CHAPITRE XXI
Nombreuses vocations. — Le prince de Castellaneta. — Suprême effort de Mandarini en faveur de la fusion. — Arrivée de l'abbé Muscari. — François Buonamano et le P. Sportelli. — Le frère Gérard Majolla. — Dominique Blasucci. — Chapitre général. — Nomination des dignitaires. — Approbation des rédemptoristincs. —Alphonse au comble de ses vœux.
L*approbatioQ pontificale ouvrit pour l'institut une ère de progrès sans égale. Tout le personnel rassemblé en dix-huit ans se composait de trente-trois missionnaires profès; et quelques années suffireat pour en doubler le nombre , grâce à la floraison d'excellentes vocations.
A son retour, Villani trouva son petit troupeau augmenté de quatre novices : Cacciatore, Spera, de Angelis, Piccardi. Les deux premiers s'étaient enfuis du séminaire de Nocera, où ils faisaient leurs études, parce que les supérieurs mettaient obstacle à leur départ. De -^ngelis portait bien son nom. « C'est un ange de pureté , » écrivait -Alphonse. Piccardi étudiait au séminaire de Montemarano. Un jour 90e les élèves se promenaient accompagnant leur évêque, M*' Sanse- ''^rino, ils rencontrèrent notre saint, monté sur sa mule. En aper- ^^Vantle prélat, il mit pied à terre et s'entretint quelque temps avec '••î. Au moment où il reprit sa route et malgré ses protestations, "**' Sanseverino voulut tenir Tétrier pour Faider à se remettre en '^Ue. Piccardi n'en pouvait croire ses yeux. « Un saint, se disait-il, ^^t donc au-dessus d'un évêque, puisque Monseigneur s'abaisse ^^ïlsi devant le père Alphonse. » Depuis ce temps, le souvenir du ^*^nt ne le quitta plus, et il finit par se rendre au noviciat de Cio- ^^iii pour se faire saint comme lui.
Bientôt affluèrent de nouveaux postulants. On vit des hommes de
la plus haute noblesse, comme le piince de Castellaneta, seic. d'Iliceto , multiplier les instances pour être admis au novicia pareil acte d'abnégation émut le ciLmr du saint fondateur, cependant il ne crut pas devoir condescendre aux pieux déb« prince.
Mandarini profita aussi du décret d'approbation pour renoL ses tentatives de fusion. Le 8 mars 174'9, il demandait « s'il ne | raitpasenQn espérer cette union des deux instituts, l'objet cou de ses désirs. Il se faisait fort, disait-il, d'obtenir du roi, pai fluence de ses amis de Naples, VExequatur pour le bref ponli. Non content de cette entrée en matière, il essaya par une vi: Ciorani de forcer Alphonse dans ses retranchements, mais se. guments ne firent aucune impression sur son ancien compagi qui, tout en lui restant attaché, ne pouvait oublier ni son inc tance ni son entêtement. Sans se décourager, Mandarini em< deux mois après, un des sujets des plus respectables de sa cong^ tion , porteur d*un mandat signé de ses quatre maisons , par lei tous ses confrères s'engageaient sans condition aucune à recoD tre Alphonse de Liguori comme recteur majeur et à se souroc aux règles et constitutions de l'institut du Très Saint-Rédempt Avant de refuser, Alphonse prit l'avis de son conseil, qui se dé pour la négative. Alors, tout espoir d'union ayant disparu, plum collègues de Mandarini , tes plus capables et les plus influents, sistèrent pour être reçus individuellement dans la congrégal mais un scrupule de charité empêcha le saint de les accepter, je les reçois, dit-il, l'œuvre de Mandarini croulera, car ces [) sont les fondements qui la soutiennent. »
Au mois de juin, arriva Muscari, l'illustre abbé des basiliens.
