CHAPITRE IV
LE PÈRE Ml^SCARI
Organisation des éludes. — Science et sainteté. —Le p'^rc Muscari professeur. — ^»rave déviation. — Deux camps au studendat. — Avertissement donné à Muscari. — Mort (lu diacre Petrosini. — Muscari entraine quatre étudiants hors de Tinstitut. — •^^ï>honse expulse Muscari. — Lettre admirable au renégat. — Repentir des déser- ^^rs. — Une scène émouvante. — Alexandre de Meo remplace Muscari. — Sa ^î<^Tice prodijarieuse.
n était décrété que le saint fondateur ne ferait jamais un pas ^^ avant sans voir tout Tenfer déchaîné contre lui. Pendant qu'il ^^ félicitait de voir une aussi nombreuse jeunesse enrôlée sous ^s drapeaux, c'est par elle qu'il faillit périr.
Depuis le chapitre de 1749, Alphonse s'occupait très activement ^^ l'organisation des études. Ayant passé sa vie dans les livres et ^^Itivé tour à tour, et souvent en même temps, la poésie et l'éloquence, la philosophie et le droit, la théologie et la patristique, ^* Toulait former ses disciples à sa ressemblance. Comme aucune ^^ ses maisons ne possédait de revenus suffisants pour entretenir ^ix grand nombre d'étudiants, il en forma trois groupes, les hu- ^^^«inistes, les philosophes, et les théologiens, auxquels il assigna **N^i8 maisons distinctes. Avant de s'appliquer à l'étude des belles- ^^ttres, les humanistes devaient posséder parfaitement la langue *^tine. ce S'ils ne savent pas le latin, ils n'apprendront jamais rien, disait-il. » La langue grecque, et pour quelques-uns la langue *^^bpa!que, formaient des cours accessoires. Deux années étaient ^^^usacrées à l'éloquence et à la poésie. On sait avec quelle ténacité ^-^ saint exigeait de ses missionnaires l'emploi du style simple et ^"ï'aiment apostolique ; mais il prétendait que pour parler simple- ^«nt il fallait posséder à fond l'art de la rhétorique. « Celui qui Fi- Snore, disait-il encore, ne fera que des sermons insipides et sans
charme. » Il ne condamnait pas dans les jeunes gens la toilett un peu trop élégante de leurs exercices littéraires. « Pendant h études, aimait-il à répéter, il faut mettre dans ses compositions ^ÊT l€ plus d'art possible. On en rabattra toujours assez, parce qu'il e*^=MeTi coûte moins pour descendre que pour monter. J'aime qu'on fas^ ^se les choses avec goût et selon les règles. Plus tard il sera facile ë:^ de s'habituer au style apostolique et d'accorder les préceptes de l'a^v^sart avec la dignité de la parole de Dieu. » Le cours de philosopbi^K: Je, auquel s'ajoutaient des leçons d'histoire ecclésiastique, durait dew fS\M années. Alphonse donnait pour règle aux professeurs d'enseign -«^ner les questions substantielles sans s'arrêter aux subtilités et aw ^iux vaines disputes de l'École. Quant à la théologie, la science par e^^^^xccUence, les étudiants devaient y consacrer cinq années, trois à -flila théologie dogmatique et deux à la théologie morale. En dogma^^EiBtique, sauf sur certaines questions particulières, les professeiKZ.HDrs devaient suivTc les doctrines de saint Thomas; en morale, la div^^^ON site des opinions, que le fondateur trouvait d'ailleurs ou trop las^i^aces ou trop rigides, lui fit entreprendre de re viser et de réformer WZ les
décisions des casuistes d'après un système mitoyen auquel il
travailla vingt ans. Vu Fimportance de cet enseignement p< Jor des ouvriers évangéliques occupés sans cesse à diriger les coi^Knsciences, il préposait à ce cours des hommes d'Age, de jugemi^E?Dt et d'expérience ^, ou même se constituait le professeur de ^cres jeunes gens qui « seront bientôt, disait-il, autant de juges d^i^nt les décisions sans appel auront force de loi. »
Avare de son temps jusqu'au scrupule, Alphonse ne cessait d® recommander aux étudiants de ne pas perdre une minute ^^ leur journée. Afin de les exciter au travail, il les obligeait ^^ temps en temps à soutenir une thèse devant la communaw '^^• Parfois même à ces petits tournois théologiques on invitait certa:*^^ prêtres séculiers et réguliers, les plus capables d'argumenter cc:^'^" tre les défenseurs. Les humanistes avaient aussi leurs académJ^^ littéraires, dans les(iuelles ils lisaient des compositions latin^^^' grecques, voire même hébraïques. On voit par ce simple expCF^ que le saint attachait une souveraine importance à la formation d^* jeunes gens. Aussi ne pouvait-il souflFrir qu'on traitât ses sujets d"/-
1. Saint Alphonse défendait aux lecteurs de dicter leurs (ïoars. a Ces dictées, disait-il, prennent beaucoup de temps et détruisent la santé des élèves. »U aurait TolonUen, comme un supérieur de séminaire, fait cet argument aux professeurs méconteots de tout les manuels imprimés : « Si votre cours vaut mieux que les autres, faites-le imprimer, s'il ne vaut pas mieux, contentez- vous d'expliquer ceux qui sont imprimés. »
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gï^orants, dlioinmes appliqués au iiiimstère sans études suffisantes. « Plût à Dieu, répondait-il à ces savants trop contents d'euxtûêiues, plût à Dieu que dans tous les ordres religieux les études fassent organisées connue elles le sont dans notre institut ^ ! »
11 est certain toutefois que, tout en exigeant la science, Alphonse réprouvait les études vaines ou simplement curieuses, lesquelles servent plus à contenter Tamour-propre qu'à procurer la gloire rfe Dieu ou le salut des âmes. Volontiers il eût fait sien Tadage de saint Bernard : « Il y en a qui étudient pour savoir, et c'est de la curiosité; d'autres pour se faire un nom, et c'est une honteuse vanité; d'autres pour se sanctifier et sanctifier les autres, et c'est de la charité 2. » Conformément au principe de Tapôtre saint Paul, il exigeait la sobriété jusque dans l'amour de la science. « La discrétion est une vertu, disait-il, et l'excès d'ardeur est un vice. Au cours des études, les jeunes clercs doivent observer ces trois règles : n'étudier (|ue ce qu'il importe de savoir; ne pas faire parade de ce que l'on sait, encore moins de ce que l'on ignore ; avant tout s'efforcer de croître en vertu, et principalement en humilité. » Quand les maîtres sortaient du cadre d'études tracé par la règle, il ne manquait pas de les y faire rentrer. « J'enleuds dire à demi-voix que le père de Meo se lance dans les hautes niathématiques. Je veux qu'on s'en tienne aux éléments d'arithmé- Uque et de géométrie. Mabillon lui-même, le prince des érudits, interdit aux religieux ces études oiseuses. Le cours complet de philosophie doit s'achever en deux ans. Je vois avec peine qu'on *^crifie à l'esprit de vanité, à la recherche d'une érudition dont ^ous n'avons que faire, et cela au détriment des études sérieuses. »
Au fond, la grande crainte d'Alplionse, c'était que la passion de Tétude ne remportât sur l'amour de la vertu. Il se réjouissait «e voir ses jeunes gens progresser dans la science, mais bien plus de constater leurs progrès dans la sainteté. « La vraie sagesse, leur répétait-il souvent, consiste à connaître Jésus-Christ, ^Ha science ne doit servir qu'à nous faire trouver Dieu. L'ouvrier évangélique doit étudier, mais aussi se persuader que Jésuschrist lui demande avant tout de se sanctifier. Étudiez donc, ^^ uniquement pour plaire à Dieu : autrement votre science ne *^nira qu'à vous préparer des tourments en purgatoire, et peut-
'- I^Ure do 5 mai 1776 au prélre Vincent de Maio.
