‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 102 sur 190 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

État (\o rÉglise en 1750. — Origines de la crise. — L'abbi^ de Saint-Cyran. — Jansénius et VAugitsdnuSf M'nauiCi et \a F rétine nte Cominiinion. — L'hérésie janséniste daiLs rÉjrlise. — Les (juatre articles de 1682. — Guerre à la sainte Vier^îe. — • Écrasez l'infàme •. — Le soldat du Christ. — Un vœu héroïque. — Alphonse et Voltaire.

Alphonse était âgé de cinquante-quatre ans. Apôtre du royaume depuis un quart de siècle, fondateur de la congrégation du Très Saint-Rédempteur, on pouvait croire qu arrivé au terme de ses vœux par l'approbation de son institut, brisé par la fatigue, souvent maladif, il se serait fait au milieu de ses enfants une vie moins laborieuse et moins agitée. Mais il avait au cœur une passion, la passion de Dieu lui-môme, la passion de sauver les Ames, qui ne lai permettait pas de prendre un instant de repos. Sous Faction du feu brûlant qui le dévore, nous allons le voir agrandir toujours son champ de travail et de combat.

Jusque-là, missionnaire et chef de missionnaires, il s'était efforcé de ramener les hommes dans la voie qui conduit à Dieu : il lui restait à débarrasser cette voie des obstacles, c'est-à-dire des erreurs amoncelées sur tout le parcours par le démon et ses suppôts. A cet effet, Alphonse joindra désormais l'apostolat de la plume à celui de la parole et se constituera, contre les fauv docteurs, le vrai docteur du salut. Avant de raconter ses luttes pour la vérité, il est

^Lnécessaire de jeter un coup d'œil sur les positions qu'occupait

^Hennemi au milieu du dix-huitième siècle.

^^ Depuis que Luther et Calvin avaient enlevé à l'Église la moitié ^B TEurope, il s'était tramé une vaste conjuration pour lui arra- ^Her lambeau par lambeau les nations restées fidèles. Les lettres

^^B SMST ALPHONSE DE LICrOKI. — T. 1 2C

de notre saint font mention d'un ouvrage, publié un siècle aupan vant et intitulé : La réalité du projet de Bourg -Fontaine y dans lequ< on cherche à démontrer que les premiers jansénistes avaient vira ment ourdi le complot d'anéantir TÉglise de Jésus-Christ. Qu qu'il en soit du complot en lui-même, il demeure certain qi les trois fondateurs du jansénisme, Saiut-Cyran, Jansénius et A nauld, ont miné de concert tout Tédifice de la religion.

L'abbé de Saiut-Cyran prépara pendant vingt ans l'œuvre néfas de Jansénius. Il allait partout, dans les maisons, dans les coi vents, préchant la pénitence et le retour à l'Église primitive, cî depuis plus de cinq siècles, disait-il, l'Église était complètemei déchue. Les papes et les conciles avaient singulièrement élargi doctrine sur les sacrements de pénitence et d'eucharistie. On i trompait du tout au tout sur le mystère de la rédemption. Jési n'était pas mort pour tous les hommes : il n'avait versé son san que pour les élus. Ceux-ci obtenaient seuls de lui la grâce effica( de faire le bien. Le signe qu'on appartenait au troupeau choisi, c'< tait l'esprit de crainte qui tient l'âme éloignée des sacrements. Ceu qui parlaient autrement n'étaient rien moins que des moralish relâchés, et des loups ravisseurs qu'il fallait exterminer. Saint-Cyra eut des ennemis, mais aussi beaucoup de soutiens dans le mond et dans les couvents, à la cour et â la Sorbonne, voire même para les prêtres et les évêques.

Pendant ce temps Jansénius composait l'évangile de la secte En 16V0 parut son Augustinus, car sa doctrine, prétendait-il, n'éta que la pure doctrine de saint Augustin. En fait, c'était la destru< tion complète de tous les dogmes de TÉglise sur la grâce, sur 1 liberté, sur les bonnes œuvres, sur le Rédempteur et la rédemptioi Cinq propositions, condamnées par TÉglise, résument ses blasphè mes. « Il y a des commandements impossibles, même aux juste parce que la grâce de Dieu fait défaut. — On ne résiste jamais à 1 gn\ce intérieure; c'est même une hérésie de croire qu'on peut résister. — Pour mériter une récompense ou un châtiment, il n'« nullement nécessaire d'être libre, c'est-â-dire de pouvoir choisi entre le bien et le mal. — C'est une hérésie de croire que Jésus Christ est mort pour tous les hommes, et qu'il a voulu le salut d tous, car il ne donne pas à tous les moyens de salut. — Il est moi pour les seuls prédestinés , et ce sont les seuls que Dieu favorise d sa grâce. » C'est l'évangile du désespoir. Le Dieu de Jansénius, qu damne les âmes en leur refusant les moyens de se sauver, n'es qu'un monstre haïssable.

