LeUre au père Amendolara, 23 nov
era de toute son influence sur le duc de Cerisano pour qu'il obnne enfin Vexequatur royal *. »
Ces derniers mots répondent aux constantes préoccupations d'Alonse et aux démarches nouvelles qu'il se proposait de faire à pies pour obtenir l'approbation du roi. Aussi laissa-t-il Bénéit aussitôt après la mission pour rentrer dans sa cellule et prérer ces graves négociations. « J'ai hAte de me retrouver à Pani, écrivait-il au père Amendolara, qui l'aidait dans ses travaux îologiques ; il me semble vous avoir quitté depuis mille ans. » 14 décembre, il prit congé de l'archevêque, et se mit en route, ureux de laisser sur cette terre de Bénévent une pléiade de misnnaires pour y travailler à la gloire de Dieu et au salut des Ames. Dieu lui ménagea une autre consolation en cet automne de 1755. ant de partir pour la mission de Bénévent, il avait convoqué & >rani le second chapitre général de la congrégation qui, d'après décret du chapitre de 1749, devait se réunir dans un délai de : ans pour examiner si les règles et constitutions, adoptées alors, urvoyaient suffisamment à la sanctification des sujets et au bon ictionnement des œuvres de l'institut. « Or, les membres du apitre étant rassemblés, dit le père Landi, notre père recteur ijeur ordonna de lire posément , chapitre par chapitre , le texte s règles approuvées par Benoit XIV, ainsi que les constitutions :plicatives de ces mêmes règles, demandant & chacun si ces difrentes prescriptions étaient en vigueur. En cas de difficultés, lacun présentait librement ses observations; puis, s'il y avait vergence d'opinions, on tranchait la question au scrutin secret; ais notre Père avait toujours soin de nous exhorter, avant le vote, nous dépouiller de toute considération personnelle pour n'enviger que la gloire de Dieu et le salut des âmes. « Du reste, ajoute Landi, le chapitre édicta peu de décrets mveaux. L'observance régulière florissait dans toute la congrétion et l'esprit primitif de l'institut animait tous les sujets. Aussi, îture faite des règles et constitutions, quelques additions ayant î délil)érées et acceptées unanimement, notre père Alphonse Kerva que le chapitre, après avoir constaté que la plus parfaite arularité régnait dans l'institut, surtout en matière de pauvreté d'obéissance, devait considérer sa mission comme remplie et dissoudre. Chacun fut de son avis, et Ton chanta le Te Deum lotion de grâces. »
• Lettre da 20 fév. 1756.
Les quelques innovations mentionnées plus haut concernaient le noviciat. On décréta que les postulants y seraient admis à sei::::^ ans, deux ans plus tôt que ne portait Tancien règlement, et de pli^^ que le noviciat serait transféré de Ciorani & Iliceto. Cette deraièTv disposition fut adoptée jsur les instances du Père Tannoia, niaf/n? des novices, qui déclara le climat de Ciorani peu favorable à la santé des jeunes gens, et les exercices spirituels, auxquels assistaient dans cette maison jusqu'à deux cents retraitants, tout & fait contraires au recueillement d'un noviciat. Dans le désert d'iliceto, aux pieds de Notre-Dame de Consolation, rien au monde ne viendrait troubler leur solitude. Alphonse se rendit comme les autres à ces raisons, tout en craignant que la terrible visiteuse d'autrefois, k faim, ne vint déranger les pauvres reclus.