^ Sunt qui itudetit ut sciant, et curiositas est; ut scianlur, et tmnitas est; ut ^^fcent et xdifUentur, et caritas est
êtro eu enfor. La gloire de Dieu et le salut des âmes, voilà voti poiut de mire. » Ce but principal, il voulait l'atteindre coût« qi] coûte. Pour empocher toute déviation, la direction du studend^ appartenait au préfet des jeunes clercs, dont le rôle, exclusive ment spirituel, était de faire prédominer sur toutes les sciences I grande science de la sainteté et de réfréner au besoin les tendar ces contraires.
Telles étaient les idées d'Alphonse sur les études quand, apc: le chapitre de 1749, il confia, comme nous lavons dit, les jeur:! gens au père Muscari, qui paraissait par sa science et son ex^ rience le plus capable d'ouvrir leur intelligence. Nouveau yew il n'avait pas eu le temps de se pénétrer de l'esprit de la e^: grégation, mais son attachement à l'institut et son estime d^ règle témoignaient suffisamment de ses bonnes dispositic^x D'ailleurs il y avait à côté de lui deux hommes sur les€[im€ Alphonse pouvait compter absolument, le père Fiocchi, recteur i Nocera, jeune encore, mais aussi sage que vertueux, elle préf des étudiants, le pieux Mazzini, dont la main douce et ferme g^ derait, pensait-il, le professeur et les élèves. Ceux-ci au nombr de douze, la plupart très intelligents, aspiraient à la science, m» comme moyen de s'unir plus parfaitement à Dieu. Ils avaient ap pris d'Alphonse que toute connaissance doit se changer en amour témoin ce règlement du père Tannoia : « L'étude, d'après sain Thomas, étant une partie de l'oraison, l'objet principal de mo' application sera Jésus crucifié, afin d'apprendre de lui la dou ceur et l'humilité, ainsi que la force et la patience. Dans nieî doutes et difficultés, je recourrai à Jésus crucifié, au seul maître q^ donne la solution des questions insolubles. Toute la science devant être ordonnée par rapport à cette science de la croix, l'unique bu< de ma vie, je dois m'y appliquer avec mesure et discrétion, auta» seulement que le prescrit la règle et que l'exige la gloire ^' Dieu. Toutes mes affections seront ainsi informées par Tobé^s sance et la charité, çuod est vinculum perfeclionis. » Ainsi t^ glaient leur vie, d'après les enseignements d'Alphonse, Tanna*^ Alexandre de Meo, et les anciens qui allaient terminer leurs étud^ sous la direction de Muscari. Quant aux plus jeunes, pleins d^ talent et de ferveur, Spera, Siviglia, Cacciatore, ils ne demai^' daient qu'à continuer au studendat la douce et sainte vie du noviciat.
Tout d'al)ord, Muscari se mit avec joie au pas de la communaati Les exercices religieux enthousiasmaient son Ame ardente, et
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croyait avoir trouvé le paradis. Mais ce beau feu ne dura guère. A.près quelques mois, la ferveur diminua, l'inflexible règle parut g-énante, et Tancien habitué des palais de Rome trouva la vie de cellule un peu monotone. Au commencement de 1750, il s'en fallut de peu qu'il ne suivit le jeune de Rosa, son disciple, lequel quittait l'institut par raison de santé. « Huscari a été bien tenté de nous abandonner, écrivait le père Cafaro, et je me suis wx par là-même ^n grand danger de reprendre le professorat; mais, grâce à Dieu, il a retrouvé son calme et continue ses leçons ». Le calme de Musoari n était qu'apparent. Pour se distraire de ses noires idées, il se jeta dans Tétude avec passion, et n'eut pas de peine à inspirer sa passion à des élèves qu'il électrisait tous les jours, par sa science et «on éloquence. Sortant des bornes tracées par Alphonse, il trans- 'onna son modeste studendat en école de haute philosophie. toUs les mois ou tous les quinze jours, il convoquait à des thèses publiques des docteurs et des maîtres en saint Thomas, ce qui attirait un grand concours de peuple au couvent de Pagani. On y admirait les élèves, et plus encore Fillustre maître. Les jeunes pères se félicitaient de ces succès et de la célébrité qui en reviendrait à l'institut; mais Alphonse, Hazzini et les anciens blâmaient ces excès qui leur semblaient très préjudiciables non seulement à l'humilité mais à la piété des jeunes gens. On invita donc Muscari à restreindre ses leçons aux limites tracées par la règle.
Dès lors le professeur eut moins d'estime pour ces religieux terre à terre qui l'empêchaient de prendre son essor, et pour cette règle qui lui coupait les ailes. Ces exercices de piété et d'humilité, au nom desquels on immolait la grande science, lui parurent méprisables. Bientôt il s'oublia jusqu'à critiquer divers points de Tobservance, et même jusqu'à traiter de mômeries ridicules certaines pratiques d'humilité, comme de baiser la terre au réfectoire, ^ manger à genoux, de se tenir quelque temps les bras en croix avant de prendre son repas. Le basilien se retrouvait sous l'habit ^ rédemptoriste, et bientôt le professeur se donna des airs de réformateur, au grand scandale des élèves, du moins des plus .( ^ciens, qui dénoncèrent au père Hazzini les étranges allures de A l^ttr maître. Mazzini lui fit des représentations sérieuses, mais, bien J loin de reconnaître ses torts, Muscari se répandit en invectives I contre les rapporteurs. Il prétendit même, saint Thomas à la main. r qne nul n'avait le droit de le dénoncer à l'autorité avant de l'avoir averti en secret. Selon lui, les règles de la correction fraternelle s'imposaient à tous, maîtres et disciples; comme si l'on n'était
pas tenu de dénoncer un scandale public auquel les supérieurs" sont seuls à môme de porter remède ! Informé du désaccord q existait entre le préfet et le professeur, Alphonse recommanda 1 ^; prudence à Mazzini et s'efforça de faire revenir Muscari à de niei'^^^ leurs sentiments. Par amour pour la paix, il éloigna même ^~ri Pagani le père Mazzini, afin d'ôter au professeur tout prétexte <^^--yf mécontentement ou de plainte.
