‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 123 sur 190 · Acte du 16 avril · texte numérisé non relu

Acte du 16 avril

Irctvailleiit avec nous au salut des âmes; mais si Dieu nous a jadis parlé par les prophètes, c'est-à-dire les collaborateurs qu'il nous a donnés jusqu'aujourd'hui, il nous parle en ces derniers temps par son Fils, le divin Rédempteur, c'est-à-dire par la congrégation qui non seulement porte son nom, mais à laquelle il a communiqué son esprit et l'abondance de ses dons pour évangéliser les pauvres habitants des campagnes et restaurer la discipline ecclésiastique. Ces ministères, les pères du Très-Saint-Rédempteur les remplissent par les missions populaires et par les exercices spirituels qu*ils prêchent dans leurs maisons aux prêtres, aux ordinands et aux séculiers. Nous gémissions à la pensée que nous ne possédions dans le diocèse aucune maison ecclésiastique ou religieMhe où l'on donne ex-professo les exercices spirituels, lorsque Oicu, au carême dernier, nous envoya ces vénérables religieux sans q^ue nous les ayons demandés. » Après cette entrée en matière, d'happés laquelle on peut juger de Tefifet produit dans le monde f>«Lr Alphonse et sa congrégation, le prélat raconte l'histoire des religieux installés à Saint- Ange, et les autorise à y construire un couvent et une église, comme aussi à exercer le saint ministère «elcn leur règle.

Dès le mois d'août furent jetés les fondements du nouvel édifice,

auquel on travailla très activement pendant onze années. Grâce

aux libéralités de l'archevêque qui jusqu'à sa mort fournit sa

contribution annuelle, gr&ce à d'autres généreux bienfaiteurs et

â»x offirandes des populations soit de la ville, soit des campagnes,

o*i y dépensa trente mille ducats. Et cette somme, relativement

considérable, n eût pas suffi pour construire, outre l'église, un

, «mvent qui peut contenir cinquante religieux et cent retraitants,

I le travail gratuit d'ouvriers volontaires et la coopération

[constante de six frères servants, maçons et charpentiers, dont les

i W)eurs furent estimés, au dire d'Alphonse lui-môme, à plus de

I ^q miQe ducats. Un de ces infatigables travailleurs, le frère

[ tatti Muratori, y trouva la récompense qu'il était venu chercher

t ta couvent. Humble, obéissant, pieux, il s'acquittait le matin de

b H» exercices de piété avec la plus grande ferveur, puis il allait au

^dnûtiep avec lardeur d'un homme qui remplit une tâche imposée

^ïttDieu lui-même. Après avoir contribué à l'édification du cou-

[^«tttdlliceto, il travaillait depuis quatre ans à celui de Saint-Ange

L Çttûd, le 5 septembre 1759, il tonil^a du quatrième étage sur le

*<>L Ibptellement blessé, il reçut les derniers sacrements, et mou-

^* une heure après sa chute, heureux d'avoir consacré ses jours

et usé sa vie à bâtir la maison de Dieu. Un an après, le 26 C^^' tobre 1760, Dieu prenait solennellement possession de cette maisot"^ • M^f*" Foschi, évéque de Lucera, député par Tarchevéque, consacr^^i* l'église et Tautel, en présence du père Villani et des sept autr^î* pères qui formaient alors la communauté de Saint-Ange.

Cette fondation combla de joie M** Pacca. Dans Télan de sa gr-^fctitude, il se rendit lui-même à Nocera pour faire la connaisse sance d'Alphonse et le remercier du grand bienfait accordé ^ son diocèse. Il alla plus loin : comme les prédications du pèf'e Villani avaient excité dans tous les cœurs le désir d'une grande mission, le prélat exposa au saint fondateur les vœux ardents d&^s Bénéventins et le supplia de présider lui-même les saints exew*cices. Bien qu'infirme et maladif, Alphonse accepta cette missioE:i , et la fixa au mois de novembre de cette même année 1755. Die^ voulait qu'il parût sur ce nouveau théâtre afin d'accroître par 1^ spectacle des vertus héroïques du père le prestige des enfants.

Le saint se mit en route vers le 10 novembre. Vingt pères devaieix t le rejoindre à Bénévent. Il se dirigea sur Naples pour y voir, e^ïi passant, sa mère, gravement malade. Anna Cavalieri avait alor« quatre-vingt-cinq ans, ses jours avaient été tous consacrés & Diei:»* mais depuis son veuvage , c'est-à-dire depuis dix ans, elle mena-î* la vie d'une religieuse cloîtrée. L'oraison, l'office di\dnet les pieuse?* lectures occupaient toutes ses journées. Malgré son âge et ses infi^*' mités, elle se soumettait rigoureusement aux lois du jeûne et d* l'abstinence. Dieu l'avait éprouvée par de grandes peines, surtot-l-* par les angoisses des scrupules; mais Alphonse, qui la dirigeai^ -> l'avait toujours soutenue et consolée. Aussi fut-il heureux d'all^^ lui prêter assistance au moment du dernier passage. Il la trouv^* parfaitement calme, résignée, prête à paraître devant Dieu. Il li-*^ administra les derniers sacrements et resta auprès d'elle durac^-* trois jours. Puis, forcé de se rendre où le devoir l'appelait, ill^-^ quitta pour ne la revoir qu'au ciel. Quelques jours après son arrivé?- ^ à Bénévent, il écrivait à son frère Hercule : « Quelle consolation"** pour moi de voir notre mère délivrée de ses scrupules ! Demande^^^ lui encore de m'accorder sa bénédiction, et dites-lui que Dieu ^^ ^ la Madone l'attendent sûrement en paradis. Ici je ne manquer=^^ pas de la recommander aux prières des fidèles. »

