement nettoyé. Il finit même, dans son effronterie naïve, par louer, pour le suppléer, un sous-valet, du nom de Soliman, et vécut dès lors en seigneur. Giuseppe n'avait pas été non plus sans me donner du tracas. Depuis notre départ du Fezzan, il s'était montré d'une humeur massacrante ; il s'était promis monts et merveilles de sa collaboration avec moi, et son âpreté au gain, jointe au mécontentement qu'il ressentait de sa condition servile, avait eu pour effet de lui tourner la tête. Chemin faisant déjà, il s'était forgé un plan qu'il se hâta de mettre à exécution à Kouka. Un jour, à mon insu^ il alla trouver le Cheik, pour lui expliquer que, sans m'en rien dire, il s'était fait mahométan, et qu'en conséquence, ne pouvant plus vifre désormais dans la dépendance d'un chrétien, il sollicitait en grâce qu'on lui fournît un gîte cl des moyens d'existence, attendu qu'il était décidé à rester au Bornou. Le roi l'adressa à Lamino^ qui, de son côté, m'envoya demander si je consentais a lui céder mon domestique. Je ne pus que répondre une chose : c'était que Giuseppe était libre, et pouvait agir selon sa conscience et ses intérêts. Le jour même, ledit Giuseppe, sur le dévouement duquel mes amis de Tunis et moi-même avions tant compté, décampait de chez moi sans un mot d'adieu, remplissant la ville du brait de sa conversion mirifique, sans préjudice d'odieuses calomnies qu'il se mit à débiter contre moi. Dans un pays de fanatisme, tel que par exemple TOuadaï, cette apostasie de mon domestique eût pu avoir de fâcheuses conséquences ; mais au Bornou, où l'on est tolérant, personne ne prit le change sur les vrais motifs de la soi-disant évolution religieuse de Giuseppe, le Cheik moins encore que tout autre, et, bien des années après, il était de notoriété que ce sévère croyant n'avait jamais touché aux mets que Giuseppe, ou plutôt Mahommed-el-Mouselmâni, — tel était son nom nouveau par devant le Prophète, — lui accommodait de temps à autre, de sa main d'artiste.

Comme je passais pour un grand ami de bêtes de toutes sortes, chacun s'était fait un plaisir de m'envoyer un échantillon quelconque de la faune locale, si bien que ma maison ressemblait à une vraie ménagerie : autruches, canards du lac Tsâd, oies au plumage de tout genre, pintades, calaro {Buceros abyssmicus)^ brebis naines, hyène tachetée, jeune chacal, faucon, mangouste [Herpestes fasciatus)^ civette, tortue de terre, guenons, rien ne me manquait. Agrand'peine avais-je pu empêcher le Cheik de joindre à ce choix varié d'animaux un contingent de lions, de léopards, de lynx et autres carnassiers détaille respectable, dont la ration quotidienne en viande eût de beaucoup dépassé mes faibles ressources, il possédait pour son compte tout une collection de ces fauves, qui occupaient, près delà porte de TOuest, des huttes de chaume, à la garde d'Ahmed Ben Brâhim et de quelques esclaves. Ces bêtes y étaient tout bonnement enchaînées à des pieux et il fallait voir avec quelle insouciance les gens logeaient à côté de ces cages que rien ne barricadait.

Je passais d'ailleurs le plus agréablement du monde mes journées, m'occupant à étudier la langue kanouri et à faire des observations de toutes sortes. Ce ne furent pas non plus les nouvelles connaissances qui me manquèrent. Kouka est toujours pleine d'étrangers, tant marchands que pèlerins et aventuriers. Le renom de piété et de générosité dont le Cheik Omar jouit à la ronde attire de nombreux visiteurs, soit de la Mecque, de Médine, du Maroc, soit de Tunis, de l'Egypte, de Timbouctou ou du Sénégal, qui, presque tous, arrivent misérables et prétendent s'en retourner les mains pleines. Entres autres personnes avec lesquelles je me liai, je mentionnerai particulièrement : i*" mon proche voi.sin Mo'allim Adem, un Ouadaîen assez instruit, qui, à ce point de vue, me fut très précieux, mais dont le fanatisme religieux outré ne laissa pas de se traduire envers moi par mainte tentative pour me convertir ; 2*" un chérif de Médine, appelé Ahmed, qui connaissait toutes les contrées du littoral nord de l'Afrique, avait visité la Syrie, et la Palestine, s'était familiarisé à Malte avec les chrétiens, et aimait à parler des bons traitements dont il avait été l'objet, en sa qualité de Chérif de la ville sainte de Médine, delà part des autorités françaises en Algérie. 11 vivait depuis de longues années à Kouka, où l'avait d'abord retenu la magnificence du Cheik, et où il avait fini par se fixer et par se créer une famille. Cet homme, qui avait été un ami intime de Rohlfs, reporta sur moi l'afTection qu'il avait vouée à ce dernier, et, tout le temps

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