‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 109 sur 190 · Brred. XIV. Opéra omiiia, (cm. III, page · texte numérisé non relu

Brred. XIV. Opéra omiiia, (cm. III, page

Iv-M LA CROISADE Dl" SAUT.

(lomme tous les ouvrages vivifiés par Tcsprit (:^ louclie au cd'ur les savants corauic les ignorar uoinhro fréclitious dans toutes les langues. ^ iNîiples (Ml vingt-cinq ans, douze fois à Bas en ni^Mue temps qu'on le rééditait fois ? à Modrne, à Turin, on en multiplie le*^

à Tours, à Clermont, à Lille; en Belf '''^^

en Hollande, à Utrecht et d Bois-1' ^^^^^^

Allemagne, à Katisbonnc; en S* yp ^ t

Barcelone; en Pologne, à Vars '^ J^^'x

que , à Philadelphie et à Ne ^ ^^ 1 ^^' »/i

dues dans le monde entier 0^ ^aI^^^

Marie et ouvrirent Tèrr .cshabî^^^^^j^ j^ *

Vierge immaculée le ..c neuvaine de p' . ..- .

chapelet du serviter ^,pnie , vénérée dans toU^ ^^^^^

de continuer rœi» jiroduisil de grands fruits de con ^^ *

ainsi nous aurr ^,,nts exercices au monastère de \K\sM^^ ^ ji

pnère qui ter ,,es pénitentes que Dieu comblait de faveurs ^ v

« 0 ma ^ ^^^ „jal iuspiiés s'ingéniaient à tourmenter. Alphoi/ y^ C est le d*' ^jjfeiiir son courage et de la guider, pendant de lorf "^^ treprep j* ^.^yjg les voies difliciles qu'elle eut à traverser. Jamais f'^ ' ^"f ' ^ "^^Jonn^^ Jusqu'au jour où il put la remettre entre les niain^ ^ *'^' 'j'/iH% ^'^"^ ^ connaissait le discernement dans les choses

S&v^ la fiï^ <lc cette m«'^mc année 1719, prêchant une retraite ^ ^/arisses de Xocera, le serviteur de Dieu prophétisa d'une mani^' saisissante l'avenir d'une jeune fille de seize ans qui hésitait enf \i\ monde et le cloître. Klle s'appelait doua Félicie Colcnda. Div^"^ prétendants la demandaient î\ son père, alors gouverneur de l't'^ d'ischia; mais les religieuses la croyaient appelée, à cause de ^^' iirandes cjualités, à des noces plus sublimes. Voulant mettre un teri ï^*' aux irrésolutions de la jeune fille, l'abbessc profita de la retraî^^* pour la présenter k notre saint et lui demander son avis. « Pense ^' vous, lui dit-elle, que cette enfant sera bientôt des nôtres? — f*^ quel est son nom? demanda-t-il. — Dans le monde, reprit la supérieure, on l'appelle Félicie, et dans le couvent, Victoria. >» Alphonî^^ leva les yeux au ciel et réfléchit longtemps sans prononcer une parole. (' Eh bien, mon père, dit l'abbesse, (juc vous eu semble? doitelle entrer au couvent? — Victoria, Félicie, ce sont là deux beaux

l.Corrispondenza yenernle. vol. I.

LE Jl IULE DE 1750. 427

noms, murmura-t-il comme se parlant à lui-même. Jeune fille, vous roTiiporterez la victoire sur vous-même, et vous trouverez en vousmême votre félicité. — Cela ne nous dit pas, mon père, insista l'abbesse, si cette jeune fille doit entrer au couvent. — Ma mère, répondit Alphonse d'un ton inspiré, elle n'appartiendra ni au monde ni au cloître, je vous le certifie. » L'abbesse méditait sur cette réponse énigmatique quand, deux jours après, la jeune fille fit une chute si malheureuse qu'elle se brisa Tépine dorsale. On lui donna sur Theure les derniers sacrements, et les médecins déclarèrent que le mal était sans remède et la mort certaine. Dona Félicie n'en vécut pas moins cinquante ans dans sa maison, n'ayant de sain que la poitrine, la tète et les bras. Incapable de se mouvoir, on la traînait dans une petite voiture. Elle vécut ainsi en recluse, loin du monde, naais non dans le cloître. Au milieu d'indicibles souffrances, elle ac- ^^eptade bon coeur la croix que Dieu lui avait imposée. Victorieuse d*clle-mème, elle trouva dans son propre cœur, comme Alphonse l'avait prédit, la véritable félicité. — L'abbesse se plaignait aussi du manque de novices : « Mais non, mais non, ma mère, répondit le saint en souriant, voyez comme elles arrivent en grand nombre *. » U parlait ainsi à la fin de février 1750, et au mois d'avril entrèrent ^u couvent trois novices et quatre éducandes.