Muscari n'était pas homme à s'arrêter à moitié chemin. Débi^^rrassé d'un censeur qu'il redoutait, il se laissa dominer complète ement par la fougue de son caractère. Ses idées extravagantes et subversives, discutées avec acharnement par ses élèves, divisère^nt ceux-ci en deux camps. Les jeunes, fascinés par les talents de 1^ ur maître, s'attachèrent à lui sans réserve; les anciens, à la tète d^^squels se trouvait le célèbre Alexandre de Heo, le combattir^^nt avec vigueur. C'était la guerre dans cette maison où la chai-^:3té n'avait jamais reçu la moindre atteinte. Un saint jeune homme^ le diacre Petrosini, alors gravement malade, se vit obligé en co^cnscience d'avertir le recteur majeur du péril que courait l'instit ^«t, dont les règles et coutumes étaient chaque jour dénigrées et b- -^♦tues en brèche. Alphonse comprit alors que les concessions ne s- *^^ vent trop souvent qu'à empirer le mal auquel on voudrait ren^nédier. Il appela le père Muscari à Ciorani sous prétexte de donnerr^la retraite aux ordinands, et lui enleva sa charge de professeur, ce qui exaspéra le coupable. Au lieu d'accepter docilement Iles volontés de son supérieur, il réclama contre une décision q^j'iJ qualifiait d'arbitraire ; mais alors le saint fondateur, décidé à en finir, lui laissa le choix entre l'obéissance ou l'expulsion. Ap:*=^s avoir réfléchi toute une nuit sur cette alternative, Muscari annoBi^Ç* qu'il donnerait les exercices aux ordinands, mais qu'aussitôt ap^^*^ il quitterait la congrégation.
Cette résolution, bientôt connue, mit en émoi toute la mais^^^* On appréciait à Ciorani les talents et les mérites de l'illustre p:^^' fesseur, tandis que ses méfaits restaient pour presque tous '^^ mystère caché. Ceux môme qui connaissaient plus ou moins ^es torts excusaient ses intentions, et faisaient observer au vec\^^^ majeur que les étudiants, très impressionnables, avaient sa/'* doute exagéré les actes ou mal interprété les paroles de leUf maître. « De concert avec le père Fiocchi, raconte Tannoia, je pris, moi aussi, sa défense. Les pères Villani et Cafaro, occupés à prêcher la mission dans un village voisin, intercédèrent avec nous eu sa faveur. Alphonse resta inflexible jusqu'au jour où le coupable,
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rc^rxtrant en lui-même, vint se jeter à ses pieds et lui demanda pApdon de sa faute. Croyant à sa sincérité, non seulement il confe»eiitit à oublier le passé, mais pour ne pas discréditer devant le p^iblic un homme à qui l'institut avait tant d'obligation, il lui rendît sa chaire : excès de bonté dont il ne tardera pas à se repentir, car, avec des hommes de cette trempe, si Ton peut obtenir une trêve, on n'arrive jamais à une paix définitive.
Cela se passait en décembre 1750. Muscari reprit ses leçons, mais avec tant de prudence qu'on le crut absolument converti. Les étudiants du reste s'occupaient moins de son retour à Pagani que du départ prochain d'un des leurs pour le ciel. Le diacre Thomas Petrosini, celui-là môme qui avait attiré l'attention d'Alphonse sur les agissements du professeur, épuisé par de continuels vomissements de sang, allait rendre sa belle âme à Dieu. « Employez tous les moyens pour le guérir, disait un jour Alphonse au père Fiocchi, cap je doimerais volontiers ma vie pour sauver la sienne. Je suis un être inutile, tandis que lui procurerait à Dieu une grande gloire. » Le saint jeune homme prenait tous les remèdes qu'on lui donnait, mais sans se faire aucune illusion sur son sort. A chaque vomissement de sang, il s'écriait: « Paradis, paradis! » avec une joie indicible. Ses parents habitaient Pagaui. Un de ses frères voulait à toute force le reconduire dans sa famille sous prétexte qu'il y serait mieux soigné. « Jamais! répondit-il, je suis '^enu pour mourir dans la congrégation, et maintenant que Dieu uie faiicette grâce, vous voulez me la ravir!.. » On lui disait de Commencer une neuvaine au père Sportelli pour obtenir sa guéridon : « Non, dit-il, je veux que mon tombeau soit à côté du sien, sans qu'il y ait personne entre nous deux. » Un père travaillait à suspendre une image de Marie devant le malade : « Ne vous donnez pas tant de peine, dit-il en souriant, je l'ai dans mon cœur. » Il avait ^^çu les derniers sacrements et attendait la mort avec une sérénité ^^Ute céleste quand le père Muscari vint le voir une dernière fois : ** Mon cher frère, lui dit-il tout ému, quels sont donc les sentiments *ÏUe Dieu vous inspire en ces derniers jours de votre pèlerinage? » *^ malade attacha sur lui ses yeux mourants : « Mon père, répon- ^***il d'un ton grave, qu'il est doux, oh oui qu'il est doux de mou- '^*' dans la congrégation! « Le professeur s*éloigDa, emportant ^^tte flèche dans son cœur. Peu après survint un père qui demanda ^^ pauvre moribond comment il allait : « Mon père, murmura-t-il ^'^ souriant, encore quelques coups de rames, et nous entrons ^ïl8 le port. » Aux funérailles, Muscari aperçut le frère du défunt
qui pleurait à chaudes larmes. Il s'approcha et lui dit à l'oreille ((Cessez de pleurer, Thomas est bien sûr allé au ciel sans passc^^ par le purgatoire. »
Hélas! ni les remontrances de ses supérieurs, ni les suprémi^ , avertissements de son élève, tout heureux de mourir dans congrégation, ne parvinrent à briser l'orgueil de Muscari. Ses murmij mures, ses critiques, ses emportements se renouvelèrent avec pUL. ii d'àpreté que jamais. Six mois après son retour à Pagani, il av ^fi si bien perverti ses adhérents et révolté ses contradicteurs qv-z^ïl n'était plus possible de tolérer au studendat ce brandon de A. iscorde. Cette fois, il fallait Técarter d'une manière définitive. Pczzdut y réussir tout en ménageant son amour-propre et sa réputati^KDO, le saint résolut de l'employer à l'exécution d'un projet qu'il ladûrissait depuis longtemps. Il s'agissait d'établir dans la capit^^e du monde chrétien une maison de l'institut. Déjà, pendant *^5oii long séjour à Rome, le père Villani avait négocié, mais s^euw succès, cette grave affaire. Depuis l'approbation des règles, -Alphonse, craignant avec raison de se voir refuser à tout jamais Verdiequatur du bref pontifical, désirait de plus en plus fonder ^ine maison hors du royaume de Naples, afin de s'y réfugier, lui ei les siens, en cas de dissolution. Il décida donc, au mois de septembre 1751, d'accord avec ses consulteurs, que les pères Muscari. ef Tortora seraient envoyés à Rome pour y établir une résidetm<îe- Tout à l'espoir de se retrouver au milieu de ses amis, Muso^n accepta de grand cœur la mission qui lui était confiée. L>^jà Alphonse avait prévenu le père Sanseverino, l'ami fidèle de V%^^ titut, de l'arrivée de ses mandataires; déjà l'on faisait les préparatifs du départ, qui devait s'effectuer le 16 octobre, quand 'Onc nouvelle incartade ou plutôt une trahison de Muscari fit avorte ï* ^ projet de fondation.
