‹ Sahara et Soudan:Chapitre 87 sur 111 · Korasdougou est an nom commun qui signifie fleuve · texte numérisé non relu

Korasdougou est an nom commun qui signifie fleuve

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je revins du Baguirmi, dans les premiers jours de septembre, il avait submergé ses rives, et offrait un courant de soixante mètres de largeur qui nous obligea à faire usage d'embarcations. Toutefois, un peu avant la saison des pluies, il n'est plus, lui aussi, qu'une suite de flaques d'eau bourbeuses. La pente y est si faible, que des objets que nous y fîmes flotter au printemps ne purent, par le vent d'est régnant, filer en aval du côté du lac.

A une douzaine de kilomètres à Test de l'embouchure du Mboulou, se jette également dans le Tsâd le komodougou de Gambarou, qui vient, dit-on du territoire marécageux des Mousgo, où il n'est vraisemblablement qu'une branche détachée du Ghari de l'ouest ou Chari de Logon. Dans ce cas, il ne faudrait voir en lui qu'un des innombrables canaux de dérivation par lesquels le grand fleuve baguirmien se déverse au lac. A quinze ou vingt kilomètres en deçà de son embouchure, cette rivière de Gambarou reçoit, disent les uns, un autre komodougou, le Ferendouma; d'autres affirment, au contraire, que ce dernier cours d'eau vient directement de l'ouest du Logon ; il y a même des gens qui prétendent qu'il se jette aussi à part dans le lac. Pour cela, je ne le crois pas, car, en revenant du Baguirmi, je franchis la rivière de Gambarou ainsi que le Mboulou tout près de leurs embouchures, et je n'ai nullement aperçu le Ferendouma, que, lors de l'aller pourtant, j'avais traversé à dix-huit ou vingt kilomètres plus au sud. De même, il me parait improbable que ce fleuve ait sa source propre, attendu qu'au milieu de mars, alors que tous les autres affluents du Tsâd nés dans la même région étaient presque à sec, il charriait, lui, une masse liquide plus considérable que la rivière de Gambarou elle-même, à savoir de dix mètres de large sur un mètre de profondeur, je suis plutôt porté à le prendre pour un bras de ce dernier cours d'eau, qu'il rallie de nouveau avant l'embouchure.

A l'ouest du Mboulou se trouvent encore les deux rivièrettes Missénéram et Lébâ, qui ont, elles aussi, une déclivité fort insignifiante, au point que les uns prétendent qu'elles courent du sud au nord, pour aboutir soit au Tsâd, soit à l'embouchure du Mboulou, tandis que les autres les représentent comme de simples dépressions de terrain, des RidchoiU que le lac remplit lors de ses grandes crues. Toujours est-il que, à l'époque de notre retour, alors que les deux petites rivières (à sec en mars) contenaient un volume liquide d'un mètre et demi à deux mètres de profondeur, il me fut impossible d'y découvrir le moindre courant.

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C'est à l'est ou au nord-est de Fembouchure du fleuve de Gambarou que se trouYent les nombreux bras de décharge du Cbari, lesquels s'irradient vers le lac un peu en aval du confluent du Cbari de l'ouest ou Chari proprement dit et du Gbari de l'ouest ou rivière de Logon. Cette jonction a lieu à dix ou quinze kilomètres au nord de Kousseri, et le courant unique qui en résulte fournit encore près de quatre-vingts kilomètres au nordouest jusqu'au point extrême du delta terminal. Presque toutes les bouches secondaires se trouvent à l'ouest du tronc principal ; il n'y a, de l'autre côté, que quelques petits bras d'écoulement. Plus loin enfin, dans cette même direction, vers le point de sortie du Bahar el-Ghâzal, qui n'est lui-même qu'un immense ridchout^ la rive du lac, tout à fait aplatie, a donné naissance à divers gauchissements du même genre qui vont pénétrant au sud dans les terres. Le Bahar el-6hàzal lui-même, au sortir du Tsftd, court, sur un espace d'une quinzaine de kilomètres, dans une direction est et nord-est, pour s'infléchir peu à peu au septentrion.