Alphonse termina ses travaux de l'année 17&.9 par la mission de Sarno. L'année précédente il y avait donné les saints exercices au clergé, et l'on se rappelait encore un trait de sa charmante simplicité. Depuis plus de dix-huit ans, le rasoir ne passait plus sur son visage. Quand sa barbe s'allongeait outre mesure, il la coupait avec des ciseaux sans trop s'occuper de la syméirie. Il arriva donc au séminaire de Sarno vêtu de sa soutane rapiécée, une pienille en forme de manteau sur les épaules, la barbe taillée en escaliers inégaux , plus semblable à un lazzarone qu'à un chevalier napolitain. Soit que l'évèque, encore jeune, fût choqué de cet accoutrement, soit qu'il soupçonnât quelque orgueil caché sous ce Dianteau de Diogène, il plaisanta le pauvre Alphonse sur sa tenue et surtout sur sa barbe. « S'il vous manque quelques sous pour ^0U8 faire raser, ajouta-t-il, je m'ofl're à payer le barbier. » Le saint l>albutia une humble excuse. Alors, sans tenir compte de Tàge, de »i la condition, des hautes fonctions du saint fondateur, l'évèque lui / commanda sur un ton d'autorité d'aller se faire raser à l'instant ' même. Sans répliquer une seule parole, Alphonse quitta la salle

1. Déposition du père Gaspard Cojone, Summarium, pages 678-C79.

et livra tout de suite sa ligure au barbier. Pendant Topération, survint le père de Robertis, son compagnon, qui ne put retenir une exclamation de surprise en le voyant ainsi manquer à ses habitudes : « Eh oui! dit Alphonse en riant, il y avait de longues^ années que je ne m'étais fait la barbe, et je ne sais vraiment pa^ pourquoi. » Ce motif qu'il ne s'avouait pas à lui-même, tout 1^ monde le connaissait, mais on comprit parce trait qu'au-dessus d^ toutes les vertus il plaçait Tobéissance. Les prêtres furent enchanté^ ^ de sa retraite, et Tévêque, plein d'admiration pour le saint mis sionnaire , ne manqua pas de l'appeler pour préparer son peuple â la grâce du jubilé.

Quand les habitants de Sarno le virent arriver, à la tête de quai.torze missionnaires, ils se réjouirent de la grande faveur que Die'mi leurltl^ordaitet se portèrent en foule dans les églises. Innombrable^ furent les conversions. Renonçant à leur vie de brigandage, non:~m bre de malfaiteurs déposèrent leurs pistolets et leurs poignarcis entre les mains des prédicateurs. On vit s'opérer dans cette villes , assez mal famée, une complète réforme des mœurs, à tel poir3B.t que, pendant plus de dix ans, la généralité des hommes s^ab^' tint de fréquenter les tavernes. Plusieurs jeunes fiancées renorr»* cèrent au mariage pour se consacrer à Jésus-Christ. Un enfant A- < douze ans, Pierre Volpicelli, fut si touché de tout ce qu'il vit ^E entendit qu'il prit dès lors la résolution d'entrer dans l'institut, ^^

qu'il fit cinq ans plus tard. « Je connus Alphonse de Liguori, dit ■

au procès de béatification, en 1719 à la mission de Sarno. Je vc::^ confessai à lui et je reçus de sa main ma première communion* C'était le plus pauvre d'entre les pauvres. » Un prêtre de Sarn^ Etienne Liguori, épris également de la sainteté d'Alphonse, ente au noviciat quelques mois après la mission. En quittant la viL-^ épiscopale, les missionnaires se répandirent dans tout le diocès*"^ et partout ils obtinrent des résultats merveilleux.

