CHAPITRE II
Alphonse stagiaire. — Les soirc^es du président Caravila. — Les sept maximes d'un avocat consciencieux. — Nombreuse clientèle. — Dangei^s du barreau. — Ijbl cougrégation des docteurs. — L'Hospice des Incurables. — Conférence spirituelle. — Retraite annuelle. — Conversion d'un jeune musulman.
Alphonse estimait la profession de défenseur du droit comme la plus noble après le sacerdoce : aussi se prépara-t-il avec grand soin à la pratique des affaires en assistant assidûment aux séances des tribunaux et aux délibérations des jurisconsultes. Plusieurs années il fut stagiaire chez un avocat célèbre, puis dans Tétude du légiste Jovene, un des plus distingués de la capitale. Dès lors la passion de savoir, les discussions, les exercices oratoires, dominèrent tellement Tàme du futur avocat, qu'il renonça même, pour gagner du temps, à ses chères récréations du soir. Les parties de cartes durent céder la place aux conférences du président Caravita.
Cet homme de loi, illustre par sa science comme par sa piété, d'un dévoûment sans bornes pour les jeunes gens, avait fait de sa maison une sorte d'académie, où se réunissaient les candidats aux grades et les avocafs studieux. Le vieux jurisconsulte se faisait une gloire et un plaisir de présider leurs conférences. Chaque soir il soumettait une question de droit, plus ou moins controversée, à la discussion de ses disciples. Chacun émettait son avis en l'appuyant des arguments que la loi ou la raison pouvaient lui fournir. La dispute s'échauffait, les plus calmes devenaient éloquents en défendant leur opinion, puis le président résumait les débats et prononçait, son jugement. Ces soirées, on le conçoit, étaient non moins utiles qu'attrayantes ; aussi Alphonse ne chercha-t-il, à cette époque de sa vie, d'autre société que celle de Caravita.
Avant de se charger d'aucune cause, Alphonse examina consciencieusement les dangers et les responsahilités de Tavocat. Dans ses longues méditations sur ce sujet, il se fit un ceiiain nombre de maximes dont ceux de sa profession pourraient grandement proûter. Les voici dans leur éloquente simplicité :
1. Jamais l'avocat ne doit patronner une cause injuste : et Thonneuret la conscience s'y opposent.
2. L'avocat ne doit pas défendre une cause même juste par des moyens injustes ou illicites : les plaidoiries doivent être véridiques, sincères, et respectueuses.
3. L'avocat est obligé d'étudier les pièces du procès afin d'en tirer les arguments les plus efficaces pour la défense de sa cause, et cela avec autant de soin que s'il s'agissait de ses propres intérêts.
4. Pour réussir dans sa défense, Tavocat doit implorer le secours de Dieu, premier protecteur de la justice.
5. L'avocat mérite un blâme s'il se charge d'affaires qui dépassent î>es talents ou ses forces, ou s'il prévoit que le temps lui manquera pour préparer la défense de sa cause.
6. Si, par ses retards ou sa négligence, l'avocat perd son procès ou porte préjudice à son client, il est tenu de le dédommager. De même il est obligé à restitution s'il lui occasionne des dépenses superflues.
T' La justice et la probité doivent être les deux compagnes de 1 avocat : il doit les aimer comme la prunelle de ses yeux '.
On peut croire que saint Yves, le patron des avocats, avait formulé pour son usage des maximes semblables, et que pour cette raison sans doute on composa le refrain devenu populaire :
Advocatus, et non latro, Res miranda populo.
L'avocat qui prendrait pour règle de sa conduite les sept marottes d'Alphonse, serait, aujourd'hui encore, considéré comme un phénomène. On l'admirerait, comme on admira saint Yves et saint Alphonse. Celui-ci n'avait que vingt ans, et déjà surabondait le nombre de ses clients. Sans doute les membres de sa famille, les Liguori, les Cavalieri, leurs alliés et leurs amis, s'empressèrent de féclamer ses services et de prôner ses talents; mais, en dehors de ^^s influences, l'admiration qu'il excitait suffit pour lui procurer les causes les plus importantes. On recourait à lui pour trois motifs