La clôture du chapitre eut donc lieu le 15 octobre. Le lendemain mourait à Caposele le bienheureux Gérard Hajella, comme pour permettre à Alphonse d'offrir à Dieu Tune des plus belles fleurs du paradis qu'en six ans la règle du Très Saint-Rédempteur fit éclore et épanouir. Gérard, comme nous l'avons vu, entra dans la congrégation après le chapitre de 1749, et le lendemain du chapitre de 1755, le ciel s'ouvrait pour le recevoir. Ce court espace de temps avait suffi pour faire de lui l'image vivante de Jésus crucifié. Il n'avait eu pour cela qu'à se modeler à chaque instant sur les constitutions. Comme Jésus à Nazareth, il ne vécut au noviciat d'Iliceto que pour prier, obéir, et travailler. « J'aurai toujours devant les yeux, écrivait-il , ma résolution d'observer minutieusement la règle et de croître en perfection. » Et de fait, il croissait, comme Jésus, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. « Volonté de Dieu ! volonté de Dieu ! disait-il encore, heureux qui ne connaît et n'aime que vous ! » On l'appelait a le saint de l'obéissance ». Pour devenir, selon l'esprit de la règle, un fidèle imitateur de Jésus, il s'éprit avec passion de ce Jésus, la vie de son Ame, au point de ne pouvoir se détacher de l'autel et d'entrer en extase au seul nom de Jésus. Pour Diieux ressembler au Dieu du Calvaire, il vécut comme le plus pauvre d'entre les pauvres, ne mangeait que des restes, couchait sur la dure, se donnait des disciplines sanglantes, et se fit souvent attacher à la croix par des ouvriers qu'il transformait en boun*eaux. 11 arriva, après deux ans d'épreuves, à la profession. « Maintenant, dit-il, je veux vivre sur cette terre comme si j'étais seul avec Dieu. » Et comme sainte Thérèse, il fit le vœu héroïque de faire toujours ce qui lui paraîtrait le plus parfait, afin de pouvoir dire
à chaque instant avec Jésus : o Je fais toujours ce qui pLiît à mon Père. »
Dès lors Dieu le tira de La solitude pour Tassocier, bien qu'humble frère servant, à la vie publique de son divin Fils. Il lui mit au coeur Tamour de Jésus pour les Ames : « Que ne puis-je, s'écriait Gérard sous Faction du feu divin, convertir autant d'Ames <[u'ily a d'étoiles au ciel! » Et avec le zèle, il re^-ut tous les dons du Rédempteur : l'intelli/^ence des mystères, au point d'étonner par sa science les plus grands théologiens, la pénétration des cœui*s et des consciences, le don de prophétie, le don des miracles, et à un degré tel que sa vie tout entière est semée de prodiges.
Après avoir ainsi préparé lui-même l'humble frère au rôle glorieux d'apôtre et de thaumaturge, Dieu permit que pendant trois ans ses supérieurs fussent ol)H.îrés de l'envoyer au milieu du monde. Et partout où il passait, témoins de sa vertu et de sa puissance, évèques, curés, confesseurs, l'employaient à la conversion des âmes les plus obstinées. Gérard n'avait qu'à se présenter, les cœurs fondaient devant lui comme la cire devant le soleil. Si le pécheur endurci voulait cacher ses crimes, Gérard, lisant dans sa conscience, lui en faisait l'énumération, et le malheureux courait se confesser, en disant comme la Samaritaine : Voici un homme qui m'a dit tout ce ([ue j'ai fait ! A un récidif qui se prétendait converti, Gérard dévoila ainsi des péchés secrets; puis, lui montrant Jésus attaché à la croix : « Quel autre que toi, lui dit-il avec feu, a fait couler le sang de ses veines? » A l'instant même le sang coule des plaies du Sauveur, et des yeux du pécheur coulent des larmes de contrition. Comme Jésus, il parcourut les villes et les campagnes guérissant les malades, secourant les pauvres, chassant les démons, convertissant les pécheurs. Partout on s'attachait aux pas du serviteur de Dieu. Après un séjour de trois mois qu'il fit à Naples, ses supérieurs furent obligés de le rappeler, pour le soustraire aux foules qui l'entouraient. « Cent ouvriers évangéliques, disaient les pères Cajone et Margotta qui Tavaient vu à l'œuvre, n'auraient pu ramener à Dieu ceux que Gérard a convertis. »
