DÉDICACE
Voilà bien des années déjà que je rêve mes livres sous les beaux orangers de votre parc , que je les écris sous votre toit royal, dans votre bibliothèque et avec le secours des trésors qu'elle renferme ; et cependant je ne vous en ai encore dédié aucun. Est-ce oubli, est-ce indifférence? Vous seriez le dernier à le croire. U m'aura semblé que nés chez vous, et d'une âme et d'un esprit qui sont à vous depuis trente-deux ans, je ne pouvais vous les offrir ni comme un hommage ni comme un souvenir. En voici un enfin que j'achève loin de vous et qui est un peu moins à vous. Je puis donc écrire en
2 hamon de la cruz.
tète, non pas voire nom, une main jalouse Teffacerail, mais une simple dédicace. Les cœurs fidèles comprendront aisément celte offrande du mien : c'est assez pour aujourd'hui.
Je veux essayer cette fois de faire connaître à nos compatriotes, par une traduction et une élude dalées de Sèville, un des poètes dramatiques les plus originaux de l'Espagne, l'auteur de ces piquants et joyeux sainêtes, Ramon de la Cruz. Nous l'avons quelquefois applaudi ensemble au thèâlre. En produisant sur une scène plus humble un choix de ses compositions, Je vous demande pour elles un peu de la même sympathie. Le traducteur y comple d'avance.
L'Espagne, si prévenue d'ordinaire en faveur de ses grands hommes, surtout en faveur de ses beaux esprits, ne me paraît pas avoir rendu complète justice à Ramon de la Cruz. Le pays, cependant, dont le Do7i Quichotte résume si bien non-seulement les élans héroïques, mais encore le jugement solide et le sens pratique j devait, ce semble, être assez sensible au côté comique des choses de ce monde pour ne pas marchander la popularité à l'auteur de tant de courtes mais vivantes esquisses. Elles procèdent en droite ligne des intermèdes, si goûtés en leur temps, de Lope de Rueda, de Timoriecîa, de Cervantes lui-même, ri'cxcellents jtiges, Moralin, Duran, Martinez de la Piosn, llartzembuch, quatre poêles, ont réclamé avec moi et avec plus d'au-
lorilcconlre ce dédain immérité, c'est trop dire, contre celte froide eslime de leurs concitoyens. Ils s'accordent à célébrer dans les œuvres de Ramon de la Cruz une observai ion sûre, une verve intarissable, une intrigue menée lestement, un dialogue étincelant. Ont-ils dit assez haut pourtant que de telles qualités réunies dans le même poëte, et répandues sur un si grand nombre d'ouvrages, constituent à Ramon de la Cruz une physionomie des plus singuhères et lui assurent une place à part dans l'histoire de la comédie espagnole? Sachonsleur gré du moins d'avoir sauvé la mémoire d'un poêle qui, à une époque où la scène ne produisait que des œuvres insipides, telles qu'on doit les attendre de l'esprit d'imitation, et où, en dehors de la scène, la Httérature élait tombée dans une impuissance sans remède, sut maintenir d'une main légère mais ferme, sur un domaine restreint mais bien à lui, le drapeau de l'originalité nalionale.
En ce qui concerne particulièrement le théâtre, on sait ce qu'il devenait vers les dernières années du dixseptième siècle. Aux génies supérieurs, à Lope de Vegaj à Calderon, à Tirso de Molina, à Rui^ de Alarcon, à Moreto et à Rojas, avaient succédé des talents de second ordre chez qui brillaient encore quelques restes de l'inspiration primitive ; mais ces clartés, mêlées de ténèbres croissantes, allaient s'affaiblissant de plus en plus, et, dans les œuvres inégales de Cdnizares et de Zamora, ne jelaient plus guère que de timides lueurs. Ainsi, même avant que Louis XIV eût placé sur le trône
d'Espagne un roi do sa famille, le Ihéàtre était déjà menacé de cet abaissement intellecluel qui, dans l'ordre politique, livrait de toute façon le pays à une domination étrangère, celle de l'Autriche, si la France n'eût prévalu.
L'Espagne, qui n'en a jamais beaucoup voulu à la Fiance de lui avoir donné une dynastie sortie de la sienne, ne lui a pas trop reproché non plus d'avoir implanté dans sa littérature une école toute française, quand l'école nationale se mourait elle-même, comme Charles II, sans laisser plus que lui d'héritiers directs et légitimes. L'Espagne reconnaît avec douleur, mais avec un rare sentiment d'équité, que la force des choses le voulait ainsi. Elle serait plutôt reconnaissanle de voir sa fortune littéraire sauvée du même coup qui préservait sa véritable indépendance.
« Le sein de l'Espagne, dit excellemment, quoique avec une pompe un peu trop castillane, Agustin Duran, s'ouvrait à une nouvelle dynastie et à l'influence d'une civilisation qui embrassait pour ainsi dire l'Europe entière, et cela quand sa civilisation propre, avec sa httérature, avait disparu ; faut-il s'étonner que la culture et les lettres françaises aient occupé le vide qui s'était fait? Cependant, le souvenir de l'antique et noble édifice tombé en ruine, et la mémoire de l'arbre jadis couvert de feuilles, aujourd'hui abattu et stérile, rendirent encore longue et difficile la lutte qui s'établit entre ceux qui voulaient élever un nouveau monument de formes étrangères, et transplanter sur notre sol un arbre rxo-
tique pour remplacer le tronc indigène, et ceux qui préféraient encore, disons-le tout haut, vivre uniquement du souvenir des anciennes gloires désormais perdues! »
La pompe un peu redondante des termes et le luxe des images n'ôtent rien ici à la vérité de l'observation. Quant à la lutte, l'issue n'en pouvait être douteuse, et comme je suis de ceux qui mettent au-dessus de tout en littérature le sentiment national et l'inspiration propre, il convient de reconnaître que le duel n'était pas entre l'originalité et l'imitation, mais entre un fantôme et le néant. La victoire resta au fantôme. J'appelle ainsi, quand il sort de sa voie et de son vrai domaine, ce génie noble et sensé qui, chez nous, fécond en fruils heureux, ne pouvait donner à l'Espagne, en théorie, qu'un code de principes sages et élevés que repoussait au fond l'instinct du pays, et, dans la pratique, de froides œuvres, reflet insipide de l'esprit français. Ce* qu'il faut blâmer ici sans réserve, c'est l'inintelligent orgueil de la critique d'alors qui, en reconnaissant la nécessité de se soumettre à la fatahté des choses et au mouvement des esprits, mais en restant obstinément fidèle au génie de l'ancien théâlre, pouvait favoriser à la longue l'essor d'une école nouvelle, dans laquelle un reste, un écho, un souvenir de l'originalité native, se combinant avec les élégances étrangères, aurait donné à l'Espagne quelque chose de national encore sous des formes plus régulières. Loin de là, celte critique se donna le triste rôle, regardé par quelques-uns comme un devoir, de déni-
grer les vieilles gloires de l'Espagne. L'étranger pour elle ne fut pas Racine, Corneille ou Molière, mais Lope de Vega, Calderon ou Tirso. La foule des beaux esprits suivit ce déplorable entraînement. Il n'y eut guère de résistance que dans le peuple qui ne prenait aucun goût à CCS tragédies traduites ou imitées du français, dont les personnages ressemblaient si peu à ceux qui avaient l'habitude de parler à son âme et à son imagination. Ce peuple ne haïssait pas une certaine déclamation ; mais celle qu'il avait aimée, qu'il aimait encore, n'avait rien de la roideur monotone de la nouvelle. Les héros de son théâtre préféré mêlaient à leur grandeur épique une familiarité qui les rapprochait souvent de la foule. Le peuple, donc, resta fidèle tant qu'il put à ses préférences; mais comme, d'une part, rien ne continuait ce cher passé, que la veine semblait à jamais épuisée, et que, de l'autre, c'était le gouvernement lui-même qui livrait ces glorieux ancêtres à tous les traits d'une satire acerbe, s'imaginant de bonne foi que c'était civiliser la nation que de lui ôter ses vieilles admirations, les imitateurs l'emportèrent.
