‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 126 sur 190 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La voluptueuse Anmlfi. — Arrivée d'Alphonse et de ses dix compagnons. — Mof****' cations et pénitences. — Prédictions. — Bilocation. — Ravissement. — Transfo*"' mation de la cité pendant la mission. — Tremblement de terre. — Persévéraï*^* des convertis. — Les vêtements du saint mis en pièces. — Retraite aux étudiai*** de Napics. — Nouvelle bilocation. — Une plaisante anecdote.

Alphonse sentait ses forces défaillir et parlait souvent de sa 6^ prochaine. Il n'en était que plus pressé de donner au.v âmes « 1^^ restes d'une voix qui s'éteint, » comme disait Bossuet, mais asi^^ puissante encore pour déterminer des ébranlements populair^^ que Faigle de Meaux n'ei\t pas réussi à produire, môme aux beai^^ jours de son éloquence. Au mois d'octobre de cette année 1756? ^ peine remis de sa cruelle maladie, nous le voyons s'acheminer av^^ dix de ses compagnons vers la riante cité d'Amalli. Il y allait pr^^ cher une mission, que Tévéque Tavait fortement pressé de présid^^ en personne. En passant à Vietri, il s'arrêta un instant pour renctr^ ses honmiages à rarchevécjue de Salenie qui se trouvait dans cett^ ville. Avec sa soutane râpée et rapiécée, sa barl)e coupée aux c^" seaux, son air chétif et maladif, il avait plutôt l'aspect d'un me^" diant que d'un missionnaire. « Père Alphonse, lui dit M»' Ros^i' vous avez pris le chemin qui mène droit au ciel, tandis que moi J^ crains l)ien de me perdre. » Alphonse sourit; mais, dans son huBCB-^' lité, il n'avait pas moins peur que l'archevêque de manquer scr^^ salut. Les habitants d'Amalfi, le voyant arriver sous cet accoutr^**^ ment, se demandaient si c'était bien là don Alphonse de LiguoE:::::^^ le chevalier napolitain, le missionnaire célèbre dont la renonuni publiait partout les talents et les vertus.

Ce n'était pas sans raison (juc l'évêque demandait un saint poi

iger la mission dans sa païenne cité. Alplionse avait aussi cédé es instances parce qu'il connaissait de longue date cette reine de îôte enchanteresse, cette Amalfi, fiére de son golfe magnifique, de

belles montagnes, du doux soleil qui dore les fruits de ses jaris. Il savait son amour effréné du plaisir, des danses, des spectas, et le libertinage effronté d'un grand nombre de femmes dont la iduite scandaleuse causait la perdition des habitants et des étranrs. Plusieursfois les pères du Trés-Saint-Rédempteur avaient évaniisé cette ville avec un certain succès, mais les habitudes vicieuses vaient emporté bien vite sur des résolutions prises dans ini mont d'entraînement et de ferveur. Le saint eut pitié de cette cité i lui rappelait des souvenirs bien chers à son cœur. N'était-ce 5 sur les rochers voisins d'Amalfi que, vingt-cinq ans auparavant, ivait placé le berceau de sa congrégation? Cond)ien de fois, des -iteurs de Scala, agenouillé dans sa grotte sohtaire, il avait arrêté

regards sur les villes et villages de la côte, demandé à Dieu T conversion, et imploré en particulier sa miséricorde pour la ère et voluptueuse Amalfi?Et n'était-ce pas à cause de ces soutirs qu'il acceptait, tout brisé qu'il fiU par les fatigues et les hitiités, de présider lui-même cette très difficile et très importante «ion?

