CHAPITRE XI
Le vt''ncrable Arcicro. — Première expédition en Calabre. — Enthousiasme du p^|* pie. — Convei*sion d'un seigneur scandaleux. — Seconde expédition. — Un pré**'* cateur de cai-éme. — Dêbauch«»s chàtii^s publiquement. — Missions aux inlWèl^- — On demande des missionnaires pour l'Asie. — Profès, étudiants et novices s*^ * fi*ont au saint fondateur.
Pendant qu'Alphonse terminait par d'éclatantes missions 1* cours de ses pérégrinations apostoliques, un nouveau champ detr^^ vail s'ouvrait pour la congrégation. Jusque-là elle avait évangéfe*^ les proWnces centrales du royaume : il s'agissait maintenant de por^ ter la lumière aux régions les plus reculées et aussi les plus abaii^ données, je veux dire les Calabres. Ce rêve, caressé par Alphon^^ depuis la fondation de Tinstitut, allait enlin se réaliser.
Lorsqu'il se préparait aux missions apostoliques, il avait eu poi*^ professeur de théologie, conjointement avec Tonii, un membre trè^* distingué de la Propagande, don Janvier Fortunato, qui, en llî^' devint évoque de Cassano dans la Calal)re citérieure. L'évêque n oU' blia pas son élève, qui était en même temps son ami; il le sou^î** énergiquement dans ses tribulations au moment de la fondation. ^*' quand Alphonse eut rassemblé quelques <Iisciples sur les rocb^^ de Scala, il lui demanda d'établir une maison dans son diocèse. ^^ le pria (l'attendre que Dieu envoyât des sujets à l'institut naissat^^** ce ([ui contrista le zélé prélat. Les âmes dénuées de secours n'ay^*^ pas le temps d'attendre, il man<la auprès de lui un saint prêtre ^^ Naples, don Mariano Arciero, dont il connaissait le zèle, pour en fa>^ le missionnaire de son (Uocèse. Arciero se mit à l'œuvre avec '^^ courage inconiparal>le. Cheminant à pied dans les montagnes, ! bardes sur le dos, exposé à tous les dangers et à toutes les inco
édités de pareils voyages, il allait de village en village, rassemlît les enfants pour leur apprendre les rudiments de la foi, puis Lâchait la mission aux grandes personnes. Il travailla ainsi pendant igt ans, sema partout la divine semence, et mérita le nom d'apô- ' des Calabres ainsi que le titre de vénérable que lui donna TÉse de Dieu*.
Toutefois révoque Fortunato se disait qu'Arciero vieillissait et e d'ailleurs un homme seul, malgré tout son dévoûment, ne iivait suffire aux besoins des populations calabraises. Il revint ■îc à la charge auprès d'Alphonse, et, le 13 mai 1748, il lui écri-
la lettre suivante : « Je viens vous supplier de nouveau d'étar une maison de votre institut dans mon diocèse, par exemple, Tormanno, sur la montagne, où vos pères jouiront d'un air excel- A, Vue personne charitable s'offre à faire, du moins en partie, les is de la fondation. Quant aux missionnaires, ils devront parcou-
tout le diocèse et rester un mois, ou à peu près, dans les loca- ^s populeuses, car j'ai expérimenté que les missions de quelques 1rs pro<luisent peu de fruit. Terminons, je vous en prie, cette lire au plus vite, car le bienfaiteur généreux qui consent à m'ai- • n'a plus longtemps à vivre, et moi-môme je ne suis pas loin de tombe. »
V cette époque Alphonse, encore très pauvre en sujets, ne suffit qu'à grand'peine aux besoins des maisons récemment fondées, répondit comme Notre-Seigneur : « Je vois partout les épis anir, mais les ouvriers manquent pour faire la moisson : attenz encore quelques années. » Mais, en 1751, Tévêque Fortunato la recevoir au ciel la récompense de ses travaux. A la même épole, le vénérable Arciero, brisé par les fatigues, quitta les Cala- €S et revint se fixer à Naples. Toutefois ni Tévêque ni Tapôtre oublièrent dans leurs prières cette malheureuse province, théâtre
leur zèle apostolique.
Il y avait alors à Naples un médecin distingué, Carminé Ventatie, lequel était originaire de Maratea, petit bourg du diocèse de ssano. Chrétien zélé, il déplorait aussi le dénûment spirituel ns lequel vivaient ses pauvres compatriotes. Il en parlait souvent
père Margotta, procureur de la congrégation, résidant à Naples, ec lequel il était très lié. Possesseur d'une fortune considél>le, il proposa d'envoyer chaque année à ses frais une comçnie de missionnaires dans son diocèse. Margotta transmit au
^t informations diocésaines sur ses vertus et ses miracles ont été acceptées par la légation des Rites.
saint fondateur la décision et Toffre généreuse de son ami. Alphc y reconnut Tintervention de la Providence, qui lui rouvrait ce cham de travail juste au moment où elle lui envoyait de nombreux ou vriers. Il accepta donc, mais à la condition que Tévêque de Cassais o obtiendrait du roi la permission d'installer les missionnaires dar^ s une.de ses maisons, car il lui en coûtait d'imposer aux siens, poLnr se rendre en Calal>re, des voyages lointains et dangereux. Cet-te condition paraissant impossible à réaliser, vu les dispositions de Xa cour, il se détermina néanmoins à organiser, non pas chaque anné^, mais de loin en loin, ces difficiles expéditions. Une escouade plus ou moins nombreuse de missionnaires se transporterait en Calabr^ au mois de novembre, évangéliserait les villes et les campagnes durant l'hiver, et rentrerait au couvent en mai ou juin. La première campagne eut lieu de novembre 1756 à juin 1757.
On ne peut se figurer les labeurs et les dangers de l'apostolat au milieu de ces hautes montagnes et de ces gorges sauvages. L^es difficultés morales étaient plus grandes encore. Dans les bourgrs comme dans les villages, les missionnaires trouvèrent un peuple plein de foi mais plongé dans l'ignorance la plus grossière. Le Calabrais a bon cœur, mais ce cœur subit les impressions d'une im-Sgination furibonde. De là des passions ardentes, des vices sans £reL«i' des colères et des haines implacables; de là Tinexorable vendet'^^ dans toute sa férocité, et le brigandage à l'état endémique. Si da"*^ les romans on a beaucoup abusé du brigand calabrais, il est sûr c?-^ pendant qu'au dix-huitième siècle on le rencontrait assez souv^ '^ sur sa route.
La première expédition avait à sa tête le père Laurent d'Antoni -^^^ excellent prédicateur. Il était secondé par le père Pentimalli, cal-^^" brais de naissance, et par un assez grand nombre de missionnaire^^» tous recommandables par leur âge et leur esprit religieux. Alphoû!^* exclut de ce voyage tous les jeunes gens afin de ne pas exposer leiB ^ vertu dans un pays où la facilité des mœurs et la familiarité trop démonstrative des habitants peuvent être un danger. Il prèscrivit même aux membres de la caravane de laisser croître leur barbe afin de se donner un aspect plus sévère, et défendit expressément de se laisser baiser la main, bien que ce fût la coutume dans le pays ^
Les missionnaires furent accueilhs avec transport par le peuple et le clergé. Us prêchèrent d'abord la mission à Maratea, patrie de Ven-