Les premiers moments d'allégresse passés, l'illustre profesd^^r s'était pris à penser que peut-être on ne l'envoyait à Rome ^"^ pour l'éloigner du studendat. Ses jeunes disciples, furieux de se voir privés d'un maître dont ils s'étaient infatués, ne manqué r^"^ pas de le confirmer dans ce soupçon. Il en conçut une telle irritation que, pour se venger, il ne craignit pas de pro()oser à qu8<w d'entre eux, Adinolfi, Spera, Cacciatore et Siviglia, de le suitW pour créer un institut plus grandiose et plus utile à l'Église. Outre les missions dans les pays chrétiens, les futurs Muscaristes devaient prêcher l'Évangile aux idolâtres, convertir la Chine, el sanctifier la Mongolie. Quant aux pères du Très Saint-Rédempteur,
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sa.ii.s avenir, sans horizon, ils étaient évidemment condamnés à végéter et puis à disparaître. Fascinés, les quatre étudiants se voyaient déjà, comme autant de Xavier, naviguant sur les grands Heures ou chevauchant dans les steppes sans fin de l'Orient. Mais ni le professeur ni ses adeptes ne pouvaient quitter l'institut sans obtenir préalablement la dispense de leurs vœux; et, pour obtenir cette dispense, il fallait présenter des raisons canoniques. Non moins rusé que violent, Muscari composa un mémoire rempli d'imputations calomnieuses et le fit signer par ses quatre révoltés, avec l'intention de s'en servir en temps opportun pour appuyer le réquisitoire qu'il comptait dresser contre l'institut. Éclairé par ce document, le souverain pontife ne refuserait certainement pas de le dispenser, lui et ses adhérents, des vœux qui les liaient à la congrégation.
Tels étaient les calculs de Muscari, mais il oubliait que la Providence prend souvent le parti des simples contre les fourbes. Le 11 octobre, cinq jours avant la date fixée pour le voyage de Home, Alphonse appela subitement tous les étudiants à Ciorani, uon qu'il eût vent du complot, mais uniquement pour leur fournir pendant leurs vacances une distraction agréable. Ils se mirent en route le 12, les uns gais et contents, les autres assez morfondus de devoir quitter leur cher maître au moment où ses conseils leur étaient absolument indispensables. L'un des conjurés, Adinolfi, avait révélé confidentiellement à un de ses amis son intention de quitter la congrégation. Quelques heures après l'arrtvée des étudiants, le recteur majeur, mis au courant de ce secret, fit appeler Adinolfi pour l'aider à combattre la tentation. Dès '* première ouverture, celui-ci, se sentant deviné, déclara que ^en au monde ne le ferait renoncer à sa décision. Et comme *^phonse lui demandait la raison d'un si brusque changement, il *^ répandit en récriminations, laissant échapper, sans le vouloir, ^^« phrases assez compromettantes pour Muscari. « Oh! le traître! * écria le saint fondateur, c'est donc lui qui t*a tourné la tète! » '^^inement il essaya de vaincre lobstination de ce malheureux, il J^^ put que le supplier de penser à son âme et à l'abime dans lequel ^ «liait se précipiter.
Sous l'impression du danger que courait l'institut, Alphonse con- ^^^qua le soir même les membres de son conseil présents à Ciorani, ^* leur annonça, qu'au iieu d'envoyer Muscari à Rome, il allait ^^^médiatement l'expulser. Lesconsulteurs, stupéfaits, se récrièrent ^^ement. Si le professeur nuisait aux jeunes gens, ne suffirait-il
pas, pour remédier au mal, de Fécarter de Pagani? D*ailleu j
pouvait-on expulser un consulteur général sans un vote de tout conseil, dont la plupart des membres étaient absents? Les membnrr?^ du conseil n'ayant que voix consultative, répondait le saint, recteur majeur n est nullement obligé de connaître leur opinL -^^ pour agir. La prière du soir vint terminer cette discussion, dont conclusion fut ajournée.
Le lendemain une scène violente, qui mit la désolation d^K:} toute la maison, éclaira la conscience des consulteurs. L'oraison. ^^(^ matin était à peine achevée, qu'Adinolfi et ses trois complices^ Je bâton à la main, le manteau sous le bras, se présentèrent au recteur majeur et lui demandèrent audacieusement la dispense cJe leurs vœux. Alphonse et ses consulteurs n'en pouvaient croire leixrs oreilles. Ému d'une tendre compassion pour ces jeunes égarés, victimes d'une odieuse perfidie, le bon père s'efforça de leur faire comprendre le piège tendu à leur inexpérience; il les supplia d'avoir pitié de leur àme; il alla jusqu'à se mettre à genoux deva-»t eux pour les conjurer en sanglotant de ne pas briser le cœur ^^ père quilesavait tant aimés: «Quel mal vous ai-jcdoncfait?s'écria.îtil, quel mal vous a fait la congrégation? » Tous les témoins de ceti^ scène fondaient en larmes; eux seuls restèrent froids et insensibles- Aux supplications d'Alphonse ils répondaient par des déclamation^ pleines de fureur contre l'institut. On leur proposa de faire ^^ moins quelques jours de retraite avant d'en venir à cette pésolutt<:>" extrême, mais ils répétèrent avec insolence qu'ils entendaient p3J" tir sans aucun délai, et que, si on ne leur ouvrait la porte à Ti»*" tant,- ils iraient se plaindre au roi de la violence qui leur était faî**- Les voyant absolument aveuglés, Alphonse les congédia, et tous 1^ quatre, comme poussés par le démon, reprirent le chemin de fiocett pour s'entendre avec leur séducteur sur ce qu'ils avaient à fair^- Mais en même temps un courrier, expédié par Alphonse, enjoig"!***^ au père Fiocchi de signifier à Muscari, immédiatement et en çj^^'" que lieu qu'il se trouvât, son exclusion de la congrégation.