La rivière de Yoô et le Mboulou, grossissant vite au moment des pluies, mais prompts ensuite à se tarir, ne contribuent en somme que médiocrement à remplir le Tsâd ; le tribut d'eau le plus considérable est celui qu'apporte le Chari, dont le volume et l'impétuosité varient beaucoup selon la saison. C'est en septembre et en octobre que ce fleuve acquiert son maximum de grosseur et de vitesse ; c'est au printemps ou un peu avant la période des pluies que, chez lui. Tune et l'autre sont au plus bas. Denham, qui Ta franchi au mois de juin, à quarante kilomètres de l'embouchure, en a évalué la largeur à mille mètres et la rapidité à un mètre et demi par seconde (cinq ou six kilomètres à l'heure). Barth, lui, n'en a vu que les deux bras séparés. Pour moi, qui ai passé le Chari en mars, à soixante-dix kilomètres environ de l'embouchure, c'est-à-dire tout de suite en aval du confluent, je lui ai trouvé huit cents mètres à peu près de largeur, avec une vitesse d'un mètre à la seconde (quatre kilomètres à l'heure). Le bras oriental que, dans mon voyage au Baguirmi, j'ai parcouru sur une longueur de plus de cent cinquante kilomètres, n'avait partout, dans une moitié de son lit, qu'une profondeur d'eau d'un à deux mètres, tandis que, dans l'autre moitié, la tranche liquide mesurait quelquefois jusqu'à sept mètres. 11 va sans dire que ces proportions changent sensiblement lors des pluies et surtout lorsqu'elles sont abondantes.

Pour pouvoir évaluer approximativement la quantité d'eau que

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le Chari déverse dans le Tsâd, il faudrait Tobserver, aux moments deTétiage et de la crue maximum, immédiatement au-dessous de la jonction de ses deux courants primordiaux, et en amont de la bifurcation de ses bras multiples d'embouchure. Que si néanmoins nous calculons sur une largeur de neuf cents mètres, avec deux mètres seulement de profondeur, et une vitesse d'un mètre à la seconde, nous trouvons que le volume liquide apporté annuellement au lac par le fleuve serait d'environ soixante kilomètres cubes. Quant aux affluents secondaires, leur tribut, évalué ^ro^^o-m^^e/o, peut être de dix kilomètres cubes ; ajoutons à cela la contribution fournie par les pluies, un mètre et demi d'eau par an sur une superficie de 27 000 mètres, soit trente kilomètres cubes, défalcation faite des îles du bassin, et nous arrivons à un chifl're total de cent kilomètres cubes à peu près.

Quelle quantité en absorbent les rives et aussi les dérivations souterraines, cela, on ne saurait le calculer. J'ai dit que jadis ]e Bahar el-Ghâzal conduisait les eaux du lac dans les immenses dépressions du Bodelê, de l'Égueï et du Borkou sud, et aujourd'hui que l'écoulement a cessé de se faire en dessus, il est à supposer qu'il continue de se faire en dessous vers les régions susnommées, dont le niveau est inférieur à la coupe bornouane, et que c'est là la source de leur richesse en eaux terrestres. Et ce qui milite en faveur de cette hypothèse, c'est que, tout compte fait de l'évaporation, il reste encore un surcroît d'apport liquide de trente kilomètres cubes par an, qui s'ajouterait d'une façon continue au volume de la masse lacustre, s'il n'était utilisé autrement.

Il est certain que le dessèchement complet du Bahar el-Ghàzal ne date pas de bien longtemps ; en 1870 encore, année qui fut très pluvieuse, cetécouloir, nous l'avons vu, se remplit d'eau sur un espace de plus de 100 kilomètres, ce qui fit croire aux riverains qu'il allait de nouveau inonder le Bodelê. Il garda même, au moins dans la partie sud-est, son contenu liquide plusieurs années de suite, car, en 1873, j'ai retrouvé son sillon fluvial submergé à 80 kilomètres environ de sa sortie du lac Tsâd.

