FORCE MILITAIRE DU BORNOU
verneur d'un vaste lerriloire dans la partie sud-est du Bornou. Après lui venait le capitaine Abdoullâhi Marghimi, chef des Koubouri. Le Cheik ne s'inquiétait nullement de l'entretien de ses soldats ; c'étaient les Kachellawa qui recrutaient leurs hommes comme ils l'entendaient, et l'abondance de leurs levées dépendait de leur sens militaire comme de leur libéralité. Le Kachella Bilâl avait ainsi à ses ordres 200 lanciers et 25 cuirassiers ; tous ensemble, ils pouvaient disposer de 1,200 cavaliers à peu près et de 240 cuirassiers. Avec les 40 cuirassiers qui formaient la garde (l'élite du Cheik, on a un total d'environ 1,500 hommes à cheval, auxquels il convient d'ajouter : 1° un millier de fusiliers, partie à pied, et partie montés; 2* 200 archers; 3* une cinquantaine d'écuyers armés de lances; plus les troupes à la solde de Lamino, celles que possédaient Aba Bou Bekr, le prince héritier, et divers autres que je m'abstiens de nommer : savoir, en tout, 7,000 hommes environ.
Ce chiffre était dépassé autrefois ; le Cheik Mohammed el Amin, le père du prince aujourd'hui régnant et le fondateur de la dynastie actuelle, avait su, paraît-il, il y a cinquante ans, insuffler une nouvelle énergie vitale aux Bornouans déjà démoralisés; par malheur, la faiblesse de son fils, tout à la merci de conseillers avides, est venue arrêter ce mouvement de réveil. Le Bornou qui, par ses richesses naturelles et l'activité de ses principaux éléments de population, les Kanouri et les Kanembou, eût pu aisémont se placer à la tête des États soudaniens, a laissé se perdre tout trafic régulier avec les pays méditerranéens. Le favoritisme y règne sans partage, et paralyse, en dépit du sens juste du souverain, tout essor national. Les païens tributaires et demisoumis des frontières, comme les chefs des Etats vassaux d'alenlour, ne manquent pas de mettre à profit cet affaiblissement du Bornou. De temps à autre, le Cheik a bien des velléités d'énergie. On projetait, comme je me trouvais à Kouka, une cxpédifion militaire contre Tanemôn, prince vassal de Zinder, qui s'<^tait mis en révolte ouverte, et l'on avait avisé les tribus d'envoyer dans cette vue leurs contingents de guerre ; mais les gens ^'^périmentés ne croyaient guère à l'exécution de ce dessein.