‹ SainètesChapitre 4 sur 31 · CIL. Celedonio a raison · texte numérisé non relu

CIL. Celedonio a raison

LOMBHiz. Qu'il s'amuse donc et s'en revienne quand il lui plaira.

PEPA. Dansez-vous?

CELEDONIO. Pourquoi pas? allons, senora Teresa, la main à mon compagnon.

TERESA. Je boite de la patte gauche.

GIL. Ce n'est que cela?

MANoi.o. Et pas mémo cela. Danse avec moi pour leur apprendre que boiter, quelquefois chez nous c'est vertu.

GALAN. Hé bien! moi aussi, je me mets au feu, puisque la maison brûle.

LOMBRiz. Moi aussi, ne faul-il pas déflorer mes castagnettes?

MAKOLO. En avant le chanl, Monifacio.

GALAN. En avant le chant et que la roue tourne.

Ceux qu'on vient de nommer chantent ou dansent. LE RENÉGAT entre avec une dame voilée d'une mantille noire, et après la seguidilla, il dit ;

LE RENÉGAT. Coutinuez à vous divertir, ot quoique j'arrive, faites comme si personne n'était entré. Madama, il n'y a ici que pauvreté, mais il y a bonne volonté ; (V la dame voilée) rcposez-vous uu moment, en attendant que vous vienne l'envie de danser (i.a dame fait signe que non.) Ça ne VOUS plaît pas? de mieux en mieux, on a ainsi plus de temps pour causer.

PEPA. Homme, qu'est-ce ceci?

LE RENÉGAT. Femme, ne te mêle pas de ça ; tu as là ton maître, j'ai ici ma maîtresse.

MANOLO. Rien à répondre. C'est un prêté rendu.

cELEDONio. Doucement, ceci est de l'impudence, et je ne consentirai pas, dût-il m'en coûter un œil, que la Pepa reçoive un affront.

GALAN à Pepe. OÙ ccla uous mèncra-t-il?

PEPE. 11 y a ici une arrière-pensée qui aura son côté original et ulile.

PEPA, criant. Pauvrc dc moi, qui commence sitôt à être malheureuse !

CELEDONIO. Laisse l'affaire à mon compte ; tu verras, s'il ne s'amende, comme il ira vite aux galères.

LE RENÉGAT. H y a tout le 4^emps pour porter \otre plainte et instruire le procès. En attendant, continuons la fête, c'est le plus pressé. Ne faites pas attention à ces niaiseries, madama (ii s'assie.i.).

MANOLO. Dis-moi, est-elle jolie?

LE RENÉGAT. Il n'y a pas dans Madrid une femme qui la vaille. N'est-il pas vrai, seuora? (ehc fnii signe que non.) Elle l'avoue, lu vois?

TERESA. Elle dit que oui, la soUe !

MANOLO. Et il suffit qu'elle le dise.

GiL. Ceci est une plaisanterie.

LE RENÉGAT. Pas Ic moius du monde.

MANOLO. Ce que j'admire, c'est cette excellente femme. Comme elle garde son sang-froid !

cELEDONio. Elle ne le garderait pas deux heures, si j'avais moins d'estime pour celle-ci.

LE RENÉGAT. Paix, c'cst uuc fcmmc mariée et ce serait risquer sa réputation.

CELEDONIO. Sa réputation, et elle te suit comme une brebis ?

LE RENÉGAT. L'inteutiou est bonne.

CELEDONIO. Mais c'est assez pour qu'il y ait scandale ; et toi, coquin...

PEPA. Pauvre créature que je suis, à quelle vie je suis destinée !

CELEDONIO. Mais je suis là, moi ! un homme marié avec la femme d'un autre !

LE RENÉGAT, d'un air bérieux. Et VOUS, étCS-VOUS garÇOH?

CELEDONIO. Tiens, pas de reproches ; j'étouffe déjà de colère.

LE RENÉGAT. Hé bien, mon maître, buvezun peu d'eau

ET LES C;OnDONNIERS. 55

fraîche , car le coup de soleil n'est pas encore dans toute sa force.

