I . Le mol hattija signifie plaine fertile^ petite oasis
reliées par des canaux horizontaux ayant Finclinaison voulue^ que nous établîmes ce jour-là notre tente.
Cest à 0mm el-Abid que commence Tarchipel d'oasis à peine interrompu qui forme le Fezzan proprement dit. La petite Tille de Sirrhen, que nous atteignîmes bientôt, à trayers des jardins et des plantations de dattiers, renferme dans son enceinte aujourd'hui ruinée 150 habitations bâties d'une argile calcaire ou sableuse, et qui offrent à peine un abri suffisant en cas de pluie. Un castel ou Kasr, également en ruines, se dresse au centre de la bourgade,
Hàd (Comulaca tnonocantha).
dominant les toits plats des maisonnettes basses, dont le dessin est oblong ou cubique. Les habitants, au nombre de 800 ou 1 ,000, sont des Marabouts, c'est-à-dire appartiennent à une tribu qui a d'hérédité un caractère religieux ; avec eux demeurent des gens de la tribu nomade des Mekaribas dont la résidence propre est dans l'oued Schijâti.
A deux heures au sud-sud-ouest de Sirrhen, se trouve l'oasis de Semnou. Cette dernière ville, bien que les rues en soient si étroites que des chameaux chargés n'y peuvent circuler, a cependant, avec son castel spacieux à deux minarets et son riche entourage de
5a DE TRIPOLI A MOURZOUK.
dattiers, beaucoup meiUeur air que la précédente. EUe compte 250 ménages, et 1,200 ou 1 ,500 habitants arabes qui sont partie des Marabouts, partie des Fezzanais mélangés, partie des Araoes. La population vit surtout de jardinage. Quelques chameaux, de petite troupeaux de chèvres, des ânes, autant qu il «" f^"* P«"^ l'arrosage des plantations, çà et là un chenal, voilà tout le betad de l'endroit. Les jardins sont tenus proprement et fort bien soignés: mais, à part les dattiers, qui sont magnifiques la culture y est moit^ belle et moins variée qu'à Sokna. La pluie est rare à Seranou ; on ne la désire pas du reste non seulement à cause des dégâts qu'elle cause aux maisons d argile pour peu qu'elle tombe avec quelque abondance, mais encore parce Le, pour leurs dattes et leurs produits horticoles, les habitanU préfèrent l'arrosage régulier au moyen des fontaines Le dattier a besoin d'avoir les pieds dans l'eau, et la tête au soleil. Si la pluie est dommageable à ses fruits, cela Uent sans doute à l'action nuisible exercée sur les racines de l'arbre par le contenu salin que 1 eau du ci*l puise dans le sol. L'eau de pluie, nous disait-on là-bas, est une eau morte [mejit), tandis que celle que fournit la terre est vivante et vivifiante {hai).
Mon hôte à Semnou était un aimable vieillard, du nom de Bou Aïscha, qui avait été antérieurement moudir du district, et qui, lors du dernier changement de pacha à Mourzouk, s'était vu révoqué de son emploi. C'était un habitant de Temenhint, la bourgade voisine, qui avait été nommé à sa place, d'où un gros crève-coeur pour cet homme de bien. Lui et son cousin, el-Hadch Omar, étaient des Marabouts, très respectés, qui me traitèrent l'un et l'autre à qui le mieux durant les quarante-huit heures que je restai à Semnou.
L'oasis suivante est Temenhint ; nous l'atteignîmes le 20 mars. EUe compte 133 feux, avec 800 habitants environ, et est délicieusement située au milieu d'admirables bouquets de dattiers. Malheureusement, l'été précédent, un tiers de ses maisons d'argUe, et le kasr lui-même, avaient été détruits par une pluie torrentielle, survenue après le coucher du soleU, et qui, en une heure et demie de temps, avait consommé son œuvre de dévastation. Six personnes et cinquante animaux avaient péri dans cette catastrophe, dont le caractère violent non moins qu'inopiné avait fait perdre la tête à la population.