« L'Espagne se consola, c'est encore ici Duran qui parle, en se disant que l'Europe après tout avait eu le même sort, et qu'à cette époque le théâtre anglais, le théâtre allemand, le théâtre italien, en proie au même fléau antinalional, ne présentaient aussi que de pâles reflets de l'école classique française. Les Espagnols et les Italiens, dont le caractère et les coutumes se rapprochent davantage des nôtres, eurent même cet avan-
tage qu'ils eurent, les premiers un Moratin, les seconds un Alfieri. »
Il faut encore entendre Duran exposant avec finesse, quelquefois avec profondeur, le résultat de celte triste et définitive victoire de l'étranger; plus ému cette fois, il parlera plus simplement :
« Quoi qu'il en soit, le drame ancien une fois oublié, et une fois admis le système classique, il fallut bien accepter toutes ses conséquences, et nous accommoder à ses formes, quelque restreintes, étroites et empiriques qu'elles fassent. Dans notre système dramatique étaient entrés tout le naturel, tout le caractère, tout le savoir de la nation. Il était pour nous ce qu'étaient la Bible pour les Hébreux, l'Iliade et l'Odyssée pour les Grecs, c'est-à-dire l'index et le résumé où se retrouvaient la science historique, politique, religieuse et morale du peuple, la carte de ses vicissitudes sociales, de sa gloire et de ses malheurs. En lui se réunissaient toeR les tons et tous les degrés de la poésie, se mêlaient et se confondaient la tragédie, la comédie pure, le drame sentimental et romanesque, jusqu'à l'humble farce, et le génie du poëte y faisait entrer tous les caractères sociaux, depuis le plus élevé jusqu'au plus misérable, sans qu'il en résultât aucun inconvénient, aucune disproportion entre les parties qui le constituaient. C'était un portrait fidèle de la société espagnole, et qui, par cela même, ne pouvait choquer aucun des éléments dont elle était formée.
« Mais dés que nous eûmes cessé d'être ce que nous
étions, dès que les circonstances nous forcèrenl d'êlre autres, dès que nous eûmes accepté au Ihèâtre la littérature classique, il fallut bien admettre les formes de ce genre, la division et la subdivision qui constituaient son essence, avec les unités d'action, de temps et de lieu. De même donc que chez ceux qui nous servirent de modèle, la tragédie demeura exclusivement consacrée à représenter les catastrophes des rois et des grands personnages qui, tombés du faîte de la prospérité dans l'abîme du malheur et de la misère, portaient héroïquement le joug de la fatalité, et excitaient la pitié parmi le peuple pu y répandaient la terreur ; la comédie proprement dite livra aux traits du ridicule et d'une satire polie et courtoise les vices et les mœurs des classes moyennes, et la comédie bâtarde et sentimentale eut pour mission de mettre sur la scène les infortunes ordinaires, les tendres amours, les passions romanesques, la vertu persécutée, la perversité châtièC; et autres actes privés qui ne s'accomplissent que dans le foyer domestique, et, pour cela même, ne peuvent être observés que là.
« Ces trois classes de compositions dramatiques ainsi divisées furent celles qui, avec plus ou moins de succès, se cultivèrent en Espagne, depuis le miheu à peu près du dix-huitième siècle jusques après les premières années du dix-neuvième. »
Et Duran cite les quelques noms qui ont surnagé ou laissé dans cette triple voie des traces honorables. C'est à peu près tout ce qui reste de deux ou trois généra-
lions dont la dernière touche à la rénovation énergique initiée par le chef-d'œuvre de M, le duc de Rivas, la Fiierza ciel sino, et qui se continue heureusement sous nos yeux par les œuvres mêmes de ceux qui l'ont commencée et par quelques talents nouveaux.
Mais à l'époque où celte réaction ne pouvait être encore ni pressentie ni prévue, dans le plein triomphe de l'invasion classique de la France, qu'est-ce qui atlirait le peuple au théâtre? Etait-ce la tragédie, dont les héros lui importaient si pen? était-ce la comédie, dont il ne comprenait guère les subtiles finesses? 11 devait être plus sensible au drame, où il retrouvait du moins )e développement de ces passions énergiques qui sont de tous les temps et de tous les pays. Mais il n'y avait rien là qui fût véritablement lui, et le peuple aime à se retrouver et à se reconnaître sur la scène. Au seizième et au dix-septième siècle, il avait eu les Intermèdes, ces esquisses colorées de la vie ordinaire, qui, dans l'intervalle des grandes œuvres, lo reposaient des sentiments sublimes, aussi naturels à son cœur qu'aux héros de son histoire, mais dont il n'était capable que par instants, on pourrait dire par bonds. 11 avait eu aussi les aiLtos sacr amentales^ où de pieuses allégories lui rendaient, sous la forme dramatique, les salutaires émotions de ses croyances. Mais ces croyances mêmes étaient bien affaiblies. La philosophie française du dix-huitième siècle avait pénétré en Espagne comme partout. Les représentations des autos étaient devenues chaque jour plus rares, et on avait même fini par les interdire, me-
10 RAMOiN DE LA CRUZ.
sure essentiellement impolitique et qui, du même coup, en môme temps qu'elle fermait la dernière source de l'inspiration, refoulait une des plus fécondes expansions de la foi nationale.
Restait l'Intermède qui n'était guère encore que ce que l'avaient fait, en se jouant, quelques-uns des beaux esprits de l'âge précédent, et qui, sous le titre de Sainète, traînait obscurément dans les théâtres de second ordre une existence précaire sans portée littéraire. Mais dans le fond c'était encore la seule comédie qui fût à la portée du peuple. Il ne lui manquait même qu'une chose, un poëte qui, en lui laissant ses allures familières et hardies, l'élevât, la moralisât, la poussât vers un but utile. Mais le jour où cette comédie, sœur cadette de la grande Thalie , trouverait dans les mœurs publiques matière à s'exercer, la forme étant trouvée, il était permis d'espérer que le poëte ne se ferait pas attendre.
Où en étaient à cette époque les mœurs populaires de l'Rspagne? L'état des mœurs nous dira si l'heure du peintre était venue. Les mœurs de l'î^spagne? non, il serait plus juste de dire de Madrid. Chaque province, chaque royaume de l'Espagne, allais-je dire, garda longtemps encore sa physionomie dislincte et propre. Il s'agit surtout ici de laCastille où éclate et se concentre en grande partie ce caractère étranger de la littérature, qui se manifesta à la suite et sous l'influence de la dvnaslie nonvelle.