A l'arrivée du courrier, Muscari ne se trouvait pas à la maisaii- '* était allé, en compagnie du père Tortora, son futur socius à Ko^^' faire ses adieux à Tévèque Volpe. Sans attendre son retour, le p^^ Fiocchi se fit accompagner du père de Robertis, et tous deux li^^^ chèrent à sa rencontre. Bientôt ils le virent sortir du palais del'^' l^-i vêque et se diriger vers la maison. Le père Fiocchi Tarrèta, inafc il n'osa lui intimer le décret d'expulsion. « Vous devez savoir, lui dit-il, pourquoi quatre étudiants ont demandé leur dispense. — le
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xxe sais rien, répondit Muscari, du moins que je puisse vous dire.
Si vous ne pouvez rien nie dire, reprit Fiocchi, allez de ce pas
èk Ciorani vous justifier auprès du recteur majeur. — Très bien, fît Muscari sans se déconcerter. » Et il prit aussitôt le chemin de Ciorani; mais, se voyant découvert par la sortie prématurée de ses quatre complices, il n'eut garde d'aller trouver Alphonse. Arrivé à Afaler Domini, localité où se trouvait le monastère des basiliens, il renonça de lui-même à ce nom de rédemptoriste si vivement ambitionné par lui et reprit l'habit de saint Basile. On trouva dans le tiroir de sa table à Nocera le mémoire calomniateur qu'il voulait présenter au pape comme pièce justificative de son indigne conduite avec la congrégation. Évidemment la Providence précipita les événements pour détruire cette trame si habilement ourdie. Mandés à Ciorani sans que nul Teût prévu, les jeunes gens avaient inconsidérément demandé leur dispense, au lieu d'attendre, pour f^ire cet éclat, que Muscari fût à Rome. D'un autre côté, si Alphonse ^ ^eût pas ordonné au père Fiocchi de signifier au coupable le décret ^'expulsion « immédiatement et en quelque lieu qu'il se trouvât », ^^lui-ci, rentré à la maison, emportait son fameux mémoire, signé ^« ses quatre complices. Au lieu de prouver sa criminelle perfidie, ^^^te pièce, commentée par lui, aurait pu lui servir à justifier ses Ï^X'étendus griefs contre l'institut.
De son couvent le renégat écrivit au saint fondateur pour se plain-
^ ï^e des accusations qu'on avait portées contre lui. Était-il responsable
^^ départ des quatre étudiants? On allait jusqu'à prononcer, en par-
l^-nt de ses actes, le mot de trahison, ce qui lui semblait une indi-
S'xiité. Il finissait par réclamer ses bardes et ses livres. Alphonse
^^ii répondit de manière à lui fermer la bouche, mais en même
t<*inpsà ouvrir son cœur au repentir, pour peu qu'il lui restât de
Cionscience et d'honnêteté. « Mon cher Joseph, lui disait-il, voici
3^ux nuits que je ne puis trouver le sommeil ni recouvrer la paix
^ïi pensant au mal immense que vous avez fait à cette j)auvre con-
Çrëgation, si aimée de vous avant que vous en fissiez partie, et
depuis l'objet de votre haine. Que ces jeunes gens eussent perdu leur
location à cause de vous, moi non plus je ne pouvais me le persua-
^^r; mais, après les avoir entendus, après les renseignements que je
viens de recevoir, c'est un fait qui s'impose à mon esprit. Inutile
de descendre à des détails qui ne pourraient que vous froisser. Mon
<iher Joseph, vous savez combien je vous ai aimé et estimé avant
que vous fussiez des nôtres; vous savez ce que j'ai fait ensuite pour
Vous accorder les chétifs honneurs dont dispose notre petite con-
grégation; comment je vous confiai, dès le principe, le trésor plus précieux de Tinstitut, je veux dire nos jeunes gens; comme pour vous épargner tout désagrément, j'éloignai de Nocera le p^ Mazzini, dont les grandes vertus sont appréciées de tous ; enfin co ^ — ment je vous maintins dans votre charge de lecteur et même de p^^^:-. fet, malgré mes craintes. J'avais tort de craindre, disiez-vous, , vous blâmais pour des riens ! Pour dos riens, hélas ! qui aboutisses!' jj à la ruine de ces quatre pauvres jeunes gens, transformés tout à coim. j> d'innocents agneaux en véritables furies. Hier matin j'allai jusqi^ 'à me prosterner à leurs pieds, les suppliant avec l'affection la pL^s ' tendre de différer au moins leur départ, car je les aimais comme la prunelle de mes yeux, ces quatre jeunes gens qui jusque-là s'étaient conduits comme des anges. Eh bien, hier matin, mon cher père, vous eussiez vous-même été scandalisé si vous aviez vu avec quelle arrogance ils me parlaient et quelles injurieuses menaces ils proféraient contre la congrégation, jusqu'à médire qu'ils me dénonceraient au roi pour avoir voulu les retenir par force. H* se sont consacrés librement à Jésus-Christ, et je leur fais u*^>lence parce que je ne les aide pas, en les déliant de leurs vœu:^^ à manquer de parole à Jésus-Christ! parce que, plein de compa--^^ sion pour leur faiblesse, je ne travaille pas avec Satan à leurfiii:^^ perdre leur vocation !
« Mais c'est assez. Je ne veux point vous importuner davantag^^» car je sais que chacune de mes paroles vous afflige. Laissez-m^^^ vous dire seulement que ni moi ni la congrégation ne mérition^»-^ de votre part un pareil traitement. Je vous pardonne cependant ^' je prie Jésus-Christ de vous pardonner, parce que je n'ai poiM< cessé de vous aimer. Si vous ne reconnaissez point maintenant 1^ faute que vous avez commise et le tort que vous avez fait à la congrégation et à ces pauvres jeunes gens, un jour viendra, je l'espère, où la Madone vous les fera comprendre et pleurer comme i^ convient.