Llphonse comprit que, sur ces Ames I)lasées par les plaisirs seuls, la pénitence ferait plus d'effet que l'éloquence. Dès leur ar- ?e, ses compagnons et lui se mirent à pratiquer des mortificais que les anachorètes eussent trouvé bien dures. Un témoin ilaire, le chanoine Casanova, raconte des faits qui révoltent notre icatesse. « Le serviteur de Dieu et ses compagnons, dit-il, prati- Vrent durant toute la mission des abstinences effrayantes, afin de ^cher par l'exemple plus ([ue par la parole. Un jour on leur ^'oya par charité un plat de ces excellents macaronis, si chers X Napohtains. Cela leur parut du luxe, mais comme on ne pouit renvoyer ce présent sans froisser les donateurs, Alphonse fit sser le plat deux ou trois fois, midi et soir, sans que personne iilût y toucher. Le quatrième jour, quand ce mets fut devenu idc et répugnant, il le représenta de nouveau en disant : Maintenant nous pouvons en manger sans crainte. » Un autre ir, de très l)eaux poissons, envoyés par une dame pieuse, eurent même sort : on les servit ([uand ils n'étaient plus mangeables. »

chanoine di Luca rapporte aussi qu'Alphonse pouvait à peine ircher, tant il était couvert de cilices et de chaînes de fer. « Je i vu de mes yeux tous les soirs, dit-il, armé d'une grosse corde,

se donner Li discipline en public du haut de la chaire. » On comprend rinipression que ces vrais imitateurs de Jésus devaient produire sur ce public efléminé. « Le matin, dit le même Casanova, il suffisait de voir Alphonse à Tautel pour être attendri jusqu'aux larmes. Ce n'était plus un homme, c'était un ange absorbé dans la contemplation de Dieu. »

A cet ascendant de la vertu se joignit bientôt le prestige des dons surnaturels, des prophéties, des miracles, des extases. Le chanoine Casanova raconte au procès trois prédictions faites par .Alphonse durant cette mission, toutes trois vérifiées depuis. Une <lame Anastasio, sur le point de mettre un enfant au monde, tomba gravement malade, et fit appeler Alphonse pour se recommander à ses prières. Le serviteur de Dieu se rendit près d'elle et lui annonça qu'elle aurait une fille, laquelle se ferait religieuse, que son jeune fils mourrait d'une mort prématurée, et qu'elle-même ne guérirait pas de son infirmité. Cette femme mit au monde une fiU^' qui entra dans la communauté de Santa-Rosa; son fils mourut^ dix-huit ans; elle-même, toujours malade, mourut après avoir maintes fois raconté à son confesseur les détails de cette prophétie- Durant la même mission, Alphonse dit à une dame qui seconfess^^ à lui : « Vous aurez bientôt un fils, qui sera prêtre et deviendra cl**' noine. » — « Cet enfant, ajoute Casanova, c'est don Angiolo Proto, ^^' jourd'hui chanoine de l'église métropolitaine. » — « J'avais un fp^^ plus jeune que moi de trois ans, continue le même témom. Com ^^ il tombait fréquemment dans des convulsions épileptiques, ma m^^ le porta au serviteur de Dieu , qui lui fit une croix sur le front ^* dit : « Ne craignez rien, votre fils guérira, deviendra prêtre, et gT** gnera beaucoup d'àmes à Dieu. » Depuis ce jour, mon frère ^^ ressentit plus aucune atteinte de son mal; il est actuellement p^' micier de l'église Saint-Pancrace à Conza, diocèse d'Amalfi. »

I^ même témoin, Casanova, rapporte un fait de bilocation d^* plus étranges. « Un de mes compatriotes, dit-il, nommé Matt^^ Volpo, alla se confesser au serviteur de Dieu dans la maison qu " habitait. Comme le sermon du soir allait commencer, il se rend** immédiatement à l'église après sa confession, laissant Alphon^^ entouré d'autres pénitents. En arrivant à l'église, il voit i*^ homme en chaire parlant au peuple assemblé : c'était Alphon»^' Frappé de stupeur, car le serviteur de Dieu n'avait pu entrer Féghse qu'en suivant le même chemin que lui et en passant p^^^ la même porte, il se mit à crier de toutes ses forces : « Alphon^^^* confesse dans sa maison et prêche en même temps à l'église, » C^

qui excita une grande et générale commotion. Ce fait, attesté par deux autres témoins, le curé de Saint-Étienne et le chanoine di Luca, peut s'expliquer, dit Tannoia, en supposant qu'un ange, jiour laisser à Alphonse la facilité de confesser ses pénitents, aura pris, avec sa ressemblance, sa place dans la chaire de la cathédrale. »