Maintenant, d'où vient que ce sillon fluvial, qui jadis inondait une si vaste région, a cessé ses fonctions d'émissaire? On a voulu attribuer le phénomène à la formation d'un barrage de dunes interceptant ses communications avec le lac Tsâd; mais, même sans cette hypothèse, la cessation de Fécoulement s'explique par des causes ordinaires, à savoir des niveaux médiocres de l'onde lacustre et des modifications insensibles dans la partie est de la

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coupe. Dans le réseau aquatique de la contrée, c'est le Ghari qui joue le rôle prépondérant, et qui, par suite, contribue le plus aux alluvions régionales. Il y a telles portions de terrain que les inondations annuelles transformaient en de yéritables iles, inhabitables et inhabitées, et qui, aujourd'hui, exhaussées sur tout leur pourtour, portent des villages. Par contre, il est vrai, il y en a d'autres qui se sont peu à peu abîmées dans Teau et qui, partant, ont été délaissées, quoique ces phénomènes, en définitive, paraissent plus fréquents à la partie ouest du lac, où Faction des eaux est plus intense.

C'est, en effet, vers la partie sud-ouest du bassin que le Chari dégorge son tribut d'eau principal, et c'est là aussi, conséquemment, qu'il s'est formé le moins d'îles et que le rivage dessine le gauchissement le plus vaste. De là des changements incessants dans le littoral adjacent. Barth a déjà remarqué que chaque localité riveraine de ce côté voit de plus en plus l'eau échancrer son territoire, et il cherche la cause de ce phénomène dans un affaissement de la couche calcaire qui se trouve sous la tranche superficielle de terrain. Quant aux indigènes, ils disent que le lac « dévore » sa rive ouest. J'ai noté ci-dessus l'émoi causé à Kouka par les poussées périodiques du Tsâd dans cette direction, progrès tels, que lorsque, au printemps de 1873, je quittai définitivement le Bornou, le cheik Omar s'apprêtait justement à se faire construire, près de la ville, une seconde résidence sur un site plus élevé et hors des atteintes de l'onde lacustre.

La rive septentrionale semble sujette à des transformations analogues dans la limite où le permet ici l'exhaussement rapide qui se fait du terrain. On a vu que, d'année en année, les Arabes du Kânem, qui prennent ce chemin pour aller à Kouka et en revenir, sont contraints de décrire un circuit de plus en plus long du côté du nord. Or ces progrès du lac au nord et à Touest pourraient bien être une compensation du dessèchement du Bahar cl-Ghâzal et des alluvions qui se produisent dans le delta du Chari et à la partie orientale du bassin, et il n'en faut peut-être pas davantage pour expliquer le drainage subi par l'ancien écouloir sud-est de la coupe.

Une autre particularité singulière du Tsâd, c'est que c'est un lac d'eau douce. Tous les fleuves apportent du sel à la mer, et ceux qui affluent à des récipients intérieurs finissent peu à peu par les transformer en. des lacs salés. La mer Caspienne, le plus grand des lacs méditerranéens dépourvus d'émissaire, contient bien

encore, dans sa partie nord, là où elle reçoit Ténorme tribut des flots du Volga, de TOural et du Terek, de Teau qui, à la rigueur, se peut boire, mais, à sa partie médiane et sud, la matière saline augmente d'une manière continue. L'eau du Tsàd, au contraire, est aussi douce que peut l'être eau du monde. Et pourtaat tout le sol régional renferme énormément de sel. Les fontaines du Kânem sont parfois saumàtres, celles du Bodelê et de TEguei le sont presque toutes, et, à peu d'exceptions près, les petits étangs de fond des vallées du Kâhem contiennent également un liquide salin. Les rives et îles du Tsâd sont riches en nalron,^et cette matière, qui s'extrait du sol, constitue un article considérable d'exportation vers l'ouest de l'Afrique. Le Chari, il est vrai, n'apporte sans doute au lac que peu de sel, attendu qu'il vient de contrées qui, à cet égard, sont parmi les plus pauvres ; mais la saveur extraordinairement douce des eaux du grand bassin bornouan n'en reste pas moins un fait singulier, et qui, lui aussi, semble indiquer que ce lac n*a pas encore de caractère défini.