Comme Jésus, Gérard travailla trois ans à la conversion des pécheurs, puis il dut passer par le Jardin des Oliviers. Aux extases succédèrent les agonies de l'âme. « Dieu a fui mon âme, disait-il, je suis crucifié autant (pi'on peut l'être, ayez pitié de moi ! » N'est-ce pas le cri de Jésus : Mon Père^ éloignez ce calice^ mais cependant que votre volonté soit faite. Puis, après l'avoir
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plongé dans cet al)înic de désolation. Dieu lui envoya la plus cruelle épreuve que puisse subir un religieux. Une indigne créature Taccusa d'un crime horrible, et trompa si bien un prêtre recommandable que celui-ci, dans une lettre au saint fondateur, représenta Gérard comme un hypocrite et un séducteur. Inquiet et troublé, Alphonse manda Taccusé, lui lit part de la dénonciation, et lui demanda ce qu'il avait à dire pour se disculper. Impassible comme le marbre, Gérard n'articula pas un mot. Alphonse lui interdit la communion et toute relation avec le dehors : le frère ne se permit pas le moindre murmure. Convaincus de son innocence, les pères le pressaient de se justifier : « Il est un Dieu, répondit-il ; c'est à lui d'y penser. » Et conrnie on lui conseillait de demander au moins, pour alléger son niar- ^ tyre, la permission de communier : « Non, dit-il, mourons sous le pressoir de la volonté divine. » Cinquante jours après, Dieu. content d'avoir fait de son Gérard conmie de son divin Fils « ïo^ probre des hommes, » révéla son innocence. La malheureuse q^^ l'avait accusé rétracta la calomnie, avouant qu'elle avait agisout» l'inspiration du démon. La justification n'émut pas Gérard pl^^ que l'accusation. Comme Alphonse lui demandait pourquoi ^ avait refusé de se (hsculper, il fit une réponse sublime : « Mon pèr^ • est-ce que la règle n'ordonne pas de ne jamais s'excuser, mais A^ souffrir en silence toute espèce de mortification? »
Gérard vécut encore un an dans la pratique des plus haut^^ vertus. Voyant sa fin approcher, il demanda en grâce au Seigne^^ Jésus de le faire participer aux douleurs de sa passion. Il ressent^* alors des peines si crucifiantes qu'on l'entendait s'écrier : u S^^*^ gneur, assistez-moi dans ce purgatoire. » — « J'éprouve un vr^^ martyre, dit-il à un prêtre qui lui demandait s'il souffrait beaucouj:^ '' je suis dans les plaies de Jésus, et ses plaies sont en moi. » t^^ 15 octobre, il dit au médecin : « Je mourrai cette nuit. » Puis ^ récita le Miserere avec un tel accent d'amour et de componction ^^ que tous les assistants fondaient en larmes. A huit heures il répé^^^^ plusieurs fois : « 0 mon Dieu, où êtes- vous? Montrez-moi votre face. A dix heures il s'écria : « Voici la Madone! » Et il s'absorba quelqi^^^ temps dans une profonde extase. Puis, les yeux fixés sur son criC^^^-^ cifix et sur la Madone, il répéta plusieui*s fois : « Mon Dieu, je vei mourir pour faire votre très sainte volonté » Et, comme Jésus, rendit son ôme à son Père du ciel^
1. Après la mort du frère Gérard, saint Alphonse fît recueillir tous les docwneots ■
Ainsi mourut, à Fâgc de vingt-neuf ans, ce fils bien-aiiné de la congrégation, que TÉglise vient de placer sur les autels et dont Dieu se plait, depuis plus d'un siècle, à faire resplendir, par des miracles sans nombre, Tcclatante sainteté.
cessaires pour écrire sa vie. Cette vie, composée d'abord parle père Tannoia, a été donnée ao public dans tous ses détails par le P. Frédéric Kuntz, de la congrégation du Très-Saint- Bédemptenr.