Mais ce n'était là que le prélude d'une scène plus émouvante. «« I^ jour du sermon sur la sainte Vierge, dit Casanova, Alphonse excitait ses auditeurs à se recommander à elle dans tous leurs besoins spirituels et temporels ; puis, tout à coup, comme inspiré de Dieu, il s'écria : « Vous n'avez pas assez de confiance en votre Mère. Vous ne savez pas la prier avec cœur; moi, je vais prier pour vous. » Et son àme ardente exhalait les plus touchantes supphcations, quand tout à coup, de l'image de Marie, placée au côté droit fie la chaire, s'échappa un rayon de lumière qui vint frapper le visage du prédicateur. Nous le vîmes alors la figure enflammée, les veux fixes, ravi en extuse, se dresser de deux palmes au-dessus de la chaire, seml)lable à un séraphin qui prendrait son vol vers les îieux. Ce ravissement dura plus de cinq minutes, pendant lesquelles, tu milieu d'une indescriptible émotion, les sanglots de l'auditoire e mêlaient à ces cris poussés de toutes parts : Miracle ! miracle ^ ! »

Une mission préchée par un saint à qui Jésus et Marie prêtent viiblement leur assistance, ne pouvait manquer de produire des ffets extraordinaires, même dans une ville aussi corrompue qu'Afialfi. « J'assistai tous les soirs, dit le père Déodat Criscuoli, à la mision d'Amalfi, mission qui me sera toujours chère parce qu'elle fut 1 cause prochaine de mon entrée dans Tinstitut. Je sais donc de cience certaine ce qui s'y est passé. Or, je me rappelle en partiulier la transformation complète de deux quartiers de la ville, lesuels étaient remplis de prostituées. Par un coup de la grâce, ces réatures livrées au vice se convertirent toutes et totalement en coûtant le serviteur de Dieu. La ville fut ainsi purgée de cette este qui occasionnait la ruine non seulement des habitants d'Amalfi mais d'une multitude d'étrangers. Ce résultat inespéré, disait 3seph Panza, curé de la paroisse, quand même Alphonse n'en aumit pas obtenu d'autres par sa mission, peut être considéré comme Mï miracle de premier ordre. »

Il en obtint d'autres presque aussi surprenants. On entendait ^ us les jours les tambours de basque et les guitares appeler les

Y. Qaatre témoins oculaires de ce fait prodigieux, les chanoines Casanora, di Laça, de ^^faoo et le père Criscnoli, l'ont aUtsté sous la foi du serment.

jeunes gens dans la rue pour se livrer aux danses les plus lub:M:—^zi«

ques et les plus scandaleuses. Alphonse tonna contre ces désordr*^ L-^

avec une force si persuasive que jeunes gens et jeunes filles fir^Yz^f en face de la cathédrale un énorme bûcher de tous les instrument: s de musique, et y mirent le feu devant tout le peuple. De même i J s'éleva fortement contre les personnes du sexe, même les dames ci ^ qualité, qui ne craignaient pas de se présenter à Téglise tête nuK? et décolletées d'une manière indécente. Son autorité triompha de* l'habitude, et dès lors la réforme des mœurs fut complète.

Des inimitiés terribles, invétérées, avaient tellement divisé cetrtaines familles qu'on avait à craindre chaque jour des scènes sanglantes. Tout ce qu'on avait tenté jusque-là pour les réconcilier n'avait servi qu'à les exaspérer. Avec l'aide de l'esprit de charité qui parlait par sa bouche, Alphonse parvint à calmer ces enneiois implacables et à les réunir tous ensemble à la sainte table, ce cjuî fut également considéré comme un miracle de la grâce.