L'archipel intérieur du Tsàd, qui n'est séparé de la terre ferme que par un canal de peu d'étendue, a dû être, de tous temps, habité. 11 y a là un rçseau aquatique qui forme une certaine défense naturelle. C'est dans ces lagunes que les gens du Kànem, aujourd'hui encore, vont se mettre à l'abri des incursions des Oulâd Sliman et des félonies des Dâza ; c'est là aussi qu'à l'époque des premières immigrations des peuplades du nord, les riverains de la contrée orientale sévirent refoulés; là encore, que depuislongtemps, la tribu arabe des Assâla, établie sur le littoral sud-est du lac, a trouvé protection et refuge contre les armes de l'Ouadaï et du Baguirmi; là enfin que, lors des changements de règne, les princes ouadaïcns ont soin de se sauver pour éviter qu'on ne leur crève les yeux ou qu'on ne les égorge.

Les maîtres primitifs du lac ont été, parait-il, les Kouri ou Kalea, qui habitent la portion tout à fait orientale de l'archipel qu'on désigne sous le nom de Karka. Ce n'est que plus tard, lorsque les riverains du littoral ouest, au temps de la conquête kanouri, se sont aussi réfugiés dans les îles, que s'est formée, par le mélange, la peuplade qui porte le nom de Bouddouma, Cette dernière appellation se rattache à la tradition que voici. Un jour,

un esclave, du nom de fiarka, appartenant à la maison d'un roi bornouan, où il avait la direction des écuries, s'en vint avec les palefreniers chercher du fourrage pour ses bétes sur les gras pàtis de» bords du Tsâd. L'eau se trouvant très basse, il poussa jusqu'à File Sejoroum, et là, il rencontra des gens inconnus qui le firent prisonnier et l'emmenèrent dans d'autres îles où ils demeuraient. 11 y resta à vivre avec eux. Or Bouddoii est un terme kanouri, qui signifie « herbe sèche », et qui, en composition avec le suffixe ma, désigne l'individu qui s'occupe d'herbe sèche, c'est-à-dire est préposé au fourrage, et c'est ainsi que le mot Bouddouma^ surnom de fiarka, devint et resta la dénomination collective, au pluriel comme au singulier, de toute la peuplade insulaire *.

Les Bouddouma se donnent à eux-mêmes le nom de Yeditia^ dont l'étymologie demeure incertaine. Il se peut qu'il vienne, soit directement de Yedi^ ville située à la rive sud- ouest du Tsâd, et dont les habitants primitifs, un groupe de la tribu des Sô, auraient fui dans les iles la conquête bornouane, soit du mot kanouri, Gedi^ qui signifie Est.

A ces éléments de population du lac, s'ajoutent des fragments de tribus kanembou, schoa, kanouri, dâza, boulala, qui, des districts orientaux du bassin, se sont peu à peu retirés dans les îles ou y font des apparitions périodiques. Je ne saurais, malgré toutes mes recherches, en donner la nomenclature bien complète, non plus que dresser, d'une façon rigoureuse, la topographie du lacis insulaire ; néanmoins, pour l'usage des voyageurs à venir, je dirai ici ce que j'ai pu en apprendre.

f^es Bouddouma occupent le groupe central d'îles qui avoisinela partie médiane de la côte nord-est. Ils se partagent en douze groupes * : Maidjoja, MaibouUoua, Boudjia, Gouria, Dalà, Berêdja, Marganna, Djilloua, Diremma, Orzôuguena, Kadjinguena et Bekarôa.

Les Boudjia demeurent dans la partie la plus occidentale de cet archipel, et se subdivisent en Boudjia Média, B. Kotoa, B. Aliâ et B. Bouna. Trois de leurs îles, Sejoroum, Bogomaram, Kagoliram, sont inhabitées; elles ont peu d'arbres, mais il s'y

1. Au singulier, et indéclinable, sinon, le pluriel en serait Bouddoubou. Comparez Kânemma (tiomme du Kânem), pluriel Kanembou, Ajoulons que, vu la largeur do la nappe d*eau qui sépare Tarchipel des Bouddouma de la rive bornouane, et le peu d« relations qui, par suite, devait exister entre ce côté du continent et les fies, on 8*6\> plique très bien que les conquérants kanouris aient été longtemps sans avoir connaissance do cette population lacustre éloignée.

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