‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 106 sur 190 · Jàid., p. 320-329, passim · texte numérisé non relu

Jàid., p. 320-329, passim

dre sa Mère du piédeslal de gloire où Dieu l'avait placée. Sauve d'àmes, comment parviendrait-il à les convertir si on diminuait le confiance en la Mère de miséricorde? Il conçut donc le dessein réagir contre Tentralnement janséniste, et de combattre, en vi chevalier de Marie , non seulement les destructeurs de son culte mi aussi les catholiques dont la faiblesse ou Tinintelligence faisait jeu des hérétiques. Il avait suspendu son épée de gentilhomme l'autel de Notre-Dame de la Merci : sa plume aujourd'hui lui servir d'épée pour défendre la Reine du ciel.

Dix ans durant , il étudia dans les saints Pères et les auteurs eodé siastiques la tradition de TÉglise sur les privilèges et le culte de b sainte Vierge, prenant soin d'extraire de ces monuments séculaires les textes les plus significatifs; puis, de tous ces matériaux coor donnés et adaptés aux nécessités de l'époque , il composa en rhooneur de Marie un livre qui peut défier toutes les attaques de l'ennemi. Dans ce livre nulle concession, nulle compromission, msis la vérité franche et pure. Il l'intitula Les Gloires de Moj'ie, dansce temps où bons et mauvais s'attachaient à restreindre ses privilèges. En tète apparaissait une image de la Madone avec cette épigraphe: Spes nostra, salve. « Saluez Notre-Dame d'Espérance, vous toosqni dites : Dieu seul est notre espérance ! » Le livre était dédié à Jésos. à ce Jésus qu on disait jaloux des honneurs rendus à sa mère; eii Marie , malgré les Avis salutaires à ses dévots indiscrets. Cette dédicace pleine d'amour filial dut déconcerter tous les prudents :

« Mon très aimant Rédempteur et Seigneur, disait Alphonse^jf ne suis que le plus misérable de vos serviteurs; mais comme vo» vous plaisez, je le sais, à nous voir travailler à la glorification di votre sainte Mère, de cette Mère que vous aimez et que vous voodri» voir aimée et honorée de tous, j'ai cru bien faire de publier ce livi« qui proclame ses gloires. A qui pourrais-je mieux le recommanda qu'à vous, ô mon Jésus, à votre cœur si plein de zèle pour la gloiw de votre Mère? Permettez donc que je vous le dédie et vous le»* commande. Daignez agréer ce faible hommage de l'amour que jï porte à vous et à votre Mère bien-aimée. Puisse-t-il, béni par voflSi répandre à flots dans tous les cœurs la confiance et Tamour envefl la Vierge immaculée, dont vous avez fait l'espérance et le refng" de tous ceux que vous avez rachetés. Et pour récompense de mo humble travail, donnez-moi d'aimer Marie comme je désire la vo aimée de tous mes lecteurs.

« Je nie tourne aussi vers vous, ô ma douce Souveraine! Vous savez , ô ma Mère Marie, après Jésus c'est en vous que j'ai placé toi

tnoB espérance par rapport à mon salut éternel, car toutes les grâces ({ue j'ai reçues de Dieu, ma conversion, ma vocation ; et tant d'autres bienfaits, je reconnais les devoir à votre intercession. Vous savez également que, pour vous voir aimée de tous et vous témoigner ma reconnaissance, sans cesse et partout, en public comme en particulier, je me suis efforcé dans mes prédications de pénétrer tous les cœors d'une tendre et salutaire dévotion à votre égard. Je le ferai, je Tespère bien, tant qu'il me restera un souffle de vie, mais mon âge avancé et ma santé chancelante m^avertissent que la fin de mon pèlerinage approche. Et c'est pourquoi^ avant d'entrer dans mon éternité, j'ai résolu de laisser au monde ce petit livre afin qu'il continue, non seulement à prêcher pour moi, mais à exciter les autres à prêcher vos gloires et votre immense miséricorde envers vos «erviteurs. »

Après cette suave dédicace , Alphonse annonce à ses lecteurs qu'il traitera la question de la toute- puissante intercession de la sainte ^erge, c'est-à-dire du rôle confié par Dieu à Marie dans l'économie do salut : « Laissant à d'autres, dit-il, le soin d'exalter les diverse? prérogatives de la Mère de Dieu , je veux parler surtout de sa grande BÛséricorde et de sa puissante intercession. Sur cette matière, j'ai recueilli pendant de longues années toutes les affirmations des saints Pères et des auteurs les plus célèbres. » Mais sous quelle forme va-t-il étaler toutes ses richesses?

