‹ Sahara et Soudan:Chapitre 6 sur 111 · Bout, peut père · texte numérisé non relu

Bout, peut père

cites; d'autres encore, àtableavec des Européens, avalentle\insans scrupule, en ayant seulement soin d'y ajouter chaque fois un peu d'eau, et si des infidèles s'en étonnent, ils leur expliquent comme quoi, par cette addition d'eau, ils anéantissent le principe défendu.

Les habitants de l'île Kerkena, près de la côte orientale de Tunis, qui s'adonnent en grand à la viticulture, consomment presque seuls leur produit, en alléguant pour leur justification qu'ils le boivent tout nouveau et non fermenté. Pour en revenir au Iakbi, je lui trouvai au début une saveur aigre-douce assez avenante, mais sans autres agréments accessoires. J'en avais emporté un litre, et je fus fort incommodé par le travail de fermentation que ce breuvage, auquel je n'étais pas accoutumé, parut continuer dans mon estomac avec une énergie persistante. Ce ne fut qu'au bout d'un long temps que je réussis à surmonter la sensation de malaise que me causait l'excès de flatulences. Le petit père Mohammed et Ali le Fezzanais, qui étaient ou plus solidement constitués ou mieux acclimatés que moi, continuèrent de boire sans sourciller, si bien que le dernier, qui était jeune, finit par lâcher les rênes à sa gaîté, tandis que le digne Gatrounois, si taciturne d'ordinaire, nous régalait de toutes sortes de récits merveilleux extraits de sa vie d'aventures.

Entre Rhodwa et Mourzouk, nous ne rencontrâmes plus aucun centre de population. Le territoire que nous traversions était un désert pierreux, fortement ondulé, et coupé seulement d'un oued qui porte le nom d'oued des Fourmis {IVadi-el-Niml). Au sommet d une colline que nous eûmes à franchir était dressé un tas de cailloux tel qu'on en érige volontiers, à titre de jalons de repère, aux points dominants du parcours, dans ces régions où s'oblitère Tile toute trace de chemin. Cette sorte de signal s'appelle M/em, -— au pluriel A'alâm, — et chaque voyageur de passage se fait un devoir de l'entretenir en y ajoutant quelques pierres. Le 26 mars, noiis avions atteint la vallée de Schekva. Là, sur un monticule de sable riche en humus, se trouvait une plante, assez commune au Fezzan, qu'on appelle Ghardek. C'est un arbrisseau avec des baies rougeâtres qui ont la forme de petites olives et qui contiennent un principe acre. On les mange souvent : ce sont, dit-on, les fruits mythiques du lotus.

De ce point j'envoyai mon homme d'escorte officiel, le gendarme Milâd Abêja, prévenir de mon arrivée le bourgmestre de Mourzouk, Hadch Brahim Ben Aloua, auquel j'étais recommandé, et que j'avais déjà prié par la poste de vouloir bien me retenir un logement.

A TRAVERS

LA TRIPOLITAINE ET LE FEZZAN

(suite)

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