Les mœurs elles-mêmes se refaisant à Timage de la France prirent une allure française et se soumirent peu
à peu à l'empire de la mode qui, en Espagne, comme chez nous, marqua la face delà société de sa mobile empreinte. La société glissa bien vite sur la pente de notre futile dix-huitiéme siècle, et à la surface de cette grande Castille vint se jouer cette légère et brillante écume de la frivolité française, où l'on voit flotter et sourire, dans un rayon du pinceau de Watteau, les abbés musqués, les petits-maîtres fardés, les femmes galantes avec leur inévitable sigisbée, etentln la cheville ouvrière de ce monde frétillant, le perruquier français, important, bavard, insolent, intrigant surtout. Quelle prise pour la comédie! mais d'où viendra Molière?
On se demande où est le peuple dans ce tableau, ce qu'étaient devenue la fille du peuple, la maison du pauvre, le ménage de l'artisan. Nul doute que l'humble teit n'abrite encore bien des restes du vieux temps. Que d'honnêtes familles auront conservé là, à la faveur du christianisme, ces mœurs solides et sincères qui étaient le commun honneur du catholicisme et de l'Espagne! Dans les campagnes, cos familles laborieuses et pures, groupées autour des hautes existences seigneuriales, étaient les puissantes racines de ces grandes tribus patriarcales qui commençaient au grand d'Espagne, et allaient par le prêtre, par l'hidalgo et le laboureur, cette triple bourgeoisie du moyen âge espagnol, se perdre druis la multitude des derniers serviteurs.
Plus détachées dans les villes, à Madrid surtout, mais y gardant encore, par la protection d'une part et de l'autre par le dévouement, quelque chose qui rappelle
le lien de l'ancienne clientèle romaine, ces familles formaient ce monde des artisans que le travail sauva longtemps des mauvaises mœurs. Mais tout au fond de ces couches inférieures, encore généralement pures, il y avait deux ou trois fourmilières d'existences libres jusqu'à la licence, qui par leurs vices tout près d'être de criminelles habitudes, qui par leur insouciante morale, voisine du mépris des lois, se transformèrent vite en foyers de corruption contagieuscj et par leurs trois faubourgs de Lavapies, de Maravillas et du Rastro envoyaient des vapeurs malsaines, dont le peuple entier de Madrid était plus ou moins infecté. Ces trois centres, sauf des différences locales qui s'expliquent d'ellesmêmes, n'étaient pas sans quelque analogie avec ces quartiers à part qui, dans certaines villes du midi de l'Espagne, sont le refuge des bohémiens. Plus d'une fois, je l'avoue, en lisant les comédies où cette engeance est mise en scène, je me suis dit que tous les Gitanos ne sont pas à Triana , que tous les Andalous ne sont pas à Séville, et même que dans tout bon Espagnol il y a toujours un peu d'Andalous.
Et maintenant, si entre ces diverses sociétés que nous venons d'entrevoir il y a un milieu où elles se rencontrent, où elles se heurtent, où elles cherchent même à se pénétrer et à se confondre, n'aurai-je pas trouvé le vrai point de vue du poète comique ? Ce milieu, c'est Duran qui se chargera encore de nous le montrer dans un trait qu'il a judicieusement et soigneusement mis en lumière.
.(( La philosophie du dix-huitième siècle, dit-il, sage et réformatrice, avant de se faire révolutionnaire, outrée et athée, ne pouvait point ne pas considérer le peuple comme un objet digne de sérieuse attention, et elle commença à l'envisager comme un élément de pouvoir, et à l'apprécier dans sa véritable valeur, avant de l'aduler et de le compromettre pour en faire un instrument do destruction, de vandalisme, d'anarchie, de désordre. Plût à Dieu qu'elle ne fût jamais sortie des limites véritables que lui assignaient le bon sens et la science véritable ! Mais l'homme passe aisément d'un extrême à l'autre, et les inspirations de la sagesse se convertissent bientôt en folie et en fureur, quand elles sont la proie de l'ignorance présomptueuse. C'est ce qui arriva relativement au fait qui nous occupe. Les classes les plus élevées de notre société, entraînées par l'esprit de mode, et trouvant plus facile et plus agréable de se dégrader avec le bas peuple que d'élever celui-ci jusqu'à elles, crurent faire acte de philosophie, et se montrer supériein^es aux préjugés, en se confondant avec la populace et l'imitant dans ses vices. Et n'allez pas croire qu'elles prirent pour modèle cotte classe d'artisans honnêtes et de bonnes mœurs qui sous des habitudes rudes et incultes conservent d'âpres mais belles vertus. Rien do semblable; elles prirent au contraire pour exemple et recherchèrent ce qu'il y a de plus vicieux, de plus méprisable, de plus démoralisé dans la plus vile plèbe. On voyait une manola dévergondée devenir l'objet de la prédilection d'un grand seigneur. On voyait celui-ci
écouter avec enthousiasme, admirer comme des gentillesses et d'aimables saillies les caprices effrontés de cette créature et accepter sans se plaindre ses railleries et ses dédains. On le voyait lui-même essayer d'y répondre par d'autres où ridiculement et sans grâce il exagérait l'imitation de son modèle. Les humiliations auxquelles s'exposaient alors, sous prétexte de plaisanteries, certaines catégories de personnes, minaient lentement la considération sociale qu'elles auraient dû s'attacher à conserver et le respect qui leur était dû. Ce fanatique engouement pour la famiharité en vint au point d'engendrer le m.épris. Et que pouvaient espérer do mieux ceux qui travaillaient à imiter les toreros et les baladins, les marchandes d'oranges et de raves, ceux qui mieux les imitaient se croyant par là devenus plus galants, plus spirituels, plus séduisants? Et en même temps que les gens du monde, les personnes d'éducation aspiraient ridiculement à se transformer en majos et en mcmolos, ceux-ci, avec le même succès et la même prétention, tâchaient d'imiter les autres, et il en résultait dans la société un amphigouri, un pot-pourri, un labyrinthe d'extravagances, de vices et de sottises, impossibles à comprendre... Pour comble de malhQin% s'était introduite dans la société, où elle pullulait, la race amphibie des abbés, êtres oisifs et efféminés, qui tantôt comme maîtres de musique, tantôt comme jolis meubles de toilette ou de passe-temps, parvinrent à devenir dans Madrid un objet de prédilection, à s'insinuer dans les familles, et à tenir dans les garde-robes des dames
l'emploi de bouffons, de mannequins, de têtes à perruque. C'était déjà assez mauvais comme cela; mais ce qu'il y eut de pire, c'est que, profitant de l'occasion que leur procuraient une pareille familiarité, un tel abandon, ces êtres vils et méprisables, recourant à l'adulation et à la flatterie, et excitant dans le beau sexe la vanité et le goût du luxe, introduisaient au sein des ménages la discorde et le gaspillage, et, faisant un art de la séduction, corrompaient l'innocence et la vertu. »
Un gouvernement pouvait-il mettre un frein à pareil désordre? Je n'ai pas à le rechercber ici. Mais, à coup sûr, un moraliste, et mieux encore un poëte comique pouvaient y trouver ample matière pour l'observation. Un Molière n'eût pas été de trop. Mais, par la molle littérature du temps, un Molière n'était pas possible. Et c'est déjà beaucoup que de telles mœurs aient suscité un P»amon de la Cruz '.