Vers la mi-mars, de retour à Ciorani, Alphonse prêcha la retrait* habituelle aux ordinands. A cette retraite assistait un jeune cle^^ de Lettere, Nicolas Grossi. Il ne connaissait pas le prédicateur, ^^' l'ordre de son évêquc bien plus que le mouvement de sa volonté' l'avait déterminé à suivre les exercices. Un sermon sur les deu-T éternités le fit rentrer sérieusement en lui-même ; puis la bonté du saint, son zèle, ses vertus, firent sur le jeune homme une telle impression qu'il lui demanda d'examiner sa vocation. Le résultat de cet examen fut qu'un mois après, sans avertir ses parents, il se rendit à Ciorani pour commencer son noviciat. Mais voilà qu'un

LE JCBILÉ DE 1750. 429

joiar se trouvant en promenade avec ses nouveaux compatrnons, il se voit assailli par des gens de son pays, à la tête desquels il reconft^itson père, son oncle, et un de ses frères. Ils remmenèrent malgré ses protestations, et le reconduisirent dans sa maison, où sa mère, ses amis, des prêtres même, l'attendaient pour le conjurer de reaoBcer à sa vocation. La tentation élait rude, mais Dieu lui donna d^'en triompher. Grâce aux bons conseils de Tévêque, qui le défendit contre ses parents, et aux lettres encourageantes du père Villani, deux mois après il rentrait à Giorani. Missionnaire pieux et zélé, Vicolas Grossi vécut assez longtemps pour raconter, lors du procès Je béatification en 1797, l'histoire de son entrée au couvent.

De Giorani Alphonse se rendit, le 12 avril, à Melfi, ville de sept OTàîlle âmes, où tous les soirs il prêcha le grand sermon. GrAce aux notes qu*il nous a laissées, nous connaissons les sujets traités par lui, jusqu'au dernier jour des exercices. Ses deux premiers sermons ont pour objet Timporlance du salut et la miséricorde de Dieu, Aeux motifs propres à réveiller les pécheurs sans les effrayer. Il traita ensuite du péché en général, puis de quatre espèces de péché, très communs et très graves : Timpureté, le blasphème, le sacrilège et enfin le scandale. On voit qu'Alphonse n'avait pas attendu les sages instructions de Benoit XIV pour stigmatiser les vices de son temps et mettre le doigt sur les plaies du pécheur. Après cet examen de conscience , il montra l'abandon dans lequel Dieu laisse ïe pécheur impénitent et d'autre part le pardon qu'il accorde de tout cœur à l'enfant prodigue repentant. Puis il rappela aux auditeurs les fins dernières : la mort, le jugement, l'enfer, l'éternité; ^t, comme moyen suprême de fléchir les endurcis, la toute-puissante intercession de Marie mère de miséricorde. La mission se ^^rmina par la considération du grand motif et du grand moyen de persévérance : le ciel, notre récompense, et la prière, qui en ^st la clé. Après la clôture ou le sermon des bénédictions, Alphonse Commença les exercices de la vie dévote, pour implanter dans la paroisse Toraison en commun, la visite au saint Sacrement et la récitation du rosaire. Tel était le plan des missions si fructueuses ^'Alphonse et de ses premiers compagnons, plan qu'il a imposé, Mufles modifications et les additions de circonstance, aux mis- ^oimaires du Très Saint-Rédempteur. Et l'expérience prouve que si roQs'écaurte de ces sujets, les seuls qui convertissent, on peut bien amuser les esprits mais on ne change pas les cœurs.

La mission de Melfi produisit des conversions nombreuses et inattendues. Des hommes habitués à vivre dans la débauche se don-

nèrent tout à fait à Dieu. Un gentilhomme très distiDgiié, noi:^ content de changer de vie, renonça au monde pour entrer, comin»»^ frère servant, dans Tinstitut du Très Saint-Rédempteur. Un étrai^. ger, établi dans cette ville , y entretenait une concubine. Attir-^^ comme les autres aux prédications d'Alphonse, il ne put résiste^F aux efforts de son zèle et alla trouver Tun des missionnaires pour se confesser. Après Ta voir entendu , le confesseur lui dit : « Comment voulez-vous que je vous absolve si vous ne quittez pas la personne avec laquelle vous vivez? — Mon père, c'est déjà fait, répondit le pénitent. Et pourrais-je pécher encore , après avoir vu ce serviteur de Dieu pleurer mes fautes et se flageller pour les expier? » Toute la ville déplorait la conduite d'un chanoine, instruit mais très vaniteux, qui, pour briller et s'amuser dans le monde, avait dépouillé non seulement Tesprit mais même Thabit de sou état. Versé dans la jurisprudence et le droit canonique, il exerçait les fonctions d'avocat et possédait une nombreuse clientèle. Il entendit Alphonse, et cette parole de feu, autrement persuasive que tous les raisonnements humains, fit pénétrer le repentir dans son cœur. A partir de ce moment, sincèrement converti, il renonça aux bénéfices de sa profession d'avocat pour ne plus plaider qu*en faveur des veuves et des orphelins. On le Wt embrasser une vie pauvre et mortifiée et travailler au salut des Ames avec tant de zèle et d'édification que Tévèque de Samo le nomma plus tard, à 1^^ grande satisfaction de toute la ville , curé de la cathédrale.