Mais ce qui donne à cette mission d'Amalfi un caractère tout particulier, c'est moins la conversion de la ville que sa persévérance. Alphonse connaissait la légèreté des habitants : aussi avait-il fait l'impossible pour enlever les causes de rechute ou de scandale. L^ dernier jour de la mission, il les prémunit contre leur amour eflfréné des jeux et des plaisirs et leur fit cette menace prophétique : c< Nous n'avons épargné, pour vous sauver, ni les sueurs ni les fatigues. Eb bien, demain un démon descendra delà montagne sur la place poU^ ravager tous les fruits de la mission. Prenez garde à vous, n'B-^ sistez point à ce spectacle : autrement, je vous le prédis, vous ser^* châtiés par un tremblement de terre. » En eflfet, le lendemain ve^ une heure de l'après-midi, un buffle fut lancé sur la place poi*^ l'amusement du peuple, que la chasse au buffle passionnait to^' jours. Aussitôt on accourut de toutes parts, sans penser que .c^ animal figurait le démon du plaisir dont Alphonse avait parlé J^ veille. Mais à peine le spectacle était-il commencé, qu'une violen"i^* ! secousse épouvanta la ville. Le peuple, saisi de terreur, s'enfuit ^ l'église. L'archevêque y accourut aussi. Il rappelait aux assistan^^ terrifiés la prédiction d'Alphonse et le mépris qu'on venait d'e ^^ faire, quand tout à coup une nouvelle secousse, plus forte que 1 -^* première, renversa les chandeliers de l'autel. Tous tombèrent genoux , demandant pardon de leurs fautes. A cette menace d'u^ ^, cataclysme imminent, Tarchevêque ordonna aux prêtres dispersé^^^^*^ dans les groupes de donner l'absolution à ceux qui les entoa^-^^ raient.

\^ crainte des chAtiments de Dieu fut le coinnienceinent de la sa-

gesse. Les Amalphitainsse fortifièrent contre les tentations et prirent

la. ï-ésolution de rester inébranlablenient attacliésau service de Dieu.

Potirarracher les jeunes personnes aux dangei*s du monde, Alphonse

le^^ avait réunies en congrégation particulière, dirigée par Tarche-

v^^uc lui-même. Plus de trois cents jeunes filles en firent partie. Dès

lo JT^ on vit les sacrements fréquentés, la piété en honneur, et le vice

n^ éprise. De pieux cantiques remplacèrent les chansons profanes,

e^ la récitation du rosaire, les conversations licencieuses d'autre-

foms. Par Tédification qu'elle ne cessa de donner à toute la ville,

c^?? "Ite confrérie fut la grande consolation de Tarchevêque : « A mon

a:H:*:rivée ici, disait-il un jour, vous viviez sans règle et sans frein; si

a^-mjourd'hui vous menez une vie régulière, vous le devez au père de

L-Mjs^uori, le saint missionnaire. Persévérez, et Dieu vous bénira. »

VL^m^ riées depuis, ces jeunes filles restèrent Texemple et Tédification

d^?t toute la cité.

Six mois après, un jeune libertin prit en main un instrument de iTM. '«jisique pour exciter de nouveau les jeunes gens à la danse. On se j^*asur lui et peu s'en fciUut qu'on ne le lapidAt sur place. Cinq a^TMs plus tard, des religieux de la congrégation des pieux-ouvriers >'m mirent prêcher une nouvelle mission. Ils trouvèrent la ville dans ^^^"tat où l'avait laissée Alphonse, si bien que Tun d'eux s'écria du h^iLiit de la chaire : « Nous avons parcouru bien des pays, mais TKZ^iis n'avons pas trouvé de cité aussi morale que la vôtre. Vous A^^'ezen rendre grâce à Dieu d'abord, et ensuite au père de Liguori, do^'nt le zèle vous a fait entrer dans le chemin de la vertu et de la