Don Ramon Francisco de la Cruz Cano y Olmedilla appartenait à une famille distinguée. Il naquit à Madrid en 1751, et fut baptisé le 2 8 mai de la même année à la paroisse de Saint-Sébastien. Quand il eut âge d'homme, il prit la carrière des finances et y parvint à un emploi assez élevé. Membre de l'Académie de Séville, il fut aussi de celle des Arcades de Rome, où il adopta le nom de
* Un membre éminent de \ Académie espagnole me disait avec une spirituelle justesse ; « La statuette de Ramon de la Cruz a été taillée dans la carrière d'où est sortie la statue de votre Molière. » (Ant. de L.)
Larisio Dianeo; ce furenllos seules distinctions de sa vie, qui se prolongea jusqu'à la fin du siècle. On ne sait pas bien la date de sa mort. Il eut un fds qui commandait l'artillerie espagnole à la journée de Baylen. Il est évident que dans cette famille on avait peu dégoût pour l'invasion étrangère. Je n'ai rien trouvé à ajouter à celte courte biographie assez pou brillanle, on le voit, et qui semble moins celle d'un poëte que celle d'im sage. Tout ce qu'on peut en conclure, c'est que son rang, son aisance, son emploi , ses habitudes httéraires mirent Ramon de la Gruz en mesure d'observer. Ses ouvrages prouvent qu'il observa bien.
Eniraîné d'abord, comme tout ce qui tenait une plume, par le courant de l'époque et du métier, il écrivit des tragédies, des comédies proprement dites, des drames, des opéras, des zarzuelas. Cela ne vaut ni plus ni moins que tout ce qui s'écrivait alors. 11 en remplit dix volumes qu'il donna au public de 1786 à 1791. car il y a deux Ramon de la Cruz ; l'un qui est bien de son temps et dont les œuvres ont toute" la fadeur, toute l'insuffisance du théâtre contemporain : de ce Ramonlà nous ne saurions que faire; mais, dans un coin de ces dix volumes, se cachent modestement une trentaine de sainètes où nous apparaît un autre Ramon de la Cruz, poëte original, vif, plein de vie, le seul dont nous ayons à nous occuper.
En tête de sa volumineuse collection, Ramon de la Ouz a écrit un prologue. Essayons de voir si la vraie figure du poëlo ne s'en dégage pas quelque peu. J'ai
toujours eu, je l'avoue, un goiit particulier pour les préfaces des écrivains supérieurs ; ils y mettent toujours plus d'eux-mêmes qu'ils ne le croient et ne le veulent. Quand il m'est arrivé de les lire avant le livre, je n'ai jamais manqué de les relire après. J'y trouve alors bien plus de choses que ne m'en avait fait voir une première lecture. U y a une bonne raison pour cela : c'est que toute préface a été écrite après le livre, qu'elle en est comme le post-scriptum, et c'est là bien souvent que le poëte, comme la femme, met le plus délicat de sa pensée.
J'espérais donc que j'allais savoir du poëte lui-même pourquoi il avait mis si peu de ses sainétes parmi ses autres ouvrages.
Après quelques considérations générales qui nous éloignent beaucoup de l'aimable genre, il parle des auteurs qui, satisfaits des applaudissements passagers qu'ils ont dus aux plus infimes conditions de l'art, ne tiennent compte ni de la régularité, ni de ces heureuses et difficiles combinaisons des parties d*'un drame que réclament inutilement le cœur et l'inteUigence. Et ici il ajoute en note :
« C'est entre ceux-là que je devrais me compter, si je graduais le mérite de mes œuvres sur leur succès. Mais celles qui ont été peut-être le plus applaudies sont précisément les premières exclues de celte collection. 11 y a une grande différence entre ce qu'on entend en courant, et ce qu'on regarde et étudie avec une attention réfléchie. )>
18 r.AMON DE LA CRUZ.
En lisant celle note, je me disais : — Hélas ! encore un decespoëtes qui n'ont pas la conscience de leur vrai génie; qui aspirent à l'épopée, quand Télégie est leur vocation ; qui écrivent une Africa en sonores vers latins, quand c'est à quelques sonnets en langue vulgaire qu'ils devront leur immortalité! Celui-ci compose laborieusement d'ennuyeuses tragédies, de froides comédies, des opéras tirés de l'Iliade, et si la postérité sait jamais son nom, c'est parce que, d'une main légère et en courant, il aura tracé quelques-uns de ces tableaux de genre qu'il a poui" la plupart négligé de recueillir. — Mais en parlant ainsi, j'avais tort ; car, en tournant la page, je trouve mon poêle aux prises avec Signorelli, ïauieur d'une Histoire critique des théâtres. Et que défend-il contre le dédaigneux critique? ses tragédies, ses comédies, ses opéras? Non certes ; ses sainétes. Et ce qu'on sent dans cette vive réplique, ce n'est pas la vanité offensée du poëte, c'est l'amour du père pour le plus cbéri de ses enfants. Seulement, comme tous les pères, Ramon de la Cruz n'avoue pas cette préférence; mais on s'aperçoit à merveitle que cet enfant gâté est celui de tous les siens dans lequel, sans se l'avouer, il se reconnaît le mieux lui-même et s'aime davantage.
Du reste, ce jugement de Signorelli un peu trop vif, un peu trop âpre, parfois injuste, moins faux dans l'application de ses tbéories classiques que dans le principe de ses tbéories elles mômes, est à peu près dans le fond celui de Moratin, de Martinez de la Hosa, d'Hartzembuch, meilleur juge que les deux autres en matière de
critique dramatique. Comme eux et avant eux, Signerelli reconnaissait implicitement à Ramon delaCruzune rare sûreté d'observation, une singulière exactitude dans le dessin des caractères, une verve dans le dialogue que la muse comique avait jusqu'alors ignorée en Espagne. Mais, comme Signorelli, ceux que nous venons de nommer regrettent que Ramon de la Cruz n'ait pas eu à un plus haut degré le don de l'invention, la fécondité du développement et la science des combinaisons scéniques ; que, par une étude plus attentive des modèles et de la langue, il n'ait pas donné à son style cette perfection que les nouveaux docteurs de la littérature espagnole commençaient à mettre au dessus de tout, au dessus de l'inspiration elle-même. Quant à la fidélité du pinceau dans l'expression des mœurs populaires, Signorelli en est tellement frappé, qu'il en fait presque un crime à Ramon de la Cruz qui accepte ouvertement le reproche et qui en triomphe. Tout ce prologue, d'ailleurs, est bien d'un poëte comique; il a la verve, le trait incisif, l'ironie mordante, et, d'un peu plus, il serait lui-même un sainète.
Arrivons enfin à ces sainétes, et commençons par nous fiiire une idée exacte de ce genre de composition.