Les enfants eux-mêmes s'attachaient au saint missionnaire et sy^ voulaient plus Tabandonner. A Melfi, le fils aîné d'une dame veuve, très pieuse et très riche, Mauro Murante, demanda à entrer ionmédiatement au noviciat. Deux autres enfants, âgés de quinze stï^s comme lui, exprimèrent le même désir. Les parents y consentaieJ^*' mais Alphonse trouvait les postulants bien jeunes. II les accep^ cependant à l'épreuve, les revêtit de la soutane, et leur fit co^' tinuer leurs études en compagnie d'un autre condisciple, Don^* Melaccio, sous la conduite du père Jérôme Ferrara.

Ces bénédictions spirituelles consolèrent quelque peu le cœ^^ d'Alphonse du sacrifice douloureux que Dieu lui imposa pendant cette mission de Melfi. Le 19 avril, mourut à Pagani son premier compagnon, son ami fidèle, son soutien de tous les jours, le pieux et courageux Sportelli. Alphonse avait employé tous les moyens pour conserver à l'institut ce modèle de toutes les vertus religieuses, mais ni le changement d'air, ni les eaux d'Ischia , ni les neuvaiues multipliées, n'enrayèrent le mal : Sportelli était mûr pour le ciel.

LE JIBILK DE 175(). 431

^Ivisieurs fois il avait prédit le moment de sa mort. Huit jours avant le quitter ce monde, il dit à un père qui devait rejoindre Alphonse ^ la mission de Melfi : « Baisez de ma part la main du recteur majeur et demandez-lui qu'à la nouvelle de ma mort, il veuille bien recommander et faire recommander mon àme à Jésus-Christ. » A.vant d'expirer, calme et joyeux comme un exilé qui rentre dans sa, patrie, il entonna le psaume In exitu Israël de .^gypto, et rendit le dernier soupir. D'un caractère toujours égal , modéré mais ferme au besoin comme saint François de Sales , Sportelli cachait sous les dehors d'une vie ordinaire ses vertus héroïques, son oraison contemplative, et ses dures mortifications. De temps en temps une èclaircie de cette vie céleste surprenait ses compagnons. Dieu mit ^n lumière sa grande sainteté par les nombreux miracles ^ qui suivirent sa mort. Quatre mois après, on ouvrit son tombeau : le corps ^tait intact et n'exhalait aucune odeur. Trois ans plus tard , à l'occasion du transport dans un caveau nouvellement creusé, le cercueil fut ouvert une seconde fois. Sous les linges et les vêtements presque consumés, le cadavre, intact et flexible, apparut tel qu'il était au moment de la mort, sans aucune trace de putréfaction. D'une légère incision pratiquée au bras il coula un sang frais et vermeil. Cette conservation du corps, les guérisons opérées par l'intercession du serviteur de Dieu, Théroïcité de ses vertus, poussèrent le saint fondateur à présenter une supplique i\ Rome à Teifet Recommencer le procès de béatification. « Les cardinaux Orsini et Gonzaguenous encouragèrent vivement, dit un chroniqueur*, mais les tempêtes qui agitèrent à cette époque la petite nacelle de notre ^congrégation nous forcèrent d'abandonner cette cause pour le ïîQoment. » Elle est reprise depuis plusieurs années , et tout fait espérer qu'elle se terminera par la glorification du serviteur de ï>ieu.

Après les missions de Melfi, sur les désirs de l'évèque*, Alphonse ^nouvela dans la commune de Rionero une mission que le père Cafaro y avait prêchée l'année précédente. Cette agglomération de *^uit mille Âmes, composée de peuples d'origines diverses, et par *^-même souvent en guerre, avait grandement besoin de secours. l-es rivalités, les procès et les haines fleurissaient comme sur leur terrain propre. En peu de jours, Alphonse acheva l'œuvre ébauchée par le père Cafaro. Aux désordres de toute espèce qui dés-

1. Le P. de Risio compte dix guérisons, humainement inexplicables, obtenues par lintetumon da père Sportelli. {Vite dei primi discepoH di S. Alfonso, page G8.)