phonse l'avait reçu , comme nous l'avons dit, sur les instance
père.Villani. « Soyez sûr, lui avait écrit ce dernier, que cette v
Ion y approuvée par trois jésuites, confirmée dans une retrait
lieuse, milric durant plusieurs années, offre toutes les gara
\h\e% de solidité. Ici toutes les congrégations accueillen
ibé k bras ouverte, d'autant plus que toutes manquent de so
k|ébULteâ et les lazaristes comptent quelques rares novices
{«ux-ouvriers n'en ont pas un seul. Nous sommes encore , gD
>iati , pluï f^vorlsé^ (|uo les autres. Ne craignez aucun trouble
u^ ïigirous secrètement, et nous sommes sûrs d'obtei
i pape. >i En raison des circonstances, Alphonse ne po
&r d accepter l'homme* qui lui avait rendu un inappi
Il reçut Muscari, qui lui répondit par des protestatio
tentatives du démon. Aujourd'hui je me fais une idée si haute de la vocation, que je crains toujours de perdre ce trésor. J^aihàte d'en prendre possession. » Joseph de Rosa entra au noviciat, mais sa faible santé Tobligea d'en sortir avant la fin de Tannée. 11 devint plus tard évêque de Policastro. Quant à Volpicelli, aussi mobile qu'enthousiaste, il avait renoncé aux brillantes prédications de Rome pour devenir l'humble missionnaire des pauvres paysans , mais il s'aperçut assez vite que la vie modeste et mortifiée est plus poétique de loin que de près. Il n'était pas entré de six mois, qu'il disait adieu au noviciat.
En revanche, Dieu envoya dans l'institut toute une phalange de saints religieux et de zélés missionnaires, tels que Carmen Piccone Carbone, Caprioli, Basile, Nittoli, Siviglia, Polestra, Buonamano. Les quatre premiers devaient leur vocation aux paroles enflammées du saint fondateur dans les diverses retraites de Ciorani. Carmen Piccone assistait à Tune de ces retraites pour se préparer au sousdiaconat. « Tous les soirs, raconte-t-il , le père Alphonse fit le sermon avec tant de zèle et d'onction que nous fondions tous en larmes. Il nous émut tellement quand il parla sur la passion que l'auditoire éclata en sanglots. Prosternés devant un grand crucifix exposé dans la chapelle , nous restâmes longtemps à pousser des gémissements de douleur qu'on entendait du dehors. J'éprouvai alors un ardent désir d'entrer dans la congrégation, et j'eus beao chercher des diversions à cette pensée, iae répéter à moi-même qu'on pouvait se sauver dans le monde, qu'il était trop dur de quitter ses parents et ses amis : je ne trouvai le repos qu'en entrant an noviciat. » Carmen Piccone, missionnaire, maître des novices, recteur, consulteur général, mourut en 1795, après avoir, durant quftrante-six ans, donné l'exemple de toutes les vertus.
La vocation de Cristino Carbone montre mieux encore la pui»* sance de notre saint sur les âmes. Carbone vivait dans l'oubli de sel devoirs par suite d'affections coupables. Ni les prières de sa pieufft sœur, ni les perfidies du monde, ni les sévères avertissements de Dieilr^ n'avaient pu triompher de la passion qui l'aveuglait. Ses amis l* déterminèrent à suivre les exercices d'une retraite qu'Alphoi prêchait à Ciorani. 11 le fit en effet, bien plus pour leur eompl que pour se convertir. Après un sermon sur le jugement, il se fessa, et après le sermon sur la sainte Vierge, il se donna tout àDiea^ Le démon ayant essayé de le reprendre dans ses filets, il s'enfuit fc^ Ciorani, où il revêtit le saint habit le 15 août 1749. Carbone mourok en 1812 après soixante-deux ans dévie religieuse. Missionnaire plein
de zèle et de dévouement, on le voyait dans ses dernières années, bien que frappé de cécité , suivre ses frères dans les campagnes et travailler sans relâche à la conversion des pécheurs.