Un poëte enjoué de Tolède, Luis Quinones y Renavente, de qui Lope de Vcga a dit, dans son Laurier d'Apollon, que toutes les grâces s'étaient donné rendezvous en lui, est le premier qui ait appelé de ce nom de sainétes les intermèdes destinés à clore les représenta-
lions théâtrales ^ Le docte Covarrubias, dans son Trésor de la langue castillane^ au mot sain, dit que les chasseurs au \ol ou fauconniers, quand l'oiseau revient à la main, lui présentent la moelle, la cervelle ou telle autre portion délicate du gibier, qu'ils appellent sainete. 11 njoute que ce mot s'est étendu plus tard aux morceaux de choix que le cuisinier apportait à son maître, pour que celui-ci, à son tour, lui versât du vin de son flacon. Ne pourrait-on conclure de cette dernière interprétalion, confirmée par d'autres autorités, que ce nom de sainteté a été donné par analogie à ces petites pièces que l'on garde pour la bonne bouche, si j'ose me servir de cette expression un peu famihère? Et, en définitive, faisons-nous grande différence chez nous entre le mot intermède et le mot entremets? La langue espagnole ne traduit-elle pas l'un par l'autre {entremes)1 Le sainéte serait donc à notre vaudeville ce que la %arzuela est à l'opèra-comique, c'est-à-dire une pethe comédie courte,, vive, à demi improvisée, une esquisse enlevée de la comédie elle-même, se jouant entre les actes d'une œuvre plus sérieuse, ou tout à la fin de la soirée, ce qui fait que sur les affiches on l'appelle encore fin de pesta. L'u^ge voulait qu'elle ne durât pas plus de vingt-cinq minutes, « juste le temps qu'il fallait pour rendre aux spectateurs la joie et la hberté d'esprit qu'avait pu leur faire perdre
* J'emprunte ces dclails et ceux qui suivent à une lettre aussi savante quingcniense et spirituelle que m'écrivait, il y a quelques mois, un poëte, un érndit délicat et distingué, mon ami don .T. J. Bueno, en réponse à une question que je lui avais adressée sur lorigine du mot saimHe. (Ant. t)E L.).
une longue application à un même sujet. » C'est Ramon de la Cruz qui parle ainsi, en citant les Grecs, un peu fier de faire remonter à si haute antiquité l'origine de ces petits essais, objet de sa secrèle prédilection.
U y a cependant cette différence entre le sainète et le vaudeville, que le premier est habituellement écrit en vers. On sait combien, sur le théâtre espagnol, la prose est plus rare que les vers. 11 est à remarquer, toutefois, que les intermèdes de Lope de Rueda sont écrits en prose, et la plupart aussi de ceux de Cervantes. En écrivant tous les siens en vers, Ramon de la Cruz aura cherché, peut-être sans se l'avouer à lui-même, à élever le genre et à en faire son domaine. Si tel a été son but caché, il a réussi; car de même que la tragédie est à Corneille, la comédie à Molière, la fable à la Fontaine, la chanson à Réranger, le sainète appartient à Ramon de la Cruz. Il lui a donné sa forme dernière, et par Tobservation, la verve et le sens moral, il lui a conquis, dans la littérature de son pays, une place que, sans s'appauvrir elle-même, elle ne pourra plus lui enlever.
Ramon, je l'ai dit, a ghssé timidement dans le recueil de ses œuvres un petit nombre de ses sainètes. Le reste de ses ouvrages est depuis longtemps oublié. Mais les esprits délicats, attentifs à distinguer partout et sous toutes les formes où ils peuvent se cacher le bon et le vrai, ont su à propos dégager ses sainètes perdus, étouffés sous le poids du lourd bagage dL\ec\eqne\ Ramon de la Cruz ne serait jamais arrivé à la postérité. Le répertoire en avait retenu quelques-uns qu'on reprend de temps à autre.
n HAMON DE LA CRUZ.
pour le plus grand plaisir du peuple de Madrid, resté fidèle à son peintre, à son poëte. Les amateurs en avaient recueilli d'autres qu'on ne jouait plus. Les mœurs avaient changé, et ces pièces, après avoir contribué à ce changement, avaient, par leur succès même, perdu auprès d'un public nouveau l'attrait et le charme de leur vérité. L'aiguillon de l'abeille était resté dans la plaie. Pourtant ioute la vei vc du poëte ne s'était pas épuisée à flageller les vices et les travers du moment. Elle s'était attaquée assez souvent au fond môme de notre pauvre nature, et un assez grand nombre de ces pièces étaient demeurées vivantes comme les instincts pervers de cette nature elle-même. De ce qui déjà était imprimé, de ce qui courait inédit dans ces répertoires et dans les cabinets, une collection a été faite, et on a le théâtre de Ramon de la Gruz.
Le critique excellent, le grand érudit que l'Espagne a perdu il y a deux ans, don Aguslin Duran, était naturellement appelé à recueillir ces épaves dispersées d^une gloire modeste mais bien méritée. Après avoir à jamais attaché son nom au Romancero qu'il a étendu, agrandi, purifié, commenté, il lui appartenait de sauver, en la rassemblant, cette précieuse galerie de toute une époque. Les sainètes de Ramon de la Cruz devaient lui paraître, à certains égards, une suite naturelle, un complément du Romancero, et il en a réuni environ cent trente dans doux volumes compactes.
J'ai traduit ceux qui m'ont semblé les meilleurs, ce qui ne me dispense pas d'une appréciation générale.
Diiraii les divise en trois classes, division judicieuse dont je demanderai seulement à intervertir l'ordre pour marquer une certaine progression.
Il y a le sainèle où le poëte s'est attaché à reproduire les mœurs de la populace.
11 y a ceux qui mettent en relief les caractères généraux de riiumanilé, ne se distinguant delà comédie proprement dite que par la simplicité de l'action, et qui sont comme un crayon rapide de la comédie elle-même, un croquis sous lequel un maître trouverait le tableau.
Il y a enfin un certain nombre dc'ces pièces dans lesquelles l'imagination s'est donné carrière, et, appeli^nt la magie même à son secours, a jeté la comédie dans un cadre de pure fantaisie, où elle se meut encore avec un certain naturel qui est presque la vie.
De ces dernières compositions je parlerai peu, le nombre d'ailleurs en est limité, et il y a moins la de celte verve qui est la première, qualité de l'auteur. En voici une pourtant qui a parfois une grâce singulière ; elle a pour titre : les Hommes devenus sensés (los Hombres con juicio). On suppose qu'un beau matin les hommes s'éveillent raisonnables, et vous voyez d'ici ce qu'il advient de ce pauvre monde, où c'est la raison qui parle en souveraine maîtresse, qui dicte toutes les paroles, qui préside à toutes les résolutions. Dieu sait ce qui arriverait, si les femmes ne se refusaient sagement à un pareil travestissement. Pour ne pas leur déplaire, les hommes conviennent que si on faisait dans la vie une place plus grande au jugement j tout en irait mieux sans
24 RAMON DE LA CllUZ.
doute, mais que la raison ne saurait durer toujours et que c'est bon pour un moment. Le dialogue est vif, délicat et assaisonné de traits charmants.