2. Les PP. de Robertîs, Landi et de Risio nous ont transmis ces intéressants détaili.

honoraient cette commune, succédèrent les saintes pratiques de religion. La transformation des habitants fut si complète que l^ vèque, épris d'admiration, supplia le saint fondateur d'établie* Rionero une maison de Tinstitut. Alphonse l'aurait fait très volo^i tiers, mais le gouvernement redoutait plus que la peste les nouN^^ j les fondations. « Si Dieu le veut, écrivait Alphonse à une sainte iVme, cette maison s'établira, car rien n'est impossible à Dieu. L'évéque le désire vivement, mais comment obtenir Tautorisatioa du roi? » Hélas! au lieu de bâtir de nouvelles résidences, le saint dut songer bient-jt à défendre les anciennes.

Près de Rionero, dans le même diocèse de Melfi, la commune de Ripacandida présentait un tout autre aspect. Un homme de Dieu, Tarchiprètre Jean Rossi, mort quelques années auparavant ei^ odeur de sainteté et déjà célèbre par ses miracles, avait régénéré ^ sanctifié ce pays. Aussi la mission servit-elle à enraciner les vertcxs dans les âmes plutôt qn'à les délivrer du vice. Alphonse prêchm-^ les saints exercices au monastère du carmel. 11 y trouva des reli" gîeuses animées d'une telle ferveur qu'il dut modérer leur amocE J de la mortification. Après les avoir confessées, il s'écriait ravi - « Je n'aurais jamais cru trouver sur ce rocher un pareil bouquet de fleurs. » La plus belle de ces fleurs spirituelles était sans contredit la supérieure, sœur Marie de Jésus, nièce du saint archîprètre. Conduite par Dieu dans des voies extraordinaires, grande fut sa joie de rencontrer enfin un directeur capable de la comprendre et de la diriger. Aussi, à partir de cette époque, ne cessa-telle de réclamer, dans ses doutes et ses tribulations, les conseils de notre saint. Les nombreuses lettres d'Alphonse à cette digne filte de sainte Thérèse forment un véritable traité de direction à l'usage des âmes éprouvées*.

Un événement plus qu'étrange signala cette retraite. Les deux filles d'un pieux gentilhomme, Benedetto Grazioli, venaient d'entrer au couvent en qualité de pensionnaires. Elles assistaient avec leurs compagnes, dans le chœur des religieuses, au sermon du soir. Alphonse prêchait comme partout devant un grand crucifix de bois qu'il avait fait placer en face de ses auditrices Or, un soif qu'il exposait les châtiments réservés aux pécheurs et les récom^ penses que Dieu destine aux âmes justes, Tainée des deux Grazioli, à peine âgée de douze ans, se tourna, fort impressionnée, vers les religieuses en disant : « Le père nous fait voir le paradis et l'en-

l. Corrispondenza générale, vol. I et II.

fer »; puis elle continua à écouter les prédications en regardant le <^t^ucifix. Hais voilà que tout à coup ce Christ en bois s'anime sous ses yeux et devient un corps de chair vivant et sanglant. « Hères, Vécrie l'enfant attendrie jusqu'aux larmes, voyez donc sur cette croix le corps de Jésus tout couvert de sang ! » Elle conserva de cette vision et des paroles du prédicateur une impression si vive, qa'entrée au couvent contre sa volonté, rien ne put l'en faire sortir, même la maladie. A toutes les supplications de ses parents, elle répondit que le monde lui paraissait un enfer et le cloître un paradis, et qu'elle préférait mourir plutôt que de quitter le couvent. Ellle fit profession, ainsi que sa sœur, et n'oublia jamais le père ^.Iphonse, qui avait déterminé sa vocation. Alphonse n'oublia pas non plus Fenfant du crucifix sanglant. Trente-sept ans après cette scène, il avait achevé son pèlerinage terrestre. La religieuse, alors ^gée de cinquante ans, pleurait la mort de son saint directeur : « Un soir, écrit-elle, me trouvant au chœur avec mes compagnes, je fus tout à coup, pendant l'office , ravie hors de moi, et je me trouvai dans un lieu où j'entendis, sans les voir, des personnes qui ^^entretenaient ensemble. L'une d'elles me dit d'un ton joyeux : « Faites savoir à votre directeur que vous avez vu H«^ de Liguori. — fit comment, m'écriai-je, puis-je écrire que j'ai vu H^' de Liguori? Je ûe vois personne. » A l'instant même, tous les voiles disparurent, H je vis Honseigneur enveloppé dans un nimbe de lumière, mais <l*une lumière dont aucune clarté n'approche. Les rayons du soleil ^e paraissaient des ombres à côté de cette splendeur. Le saint me ^^rdait avec bonté : « Ha fille, me dit-il^ purifiez de plus en plus v^otre cœur, et gardez-le pour Dieu seul. En tout et toujours, aban- ^onnez-vous à sa divine volonté, et acceptez toutes les souffrances îu'il lui plaira de vous envoyer. Vivez sur la terre comme si déjà ^ous ne l'habitiez plus. » A ce moment, je revins à moi et me '^trouvai au milieu de mes sœurs, qui, malgré les lumières dont ^ chœur était éclairé, me parurent plongées dans une nuit pro- '^nde^ » Ainsi Alphonse, après avoir conduit cette àme au cloître •*^ lui prêchant les joies du paradis, lui révélait la gloire des saints ^Q^n de la soutenir jusqu'au bout dans le chemin des souffrances.

