Voyez V Appendice, à la fin de ce volume
nouri), est néanmoins indiqué dans ma source comme fils d'Ayoma. A mon compte, à moi, le règne de ce Bouiou tomberait au milieu du dixième siècle, ce qui reporterait à la première moitié du même siècle celui d'Ayoma.
Quoi qu'il en soit de ces obscurités d'origine, le grand mouvement d'essor du jeune royaume eut lieu à la suite de l'établissement de l'Islam au Kànem, établissement dû au roi Oumé, dans la première moitié du douzième siècle, selon moi, du onzième, au calcul de Bartb. C'est cet Oumê que les gens instruits du Bornou considèrent généralement comme ayant été le premier prince mahomctan du pays, encore que l'historien Makrisi mentionne en cette qualité un certain Mohammed Ben Dchlil. La nouvelle religion paraît avoir fait de rapides progrès, car nous voyons Dounama, le successeur d'Oumê, faire trois fois, avec une nombreuse suite, un pèlerinage à la Mecque, et Birni, le prince qui vient après, est qualifié par le chroniqueur Ahmed de (( savant docteur » .
Organisée et fixée, d'après les principes de l'Islam, la puissance du Kânem fit bientôt contraste avec ce monde indiscipliné et nomade du Tou, sur lequel elle avait commencé par prendre son point d'appui principal. Dès Dounama, c'est-à-dire une centaine d'années après l'introduction du mahométisme, l'extension du royaume devient énorme, et la lutte séculaire commence avec les anciens alliés du Désert. Dounama soumet au nord les Toubou et le Fezzau, et entame, au sud, les premières expéditions contre le Bornou actuel; bientôt, nous dit la chronique d'Ahmed, il commande à l'est jusqu'au Nil, et à l'ouest jusqu'au delà du Niger.
Le sens de ce nom de Bornou, qui apparaît pour la première fois chez l'historien Ibn Saïd, pour désigner une partie du Kànem, demeure, selon moi, douteux, encore que les Kanouri et les Arabes vivant avec eux s'accordent pour le faire venir de Barr Nôah (pays de Noé). Il paraît effectivement s'être écrit autrefois en deux mots dans le Fezzan et la Tripolitaine. Peut-être les conquérants, qui venaient du Désert et du steppe, ont-ils donné ce nom de Pays de Noé aux régions situées au-dessous de la rivière de Yoô, à cause de leur fertilité insolite pour eux ; et peut-être fut-ce cette désignation qui amena plus tard les habitants du Bornou à l'idée fantaisiste que c'était chez eux que l'arche de Noé avait abordé après le déluge ; et comme ils étaient embarrassés de trouve^ dans leurs parages aussi plats que la main une émî-
nence où la nef du patriarche eût pu attérir, ils s'en tirèrent en assignant ce rôle à un rocher modestissime de la rive gauche du Tsâd, lequel porte le nomd'Hadjer Teous*.
Quand l'Arabe Ibn Ghaldoun raconte dans son Histoire des Berbères^y qu'en l'an 655 le roi.de Tunis reçut une ambassade d'un roi du Kànem ami et allié,, qu'il ne nomme pas, cette assertion concorde parfaitement (sauf la date) avec l'expansion de puissance de Dounama, qui, maître,, au nord, du Fezzan, a fort bien pu entrer en rapports étroits avec le prince en question. D'autres mentions encore militent en faveur de cette hypothèse. Sans y insister, je dirai que le règne brillant de ce Dounama fut suivi d'une période néfaste de deux siècles environ, durant laquelle le royaume, désagrégé à l'intérieur par des compétitions anarchiques, ne cessa d'être en butte aux attaques du dehors. Les premiers princes de cette période continuèrent contre les peuplades au sud de la rivière de Yoô les entreprises guerrières de Dounama. Parmi ces peuplades, les Sô surtout, dont le renom €st resté légendaire au Bornou, se distinguaient parleur énergie et leur résistance. La tradition populaire parle d'eux comme de vrais géants. On montre encore à Ngala, sur la rive orientale du Tsâd, des vases gigantesques, cruches et plats, qui leur servaient d'ustensiles usuels. Ces Sô, aujourd'hui, sont complètement disparus ^ ; traqués successivement par quatre gouvernants du Kânem, ils se virent à la fin réduits; car, à partir des dernières années du quinzième siècle, ils cessent de figurer dans la chronique au nombre des ennemis du royaume, et lorsque les princes du Kânem évacuèrent le pays, ce fut entre Goudjeba et Oudjè, dans le district de Kagha (Mabani), c'est-à-dire au sud du Bornou, dans le voisinage immédiat des Sô, qu'ils purent transférer leur résidence.
Cette émigration des rois du Kânem fut l'œuvre des Boulala, qui avaient fondé une domination dans le district de la tribu des Kouka, sur le bas Batha, et aux bords du lac Fitri. Cette peuplade qui, à la faveur de querelles intestines de l'État voisin, avait grandi en force et en influence, prit à son tour l'offensive contre lui et ne tarda pas d'achever sa ruine. Le roi Daoud le premier