A cette catégorie se rattachent indirectement deux ou trois parodies, dans lesquelles le poëte prête à des scènes de mœurs populaires la solennité du vers épique. Il est probable qu'à une époque où la tragédie s'imposait tyranniquement à des esprits qui n'en voulaient pas, ces parodies eurent un grand succès. On les joue encore quelquefois, on les cite souvent. A la lecture, Elles sont froides. L'une d'elles porte ce titre plaisant : ManolOy tragédie pour rire ou comédie pour pleurer. Elles confirment du moins ce que nous avons avancé plus haut : que chez Ramon de la Cruz le poëte cla> sique est un être de convention et de parti pris, et que son cœur comme son talent était du côté de cette petite comédie, qu'il regardait un peu comme le délassement d'un travail mieux employé, et comme l'amusement de ses heures perdues.
Le nombre est grand des sainètes dont l'intérêt est dans le tableau des mœurs du bas peuple, et quand ils n'auraient d'autre mérite que l'exactitude, ils auraient leur valeur pour l'histoire. Signorelli qui, dans la forme du moins, s'est montré sévère pour Ramon de la Cruz, n'a pu cependant s'empêcher d'écrire : « Cet auteur a heureusement copié au vif le bas peuple de Lavapies et de Maravillas, les muletiers, les forçats libérés, les ivrognes, et autres espèces pareilles. » Reproduire avec cette vigueur de pinceau un côté des mœurs de son
temps, si laid soit-il, c'est déjà quelque chose. M-ais avec cette vérité du moment qui fait qu'ils vivent encore sous nos yeux, avoir donné à ces personnages un reflet de cette vérité de tous les temps qui est l'immortelle beauté des œuvres de Tesprit, n'est-ce pas le triomphe de l'art?
Les pièces de ce genre ne sont pas aisées à traduire. Je l'ai cependant essayé pour quelques-unes, et en tête pour /ft VelYd et la Juana {la Petra y la Juana), admirable peinture d'une de ces grandes maisons en ruine où cohabitent plusieurs familles pauvres qui, vivant à l'arabe autour d'une vaste cour, présentent dans un perpétuel contact les caractères les pkis divers, et font de ce que nous appelons une comédie à tiroirs une conception une et forte. Je citerai encore, mais on les lira ici tout entières, la Querelle des Marchandes de châtaignes (las Castaiîeras picadas) , le Renégat et les Cordonniers (el Renegado y los Zapateros).
Dans cette catégorie, il eût fallu faire une subdivision pour le peuple de la campagne. Ramon de la Cruz excelle à peindre le paysan rusé, l'alcade substituant sa volonlé à celle de la loi, les amours de village. J'ai clioisi dans ce genre : l^ Héritier extravagant [el Heredero loco), la Veuve hypocrite et avare [la Viiida hipocrita y avarienta), l'Auberge à Noël (el Meson por Navidad). Mais que de petits chefs-d'œuvre il m'a fallu laisser de côté, et auxquels je renvoie le lecteur!
Une Matinée au marché (el Rastro por la manana) est un tableau où l'action manque; mais quelle succes-
sioii de scènes admirables, quelle variété de figures et de caractères, et comme tout cela grouille sans confusion sur ce marché où les mots se croisent dans l'air comme des fusées, où les intrigues se mêlent et ne s'embrouillent pas !
La Prairie de San-Isidro (la Pradera de San-lsidro) est encore une étude du même genre, un cadre qui nous montre, dans leurs habits des dimanches et dans l'épanouissement d'une fête populaire, ces mêmes personnages que nous venons de voir dans le pêle-mêle ardent de leurs occupations de tous les jours. Ce tableau d'-nilleurs est d'hier, et tant que le riant mois de mai verra se répandre sur les deux rives du Manzanares, au pied de l'hermitage de San-Isidro, patron de Madrid, tout le peuple de celte capitale, le sainètc de Uamon de la Cruz gardera sa piquante vérité.
A Maja Maja et demie (la Maja Majada) est aussi une forte scène des mêmes mœurs, où le coup n'attend pas la menace, et où la passion sincère a son coin.
On aurait voulu joindre encore à cette collection, mais il fallait se borner, le Pique-7iiqne (la Cena à escote), bonne leçon de morale donnée à un jeune ouvrier quij à la veille de se marier, veut dire un dernier adieu à la vie de garçon, et fait si bien que sa fiancée avertie l'invite elle-même à continuer cette vie qu'il allait quitter.
J'ai puisé plus largement dans la dernière catégorie, oelle des sainétes où, dans un monde un peu moins vulgaire, sont analysés les éternels sentiments de l'ànie, les douces passions du cœur, les permanents instinclè
du caractère, tout ce qui fait enfin qu'il n'y a plus la comédie grecque, latine, française, espagnole, mais la comédie elle-même, parce que sous le Grec, sous le Romain, sous l'Espagnol, sous le Français, c'est l'homme, toujours l'homme, qui vit, qui aime, qui parle, qui agit, qui tombe et se relève, qui est châtié de son vice ou récompensé de sa vertu.
A cette classe appartiennent, dans notre traduction : les Fâcheux {los Fastidiosos) , dont la fable, pour n'avoir rien de commun avec celle de Molière, n'en est pas moins piquante et vraie, et très-amusante ;
La Fourberie bien récompensée (Pagar la burla à buen precio), excellente revanche que le hasard donne a un mari trompé, ou tout près de l'être;
Les Comédiens à Alger (los Comicos en Argel), piquant épisode de la vie d'artiste, qui a toute la verve d'un chapitre du Roman comique, sous le ciel de l'Afrique et avec une couleur franchement espagnole ;
La Vie de Garçon (los Hombres solos), bonne leçon à l'adresse des célibataires qui, pour avoir voulu se soustraire aux honnêtes soucis de la famille, se forgent parfois des chaînes plus pesantes et plus difficiles à porter; ' La Présomptueuse corrigée (la Presumida burlada), où se voit la confusion d'une suivante qui, devenue la femme de son maître, oublie son humble origine et parle du château de son père. L'arrivée de la mère, pauvre paysanne, qui accourt toute joyeuse pour embrasser une fille qui refuse d'abord de la reconnaître, brusque le dénoûment et amène la leçon ;
Sotte et Sensée {la Boba y la Discreta), est cette vieille histoire de la modestie qui gagne les cœurs et de la présomption qui ne s'attire que le mépris. Vieille histoire en effet, mais qui semble toujours de la veille, et quand à la modestie s'aUient comme ici l'esprit et la grâce, une douce surprise ajoute au sentiment de l'équité satisfaite.
Je recommande les Dames dans l'embarras (las Damas apitradas) à toutes celles qui, de nos jours encore, com.me au temps de Ramon de la Cruz, aiment trop le monde, et, n'ayant pas assez de fortune pour le suivre, mettent à chercher des expédients, qu'elles ne trouvent pas toujours, plus d'esprit qu'il n'en faudrait pour vivre heureuses au sein de leur famille. Je ne recommande pas moins ce charmant petit tableau aux hommes qui commencent à se lasser de payer de toute leur liberté la faveur de ces dames.
Les Seigneuries à la Mode (las Senorias de Modo) ne sont qu'une scène, mais où le gros bon sens de la province contraste si joliment avec la niaise infatuation des coutumes de la capitale et la candeur du ridicule chez les gens à la mode, qu'on s'y contente sans difficulté d'un de ces dénoûments naturels, comme celui que Molière a trouvé pour la Critique de F École des Femmes : (( Madame est servie! »
Au lieu d'une scène, il y en a deux dans le Petit- Maître [el Petimetre), deux scènes assez mal liées, sans action aucune. Mais ce qu'il y a là, c'est le double tableau pris sur le fait et tracé de main de maître, d'à-
bord du petit lever d'un de ces jeunes fats que namoii poursuit d'un bout à l'autre de sou théâtre, et ensuite de l'effet que produit au seiu d'une famille simple et qui pouvait, à si peu de frais, rester heureuse et sensée, l'invasion contagieuse de ces petils êtres malfaisants.