Le monastère de Ripacandida, véritable oasis de la grâce au Milieu du désert, procura au serviteur de Dieu des consolations *^i«Q douces, car son àme y resta fortement attachée. Au sein de

^ . Le pèra Fibiai Buo:io,)ine, directeur de la reli;5ieuse, a rapporté au procè* de ^^^tificalioa la vUioa du crucifix et l'apparilioa de saint Alphonse. 11 tenait ces deux ^iU de U boachfi raènifr de sa pénitente.

ses nombreuses occupations, il trouva toujours le temps de cul-^ tiver ce jardin du Seigneur où les âmes, comme autant de fleurs^ exhalaient le parfum de leurs vertus. Le 18 mai, il ouvrit, à L^ demande de Tévèque, la mission de Montemarano, dont les heiK^ reux résultats comblèrent les vœux de M^' Sanseverino, ami etpa^ nitent d^Alphonse. Après les chaleurs de Tété, au mois d'octobr^^ nous retrouvons le zélé missionnaire à Naples, dans Téglise ^g — Saint- Blsprit, où il prêche avec ses confrères de la Propagande m^m mission qui attire un immense concours de peuple. « Allons à F ^ glise du Saint-Esprit, disaient les Napolitains, c'est un saint g m prêche. » Partout, du reste, sa renommée ébranlait les masses. Torchiati, où il se trouvait en novembre, on dut abandonner 1^^" glise paroissiale, devenue trop étroite pour contenir les auditeu^^ et continuer la mission dans Téglise des conventuels.

Tant de courses et de fatigues l'avaient épuisé. Dans les premi^^ mois de 1751, il dut interrompre ses travaux. Après une retraite :^bi cerdotale prêchée à Ciorani et une mission à Avellino, où sa '-'^i mortifiée fit plus de conversions que ses sermons, son catarrhe <Ie poitrine, des douleurs de tête, et d*autres infirmités, le forcèrent 4e regagner sa cellule. Ses directeurs furent même obligés de commi^mer en d'autres œuvres le jeune au pain et à Teau qu il observait rîgc^iireusement et par vœu tous les samedis. Cependant, grÀce aux sain. 'tes importunilés de Tévéque de Lettere, il dut au mois de juin reprendre le harnais. L'évêque voulait donner une mission à la viÛe ée Graguano, qui avait grandement besoin de conversion. « J'apprends, écrivit-il à Alphonse, votre détermination de ne point assister à la mission de Gragnano. Mon cher père, cela équivaudrait à empêcher tout le fruit des saints exercices. Je compatis à vos fatigues, mais la consolation de nous retrouver ensemble vous lesfen oublier. Et puis, il suffit que le peuple vous voie. Je vous conjure donc, pour l'amour de Jésus-Christ, de m'indiquer le jour de votre arrivée. Encore une fois, votre présence suffira, sans que vous vous imposiez aucun labeur. » Lesaint ne pouvait résister à d'aussi pressantes sollicitations: le 12 juin il arrivait à Gragnano avec vingt missionnaires pour le seconder.