Une rencontre singulière conduisit au noviciat le i)ère François Buonamano. Agé de quarante-trois ans, prédicateur, confesseur, il vivait tranquillement dans l'Ile d'Ischia, sa patrie, sans avoir jamais pensé à la congrégation du Très Saint-Rédempteur, lorsqu'un jour, se promenant avec quelques amis dont l'un était médecin , il se vit en face d'un religieux qui paraissait se traîner avec peine. Ce pauvre infirme, c'était le père Sportelli qui, depuis son coup d'apoplexie, était resté à moitié mort, comme il le disait aux brigands. Pour tenter un dernier moyen de lui rendre un peu de force, Alphonse l'avait envoyé aux eaux d'ischia. Le médecin qui accompagnait Buonamano, donnait justement des soins à Sportelli. Il l'arrêta pour s'informer de sa santé, et lui demanda, dans le courant de la conversation, à quel ordre religieux il appartenait. « A Tordre du Très Saint-Rédempteur », répondit le malade. Le médecin, qui ne connaissait pas ^t institut , lui adressa diverses questions sur son but et sur ses '^S'ies : Sportelli leur parla d'Alphonse, de ses fondations, de ses naissions aux pauvres habitants des campagnes, des règles et constitations, avec tant d'amour et de piété, que tous les auditeurs s'épri- ^^t de la congrégation. Buonamano surtout ne rêvait plus que '^^ssions populaires, quand une chute malheureuse le força de s'ali- ***•• Quel ne fut pas son étonnement quand , après quelques jours, °^ des prêtres qui assistaient avec lui aux explications de Sportelli, '^i :i*acon ta qu'il revenait de Ciorani, où l'avaient député Tun de ses ^^ frères et le médecin. « Et pourquoi ce voyage? demanda Buona- ^*^xio. — Pour prier le recteur majeur de nous admettre tous les ^^îs au noviciat. » Il ajouta qu'Alphonse avait décidé que telle '^^tait pas leur vocation, ce qui leur causait un très vif chagrin. ^Cinamano se dit qu'il serait plus heureux et entreprit à son tour "V^oyage de Ciorani. Admis au noviciat, il devint un saint religieux, ^^ infatigable missionnaire, et mourut, chargé de mérites, en 1777. -^ ces nouveaux postulants il faut joindre deux autres jeunes gens ^^ plutôt deux anges de Dieu : Géraid Majella et Dominique Blasucci, V^^ la sainte Vierge conduisit pour quelques années dans l'institut *^ii de l'embaumer à jamais du parfum de leurs vertus. Le pre- ^^er est déjà sur les autels, et l'Église, nous l'espérons, décernera ^^entôt le même honneur au second.
Gérard avait vingt-trois ans quand il entra dans la congrégation. A cinq ans il jouissait de la familiarité de l'Enfant Jésus. Près de la
ville épiscopale de Muro, où naquit Gérard, se trouvait unsaoctuai^ de xMarie. Un jour qu'il priait devant la Madone, l'Enfant Jésus daig^-^^ quitter les bras de sa mère, s'approcha du petit Gérard et lui r^^,^ dans les mains un petit pain, blanc comme la neige. Celui-ci k porta il sa mère en disant qu'un bel enfant lui en avait fait cadeaa. Mais comme le fait se répétait souvent, la mère, justement inquiète-. suivit son fils sans qu'il s'en aperçût jusqu'au sanctuaire, vit dese^ yeux TEnfant Jésus s'approcher de Gérard et lui remettre un pair:^^ semblable à ceux qu'il lui avait apportés. Dès lors Gérard vécu'"^ dans le ciel plus que sur la terre. A voir cet enfant à Téglise, ei^^ classe, dans la rue, absorbé presque toujours dans un saint recueil^'^ lement, on l'eût pris pour un ange égaré parmi les hommes. 11 avait ^ huit ans quand un jour, ne pouvant résister à ses désirs, il s'approcha de la sainte table pour communier. Le prêtre naturellement lui refusa la communion, mais la nuit suivante l'archange saint Michel lui apporta la sainte hostie. Ne dirait-on pas que les habitants du ciel le prenaient déjà pour un des leurs? A cette époque , sa mère le conduisit en pèlerinage à Caposèle dans l'église de Mater DominL A peine son regard se fut-il arrêté sur la miraculeuse image qu'il tomba en extase. Sa vie tout entière ne fut du reste qu'un long miracle. A douze ans il perdit son père et quitta l'école pour le métier de tailleur. Son maître, brutal et grossier, le maltraitait et le battait : l'enfant se réjouissait, parce que, disait-il, quand je suis battu, c'est la main de Dieu qui donne les coups. Mortifié jusqu'à l'excès, il se flagellait lui-même et se faisait mettre en croix par ses compagnons afin de ressembler à Notrc-Seigneur.