tes habitants d'Amalfi conçurent pendant cette mission une si li*^"tite idée de la sainteté d'Alphonse qu'ils le traitèrent comme si l'Eglise l'eût déjà canonisé. Chacun voulait avoir de ses reliques, ïoins discrets que l'hémorroïsse de TÉvangile, ils ne se contentaient pas de toucher ses vêtements, ils les mettaient en pièces P^^r se les partager. On allait jusqu'à couper des lambeaux de sa *^^tane et du manteau qu'il avait sur le dos. « Ils finiront par me laii-Q aller sans soutane, disait-il un jour; mais, pour l'amour de *^U, à quoi peuvent servir ces vieilles nippes? » Les religieuses ^ï^nt en effet lui confectionner une nouvelle soutane, que la néc^ssîté le força d'accepter. Qxmni au manteau , il n'échappa que P^^ miracle. Un jeune homme profita un jour de l'absence du saint 1?^^i* en découper une partie. Tout fier de son pieux larcin, il alla coi^ter cette bonne fortune à ses parents, qui le forcèrent de resti-

tuer l'étrange relique. Mciis quel ne fut pas Tétonnement du jeune homme et d'un de ses frères qui l'accompagnait, de trouver le manteau absolument intact! « Et pourtant, ajoute naïvement le chanoine Casanova, c'était bien le môme manteau, car assurément .Uphonse n'en avait pas un second. »

Cette dévotion s'accrut encore quand, six mois après, le saint revint prêcher la neuvaine de l'Assomption. « Chaque jour, dit le missionnaire qui l'accompagnait en cette circonstance, on lui changeait son linge et les divers objets dont il s'était servi. Plusieurs prêtres l'escortaient dans les rues pour écarter les jeunes gens qui le suivaient, ciseaux en main, à l'effet de se tailler des reliques dans sa soutane ou sa simarre. »

On lui donnait partout, du reste, de semblables marques de vénération. Un jour la princesse Lancellotti, de Lauro, l'ayant appelé pour le consulter sur les affaires de sa conscience, toutes les pe^ sonnes de son entourage s'estimaient heureuses d'avoir pu se procurer un objet quelconque dont l'homme de Dieu s'était ser>i Des religieuses de cette localité l'invitèrent à vénérer une image de la Vierge qu'il aimait beaucoup. Après qu'il eut satisfait sa piété, elles le prièrent de revêtir l'étole et de leur faire baiser la sainte image. Ce n'était qu'un prétexte imaginé par ces saintes filles pour se procurer une relique d'Alphonse. Pendant cette pieuse cérémonie, quelques-unes de leurs jeunes élèves, armées de ciseaux, lui coupèrent le bas de son manteau. Le soir, quand le saint voulut étendre sur son lit ce manteau raccourci de moitié, il dit au père Gftl' dieri, son compagnon : « Ce manteau n'est pas àmoi, c'est le vôtre. -^ Non, non, il est bien à vous, répondit le père. — Mais il est de moiti^ trop court pour moi! reprit le saint. — Ce sont les religieuses (fl^ vous ont joué ce tour-là, dit Galdieri. — C'est donc pour ccU ([ue je sentais comme une petite souris me courir à chaque instant dans les jam])es. » Puis il ajouta plaisamment : « Il me faudi* donc encore recourir à la friperie d'un juif pour rajuster cet^ guenille. »

Quelques mois après, en décembre 1756, une nouvelle bilocati©^ montra mieux encore de quelle abondance de grâces Dieu favot^' sait son serviteur. Alphonse prêchait les saints exercices aux élè^*^ de l'Université de Naples. Depuis quelques années on l'appelait sc^'^ vent dans la capitale pour donner des instructions dans les établi sements d'instruction publique, et toujours il exerçait sur les jeun -^ gens une très salutaire influence. « Les premières fois que je YeC tendis, raconte un prêtre distingué, je me disais : Si le pè^

Klplionsc croit émouvoir avec ces simples et douces paroles des

cœurs aussi durs que des rochers, il perd l)ieu son temps! Mais le

sermon n'était pas fini que la contrition l)risait tous les cœurs.