IL^es docteurs, les évêques, les lettrés des deux sexes, discutaient *s cinq propositions, quand le troisième patriarche de la secte, Lxitoine Amauld, publia son livre De la Fréquente Communion. L prétendait y prouver par la discipline ancienne de FÉglise, par es canons pénitentiaux, par la doctrine des pères, qu'il fallait en •e venir à la pénitence publique et au délai d'absolution jusqu'à coTTiplète satisfaction pour les péchés commis et purification complète de Tàme; ce qui faisait dire à saint Vincent de Paul : « Les dispositions que M. Amauld exige sont si éloignées de la faiblesse humaine que personne ne peut s'en flatter. S'il n'est permis de communier qu'à ceux qui sont entièrement purifiés des images de la \ic passée par un amour pur et sans mélange , peut-on se dispenser de dire avec lui que ceux qui communient avec les dispositions ordinaires, sont des chiens et des antéchrists? Avec de tels PHncipes, ajoute le bon saint, il n'appartient plus de communier •îu'àM. Arnauld, lequel se vante de dire la messe tous les jours. » De fait on cessa de se confesser et de communier. Arnauld enseigXàait que la plus salutaire des pénitences, c'est l'abstention de la ssiiflte communion. Il connaissait, disait-il, des âmes prêtes à difféï^ir leur communion jusqu'à la fin de leur vie pour mieux témoigner à Dieu la douleur de leurs péchés. A son avis, c'était le diable qui excitait les âmes à cette « luxure spirituelle » qu'on appelle la communion fréquente. Son livre, approuvé par onze évêques, ra- ^siS'^a les àmcs comme un ouragan abat les arbres et détruit les inoissons. On ne communiait plus à Pâques; on laissait même les iQalades mourir sans sacrements. Ceux qui voulaient s'opposer à ces déplorables abus passaient pour des ignorants ou des partisans de la morale relâchée.

Tel était en substance le complot janséniste contre le salut des ^^onames. Jansénius leur enlevait le Sauveur, la rédemption, la Sï^ce, la liberté, c'est-à-dire tous les moyens de se sauver. Arnauld ^^pprimait les canaux par lesquels le sang du Christ arrive aux ^nies pour les purifier et les sanctifier : la confession et la communion. Les conjurés ne s'arrêtèrent pas en si bonne voie : l'Église *yant condamné leurs doctrines de perdition, ils enseignèrent à ïûépriser cette Église hors de laquelle il n'y a pas de salut. \ Toutefois, pour séparer de leur Mère les nations catholiques qui i avaient résisté au protestantisme, il fallut procéder avec adresse et ; pour ainsi dire à la sourdine. Les jansénistes imaginèrent de détruire l'Église sans sortir de son sein. « Le jansénisme, dit avec raison un magistrat français, est l'hérésie la plus subtile que le

diable ait jamais tissée. Us ont vu que les protestants, en se sép rant de TÉglise, s*étaieut condamnés eux-mêmes. Ils ont donc pi pour maxime fondamentale de leur conduite de ne s*en sépar jamais extérieurement et de protester toujours de leur soumisse à ses décisions, à charge de trouver toujours de nouvelles subtilit pour les expliquer, en sorte qu'ils paraissent soumis sans chang de sentiments*. » Conformément à cette tactique, les cinq propos lions de Jansénius ayant été condamnées par Innocent X, les jans nistes soutinrent que ces propositions, au sens condamné par Rom ne se trouvaient pas dans VAugtisiimis. Le pape ayant déclaré q\ ces propositions s'y trouvaient et qu'il les avait condamnées dai le sens obvie, ils répondirent que Tinfaillibilité deFÉglise ne s'> tendait pas aux questions de fait. Rome eut beau affirmer qi rinfaillibilité s'étend aux faits dogmatiques, c'est-à-dire insépar blement liés aux doctrines : les jansénistes prétendirent qu'on éta en règle avec TÉglise en se renfermant dans un « silence respe tueux » au sujet de cette décision, tout en la regardant comr erronée dans le for intérieur. On les obligea de souscrire un « fo mulaire » : avec force protestations de respect , ils refusèrent ^ signer, ou déclarèrent ne donner en le faisant qu'un témoigna^ extérieur de déférence.

Cette révolte dissimulée , qui durait depuis quarante ans, ave habitué les peuples à mépriser l'autorité pontificale , quand les ja: sénistes, pour la battre en brèche, rencontrèrent dans Louis X un allié aussi puissant qu'inattendu. Ce prince n aimait pas les se taires, mais le pape Innocent XI ayant un jour protesté contres envahissements dans l'ordre spirituel , son orgueil se révolta coni ce juste rappel aux droils respectifs des deux puissances. Eu 168 pour mettre des bornes à l'autorité du pape, il convoqua une o semblée du clergé de France. Les députés à cette assemblée , Irent quatre évoques et trente-cinq députés du second ordre, presque loi courtisans ou jansénistes, votèrent les quatre articles de la tw fameuse déclaration : « Les rois et les princes ne sont soumis, da les choses temporelles, à aucune puissance ecclésiastique. — puissance pontificale est limitée par les saints canons et les liber^ de l'Église gallicane. — Le Concile général est au-dessus du pa] — Les jugements du pape ne sont irréformables qu'après le cods< tement de l'Église. »

Eu détruisant la souveraineté et Tinfaillibilité du pape,

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