Quoi qu'en eût dit l'évêque, on ne se contenta pas de la présence du saint fondateur. C'est lui que le peuple voulait entendre, et il dut prêcher presque tous les sermons du soir. Les prêtres eux-mêmes désertaient les instructions spéciales qui leur étaient adressées pont courir aux prédications de l'homme de Dieu. La mission révolutionna la ville entière, et jusqu'aux malfaiteurs, qui s'y trouvaieat

LE JUBILE DE 17j0. 435

en. grand nombre. Us allaient déposer aux pieds de la Mère de Dieu l^îstolets et poignards, puis se confessaient avec toutes les marques du plus sincère repentir. Un de ces brigands redoutés, Clément Servilio, ne craignit pas de faire en présence de la ville entière ctuende honorable de ses crimes. Lorsque la procession se mit en marche vers l'endroit où Ton devait planter les croix de mission, AJphonse ordonna au fier bravo de porter sur ses épaules la plus lourde de ces croix. Servillo obéit avec la docilité d'un agneau. Le peuple versait des larmes en voyant cet homme féroce, vaincu par la grâce, marcher ainsi, chargé de sa croix, dans Tattitude du plus humble pénitent. « Ne pleurez pas, vous autres, disait-il, mais laissez-moi pleurer, moi qui porte tout le calvaire sur mes épaules. » Il voulait dire le poids énorme de ses péchés. Dans cette mission, on vit des voleurs restituer des sommes considérables, des débauchés notoires renoncer à leur vie scandaleuse, des jeunes filles en grand nombre consacrer à Dieu leur virginité, et les foules , autrefois indifférentes, s'adonner aux pratiques de la piété chrétienne. Ainsi se termina cette campagne de Tannée jubilaire, pendant laquelle les missionnaires du Très Saint-Rédempteur amenèrent aux pieds de Jésus des milliers de convertis. En revanche, Jésus conduisit aux pieds d'Alphonse des recrues inespérées qui doublèrent en deux ans, comme nous Tavons remarqué, le nombre de ses compagnons. Aux postulants énumérés ci -dessus se joignirent bientôt onze nouveaux . compagnons, parmi lesquels des hommes de science et de vertu, comme les pères Rizzi, Cajone, Pentimalli, Cimino; et des saints, comme les pères Latessa et François del Corpo. Certes Dieu seul pouvait les arracher à la position qu'ils occupaient dans le monde pour les incorporer au pauvre petit iitttitut. Jean Rizzi avait alors trente-neuf ans. Après avoir fait de brillantes études à Naples et à Rome, conquis les grades de doc- ^ur en droit et en théologie , professé douze ans toutes les sciences ecclésiastiques, créé à Campagna un séminaire modèle, et forcé l*adiniration du peuple et du clergé , alors qu^il pouvait aspirer aux plus hautes dignités, Rizzi sentit naître en lui un invincible attrait pour une vie plus parfaite. Malgré les oppositions les plus vives de *évéque, du clergé, de ses parents, de ses amis, il entra en 1750 au noviciat deCiorani. Religieux exemplaire, missionnaire infatigable, >pôtre du clergé, il travailla au salut des âmes durant vingt et un âos, et mourut en odeur de sainteté.

La vocation de François Pentimalli ne fut pas moins extraordinaire. Se à Sainte-Euphémie dans la Calabre, doué de grands talents,

docteur en droit , missionnaire et confesseur très estimé, François si sentait poussé par la grâce à tout quitter pour se faire religieux. ^ Tâge de trente-six ans, il s*embarqua pour Naples, afin de chercha dans cette ville un directeur qui lui fit connaître la volonté de Di^ et Tordre dans lequel il devait entrer. Trois fois la tempête, ou pl^ tôt le démon, le fort^^a de s'arrêter en route. Pentimalli se demanda si Dieu ne Tavertissait pas par ces contretemps de retourner ch^ lui et de travailler au salut des Calabrais, ses compatriotes, p^ dénués de secours que les peuples des autres provinces. Un religie» qu'il consulta ne manqua pas d'interpréter en ce sens les bourraa ques de la mer. Plus agité que les flots, François prit le parti c pousser jusqu'à Rome, afin de gagner l'indulgence du jubilé. Conkcn le navire s'arrêtait quelques jours à Naples, il entra dans une églis pour prier Marie de venir à son aide. C'était un samedi, le joui des grandes faveurs. Après avoir épanché son cœur dans celui de sa Mère , François revint au but premier de son voyage , qui était de consulter sur sa vocation quelque directeur expérimenté. 11 s*adressa tout d'abord à plusieurs religieux de renom, qui se trouvèrent trop occupés pour l'entendre. L'un d'eux lui dit, inspiré sans doute par son ange gardien : « Allez consulter le missionnaire Mathieu Testa; c'est lui qui vous mettra dans le bon chemin. » Mathieu Testa, le grand ami d'Alphonse, écouta charitablement le prêtre calabrais, puis lui remit une lettre. « Portez ces mots, dit-il, au père Alphonse de Liguori, qui, sur ma recommandation, vous recevra dans son institut; c'est là que Dieu vous appelle. » Comme si Dieu lui-même eût fait entendre sa voix, François se dirigea vers Ciorani, et fot admis au noviciat. Aussi pieux que savant, il devint un des grands missionnaires de la congrégation.