Évidemment cet enfant de bénédiction n'était pas fait pour le monde, mais comme sa santé chétive ne lui permettait pas de grandes fatigues, la vie religieuse lui semblait interdite. Plusieurs fois il se présenta chez les capucins, qui lui déclarèrent qu'il fallait pour vivre chez eux un autre tempérament que le sien. 11 se retira quelque temps dans un ermitage, mais Dieu lui fit comprendre qu'il avait d'autres desseins sur lui. Au moment de la fondation de Caposèle, le père Garzilli, accompagné d'un frère, ayivot passé quelques jours à Murô, Gérard éprouva, dès qu'il l'apenut, une -; grande sympathie pour lui et pour son institut. Il demancA roém^a^ au frère des renseignements sur la vie qu'on y menait, et lui léclar^a;^ son intention d'en faire partie comme frère servant. « Che; nou^j^ lui répondit son interlocuteur, il y a trop à souffrir pour uicor^i^i^ si faible que le vùtrc. — Et pourtant, dit Gérard, la soulfranci.c'es/' tout ce que je cherche. » Un an après, le père Cafaro, su/i <fe
t^^tubreux collaborateurs, arrivait à Muro pour y prêcher la mission.
Gérard ne manqua pas de renouveler sa demande et d'insister pour
^tre admis; mais, à voir son visage pâle et amaigri, le père Cafaro
ne crut pas non plus pouvoir Taccepter, d'autant plus que la mère
de Gérard, apprenant les démarches de son fils, était venue tout en
iarmes supplier les missionnaires de ne pas le recevoir. « Nous ne
le recevrons pas, lui dit le père Cafaro, mais enfermez- le sous clé
q^iaand nous partirons; autrement il pourrait bien vous échapper. »
I—^père n'avait deviné que trop juste. Au départ des missionnaires,
IsL mère enferma son fils, mais il sauta par la fenêtre de sa chambre
e^* se mit à poursuivre les pères sur la route de Rionero, où ils allaient
p-T-ëcher la mission : « Pères, criait-il de loin, attendez-moi. » Us
l^ai.tlendirent par pitié, et lui répétèrent qu'il était trop faible pour
5^K*vir dans l'institut et qu'il devait retourner chez lui. Néanmoins
Gérard insistait toujours : « Prenez-moi à l'essai, disait-il, et puis
•^ous me renverrez. » Il les suivit ainsi en suppliant jusqu'à Rionero.
|À il renouvela ses instances, mais toujours en vain. Au lieu de s'en
retourner, il resta près de la maison qu'habitaient les missionnaires,
s^dant le frère laïque qui les servait, jusqu'à ce qu'un jour, s'étanl
ytt aux genoux du père Cafaro, il le supplia, les larmes aux yeux,
6ft le recevoir. « Si vous me refusez, dit-il, vous me verrez tous les
jiNirs avec les pauvres mendier mon pain à la porte du couvent.
fiicore une fois, laissez-moi essayer, et si je suis trop faible, vous
me congédierez. » Il parlait avec tant de modestie et en même temps
arec une si grande fermeté que le père Cafaro, croyant voir dans
; cette sainte obstination un signe de la Providence, l'envoya à Iliceto,
[ai il arriva le 7 mai 17^9. << Je pars pour me faire saint, » disait-il à
mère dans un billet laissé sur sa table. Or, dès son noviciat rem-
[j^i d^actes héroïques, tousses confrères s'écriaient à ren>i : « Frère
[Cérard est un saint! » L'Église a ratifié ce jugement.