La quatrième oasis, celle de Sebha, se compose des trois localités de Djedid, Karda et Hadjara, qui, ensemble, ne comptent
guère plus de 600 habitants ; nous y arrivâmes également en six heures; mais, de làjusqu'à la suivante, Rhodwa, il nous fallut faire deux journées de marche. Le premier jour nous franchîmes Técheveau de collines qu'on appelle la Biban, c'est-à-dire la Porte, puis deux autres lignes de hauteurs parallèles à celle-ci, et nous débouchâmes au bout de huit heures dans la plaine déserte qu'on nomme la serir el-Maâlâ. Nous avions espéré aller jusqu'au bir el-Meckni, d'autant plus que la fontaine de la Biban était depuis longtemps ensablée ; mais, le vieux chameau touareg de Mohammed s'étant trouvé pris de faiblesse, il en était résulté un arrêt qui fut cause
Acacias sajal.
que, la nuit survenant, nous dûmes camper dans un petit vallon, près d'un rideau d'acacias sajal.
La traversée de la serir el-Maâlâ, que nous efTectuâmes le lendemain 23 mars, nous fut rendue fort désagréable par un vent d'ouest violent accompagné de trombes de sable et d'une mitraille de menus cailloux. Rhodwa, où nous parvînmes en huit heures, toujours avec le même ouragan, lequel dura jusqu'à minuit, était la plus misérable de toutes les localités que nous avions vues depuis Tripoli. Quelques douzaines de ménages, beaucoup n'ayant que des huttes en feuilles de palmier, c'était tout ce qui restait de l'ancien village, dont les deux tiers n'étaient que ruines, et dont les habitants vivaient de la manière la plus indigente.
Notre désir eût été d'atteindre M ourzouk pour la grande fête du Bairam, l'Id el-Kebir, qui tombait le 24 mars ; cela nous étant im-
possible, nous résolûmes d'immoler l'agneau pascal à Rhodwa et d'y célébrer tant bien que mal la journée. L'agneau nous coûta 1 6 fr. 20, mais nous l'eûmes, pour ce prix, remarquablement gras, comme c'est en général le cas des moèlons, deschèvres^ des pigeons et des poules duFezzan. Nous achetâmes en outre du lakbi^ c'est-à-dire du jus de dattier fermenté, autant qu'il en fallait pour que tout le monde en eût sa suffisance, nos Fezzanais purs, tels que Boni ^ Mohammed et Ali Bou Bèkre, n'ayant point d'ailleurs des palais de gourmets. On obtient le lakbi en faisant un trou dans le Djoummar ou jeune bois de l'arbre, et en y insérant un tuyau par lequel le liquide s'écoule abondamment dans le vase placé au-dessous. Tous les dattiers indifféremment ne se prêtent pas à cette opération ; la quantité et la qualité du produit varient avec l'espèce et aussi avec l'âge des troncs ; on ne choisit à cet effet ni des arbres de bon rapport, attendu que c'est une cueillette perdue pour l'année, ni en général des sujets tout à fait vieux, parce que ceux-ci né donnent que peu de sève. Comme il est, on le sait, défendu aux Musulmans de faire usage de boissons enivrantes, les bons croyants ne boivent le lakbi qu'à l'état frais, avant que la fermentation ne l'ait changé en un véritable alcool. Le jus nouvellement tiré, c'est-à-dire provenant de la nuit même, offre une couleur bleue blanchâtre et une saveur douceâtre qui rebute ; mais le principe sucré cède très vite, et dès le second jour on a un breuvage riche en alcool, surtout si l'on a soin d'aider la fermentation au moyen de vases non nettoyés et n'ayant jamais servi qu'à cet usage. Quelques jours plus tard, la fermentation acide est déjà déclarée, et il commence à se former un vinaigre excessivement désagréable au goût. Grâce à la rapidité avec laquelle s'accomplit cette succession de phénomènes, c'est une chose assez malaisée que de contrôler le degré d'orthodoxie d'un sectateur du Prophète ; plus d'un austère croyant, sous prétexte de s'ingurgiter de simple moût de dattier, se stimule et se stupéfie la cervelle au moyen de lakbi pur. On sait, d'ailleurs, à ce propos, que les Mahométans poussent on ne peut plus loin l'art de s'étourdir la conscience et de se donner le change à eux-mêmes et aux autres. L'un prétend que la bière est une boisson permise, lorsqu'elle est faite d'orge et de houblon ; un autre enseigne à ses ignorants coreligionnaires que l'eau-de-vie, une fois distillée au moyen du feu, se trouve de cette façon purifiée et ne rentre pas dans la catégorie des boissons illi-