Nous avons vu que les jansénistes abhorraient les prières de l'ÉgKse à la sainte Vierge au point de défigurer ou même de suppriïûer les strophes de VAve maris Stella; mais il est une antienne particulièrement dure à leurs oreilles, c'est le Salve Regina. S'ils ne 'ont pas exclue , c'est qu'ils ont eu peur de révolter le sentiment populaire. Luther l'appelait « un tissu d'erreurs et d'impiété >>, •t l'hérétique Pierre Martyr, « une insulte à l'unique médiateur. » ** C'est par un respect aveugle et par esprit de parti, écrit un troisième, ^ on maintient les titres décernés à Marie dans le Salve Regina. » ^imprima même un petit livre de prières, composé au XVIIl" siècle, ^8 lequel on avait remplacé ces mots de la célèbre antienne : I ^ùa,dulcedo, vous êtes notre vie, ce qui parait aux jansénistes un Uasphème contre Jésus-Christ, par ce membre de phrase poétique : ^ilas dulcedoy vous êtes le charme de notre vie. Or que fait Alphonse? Connaissant la répulsion des jansénistes pour le Salve Regina, il r lononce qu'il prendra pour thème de son ouvrage « cette maguifigoe antienne approuvée par TÉglisc , et dont la récitation est imposée la plus grande partie de Tannée à tout le clergé séculier et

régulier. On y trouve merveilleusement décrites la miséricorde et 1 puissance de Marie, et c'est pourquoi, dit-il, je ne ferai que la con menter. » Par où Ton voit que le saint auteur a formé le dessein non de complaire à la secte en dissimulant la vérité, mais de la coi fondre en exposant la vérité intégrale sans ombre de respect hi main.

Au chapitre cinquième, le saint auteur développe la fameus thèse : « Toutes les grâces passent par les mains de Marie, et ps conséquent Marie est notre médiatrice nécessaire », thèse cont laquelle proteste Muratori et qui fait pousser des cris d^horreur tous les jansénistes. Résumons-la en quelques mots.

Un seul homme a perdu la race humaine, mais une femme a co péré à notre perdition. De même Dieu a voulu qu'il y eût un se rédempteur, mais il a voulu en même temps qu'une femme coopér; à la rédemption. C'est pourquoi, en chassant Adam du paradis te: restre , Dieu lui montra dans le lointain des âges la Vierge imn» culée en même temps que son divin Fils.

Quand vint le temps de racheter le monde, Dieu donna le Rédemp teur promis, mais par la Femme qu'il s'était choisie comme coopèretrice. II lui envoya un ange pour lui proposer de devenir la Mèredu Verbe, c'est-à-dire de lui donner son sang et de verser ce sang pour la rançon de la race humaine. Marie consentit à la proposition de l'ange, et c'est en vertu de ce consentethent qu'elle se trouvait au pied de la croix, immolant son Fils bien-aimé et s'immolant ellemême pour nous donner la vie. De là ce mot de Jésus : « Mon fils, voilà ta 3ïère. » En nous donnant le Rédempteur, Marie devenait 1» corédemptrice de l'humanité.

Toutefois l'acte de la rédemption n'est pas le salut mais seulement le moyen de salut pour tous. Le sang de Jésus, c'est b source de vie, mais il faut que de cette source la vie passe en chacun de nous sous la forme de la grâce sanctifiante, qui nous constitue membres vivants du Christ, et des grâces actuelles, parlésquelles nous opérons comme de vrais enfants de Dieu. Commet* cette vie de Jésus, cette vie de la grâce, sera-t-elle communiquée» chacun de nous? Par le Rédempteur et la corédemptrice, comme pa^ le père et par la mère, dont Tun est la source de vie et l'autre le cafla* par leciuel la vie arrive jusqu'à nous. De même que Marie est\ï Mère de Jésus, Dieu a voulu (ju'elle fût la xMère de chaque homiû* racheté par Jésus, en distribuant à chacun les grâces méritées pi

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