Les pères Cimino et Cajone durent , comme beaucoup d'autres, leur vocation au saint fondateur. Fabrice Cimino, dès sa plus tendre enfance, aspirait à la vie religieuse. La mission deOragnano le décida, bien qu'âgé seulement de dix-sept ans, à entrer au noviciat de Ciorani. Ami d'Alphonse pendant toute sa vie, il devint, como^ nous le verrons , la cause involontaire des tribulations qui Tassailt rent dans ses dernières années. Son contemporain au noviciat,!^ père Cajone, assistait à la mission de Troia en 1744. Docteur^ droit, il exerçait alors la profession d'avocat. La céleste physionomie de notre saint, ses vêtements pauvres, sa parole apostolique, ravirent le jeune docteur. Les missionnaires quittèrent la ville, ^ années s'écoulèrent, mais l'avocat resta sous le charme des vertus d'Alphonse. Cinq ans après il devenait son enfant et bientôt Toû

de ses compagnons les plus dévoués. En même temps frappaient à la porte du noviciat un jeune prêtre et un vieillard déjà élevés à vine haute sainteté. Le jeune prêtre, François del Corpo, paraissait n'avoir qu'un souffle de vie : aussi les consulteurs refusaient-ils de l'admettre. « Vous avez tort, dit Alphonse, c'est mieux qu'un ouvrier, c'est un saint de Dieu. » François vécut seize ans dans la con- S'ï^gation, silencieux, mortifié, toujours uni à Dieu. Les miracles quisuivirent sa mort confirmèrent son héroïque sainteté. Le vieillard, Ange Latessa, avait soixante-trois ans. Chanoine, supérieur de séminaire, ermite au milieu du monde, il avait opéré, lui, des miracles de son vivant. H implora comme une grâce d'entrer dans la congrégation pour y mourir. « Qu'il vienne , répondit le saint fondateur, il nous sera plus utile par ses exemples que d'autres par leurs travaux. » Le généreux vieillard subit les épreuves du noviciat a-vecla simplicité d'un petit enfant. « Je suis venu tard, disait-il aux jeunes clercs, mais je saurai bien vous rejoindre. » Après cinq mois de noviciat, il tomba malade, reçut les derniers sacrements, et se préparait, tout joyeux, à quitter la terre, quand il reçut du recteur majeur l'obédience de guérir. « Que voulez-vous, dit le moribond, il faut obéir. » A l'instant même la fièvre qui le consumait depuis plus d'un mois disparut complètement, à la grande stupéfaction

Ides religieux et des gentilshommes accourus pour assister, disaientils, à la mort d'un saint. Le père Latessa vécut encore quatre »ns, entouré de pénitents qui réclamaient ses prières et ses conseils ^ »

Ce développement du noviciat, considéré par Alphonse conmieune divine ratification de l'approbation apostolique , lui causa une des plusgrandesjoiesdesa vie. Rentré à Ciorani, il se plaisait à cultiver ^àmes d'élite, destinées par Jésus-Christ lui-même à rendre effilée le sang de la rédemption. Son bonheur était de passer ses ^créations entouré des novices, de leur parler de Dieu , de leur apprendre les cantiques qu'il composait en l'honneur de Jésus et de "wie, ou encore de lire avec eux quelque ouvrage spirituel. En ^tte même année 1750, il publia à leur intention ses Avis sur la location religieuse. Il y démontre l'excellence de l'état religieux et J* nécessité de répondre à l'appel de Dieu, malgré les oppositions du ^onde et de la famille. Comme complément à cet ouvrage, il édita bientôt les Encouragements aux novices pour les aider à persévérer

t. A ce« novices de l'année jubilaire, il faut ajouter, pour élre complet, les pères Biucigno, Gaiano, Melaccio, Donassissa, et le jeune Zabbata, qui mourut au sludendat.

dans leur vocation. Ainsi fortifiés par cette nourriture substantiell par les pieuses conférences du père Villani, et par Tatmosphèi (le sainteté qu'on respirait à Ciorani, les trente novices dont no' avons donné les noms, à Texception des trois venus de Rome, re tërent fidèles à Dieu jusqu'à la mort.

Page 1