Six mois après Gérard Majella, Dominique Blasucci entrait dans congrégation^ dont il fut le saint Louis de Gonzague par son antique innocence, sa soumission parfaite aux volontés divines, et trop courte vie, qui se termina, comme celle de saint Louis, Ifaidant ses études. Dominique naquit à Ruvo, dans le diocèse de >, en 1732, Tannée même de la fondation de l'institut. A peine lest-il vu le jour, qu^au grand étonnement des assistants , il croisa petits bras sur sa poitrine, comme pour dire avec Jésus : Ecce [muo tU faciamy DeiiSy vohintaiem luam, ce que voyant la sagefmme s'écria : « Heureuse mère, vous avez donné naissance à un el enfant, et de plus à un saint. » Dieu l'avait en eilet doué d'une
grande beauté, mais surtout de cette beauté virginale de Tàmeipe ne ternira jamais le souffle impur des passions. Son cœur ne cou* naîtra qu'un amour : l'amour de Jésus et de Marie, de Jésus dontï se fera le compagnon au saint autel ; de Marie, dont il disait : « k: voudrais Taimer autant que Taime la sainte Trinité. » Ses taleiÉj égalaient ses vertus. A douze ans il achevait ses humanités, il se livrait avec grand succès, sous la direction d*un de ses et en compagnie de ses frères, à Tétude de la philosophie et dudni canonique. Mais Dieu attira bientôt à lui cet ami de son cceni Ayant constaté le grand bien qu'opérait la congrégation da IWl Saint-Rédempteur, il crut reconnaître que Dieu l'appelait à i sanctifier. Il se rendit donc , avec son frère Paul, dans un villig peu éloigné de Ruvo où le père Villani prêchait la mission, poi lui exposer ses désirs. Comme il était d'une santé très délicat^ le père lui représenta qu'il supporterait difficilement les fatigtf des études et la vie dure des missions, mais Dominique l'assoBI d'un ton plein de confiance que Dieu lui donnerait les forces né«i saires pour remplir tous les devoirs d'un bon religieux. Mllai charmé, l'emmena à Ciorani, où il devint le modèle du noviciati En envoyant ces nombreux novices, Dieu confirmait manifab ment par ses bénédictions l'approbation de l'Église. Afin que m bénédictions portassent tous leurs fruits, il fallait maintenant metlM en vigueur la règle nouvellement approuvée, y adapter les coitffr tutions élaborées dans le précédent chapitre, et organiser le noviciat ainsi que le scolasticat , qui jusqu'ici étaient restés à W d'ébauche. A cet efl*et Alphonse convoqua un chapitre général, 1^ se réunit à Ciorani au mois d'octobre 1749. Une question assciflttgulière se présenta tout d'abord. Bien qu'Alphonse eût été nonMB* recteur majeur parle chapitre de 174-3 et que le bref du papelcdi' signât nommément comme recteur perpétuel, le père Muscari pi*" tendit que, pour rendre indiscutable la légitimité et par coDi^ quent l'autorité du chapitre, tous les dignitaires, à commencer ptf le recteur majeur, devaient donner leur démission. Dans la règl* qui seule faisait loi, disait-il, le pape avait bien constaté le titt* d'Alphonse, mais ne l'avait pas positivement confirmé, etcow0 les autres titres dépendaient du sien, il semblait utile, pour éf** ter toute contestation, que les dignitaires déposassent leurs f(S^ voirs dans les mains de l'assemblée. Tous les profès de l'institiit même les étudiants, procéderaient alors à l'élection du recteur nw jeur et de ses consulteurs, puis le chapitre, constitué selon la régi poursuivrait régulièrement ses travaux. On ne voit pas trop la n
son de cette déposition en masse des dignitaires nommés d'après les prescriptions d'une règle que le pape avait approuvée, d'autant plus queo désignant Alphonse comme Hector perpetims, la règle approuvée reconnaissait pour valides les nominations antérieures; mais Muscari n'eut guère de peine à faire accepter sa théorie par des supérieurs qui, loin d'ambitionner les premières places, réclamaient à Tenvi la dernière. Aussi, dès l'ouverture du chapitre, les profès réunis assistèrent-ils au spectacle le plus édifiant. Après la messe du Saint-Esprit et un admirable discours du père Cafaro sur les devoirs des capitulaires, on vit Alphonse s'avancer au milieu de la salle, se mettre humblement à genoux devant tous ses pères, et l'ésigner sa charge dans les mains de l'assemblée en demandant pardon de ses fautes. II s'humiliait et s accusait avec tant de sincérité qu'il tira des larmes de tous les yeux. Après lui, tous les dignitaires Tun après l'autre , sans qu'il y eût une seule réclamation , ï^noncèrent spontanément à leurs emplois.
Comme on ne pouvait, même pour un jour, vivre sans autorité d'aucune sorte, on procéda immédiatement à l'élection du président do chapitre , élection à laquelle prirent part tous les profès. Afin ^^e Finfluence du président ne gênât point les délibérations de l'assemblée, on choisit pour cette fonction un jeune homme de vingtquatre ans, le père Landi, que sa jeunesse même excluait de toute charge. Alors seulement on donna lecture de la règle approuvée P*r Benoit XIV, et tous les profès, en signe d'acceptation, vinrent ï^nouveler leurs vœux d'après cette règle, avec le serment de persévérer jusqu'à la mort dans la congrégation.