Enfin, si vous avez un ami qui, rempH de toutes les complaisances du cœur pour celle à qui il a donné son nom, veut cependant bien établir qu'il est le maître chez lui, conseillez-lui de lire le Retour de noces à jeun [el Tornaboda en ayiinas), il y apprendra comment un galant homme prend possession avec cœur et avec esprit de sa femme et de son ménage.
Ai-je parlé des Fioles de VOiiUi [las Botellas del olvido) ? Peut-être aurais-je dû ranger cette spirituelle folie parmi les sainètes de fantaisie. A qui persuader aujourd'hui qu'il se peut vendre, au beau milieu de Madrid, de l'eau du fleuve Léthé, et que les gens se battent à la porte de la boutique ? Mais à Madrid, même au dixhuitième siècle, il se trouve un alcade de bon sens pour saisir les fioles et le vendeur. Aujourd'hui, à Madrid comme partout, les nouveaux enrichis n'ont pas besoin d^eau merveilleuse pour effacer de leur mémoire que leur marquisat est d'hier ; les coquettes, pour oublioi' leurs amoureux de la veille, elles hommes d'état leur programme du lendemain.
Je regrette d'être obligé de me borner; mais si le public prenait goût à ces petits drames où la vérité du détail couvre si bien la nudité de l'action, je pren-
drais la liberté de désigner aux traducteurs qui ont du loisir:
L École de la galanterie [la Oposicion cl cortejo) esquisse vigoureuse , où la Macette de Régnier reparaît sur la scène, sinon avec la même effronterie que chez notre vieux salirique, du moins avec une science du vice qui éclaire d'un jour soirdjrc la société de cette époque ;
Le Perruquier garçon, le Perruquier marié, le Perruquier veuf [et Peluquero soltero, el Peluquero casado, el Peluquero viudo)^ modeste trilogie de cette muse pédestre, où parmi des détails vulgaires, quelques caractères ressortent avec vigueur. En lisant la dernière de ces trois scènes, on se surprend à essuyer une larme.
Les Maris trompés et détrompés ilos Maridos eiiganadosy desenganados) ne sont pas sans analogie avec VEcole des femmes, et c'est peut-être pour cela que j'ai évité de traduire ce sainète ; mais il a aussi son originalité propre, et j'ai peut-être à me reprocher d'avoir eu trop de scrupule. Un autre en aura moins, je l'espère, et tout le monde y gagnera : le lecteur, qui se sera amusé, et le poète, qui, même après MoUère, se sera fait lire et admirer.
La Comédie à domicile {la Comedia casera) a deux parties, ni plus ni moins qu'un drame de Lope de Vega ou de Calderon. C'est un sujet souvent traité, une de ces pièces qui montrent la comédie partout, excepté sur la scène. Si peu que le poêle y mette d'observation, de vérité, il ne manque jamais de réussir par le sujet. Avec
les qualités habituelles de son talent, Ramon de la Cruz devait être ici à l'aise. Mais veut-on se faire une idée de tout ce qu'il y a dans ce talent de souplesse et de variété, il suffira de rapprocher de la Comédie à domicile le sainète qui a pour titré : la Comédie à Maravillas (laComediade Maravillas).
Je conseille encore un tout petit acte : le Petit chapeau (el Sombrer ito) . C'est moins que rien. Une femme s'est mis en tête d'avoir un chapeau comme celui qu'elle a vu à l'une de ses amies; il le lui faut sur l'heure, et elle en mourra, si son mari ne va chercher, ne lui rapporte à l'instant ce chapeau. Je disais bien, c'est moins que rien, s'il est au monde une femme qui veuille bien convenir qu'un chapeau et rien c'est la même chose ; mais dans ce rien il y a vraiment une comédie.
Les Superfluités {las Super fluidades) , excellente cnilquc de certains usages tyranniqnes, comme il en est dans chaque pays. A Paris, l'auteur eûtsongé au premier jour de l'an. En Espagne, c'est le jour de Noël qu'il met en action, et il le fait de manière à faire oublier aux gens, par la ressemblance de l'image, lennui que leur donne la réalité.
Le Bal [et Sarao) est un joh tableau de mœurs, mais le Revers de la médaille (el Reverso del sarao) est plus joh encore. Si le bal est gai, animé, traversé de piquantes intrigues, ceux qui restent à causer et à fumer, les deux pieds sur le brasero, dans le cabinet où les dames déposent, en entrant, leurs mantilles, et où se préparent les rafrnîchisseinents, s'amusent bien autrement
encore. C'est là que chaque rencontre fortuite ou cherchée trouve un observateur, un écouteur redoutable, un narrateur sans pitié, que chaque regard est surveillé, chaque entrée, chaque sortie commentée, chaque toilette subtilement analysée.
Mais comme tableau pris sur le fait, je ne sais s'il ne faut pas préférer encore la Visite à V occasion d'un deuil (la Visita del dtielo). C'est un usage qui existe toujours. Quuiul la mort est entrée dans une maison, pendant trois jours les parents et les amis du défunt se réunissent dans une chambre dont on a soin de tenir les volets fermés, et où un imperceptible rayon de lumière laisse à peine apercevoir aux visiteurs une rangée de gens immobiles et silencieux, assis le long de la muraille. Pour qui n'( li a pas l'habitude, et ne porte là qu'un sentiment de convenance et de sympathie sociale, c'est un spectacle singulier et même émouvant. Il le serait davantage, si tout n'y était réglé d'avance, et si une inflexible symétrie n'y disposait tout de sa main froide et sèche. C'est encore le "revers de cette médaille-là que Ramon de la Cruz nous présente, et avec une hardiesse qui dépasse la portée de ses conceplions habituelles. Le dénoûnient fait penser à la Matrone cVÈphèse.
Le Songe [et Siioïo) pourrait bien être venu de ce côté des Pyrénées. Mais qu'importe? La mise en œuvre est bien espagnole. C'est l'histoire d'un mari jaloux qui surprend sa femme racontant un rêve, et qui piiMid pour réalité le récit imaginaire.
Voilà un second recueil tout fait et qui ne serait guère
moins gros que le mien. J'ai pris, je l'avoue, la (leur dû panier. Mais dessous il reste encore des fruits savoureux. Celui qui aurait l'idée de les offrir au public écarterait, comme je l'ai fait, quelques pièces qui ne sont que des improvisations sans valeur durable, écrites à la bâte pour la circonstance et qui se sauvent à peine par d'ingénieux détails.
Il n'aurait garde de recueillir une assez pauvre imitation de Georges Dandin. Ramon de la Cruz, qui comprenait Molière et qui Ta souvent traduit ou imité dans ses comédies réguHères, après avoir réduit à quelques scènes les trois actes de Georges Dandin, a trouvé moyen de découper deux sainèles dans notre vieil /4focrt^ Pathelin. Il a taillé l'un dans la pièce de drap de maître Guillaume, le Marchand vendu (el Mercadervendido) . Il a tiré l'autre de l'épisode d'Agnelet, le Procès du berger (el Pleito del pastor). Ce dernier, par ses courtes dimensions et par la piquante simpbcité de l'action, pourrait donner au lecteur mie idée assez juste de ce qu'est un sainète.