Rassemblés par milliei*s, ces jeunes gens éclataient en sanglots

et remplissaient de leui*s gémissements la grande salle où se don-

i^aient les exercices. » Cette fois encore, un sermon sur Tenfant

Pi*0(liguc arracha des larmes à tous les assistants. Au dire du

^Hanoine Cafora, la parole vive et pénétrante du prédicateur remua

P^ï*ofondément ces esprits ouverts à la science mais trop souvent

'^^lelles à lapai*ole de Dieu. Pressés de se réconcilier avec celui

^fVi'ils avaient offensé, ces jeuties gens ne trouvaient pas assez de prè-

*^^s pour entendre leurs confessions, l^n de ces étudiants, Joseph Im-

r^^>rato, raconte qu'à la suite d'un sermon sur le péché mortel, la

l^Xupart des auditeui's, pour expier leurs fautes, se revêtirent d'un

^^lice et prirent la résolution de se donner la discipline tous les ven-

^ " t*edis. Fidèles au règlement de vie tracé par le prédicateur, ils mar-

^ lièrent à grands pas <lans le chemin de la perfection. Après cette

^*^traite, en se rappelant leurs émotions, ils se disaient : « Alphonse

^5st un saint, et il prêche comme un saint! »

Or cette appréciation se fût singulièrement corroborée dans leur ^5iprît s'ils avaient pu voir ce qui se passait à Pagani pendant que l^ saint prêchait à Naples. Il y avait près du couvent une femme de ^lauvaise vie que le saint était parvenu à convertir. Comme cette ^lalheui'euse n'avait vécu que de ses désordres , il lui accordait un Recours mensuel pour lui éviter la tentation de reprendre son infâme ïtiétier. En partant pour Naples, il oublia, raconte le père Caprioli, de remettre au frère portier l'aumône accoutumée, de sorte que, cpiand la femme se présenta pour recevoir cette aumône, le portier, Joseph Caputo, lui dit que le père Alphonse prêchait à Naples et n'avait, en quittant la maison, rien laissé pour elle. Toute désolée, la pauvre mendiante entra dans l'éghse et se mit à pleurer devant l'autel de l'Immaculée Conception. Après avoir conté sa détresse à la sainte Vierge et imploré sa pitié, elle allait se retirer, quand elle aperçut Alphonse près de son confessionnal, qui de la main lui faisait signe d'approcher. Elle se dirigea toute joyeuse vers lui, et reçut de sa main le subside dont elle avait tant ])esoin. En sortant de l'église, sa première pensée fut d'aller reprocher au frère portier de l'avoir trompée : « Comment! lui dit-elle, vous qui êtes religieux, vous vous amusez à conter des mensonges à une pauvre femme comme moi ! Vous osez me dire que le père Alphonse prêche à Naples, et je viens de le voir auprès de son confession-

iiaL — Vous êtes folle, ma brave femme, lui dit le portier, le pcr^^-n:- Alphonse est à Naples, comme je vous Tai affirmé. — Et moi je vous- wm <lis que vous êtes un menteur, reprit la mendiante irritée, il esv:^ » dans Téglise, et vient de me remettre sa charité ordinaire. >» E comme preuve elle montra la pièce d'argent qu'elle en avait reçue Stupéfait, le portier courut informer le recteur et plusieurs autre- -î^^s pères, qui, après avoir interrogé minutieusement la mendiante su ^f toutes les circonstances de ce fait singulier, s'assurèrent que, toij^^/ en prêchant à Naples, le serviteur de Dieu faisait la charité à s ^ convertie de Pagani. Dieu sans doute permit cette bilocation pottL f récompenser Alphonse de sa grande 'charité envers les paiivreî^&, et aussi peut-être pour ne pas exposer la malheureuse femme ^ retond>er dans ses désordres*.

Le plus admirable dans toute cette série presque ininterrompu! « de faits prodigieux, c'est que les miracles, les prophéties, lesbilocations, les témoignages de vénération dont Alphonse était pairtout l'objet, au lieu de l'exalter, aient toujours creusé plus avant dans son cœur Tablme de son humilité, comme le prouvera toute sa vie, comme le prouve en particulier le fait suivant, arrivé au mois de février 1757, c'est-à-dire quelques semaines après la bilocation que nous venons de rapporter.