Dans la seconde session, eut lieu l'élection du recteur majeur et ^® ses consulteurs, élection qui, pour être valide, devait réunir '^ deux tiers des voix. Tous les profès furent appelés à donner leur ^'^te, et tous, pères et étudiants, à l'exception de deux voix discor- ^titcs, proclamèrent Alphonse recteur majeur. Des deux voix l'une ^* certainement la sienne ; l'autre, qu'on aimerait à connaître, ^^te cachée dans le mystère du scrutin. Alphonse courba la tète et ^ soumit à la volonté du chapitre, ou plutôt à la volonté de Dieu. ^ élut ensuite pour consulteurs généraux les pères Villani, Cafaro, ^Portelli, Rossi, Mazzini et... Muscari. Ce dernier obtint cette dis- "'^ction à cause de ses éminents services et de ses hautes capacités; °*^i8 n'avait-il pas compté sur cette élection en proposant la dé- "^^ssion de tous les dignitaires? Sa conduite postérieure autorise ^t étrange soupçon.
liC recteur majeur nomma ensuite les quatre recteurs locaux :
Rossi, à Ciorani; Fiocchi, à Nocera; Cafaro, à Ilieeto; Margolta, à Caposelc. Puis, quand les vocaux de chaque maison eurent désigné leur délégué, le chapitre se trouva régulièrement constitué. Dès lors il s'occupa exclusivement des constitutions, surtout des statuts relatifs aux vœux, aux missions, aux chapitres, aux différents offices, et finalement au scolasticat.
Le grand nombre déjeunes gens arrivés récemment dans l'institut, nécessitait la réglementation des études. Jusque-là, les profès non promus au sacerdoce s'étaient initiés aux études théologiques sous la direction du père Cafaro à Ilieeto. Ce père, aussi distingué par sa science que par ses vertus, avait même commencé la rédaction d'une Théologie dogmatique en même temps qu'Alphonse composait sa Théologie morale. Mais aujourd'hui des cours suivis d'humanités, de philosophie et de théologie devenaient nécessaires. On décréta que les sujets non encore formés à Téloquence achèveraient leurs humanités à Ciorani sous la direction du père Ferrara, ancien professeur de rhétorique au séminaire de Conza; puis pendant sept années, ils étudieraient la philosophie et la théologie à Técolc de saint Thomas, dont les lecteurs devraient, au moins d'une façon générale, suivre les enseignements. Leurs cours terminés, tous les sujets s'astreindraient par vœu à défendre l'immaculée conception de la bienheureuse Vierge Marie. Le père Muscari, que sa science et sa vaste érudition imposaient pour ainsi dire au choix d'Alphonse, fut chargé de diriger les études philosophiques et théologiques. Il s'établit avec ses étudiants dans la maison de Nocera, où, par une admirable délicatesse de sa Providence, le Dieu cjui les avait envoyés venait de leur préparer une place. Les gentilshommes de Pagani, voulant donner à Alphonse un témoignage de leur affection, lui avaient demandé avec instance de fixer le studendat dans la maison de Saint-Michel. « Si la congrégation n'est pas à même de suffire à l'entretien de vos jeunes gens, lui dirent-ils, nous nous chargerons des dépenses. L'évêque Volpe et le doyen de Maio se distinguèrent surtout par leur générosité. Alphonse reçut ainsi un subside annuel qui Taida dans sa pauvreté et surtout le consola des persécutions et des amer* lûmes d'autrefois.