« On a (lit, mon révérend père, que vous aviez trahi la congrégation. Vous vous plaignez de cette parole. comme d'une injure' mais cette parole n*est-elle pas la constatation d'un fait dont 1^^ pierres elles-mêmes rendraient témoignage? Vous m'avez écrit ^^^» loin de nuire à la congrégation, vous prendriez à t&che de favoriser ses intérêts. Cela je Tespère, et j ose vous prier de ne poiflt nous nuire si vous ne voulez grandement déplaire à Jésus-Christ. Vous savez ([ue nous passons notre vie à travailler et à souffnr pour Jésus et les pauvres âmes ; vous le savez, mais je crains que
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dorénavant le démon ne vous fasse regarder ce nom de la congrégr^tion comme un nom odieux, et ne vous pousse à nous discréditer pour justifier votre conduite. N'écoutez pas ces mauvaises inspirations, mon cher Joseph, je vous le dis en toute affection et les larmes aux yeux, espérant encore que vos préventions contre moi et contre nos pères les plus respectables se dissiperont bientôt, et qu'alors vous témoignerez à notre congrégation votre affection des anciens jours.
« Quant à vos livres et aux autres objets qui vous appartiennent, soyez sans crainte, ils vous seront renvoyés. Ah! don Joseph, ce ne sont pas vos biens, c'est vous que nous avons aimé et désiré; ce ne sont pas vos biens, c'est vous-même que nous regrettons en ce mo- ^Hent, car, je le répète, je vous aime encore, et dans le passé vous savez combien je vous ai estimé et aimé. »
A'ous ne savons quelle impression fit sur le cœur de Muscari cette lettre si vraie et si touchante, mais elle ne Tempêcha pas de continuer ses méfaits. En passant à Naples, il se rendit au couvent des « Chinois » pour faire visite au frère d'une de ses victimes, jeune pi*étre qui se destinait aux missions étrangères et que le père Fati- Sati, successeur de Mathieu Ripa, considérait comme son meilleur ^ujet. Muscari lui annonc^a avec emphase son projet de fonder à Rome une société de missionnaires pour les pays infidèles. Les jaunes gens qui l'accompagnaient, entre autres le frère du jeune prêtre, allaient frayer la route et cueillir les premiers la palme du naartyre : pourquoi ne pas s'unir à eux et partager leur bonheur? Le j^nne prêtre, séduit par ces belles paroles, quitta le collège de la Sa.inte-Famille pour se joindre à la petite troupe. Aussitôt, Muscari ^'embarqua pour Rome, annon(;ant à ses futurs apôtres qu'il les ïï^anderait en temps opportun. Mais, avant d'entrer dans la ville éternelle, il avait déjà renoncé à son chimérique projet, et jamais plus les pauvres abandonnés n'entendirent parler de lui. Spera, ^^nfus et repentant, n'avait pas attendu cette déconvenue pour ^entrer au bercail. Siviglia demanda quelques mois pour examiner plus sûrement sa vocation, puis revint se je ter aux pieds d'Alphonse ïïû, en raison de sa jeunesse, consentit à le recevoir encore. Cac- ^latore resta toujours attaché à la congrégation, qu'il servit long- *^nips en qualité d'auxiliaire. Il fit même, après de longues années, des démarches pour obtenir sa réintégration, mais on ne voit pas ^^eUes aient abouti. Quant à Adinolfi, il resta dans le monde, ïa'il édifia par ses vertus.
Le saint fondateur n'était pas sans crainte au sujet de Muscari.
f0aii.tPXk^i^. 4^ ri* fA* *iî»wrfi*r U diafiefiâe de k«*v t^hx hk ^- ,>^.'» T*r-^Àt^^ • V/jex tran^iziOe. toi rép>Qdit bî(«iV!4 Stia^iïwmii. l>w>ZA rri^ ptortM 4e lie' jeûnai» ae«v>r«ler de di^peie^- «utï- r-^rr* en>Tj/to préaUhletïietrt arec V<rtfe Paternité, «jiuiit à BK»î;iâr- / «aoraî an Ije^na inî f'^rmer la k»>oehe. Je lui ai rende m. ^«(rrjx hnut*^ à^, la ':^/ri^T^ïati»>Q .le^ évèqoe> et réOTlier5>. et df}*i:2f / n* 1 ai fitii^ revQ, «.>*t un hf^aime qui ii>»t pin» à craiiMliit. « LuDr kitierjf ï#a^iljeri rentra dan» son ordre, où il retroa^a LÂr^^iC •» qrj il #tberr:haît : de^ bonnearset d^ di^ités. Un bas^ilien •^Jb- /^ iM/mini ^tant venu faire une vijûte de condoltranee a priou» de% ^'énernent^ de Fa^ni. Alphonse lui dit : Mn^^ari luifr a fait pleurer, ruais un jour viendra où il vous fera aussi versa^i» lanvie^. > Otte prophétie *» 'accomplit bien vite. Le turbuleni ?ifr (riens profita de v#n influence à Rome pour diviser les abbaytf'in royaume d'avec celles des États pontificaux et se iaire noauDff abl/'r {#eq»étuel de l'abbaye de Rome ainsi que ^-isiteur inanK«iUf de toutes le» abbaye> des États. Il parait toutefois avoir cûc^ec^ certain^i n\*\tfjr\s avec Alphonse, car le saint fondateur continiu^ lui a/lreuMrr ses ouvrai^e*». On trouve même à la suite d'unedescs diM^^rtations théoloçique^ une lettre de Muscari, très élojErieuse poor Tau leur ^
Il est facile d'irna^'iner la désolation qui régnait dans la maison àt (^iorani après la sortie des quatre déserteurs. Mais à peine eurenl-ik franchi le seuil de la [Kirte qu'Alphonse dit à toute la communaa^ rassemblée : " Nous allons réciter ÏAgimus tibi grattas et un A ^ Maria k notre bonne mère Marie. Dieu nous délivTe de ces malhe»^ reux qui ont bu le poison de la révolte. » Et il récita ces prier*** d action de ^rAces au milieu do ses frères. « Il voulut même, ajoi^^ un étudiant, que nous fissions récréation le lendemain, car, s'ilét^^ juste de nous attrister k cause de la perte de nos compa&moi^^^* nous avions grande raison de nous réjouir de ce que Dieu av^-^ sauvé la congréfration. >* Le lendemain, pour terminer ce jour c^* récréation, Alphonse réunit les pères, les étudiants, les frères à t^ chapelle, cl leur annon(;a que, dans le but de s'attacher à Dieu et àl^ coiigrcKûH'>n i>lus étroitement ([ue jamais, ils allaient tous, à com-^
1. MuAcari écrivit lui-même plusieurs ouTrages contre les jansénistes, le synode 4e IMutole et lV>vè(|Ufî Sclpion Ricci. Son œuvre principale est inUtulée : La fede ed il cris* tinnfsimo alla moda filosofico-teologica e galante del corrente secolo (Roma, 1790, in-b<'). Le savant hasilien mourut en 1792, cinq ans après saint Alphonse.