MANOLO, à part, au r.enégat. Va tOUJOUrS, IcS aiTlis SOnt là.

cELEDONio. Crois-moi, remmène-la sur-le-champ où tu l'as prise.

LE RENÉGAT. G'cst cc quc VOUS pouvcz faire pour moi.

PEPA, l'interrompant avec vivacité. 11 ne manquerait pluS

que cela.

cELEDONio. Ne t'afflige point et ne le crains pas. Je ne te quilterais pas en ce moment pour une reine.

JUANA, se découvrant. Pour moi cependant tu la laisseras vîvre tranquille dans sa maison, à côté de son mari, ou sur toi s'accomplira la sentence que tu as rendue contre ceux qui poursuivent les femmes des autres.

CELEDONIO. Comment... ma chère...

PEPA, à genoux et pleurant. Seùora, croycz quo mou maître ne me courtise pas, et que c'est pour l'amour de Dieu qu'il cherche à m'être utile.

JUANA. Je le ferai pour lui, relève-toi, je n'ai pas à me plaindre de toi.

CELEDONIO. C'est moi qui aurais à me plaindre de ce que tu es venue seule ainsi...

JUANA. Avant de finir, écoute ma réponse et mon excuse. Petit?

LE PAGE, entrant. Qu'avcz-vous à me commandcr?

JUANA. Dis à Domingo d'allumer la torche, allons-nousen d'ici, et laissons les novios et leurs amis se divertir librement.

CELEDONIO, au Renégat. Si tu étais jaloux, que ne me le disais-tu, et que n'épargnais-tu ce chagrin à ma femme?

LE RENÉGAT. Sa grâcc était peut-être plus en peine que moi et plus jalouse. Je sais que la petite est honnête;

mais l'un et l'autre nous- vous devons beaucoup ; vous souvent ici , toujours très-empressé; moi, laid de ma nature, mais ayant de Thonneur ; les voisins qui épient aux portes; les camarades qui me gardent rancune...

MANOLO. Ajoute ici un et cœtera qui viendra mieux que dans une requête ; la conséquence est claire.

CELEDONio. Tu oscs beaucoup.

LE RENÉGAT. Scigueur, il y a un vieil adage qui dit : A bon chat, bon rat. L'affaire devient déjà un peu trouble. Moi, je suis un peu borné, et j'ai cherché quelqu'un pour vous dire clairement à ma place que chacun aime à garder son petit honneur au complet.

CELEDONIO. Et voilà le prix...

GALAN. Si vous voulez que le jeune homme vous rende ce que vous avez dépensé pour lui, c'est à son maître de se montrer.

GiL-, intorvenani. Allous, mossicurs, quc tout ccci fuiisse bien.

PEPA. Senora, vous retirez-vous contente?

JUANA. Comme une nuit d'orage.

PEPA. Adieu, monsieur.

CELEDONIO, Adieu, Pepa.

JUANA. 11 faudra désormais que je t'attache comme

un dogue. (Celedonio sort avec dofia Juana cl don Gil.)

Torus. Tu es un homme de cœur.

LOMiniiz. Tu t'es bien conduit, mais sois sûr que ma sœur..

LE RENÉGAT. Si tu mc rappelles encore une fois ce qui vient de se passer, je te jette à la porte, et le casse la tête en six morceaux. Autre chose est de remédier le mal, autre chose d'y croire. Pepila, viens m'embrasser,

et qu'on apporte les rafraîchisseineiils; lu verras la belle vie que lu mènes avec ton Renégat.

MAKOLo. Comme ton maître doit se divertir à présent avec sa femme !

PEPA. Entrons, mes cliéres compagnes.

TOUS. Et que l'auditoire, en finissant, nous pardonne nos fautes.

(EL H ERED ERO UOCO )

PERSONNAGES

leurs enfants.

DIEGO, mari do

MARICA.

COSME et

BLASA,

DOx^ TEODORO, 1 le frère et la sœur,

DONA ROSA, 1 petits-maîtres.

JULIAN, notaire.

PEDRO, laquais.

JUAN LORElNZO

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