Subdivisés eux-mêmes en sous -groupes
trouve des pâtis excellents. A leur suite, vient un groupe pressé d'îles, les unes habitées, ce sont: Pirkeriram, BouUen, Kambé, Pirram Tjouroli, Djilouâri, Kaiwa, Karamgoubboua, Pirram Dékabê, pourvues pour la plupart d'une assez riche végétation ; les autres sans population ; ce sont : Bourbourgabê, Djabbala, Kindjiri, Deïram, Ngôrea et Mâdera, presque dénuées d'arbres, et visitées seulement comme pacages. Mâdera seule est cultivée, et, à ce titre, temporairement habitée.
Le groupe bouddouma des Maidjôja est, des douze, le plus important et le plus nombreux. Ses iles habitées et les plus riches sont : Redjiwô, Toumboulloua, Kemaguendoum, Nguirriwa, Kilâmi, Perguemi, Debâba, Doguereram, Belarigué, Kâbia, Mâga, Kann, Karrarâwa, Moummo, Koumou, Kadjila, Dôdji et Schi.
Le groupe des Maïboulloua, cantonné au nord du précédent, possède, entre autres îles habitées : Piram, Bouni Kilwa, Korimâram, Gallâsa, Irribou, Jâran, etc. Plus au nord-est, le long du Kânem^ se trouvent les Gouria, dont les îles habitées sont : Killi, Galômia, Schêram, Kama, Schêram Ganna, Kasettia, Maïtjirou, Bougroumia, etc. Tout près du continent sont les bourgades de Midi et de Midi Ganna, et la localité kanembou de Ngallala, siège du chef des Gouria, lequel a le litre de Kachella.
Au sud-est des Gouria, habitent les Marganna (localités : Siguindea, Malte, etc.), et, au nord-ouest de ceux-ci, ce semble, mais à plus grande distance du rivage, les Diremma ; îles : Rêrênoa, Kamram, Margou, Miram, etc., toutes habitées et bien boisées. Dans les mêmes parages est le petit groupe des Djilloua ou Djilliwa, dont le principal centre d'habitation serait l'île d'Iba. Ils en avaient encore un autre, l'île Kangallam ; mais elle a disparu peu à peu dans l'eau, il y a quelques années.
C'est au sud des groupes susnommés qu'habitent les autres fractions de Bouddouma, sur lesquelles je n'ai pu avoir de renseignements particuliers. On remarquera que la plupart de ces îles et des peuplades qui les occupent portent des noms bornouans ; mais il est probable qu'elles en ont concurremment d'autres appartenant à l'idiome des Bouddouma.
La situation exacte de ces îles demeure, je l'ai dit, des plus incertaines. Tout ce que j'ai pu approximativement déterminer, c'est l'emplacement de quelques-unes d'entre elles, en face de la côte nord-ouest ou nord-est. C'est ainsi que Sejoroum paraît être à une trentaine de kilomètres au large de Kaoua, village kânem-
500 POPUI-ATIONS INSULAIRES DU TSAD.
bou voisin de Kouka sur le bord du lac ; de Sejorouin on arrive à Bôgoniâram, puis à Pirram, et, le soir du troisième jour, on atteint Belariguê, en allant, ce semble, au nord-est. Près de la côte opposée, les localités des Gouria et des Marganna doivent être au sud-est de Djigguel, et au nord-ouest des Kouri, comme je Tai dit à propos du Kânem. La plus peuplée des iles des Bouddouma ne semble pas compter un millier d'habitants ; en évaluant à deux cents âmes en moyenne la population de chacune, on arriverait à un chiffre total de douze ou quinze mille têtes d'insulaires.
Les groupes n'ont entre eux aucune cohésion politique. Leurs chefs portent le titre kanouri de Kachella. Quelques-uns sont dans une certaine dépendance à l'égard du roi du Bornou, mais sans payer aucun tribut, et on les traite avec beaucoup de menagements, à seule fin d'assurer la sécurité des quelques relations de trafic que l'on a avec eux, et de garantir un peu de leurs coups de main les localités riveraines du lac. Les insulaires, de leur côté, ont intérêt à maintenir, autant du moins qu'il leur plait, ces rapports tant soit peu pacifiques, afin de ne pas se fermer les marchés bornouans voisins du bord où ils se pourvoient des choses nécessaires.