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mencer par lui, renouveler Tacte de leur profession religieuse. Dans un discours plein d'une paternelle tendresse, il leur parla du malheur de perdre la vocation. « Dieu chfttie dès cette vie, leur ditil, ceux qui lui tournent le dos. Le remords de la conscience ne cessera de les tourmenter jusqu*à leur morl. Et combien brûlent en enfer pour avoir perdu leur vocation ! Lorsqu'un anneau de la chaîne des grâces se rompt, tout est perdu. Mes chers frères, ajouta-t-il, je vous recommande surtout de ne point tenir votre conscience fermée à vos supérieurs. Si ces malheureux qui viennent de nous quitter avaient manifesté leurs tentations, ils en auraient triomphé. Le démon se cache sous un voile trompeur : si nous voulons éviter les pièges qu'il nous tend, découvrons aussitôt nos tentations à ceux qui sont chargés par Dieu de nous éclairer et de nous défendre. » 11 insista ensuite sur Toraison et sur la nécessité de ne pas sacrifier la prière à Tétude. N'était-ce pas cet amour démesuré delà science qui avait causé tout ce mal? « Je no m'affligerai pas, dit-il, de vous voir retrancher quelque chose à l'étude pour le donner à l'oraison. Nous avons encore plus besoin de sainteté que de science. Appelés à secourir les pauvres âmes abandonnées, si nous ne sommes pas des saints, nous nous exposerons au péril de tomber dans mille imperfections et mille découragements. » Il les exhorta enfin à réitérer sans cesse, dans les oraisons prescrites par la règle, Toffrande de leur cœur à Dieu et à se jeter aveuglément dans ses bras divins lorsque survient la tentation, car le démon ne parviendra jamais à détacher de Dieu une âme qui s'abandonne entièrement à lui. » Après ces conseils pleins d'à-propos, lui-même '^nouvela ses vœux devant toute la comnmnauté, puis ses compa- Snons, profondément émus, vinrent Tun après l'autre réciter à ses pieds la formule de leur oblation. « On eût dil, à nous voir tous '^yonnants de joie, écrit Tétudiant Caprioli, que la congrégation prenait naissance une seconde fois. Pour ma part, je ressentis ïï^oins d'émotion le jour de ma profession que dans cette soirée bénie du 16 octobre. Et tous nous éprouvions les mêmes sentiments parce que se ravivait en nous cet antique esprit de charité que les dingues et les dissimulations du moine basilien avaient un instant ^ttré. Quand notre cher frère Spera, déjà revenu au bercail, se Jeta aux pieds de notre père pour lui demander publiquement pardon de son erreur , (juand nous l'eiitendimes prononcer la forinule des vœux d^une voix étranglée par les sanglots, nous nous mimes tous à pleurer avec lui. Enfin notre père entonna le TeDeum^ d'abord pour remercier Dieu de nous avoir tirés du monde, ensuite
pour lui demander la persévérance, car sans sa grâce nous pour rions nous égarer comme nos frères, enfin pour glorifier la divin Providence à qui nous devons Tavortement du noir complot form contre Tinstitut. Et tous ces événements sont arrivés, ajoute 1 pieux étudiant, afin que tous, et moi en particulier, pauvre pi cheur, nous nous attachions de plus en plus à Jésus crucifié. »
Quelque temps après, à Toccasion de la mort d'un frère laïque Alphonse envoyait cette circulaire à toutes les maisons : « Je m m'afflige pas, mes chers frères, lorsque Dieu appelle l'un de nous i Tautre vie; je le pleure, parce que je suis de chair, mais je m< console parce qu'il est mort dans la congrégation et que celui qu meurt dans la congrégation, j'en ai la certitude, sera sauvé. Je m m'afflige pas non plus de voir certains sujets nous quitter à eau» de leurs défauts; je me réjouis plutôt de voir l'institut délivra d'une brebis galeuse qui pouvait infecter le troupeau. Les pené entions elles-mêmes, loin de m'abattre, stimulent mon cour&gi parce que je suis sûr que, si nous nous comportons bien , Dieu n nous abandonnera pas. Mais ce qui m'épouvante, c'est d'apprendi qu'un sujet fait peu de cas de l'obéissance et de l'observance ri gulière.
« Vous le savez, mes frères, plusieurs, après avoir été des n^ très, se trouvent maintenant hors de la congrégation. Commet finiront-ils? je l'ignore ; mais ce dont je suis certain, c'est qu'il mî neront une vie malheureuse et mourront dans l'inquiétude poi avoir perdu leur vocation. Us n'auront plus un seul jour de rep< à la pensée qu'ils ont abandonné Dieu pour vivre selon leur ci priée. Le remords leur rendra très difficile l'exercice de Toraisoi et s'ils abandonnent l'oraison. Dieu sait où ils iront aboutir. »
Ainsi le saint fondateur profitait du fatal événement pour mettr ses confrères en garde contre les imperfections qui , à la longue entraînent sur le chemin de l'abîme ceux qui ne se corrigent pas puis il ajoutait : « Soyons bien avec Dieu, et Dieu nous viendra cl aide dans toutes les persécutions que nous susciteront les hommeet les démons. »
Pour effacer jusqu'aux traces des derniers événements, il ne rea tait plus qu'à réorganiser le studendat selon l'esprit de l'institut c'est-à-dire de manière à y faire fleurir en même temps la piété cl la science. Alphonse y |)ourvut par deux nominations qui satisfirent les pères aussi bien que les étudiants. Quand ceux-ci, le l"no venibre, rentrèrent à Nocera, ils trouvèrent réinstallé leur ande préfet, le pieuxMazzini. Sile recteur niajeuravait cru devoirTécartc
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un instant pour ménager les susceptibilités de Tintrigant basilien, il le considérait toujours comme un religieux accompli et le plus ca^pable, par son caractère comme par ses vertus, d'infuser dans râ.iue /des jeunes gens Tesprit du Rédempteur. À côté de Hazzini se distinguait un jeune professeur de vingt-cinq ans, Alexandre de Meo, qui, malgré sa jeunesse, éclipsa bientôt par son merveilleux savoir le docte Huscari. Philosophie, théologie, histoire, linguistique, de Meo s'était familiarisé avec toutes les sciences, au point de jeter dans Tadmiration les docteurs les plus érudils. A voir ce religieux de petite taille, humble et modeste comme ses élèves, on s'étonnait d'abord qu'Alphonse l'eût choisi pour donner des leçons de philosophie et de théologie. Un évêque l'ayant un jour reçu avec les étudiants, affecta, non sans malice, d'introduire dans la conversation des sujets de controverse assez difficiles. Alexandre, pénétrant son intention, lui tint tête sur toutes les questions avec une