Alphonse fit à la cathédrale l'ouverture solennelle de lamissior»» puis il prêcha tous les soirs les grandes vérités du salut, pcndar»* que SOS confrères annonçaient les mêmes vérités dans quatre autre*^ paroisses. La mission dura un mois et produisit des fruits aussi

w^ex^veilleux que dural)les. « Depuis longtemps, dit un témoin *, ^ï^- "n'avait vu à Bénévent des honmies vraiment apostoliques ; on ^€5 soupçonnait pas même ce que la grâce de Dieu produit dans les ^ncies par leur intermédiaire ; mais Tarrivée d'Alphonse révéla tout ^ la fois ce qu'est un apôtre et ce que peut la grâce. Ce saint homme était le zèle personnifié; au seul son de sa voix, les cœurs les plus Aurs se fondaient comme de la cire. L'âge et la fatigue en ont aff^hli le timbre et la clarté, mais rien qu'à voir en chaire cet homme le Dieu , on sent naître dans son cœur la componction et la haine lu péché. »

Des faits racontés par des témoins oculaires prouvent la vérité de cette dernière remarque. Pendant une des prédications d'Alphonse , un prêtre se trouvait au fond de l'auditoire , non loin de la porte. Comme la cathédrale est extrêmement vaste, ni lui ni ses voisins n'entendaient une seule parole du prédicateur. A peine pouvaient-ils apercevoir ses gestes et distinguer le son de sa voix. « Quel dommage, disait ce prêtre en lui-même, que le père Alphonse ait Torgane si faible ! » Hais quel ne fut pas son étonnement quand, au moment de l'acte de contrition, il vit tout ce peuple agenouillé fondre en larmes , se frapper la poitrine et crier miséricorde 1 Le seul aspect du serviteur de Dieu avait pénétré leur âme de componction 2.

Après un sermon d'Alphonse, un grand pécheur se présenta au père Rizzi pour lui demander l'absolution de ses crimes. Vivement ému en voyant la profonde douleur du pénitent, le père voulut savoir quelle pensée touchante ou terrible avait pu remuer à ce point cette âme que l'habitude du péché avait dû endurcir. « Je îi'ai rien entendu du sermon, lui répondit cet homme, car je n'ai pu pénétrer dans l'église à cause de la foule, mais de la porte j'ai aperçu le saint de Dieu, et le repentir est entré dans mon cœur. » Alphonse comptait sur la Madone, bien plus que sur ses sermons, pour convertir les pécheurs. Aussi voulait-il que son image fût placée près de lui en chaire comme au confessionnal. La première ^ois qu'il parut dans la chaire, n'apercevant pas limage de Marie, ^ dit à ceux qui l'accompagnaient : « Le sermon ne fera pas grande ^ïïipression, car la Madone est absente. » Le lendemain, par son ^ï*dre, la Madone était là pour toucher les cœurs que sa parole ne iH^uvait atteindre.

1. Le chanoine de ViU, depais évèque de Rieli. 3. Déposition du père Nicolas Grossi.

Ou peut voir par deux traits saisissants , comment Tâme dWl- ^ phonse , morte aux choses d'ici-bas , adhérait à Dieu seul. Un jouir^ qu'il était à table avec ses compagnons, un courrier lui apporta un lettre dans laquelle on lui annonçait la mort de sa mère. « Bé^r^ soit Dieu toujours, dit-il avec calme, ma mère est allée en paradis^- • veuillez avoir la charité de dire demain la messe pour le repos fje son Ame. » Ses confrères savaient tous combien il aimait sa mère. A son imperturbable sérénité qu'ils ne pouvaient attribuer ni à l'indifférence ni à l'insensibilité , ils comprirent qu'avant tout et pa^ dessus tout il aimait la volonté de Dieu. L'autre trait monti»e mieux encore peut-être son esprit de détachement et de mortification. Étant à Bénévent, il se trouvait à quatre milles de Saint-Ange, la nouvelle résidence de ses religieux. Tout naturellement il devait profiter de cette occasion, qui ne se renouvellerait pas sans doute, pour voir l'emplacement choisi et la construction commencée; mais il prétexta qu'il n'y avait aucune nécessité de faire ce voyage. Les pères eurent beau insister : ni pendant ni après la mission, ik ne réussirent & l'entraîner à Saint-Ange, ce qui excita grandement leur admiration, car ils savaient qu'il s'imposait cette privation par amour pour Dieu.

Quand le Rédempteur a en mains de pareils instruments, on comprend qu'il opère des miracles de conversion. « Bénévent fut sanctifié , dit un témoin oculaire. Les malfaiteurs eux-mêmes, asse^ nombreux dans cette ville, devinrent des modèles de piété. Il n'y eut persomie qui ne voulût profiter des travaux des sainte missionnaires. De son passage au milieu de nous date la réforme des mœurs et la fréquentation des sacrements. » Alphonse lui-mém^ constate les grands fruits de la mission, parmi lesquels il cite l'établissement d'une congrégation déjeunes prêtres destinée à former des ouvriers évangéliques. « Bon nombre déjeunes gens , ajout^?t-il, veulent aussi entrer dans notre institut, mais ce sont là des vocations de circonstance et d'entraînement qu'il faut laiss^^M* mûrira » La renommée des merveilles opérées à Bénévent é^ répandit jusque dans Rome, ce qui réjouit extrêmement le souverain pontife. « Je viens de faire visite au pape, écrivait à notr* saint le cardinal Orsini, il m'a fait un grand éloge de Votre Rév^ rence, dont il m'a beaucoup vanté la science et la piété. Il ni'^ ensuite parlé de la mission que vous avez donnée à Bénévent - Enfin, quant au bref d'approbation de votre congrégation, le pap^

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