Une de ces imitations, dont le modèle à coup sûr est né chez nous, a cependant pour titre : Inesilla de Pinto [Inesillala de Pinto). Pinto, est, comme on sait, une petite ville des environs de Madrid, sur la route d'Aranjuez. On a là un intérieur de famille d'une couleur vive et naturelle. Et il faut avoir remué dans sa vie bien des cb.oses oubliées depuis longtemps, pour aller reconnaître si loin et sous des noms étrangers, quoi? une assez ingénieuse parodie de l'Inez de Castro de Lamotte, Agnès de Chaillot, pelite bluelte que les amateurs ne
5i RAM ON DE LA CRUZ.
dédaignent pas de recueillir, sans doiilo à cause du grand succès de la tragédie.
J'ai été tenté aussi d'aller chercher dans une pièce médiocre intitulée le Médecin et les Captifs (el Medico y los CaïUivos) l'emhryon d'où serait sorti notre charmant Figaro. Qui sait si Beaumarchais, à Madrid, n'avait pas vu représenter ce sainète, et n'en aura pas rapporté quelque fugitif souvenir? Mais il faudrait avoir la date exacte du sainète. Ce qui me ferait croire que Ramon de la Cruz n'en a pris l'idée à personne, c'est qu'avec le Barbier de Séville sous les yeux il eût mieux fait assurément. J'ai dû noter, chemin faisant, cette singulière analogie. Car, sans les noms, mais en pareil cas le poète les change toujours, on retrouve là Bartolo, Rosine, Marceline et quelque peu Almaviva. Il y manque Figaro et Basile. Mais dans le théâtre de Ramon de la Cruz ces deux figures ne sont-elles pas un peu partout? Il est pourtant assez étrange qu'elles soient absentes d'une pièce qui pourrait à bon droit aussi s'intituler : la Précaution inutile.
Essayons maintenant de donner une idée de la manière de Ramon de la Cruz.
On l'a dit avec raison : il y a chez lui peu d'invention dramatique, assez peu d'action proprement dite. Mais si à cette observation sagace et fine du cœur humain, à cette entente des caractères, à cette verve de dialogue se trouvaient joints la puissance des combinaisons el rinlérôt d'une intrigue fortement nouée, des situations hal)il(^ment amenées et préparant un dénoûment lo-
giqiie avec un heureux mélange de surprime, on aurait alors la comédie et non le sainèle. Le sainèle, je le ré- . pète encore, est donc une vive esquisse, une succession de scènes où il entre juste assez d'action ponr lier ces scènes-entre elles et préparer aux caraclères et aux sentiments un milieu où ils se montrent avec naturel et vérité. Et si de celte invention qui crée et combine, Ramon de la Cruz en a peu, il en a beaucoup au contraire de celle qui met en relief les sentiments et les caractères. Si on voulait absolument trouver chez nous un écrivain qui donnât, sous quelques rapports, l'idée du genre et celle du maître qui y a excellé, on pourrait nommer Henry Monnier et ses Études jiopuIaireSj et je sais plus d'un lecteur délicat qui se contenterait encore de trouver dans Ramon de la Cruz un Henry Monnier castillan.
Mais, sans quitter l'Espagne, ne trouverait-on pas parmi les contemporains de Ramon de la Cruz une physionomie qui a beaucoup des traits de la sienne? je pense au peintre Goya. 11 y a, ce me semble, une singulière et étroite parenté entre les caprices de l'un et les croquis dramatiques de l'autre; c'est de part et d'autre la même vigueur d'observation, la même verve railleuse dans la reproduction des types observés; que ne donnerait-on pas pour quelque manuscrit des sainètes, illustré à la marge par le crayon de Goya !
Mais à propos d'un poète qui a mis son talent et sa gloire à peindre de si vilaines mœurs, de si perverses habitudes, une corruption qui s'avoue si effrontément^ comment éviter la question de savoir si l'œuvre de Ra-
ÔG KAMON DE LA CUUZ.
mon de la Cruz est bien morale? Dans le pays même où •ces sainètes ont été longtemps applaudis, des critiques austères ont eu des scrupules à cet endroit. J'avoue que je ne les partage point, et je suis heureux de me rencontrer ici encore avec Agustin Duran. De telles mœurs, quand on les présente dans leur hideuse crudité, ne sont pas faites pour séduire. Ajoutons que la manière du poëte, lorsqu'il se condamne à les peindre, est plus voisine encore de la satire que de la comédie, satire délicatement enjouée et finement railleuse, dés qu'elle remonte vers les régions mondaines, mais qui sait au besoin s'emparer du fouet de Ju vénal. Il y a donc en ces peintures une franche nudité qui est déjà, par le dégoût qu'elle provoque, une première leçon. Il y a souvent aussi, comme dans Mohère, quelque Ariste populaire pour dire à pr opos le mot de la sagesse et de la vraie morale. Enfin, pour le peuple qui ne comprendrait pas toujours cet avertissement indirect, reste le deiis ex machina, \'ii\c-àde par exemple, qui vient mettre fin au sabbal et prouver à tout le monde que dans une société bien organisée... le diable finit toujours par emporter Polichinelle.
Il y aurait encore une élude à faire sur le théâtre de Ramon de la Cruz. Elle consisterait, étant donnée l'exactitude du tableau, et chacun s'accorde à la reconnaître, surtout ceux qui la blâment, à suivre de pièce en pièce le développement des types divers qui s'y meuvent dans des situations différentes : l'abbé, le perruquier, le sigisbée, le pelil-niailre,la soubrelle, la dévote, la veuve,
la femme à la mode ; à montrer ce que devient, aux prises avec ces ennemis de son repos, de son honneur, de sa fortune, le père de famille, le mari, le magistrat, le citoyen tranquille, l'honnête bourgeois, l'artisan rangé. Mais à quoi bon? une analyse ne vaudra jamais une traduction un peu exacte, accompagnée au besoin de quelque sobre commentaire ; et cette traduction, c'est maintenant au public à juger si j'ai réussi à la faire.
Pendant que j'écris ces dernières lignes, vous êtes â Venise, sous le charme de celL.e ville des merveilles que je vous dois d'avoir visitée aussi, il y a sept ans. A l'heure où je vous parlais de Ramon de la Cruz, peutêtre le hasard vous amenait-il dans l'un de ces théâtres populaires où l'on représente encore les pièces de Gozzi. Vous aurez remarqué alors que Ramon de la Cruz n'est pas sans analogie avec ce Carlo Gozzi, et nous nous serons rencontrés une fois de plus dans la même pensée.
ANTOINE DE LATOUU.
Paris, octobre 1864.
(eL RENEGADO y LOS ZAPATEROS)
PERSONNAGES
DON CELEDONIO, mari de
DONA JUANA, pelite-maîtressc.
DON GIL, petil-maîlre.
G ALAN, maître cordonnier.
lŒNEGADO,
MANOLO,