facilité qui le stupéfia. Alors l'évêque exposa savamment les opinions des savants sur le déluge universel, croyant embarrasser le jeune professeur; celui-ci répondit simplement : « J*ai lu en effet toutes ces opinions dans dom Calmet. » Piqué au jeu, le prélat lui donna rendez-vous au retour de la promenade. Sans défiance, de Meo se rendit à Tinvitation avec ses étudiants, mais il trouva au palais un maître dominicain qui se mit à diîjcourir sur la grâce comme s'il eût voulu lui faire la leçon, et à ^ter pour appuyer son système plusieurs textes de saint Augustin. ** Mon père, lui dit Alexandre, si nous voulons discuter sur cette ma- *î^pe, mettons de côté saint Augustin. Les dominicains, vous le sa- ^^a, prétendent l'avoir dans leur parti ; les augustiniens se flattent ^ ^xj)oser le vrai sens de ses opinions; Jansénius se vante de ne faire ^ï^'un avec le saint docteur, si bien qu'il a donné à son livre le nom ^ -Angustinus. Laissons donc saint Augustin que chacun interprète *• sa manière, et entrons dans le vif de la question. » Cette fin de ^On recevoir si bien motivée désarçonna le maître, qui coupa court *- la discussion. Dans une autre circonstance, un certain docteur *^î demanda devant plusieui^s prêtres quel était son emploi dans ^^ congrégation. « On m'a chargé d'enseigner la théologie, répondit humblement Alexandre. — Je m'étonne, reprit le docteur, ^e le père Alphonse, à son ôge et avec son expérience, vous ait ^nfié une charge qui demande des études approfondies. — Si vous Il'atteigniez que moi, monsieur, reprit Alexandre avec fermeté, je me tairais; mais puiscpie vous vous en prenez à mon père Alphonse, je suis prêt àdiscuter avec vous sur n'importe quelle matière
de droit, de théologie ou d'histoire, à votre choix. — Je parle de théologie, repartit le docteur. — Eh bien, parlons théologie et veillez à no point dire d'hérésie. » En moins d'une heure y aidé de sa vaste érudition et armé de son impitoyable logique , il jeta son adversaire dans une multitude d'écarts et d'erreurs qui le couvrirent de confusion. — « Monsieur, dit Alexandre, avant de m'attaquer ou d'attaquer mon père Alphonse, vous feriez bien de retourner trois ans sur les bancs pour apprendre au moins Talphabet de la théologie; mais je doute fort que vous soyez en état de profiter en ces matières. » Le père de Meo devint un savant et un prédicateur de premier ordre, comme nous le verrons plus tard. Après l'avoir entendu , un évêque disait à notre saint : « C'est un prodige : jamais il n'a eu ni n'aura son semblable. » Renchérissant^ s'il est possil)le, sur cet éloge, Alphonse lui répondit : « Le génie d'Alexandre me donne une idée de la sagesse de Dieu. » .
Et cependant, malgré tout son savoir, il ne leùt pas choisi pour remplacer Muscari, si sa vertu n'eût été à la hauteur de son intelligence. Son application à l'étude ne diminua jamais sa ferveur. L'oraison et la mortification étaient ses deux compagnes inséparables. Il multipliait les abstinences, jeûnait au pain et à l'eau tous les samedis, et se donnait la discipline tous les jours, souvent môme jusqu'au sang. Trois amours remplissaient son cœur : le saint Sacrement, la sainte Vierge, la sainte règle. Aussi les nouveautés do Muscari n'eurent-elles aucune prise sur son unie. Trop intelligent pour se laisser éblouir et trop vertueux pour céder à l'entraînement d'une passion, il resta fidèle en dépit des défections et s'employa de toutes ses forces à maintenir au studendat l'observance régulière et les pratiques de la piété. Le saint Tainiait do tout son cœur, le dirigeait dans la bonne voie, et le redressait au moindre écart. Comme un enfant docile, Alexandre acceptait de son père, sans se plaindre jamais, humiliations et corrections. Quelques mois après sa nomination au professorat, Alphonse, pris de fièvre au moment de prêcher le sermon du samedi sur la sainte Vierge, lui commanda de le remplacer. N'ayant pas ou le temps do se préparer, le jeune professeur fit appel à ses trésors d'érudition. Il établit que la sainte Vierge avait été honorée j)lusiours siècles avant sa naissance; que les druides, prêtres des anciens Caulois, lui avaient dressé une statue avec le saint Enfant dans les bras; que les Égyptiens avaient la coutume d'adorer une Vierge assise à côté d'un enfant couché dans une crèche ; que les Argonautes, au temps des juges d'Isra^'l, avaient dédié un temple
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eu son honneur, et que les sybilles, échos des prophètes, avaient annoncé les grandeurs de Marie. Malheureusement pour l'orateur, Alphonse, bravant la fièvre, s'était rendu au chœur, d'où il écoutait ies telles tirades auxquelles le peuple ne comprenait rien. « Quand il entendit parler des Argonautes et des sybilles, raconte Tannoia, il se retourna vers nous et s'écria : « C'est ainsi qu'on prêche ici ! » Il s agitait, se levait, s'asseyait, faisait des gestes d'impatience, et notre Alexandre marchait toujours. Tout à coup, ne pouvant plus y tenir, le saint dit tout haut : « Je vais bien le faire descendre. » Et il envoya un frère lui signifier de descendre à l'instant. Puis, coupant la parole au prédicateur, il entonna le Tantum ergo à la grande surprise de tous les assistants. Le pauvre père tout confus, rencontrant sur l'escalier celui qui venait de l'humilier, se mit à genoux et lui demanda pardon. L'homme de Dieu le condamna, pour expier Finconvenance de son sermon, à trois jours de silence durant lesquels il lui défendit de dire la messe. » Au lieu de sïndîgner comme Muscari d'une réprimande publique et de nature à diminuer son prestige devant ses élèves, Alexandre de Meo reconliut sa faute, se familiarisa avec la langue et les idées populaires, ^t devint un des plus grands missionnaires qui aient jamais existé. Avec de pareils maîtres, les étudiants, comme l'enfant Jésus, croissaient en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hom- ^f'^^s. Du reste Alphonse ne cessait de veiller sur eux comme sur l^ors professeurs. A partir de novembre 1752, il quitta Ciorani I>our s établir définitivement à Pagani, qui devint par le fait la ^^^ison principale de l'institut. Cette résidence sera la sienne jusqu'au moment de son épiscopat; c'est dans cette maison qu'il reviendra passer les dernières années de sa vie ; c'est là que s'élèvera s^ï^ tombeau et que les fidèles viendront vénérer ses précieuses reliques.