Le chapitre de 17i9 acheva de constituer l'institut en appliquant à ses différents rouages les principes posés dans la règle approuvée par Benoit XIV. Il ne manquait plus, pour couronner Tédifice et compléter l'œuvre de Dieu, que de conférer à la seconde branche de l'institut, qui croissait depuis trente ans au monastère de Scala,
le bienfait de Tinstitution canonique. N'avaient-elles pas droit à i" Approbation de l'Église, ces religieuses du Saint-Sauveur, nées du même souffle que leurs frères, doat les prières et les saintes austérités plaidaient devant Dieu la cause des âmes abandonnées pencl3.iit que les missionnaires poursuivaient ces pauvres âmes à travers les vallées et les montagnes? Du reste, rien ne s'opposait à l'approbation de leur règle. Le monastère, très florissant depuis bien des années, renfermait alors vingt-trois religieuses de chœur, sept converses, et quatre éducandes. On y vivait dans une très grande ferveur et une parfaite régularité. L'Esprit-Saint avait élevé plu- ^^urs religieuses à une très haute contemplation, entre autres la **^re Marie-Angèle du Ciel, dans le monde Mathilde de Vito, que *^ père SarnelU dirigea longtemps, et qui porta dignement pen- ^^^^Jit sa longue vie son beau nom d'ange du ciel. Sa sœur, Marie «^a^Vito, en religion Mère Marie-Raphaél de la Charité, peut être ^^^^iwidérée comme la fondatrice du couvent. Tour à tour maltresse ^^^ novices ou supérieure, elle releva les murailles branlantes monastère et contribua plus que toute autre par ses vertus et la fermeté de son caractère à éteindre les divisions qui trou- ^i^rent, à l'occasion de la nouvelle règle, certaines âmes attachées ^ Fancien régime. Toutefois, malgré son ascendant et l'exemple S^^&néral, on comptait encore un petit groupe de mécontentes, ^^^a^uelles, influencées par la première supérieure, sœur Marie- J^i^œph de la Croix, n'avaient pu se défaire de leur première forme : ï^'^^^ar unir les esprits et les cœurs dans l'amour de la règle, il fallait * '^ï^jprobation pontificale.
la mère Marie-Raphael songeait depuis longtemps à solliciter ^^^^^te gr&ce. Benoit XIV ayant approuvé l'institut des mission- ^•^^Jres, elle se décida, d'après les conseils d'Alphonse, à demander *^^ même faveur. « Les religieuses du Saint-Rédempteur, disait- ^*^'«, supplient humblement Votre Sainteté d'approuver leur règle, ^'^^^ 'elles observent exactement depuis vingt ans. Le monastère, ^^-^artériellement en bon état, possède des rentes suffisantes pour -ntretien du personnel. » Avec l'approbation des règles, la sumeure réclamait la clôture papale.
Pour assurer le succès de cette cause, Alphonse demanda au roi ^^arles III de l'appuyer auprès du souverain pontife. « Les religieuses du monastère de Scala, dit-il dans sa supplique, au nombre de trente-quatre , représentent humblement à Votre Majesté que, depuis de longues années, elles observent très exactement une règle aouvelle, fondée sur l'imitation de la très sainte vie du Sauveur.
Rien ne manquerait à leur honneur si le souverain pontife daignait accorder à cette règle son approbation. C'est pourquoi elles recourent très humblement à Votre Majesté pour demander sa protection et son appui près du pape par le moyen de son ambassadeur à Rome ou tout autre intermédiaire, promettant à Votre Majesté de prier toujours pour sa conservation et son bonheur. »
Charles III intervint-il en faveur des religieuses? on l'ignore. Toujours est-il que Benoit XIV renvoya la supplique à la congrégation du Concile, qui de nouveau chargea de cette cause le cardinal Besozzi. La mère Marie-Joseph, au nom de ses trois ou quatre récalcitrantes, essaya bien d'arrêter les négociations, mais la mère Marie-Raphaél montra, dans un rapport détaillé, que donner gain de cause à ce petit groupe ce serait ruiner le monastère. Le cardinal émit un vœu favorable à la cause , vœu que le pape daigna confirmer par ses lettres apostoliques du 8 juin 1750, et toutes les sœurs, sans en excepter les dissidentes, chantèrent de tout cœur un Te Deum d'action de grâces. Ainsi fut établi dans les formes canoniques, avec clôture que nul ne pàt franchir sans encourir l'excommunication, le premier monastèie des rédemptoristines.
Le saint fondateur était arrivé au comble de ses vœux. Désormais ses fils et ses filles, également adoptés par l'Église de Diea, pourront coopérer avec plus de fruit que jamais, les uns par Faction, les autres par la prière , à Tœuvre divine de la Rédemption.