Les iles inhabitées semblent n'être guère visitées, à titre de pacages, que dans la saison sèche de l'année. A la fin de I été, en automne, et durant une partie de l'hiver, la plupart d'entre elles ne sont plus que de vastes surfaces marécageuses, où croissent des herbes, des roseaux, et le jonc du Nil, Quant aux îles habitées, elles offrent la flore arborescente que nous avons observée au Kânem ; en fait de culture, c'est celle du sorgho et du maïs qui y domine ; mais les insulaires sont trop paresseux et trop vagabonds, pour tirer bon parti de leur sol fertile ; aussi sont-ils obligés d'acheter leur grain sur leur continent. Outre des céréales, on cul-^ tive encore en quelques endroits la fève, la courge, l'indigo et le coton.
L'occupation principale des Bouddouma, c'est l'élève de la race bovine, qui appartient à l'espèce dite A;our/. Il y a aussi chez eux quelques chèvres ; des moutons, fort peu ; des chevaux, en plus petit nombre encore, et un âne par ci parla.
Ils ont, par contre, abondance d'hippopotames, de crocodiles et de poissons, puis des antilopes, des hyènes, des sangliers, comme au Bornou ; pas mal d'éléphants également, à ce qu'il parait ; mais peu de buffles, et point du tout de rhinocéros et de girafes.
La race insulaire est grande, forte, bien en muscles et en graisse, assez noire de teint, offrant en somme le type makari, dont je parlerai dans la seconde partie de ma relation. Les hommes s'habillent, comme les Kânembou, de tobes bornouanes, quand ils trouvent à s'en procurer ; sinon, ils portent des tabliers de peau. Leurs armes habituelles sont Tépieu, le javelot, le bouclier en bois de phôgou, et toujours le long poignard d'avanl-bras; rarement ils se servent d'arcs et de flèches. Les femmes se partagent la chevelure en deux pelotes qu'elles ramassent, l'une à la partie antérieure
Le iac Ts&d (aatro aspect).
du crâne, l'autre sur le derrière de la tête, et qu'elles grossissent au moyen de chignons; chez elles, point de cylindre à l'aile droite du nez ; mais des anneaux de cuivre ou de laiton aux oreilles, et de nombreux bracelets de métal Jusqu'à dix et plus parfois, au bras et à l'avant-bras, sans préjudice d'appendices semblables au-dessus de la cheville du pied, et de colliers de fausses perles ou de coquillages cauris au cou.
Ces Bouddouma passent pour être en majeure partie mahométans ; néanmoins ils ont conservé nombre d'us païens, plus en crédit souvent chez eux que les rites de l'Islam. C'est ainsi qu'une
calebasse sacrée, une pierre historique (les pierres sont rai;es dans les lies du Tsâd) et un glaive national jouent chez eux un rôle tout particulier. Une sorte de prêtre a la garde de ces objets, et s'en sert pour solliciter Tassistance du grand être en cas de maladie, de disette ou d'autres calamités de ce genre. Mais la puissance souveraine parait surtout attribuée à un être fabuleux qui, sous la forme d'un gigantesque serpent, passe pour habiter l'eau du lac ; c'est en quelque sorte le Génie du Tsâd, et, en toutes les graves occurrences, on ne manque jamais ^'implorer de lui conseil et appui. La seule prescription de l'Islam qui soit scrupuleusement observée, c'est celle de la circoncision ; des prières quotidiennes et du jeûne, on en prend fort à l'aise ; quant à la polygamie, c'est à qui la pratiquera le mieux.
