‹ Sahara et Soudan:Chapitre 85 sur 111 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Caractère général du lac Tsàd. — ÀHluento du bassin : les rivières de Yôo, de Mboulou et de Gambarou ; le fleuve Chari. — Le Bahar el-Ghàxal. — Variations du rivage lacustre. — Les Kouri et les Bouddouma.— Les tles du Tsàd ; leur groupement. — Mœurs et usages des insulaires. — Géographie du Bahar el-Gh&zal ; habitants et stations aquifères de cet oued.

Peut-être eût-il été plus logique de rejeter à la suite de mes autres voyages dans les régions voisines du Tsàd la description d'ensemble de ce curieux lac de TAfrique centrale ; mais comme c'est ce bassin qui donne son empreinte caractéristique à la région soudanienne du Bornou, dont je me propose de parler ci-après, j'ai cru devoir en dire tout de suite quelques mots, en utilisant, pour cette notice, les informations supplémentaires que j'ai acquises dans mes tournées ultérieures au Baguirmi et dans FOuadaî.

Il n'y a pas encore bien longtemps, le tracé du lac Tsâd, avec Ja marge de terrain adjacente, était l'unique linéament qui interrompit le vaste espace blanc laissé sur nos cartes en cette partie du continent africain ; aussi était-il naturel que ce point attirât de bonne heure l'attention des géographes européens. Depuis l'ère nouvelle d'explorations, ouverte, à la fin du siècle dernier, par la fondation de la Société africaine de la Grande- Bretagne, le Tsàd a été, en effet, à plusieurs reprises, le point de mire des investigateurs dans ces parages de l'ancien monde. Denham, Richardson et Barth y ont fait des expéditions. Denham a franchi les affluents du bassin et a longé son littoral sud jusqu'i sa suture avec le Bahar el-Ghàzal. Barth et Oven^eg en ont contourné l'extrémité nord, et ce dernier voyageur, avant de mourir prématurément, sur sa rive ouest, en a visité l'archipel en canot. Vogel a passé toute une année sur ses bords; Gerhard Rohlfs y

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est allé également, et Ton a i^u que Maurice de Beurmann a péri tragiquement non loin de sa rive orientale. Moi-même enfin, en allant au Kânem, puis en Ouadaî, j'en ai parcouru la courbure nord et sud.

11 est regrettable qu'Overweg, celui de tous les voyageurs qui a le mieux exploré ce lac intéressant, et le seul qui fût en état de nous bien renseigner sur sa configuration et ses lies, se soit montré si avare de détails dans sa relation. Quant aux autres explorateurs, ils n'en ont observé que les contours, et sur quelques points seulement, vu l'impossibilité, en n'importe quelle saison de l'année, d'en côtoyer aisément la rive, déchiquetée à chaque instant par des baies et des canaux d'affluence, rendue inaccessible en beaucoup d'endroits par des mares et des arrière-cours d'eau, et sans cesse métamorphosée par les variations du niveau liquide. Celui qui a serré de plus près le bassin, c'est Denham, qui avait pour objectif tout spécial d'en relever le littoral. Tous les voyageurs venus après lui ne se sont occupés qu'occasionnellement de cette étude. Pour moi, en allant au Kânem, j'ai suivi, je le répète, le pourtour de ses anses septentrionales, et, dans ma pointe au pays de Bari, j'ai approché de très près sa marge sud-est. Plus tard, en me rendant au Baguirmi, j'en ai longé la côte sud-ouest , puis, pour gagner l'Ouadaî, j'en ai contourné le bord méridional, mais à une certaine distance, puisque j'ai passé le fleuve Ohari près de Goulféi, tout en atteignant le Bahar el-Ghâzal non loin de sa sortie du lac, c'est-à-dire à 70 kilomètres environ au sud-sudest de la ville de Mondo, l'étape la plus méridionale de mon voyage au Kânem.

Ce nom de Tsâd^ qu'on lui donne en langue kanouri, semble avoir, dans le dialecte des anciens habitants de la région ouest, les Sô et les tribus apparentées, la signification de « grand amas d'eau ». Quant aux insulaires actuels, ils donnent au bassin le nom de « lac Koulou * ».

Situé à 270 mètres à peu près au-dessus du niveau de la mer, le Tsâd reçoit les eaux du Bornou, du Baguirmi, des pays au sud de l'Ouadaî et d'une partie du Dar-For. C'est une vasque plate, aux rebords très irréguliers et formant des berges plus ou moins inclinées. Vers le désert, le terrain s'élèverait assez régulièrement jusqu'au plateau d'Ahir, jusqu'au mont Tummo sur la route du Fezzan, puis jusqu'aux sommités du Tou et au relief rocheux des

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