L'cvêque de Telese, M'^Gentile, grand ami et grand admirateur de notre saint, désirait conférer avec lui au sujet de certains travail^ évangéliques qu'il réclamait pour son diocèse. Alphonse se rendit à Cerretto, où demeurait le prélat. Arrivé dans le vestibule du palais» épiscopal, U trouva un domestique en train de balayer et demanda si Tévêque pouvait le recevoir. Pascal, c'était le nom du domestique, dévisagea un instant le visiteur, dont la figure, encadrée dans une barbe négligée, lui parut peu rassurante. A son air, à ses vêtements, il se dit que ce devait être quelque brigand calabraisce Monseigneur est empêché, dit-il, asseyez-vous sur ce banc •* Alphonse s'assit humblement à la place indiquée, et Pascal contin^^ de balayer sans s'occuper de lui. Après un assez long espace <*^ temps, le patient visiteur réitéra sa demande et pria le domesti(l^f d'informer l'évoque. — « Vous êtes bien pressé, » lui répon^^ Pascal, et il continua son travail. Tout en balayant, il s'approc*^ de l'endroit où Alphonse était assis, et lui dit avec humeur : « V(T^^

foi 1. Témoin au procès de béatification, le père Caprioli a fait celte déposition sons li^

du sernient. — Etaient présents à Pagani au moment du prodige, le» pères Manini, 1^^ ^^

gotla, Ferrara. Tous trois interrogèrent la mendiante et racontèrent le fait à toul^^

communauté. (Déposition de Tannoia.)

MISSION DWMALFI. 557

nie voyez donc pas! Otez-vous de là. )> Avec le plus grand calme )lionse se leva et fit place au balayeur. La sfille entièrement toyée, Alphonse pria pour la troisième fois Pascal d'avertir Té- [ue de sa présence. Sans lui i^épondre, Pascal avertit son maître un mendiant, ou un brigand, il ne savait pas au juste, demandait ni parler. « Informez-vous de son nom, » dit Tévêque. Sur ce, cal revint à l'étranger : « Votre nom? » fit-il brutalement. — Iphonse de Liguori. » Ce nom ne disait rien à Pascal, qui fut tout pris de voir son maître, en Tentendant prononcer, se lever avec pressement, quitter sa robe de chambre, s'habiller en toute hâte, ttre sa perrucjue, prendre sa croiv épiscopale, et se diriger vers estibule pour aller recevoir lui-même l'étranger, qu'il embrassa $ aflfectueusement et conduisit, en le tenant par la main, dans appartement. Stupéfait d'un pareil accueil, Pascal se dit que ce ^and calal)rais, si maltraité par lui, devait être un grand pernage caché sous ce déguisement. Il prit peur et courut se cacher LS les combles du palais. Or voilà qu'après avoir conféré assez gtcmps avec Tévéque, Alphonse lui demanda la permission de îbrer la sainte messe, n'ayant pu le faire avant son départ pour retto. Vite le prélat fait appeler Pascal pour préparer l'autel et ornements. Du lieu où il était caché, Pascal n'entendait rien. Le jordome parcourt tout le palais, l'appelle à grands cris, et t par le découvrir. Aussi mort que vif, Pascal lui raconta son iiture en ajoutant qu'il n'oserait point paraître devant celui il avait si indignement traité. « Bah! dit le majordome, va te ep à ses pieds et demande-lui pardon. » C'était un bon conseil. 5cal alla se jeter aux pieds d'Mphonse, qui le prit par la main et (lit en souriant : « Ce n'est rien, mon brave ami, lève-toi, va- 11 préparer la chapelle, et puis tu me serviras la messe. » Pauvre $cal! il raconta lui-même en pleurant tous les détails de cette ne au père Adéodat Criscuoli, qui lui-même les transmit au pro- ; de béatification pour prouver l'héroïque humilité et la patience Q moins héroïcjue du serviteur de Dieu.

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