Les filles se marient généralement entre douze et quinze ans. Le prétendu donne un repas à la famille de la fiancée, et gratifie le beau-père de dix, vingt ou trente têtes de bétail, suivant ses moyens ; puis le père, en effectuant la livraison de l'épouse, rend, sous forme de dot, autant et souvent plus qu'il n'a reçu. Les mariages sont très féconds, ce qu'on attribue, ici comme en d'autres pays, à l'habitude de se nourrir de poisson ; le divorce est assez fréquent. Entre personnes alliées, même réserve que chez les Toubou ; et, commet chez ceux-ci également, les forgerons forment une caste de parias.
Les Bouddouma, en fait d'industries, se bornent, cela va sans dire, à celles qui leur sont indispensables : tressage de nattes et de corbeilles, fabrication de cordes végétales, et surtout, en leur qualité d'insulaires, construction de chaloupes et de batelets. Ils ont des embarcations de plusieurs sortes ; les unes au museau redressé, longues d'une quinzaine de mètres, sur un mètre et demi de largeur, sont faites avec le bois dur de la mourrayà (en kanouri kâgtiem) ; d'autres sont de petites nacelles en bois de phôgou ou de mélissa pour le passage des simples bras d'eau. Pour leurs vêtements et leurs objets de parure, les Bouddouma se les procurent sur le continent.
Retranchés dans leurs demeures presque inaccessibles, principalement du côté du Bornou, dont les sépare une vaste nappe d'eau, ces insulaires sont devenus, je l'ai dit, d'effrontés brigands. Ce n'est pas seulement contre les voyageurs isolés ou les petites caravanes qu'ils exécutent leurs fructueux coups de main, c'est aussi contre tous les villages d'alentour. A l'époque des grosses eaux, alors qu'ils peuvent, sans être remarqués, arriver de nuit
aui portes mêmes des bourgades riveraines, celles-ci sont constamment sur le qui-vive ; encore, malgré toute la vigilance du monde, ne se passe-t-il point d'hiver, sans que les gens de la terre ferme ne soient victimes de ces malandrins. C'est ainsi que, dans les derniers jours de décembre 1870, un gros village schôa fut surpris par les Bouddouma, qui massacrèrent une partie de la population mâle, et emmenèrent le reste, femmes et enfants, en captivité. Et cela, impunément, car, une fois dans leur domaine lacustre, ils défient toute poursuite. Ajoutons qu'entre eux et leurs voisins d'archipel, les querelles sanglantes ne semblent pas rares. Tous les ans, durant mon séjour à Kouka, nous avons eu vent à plusieurs reprises de batailles navales entre Bouddouma et Kouri,où, de chaque côté, il avait bien une centaine de chaloupes engagées.
La langue des Bouddouma est proche parente de celle du Logon ; entre les deux la transition est formée par les dialectes de la province bornouane deKotoko (Afadé, Goulfeï, Ngâla, etc.), qui euxmêmes se rapprochent plus de l'idiome logonien que de celui du Tsâd*.
Les Kouri, dont le dialecte n'offre que peu de différence avec celui des Bouddouma, entretiennent, par suite de leur position à l'angle sud-oriental du lac, des relations plus étroites avec les gens de la terre ferme, et sont aussi un peu plus haut placés dans l'échelle de la civilisation. Ils se subdivisent en Ariguâ, Media, Kadiwâ, Tescheâ, Kourawâ et Kaleâ. L'agglomération très tassée des îles qu'ils habitent porte le nom général d'îles Karka. Citons, parmi elles, Mourschilata, Youbberim, Rilliram, Yurtegou, Massowa, résidence du chef ou KoukoUy et le siège principal des Kôleâ, puis Kournoya, Dêra, Koulbou, 0mm esch-Schôra, Djezirat en-Nam (îles des Autruches). A ce groupe de Karka appartiennent aussi les établissements des Schoa (Assâla et Degguena), situés plus au sud, à l'est de l'embouchure du Chari, et ceux des tribus kânembou et kanouri (Maniyaou, Kadjiti, Korio, Koukinna, etc.) qui vivent près de là, partie sur le lac, partie à la lisière du Kânem.Tout compte fait de ces divers appoints, l'ensemble de la population du Tsâd peut être évalué à 30,000 âmes environ.