‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 133 sur 190 · LeUreàD. Nicolas PenUmalli, 28 novembre · texte numérisé non relu

LeUreàD. Nicolas PenUmalli, 28 novembre

qui s'était portée à leur rencontre. Girgenti, l'ancienne Agrigente, comptait alors dix-huit mille âmes. Le jansénisme y avait infecté le clergé, et par le clergé, grand nombre d'àmes, surtout au sein des classes supérieures; mais la foi y était vivace comme dans toute la Sicile. Impatient de faire connaître ses chers missionnaires, Tévêque leur demanda, trois jours après leur arrivée, de prêcher les saints exercices aux trois cent soixante élèves de son séminaire. Cette retraite eut un plein succès, car Theureux pasteur écrivait au saint fondateur quelques jours après : « Hier se sont terminés les exercices spirituels dans notre séminaire. Mes jeunes clercs en retireront le plus grand fruit, ce qui me cause, je puis vous Tassurer, une joie inexprimable. »

En janvier 1762, les pères ouvrirent à la cathédrale une mission générale pour toute la ville, mission qui fut aussi très goûtée, car M«^ Lucchesi, on ne peut plus prompt à renseigner Alphonse sur les affaires de la fondation, lui écrivait le 27 : « Vos pères ont commencé leurs travaux apostoliques. Us prêchent la sainte mission à toute la ville, et je suis enchanté de vous le dire, à la satisfaction universelle, car le peuple en masse court les entendre; j'en rends grâces à Dieu , et je le conjure de vouloir bien les soutenir dans leurs fatigues, tant pour le bien spirituel de cette cité que pour la régénération de toutmofl diocèse. Au carême prochain ils donneront ici des retraites particulières aux diflérentes classes de la société. Je ne sais comment vous remercier de m'a voir envoyé ces hommes de Dieu, qui se dévouent du matin au soir au salut des âmes. » En terminant, le bon évêque demandait un missionnaire nouveau pour remplacer le père Pentimalli.

Le remplaçant était déjà désigné. C'était le père Apice, qu'Alphonse avait placé d'abord sur la liste des apôtres siciliens. Tombé malade quelque temps avant le départ de ses confrères, en deux jours la fièvre le réduisit à l'extrémité, si bien qu'il reçut les derniers sacrements. « J'avais une si grande peur du purgatoire, écrit-il, que je tremblais de tous mes membres en pensant à ma ^ mort prochaine. » Après vingt jours il entra en convalescence, el^^ fut envoyé à Iliceto pour respirer l'air pur des montagnes et s^^ rétablir. Le bon père Apice y oublia bien vite le purgatoire. « D*'^:^^, cette charmante solitude, écrit-il, je me crois en paradis. C'^-^«/ dans cette maison que j'ai commencé mon noviciat : puissè*je ^ terminer ma vie! » Pauvre Apice! il écrivait cela le Si janvv^^* et quelques jours après, sur l'ordre du saint fondateur, il s'eml:^^. quait pour la Sicile avec le père de Jacobis.

Il était écrit que le démon tâcherait d'ensevelir au fond de la mer les missionnaires de la Sicile. Arrivé à Palerme, Apice racontait ainsi son voyage : « Nous sommes entrés ici plus morts que rifs. Partis de Salerne vers la mi-février, nous fûmes jetés par les vents contraires sur les côtes de Lipari, ce qui allongea notre route le cent quarante milles. Nous attendîmes dans cette lie que la mer, [complètement démontée, retrouvât un peu de calme; puis nous fîmes voile de nouveau vers Palerme. Nous approchions de cette cité, nous étions pour ainsi dire arrivés, quand les vents contraires nous rejetèrent en arrière, et nous nous retrouvâmes en face de Lipari. Au moment d'entrer dans le port, une horrible tempête nous assaillit, et nous allions faire naufrage, quand des marins accoururent à notre secours au péril de leur vie. Sans leur dévouement, Dous étions perdus. Quelques jours après, nous quittâmes de nouveau Lipari. Au sortir du port, un autre vaisseau, surpris par un i^iolent coup de mer, sombra sous nos yeux. Il avait quitté la rade en même temps que nous, et certainement, sans un secours miraculeux de la Providence, nous devions partager son sort. Nous continuâmes notre route vers Palerme , où nous arrivâmes après trois jours de tempête, épouvantés et terrifiés des périls que nous avions courus. »

L'arrivée à Girgenti de l'éloquent Apice et de son compagnon renforça la colonie sicilienne. Au carême de 1762, ils purent entreprendre, selon qu'ils l'avaient projeté, Tévangélisation des diverses classes de la société. Ils prêchèrent les exercices spirituels au clergé, aux gentilshommes, aux militaires, aux hommes et aux femmes du peuple, et même aux forçats du bagne. « Nos pères sont infatigables, écrivait l'évêque Lucchesi à notre saint. Ils sont occupés à prêcher des retraites particulières. Demain soir l'un d'eux donnera les saints exercices, dans mon palais, à moi et â toutes les personnes de la famille épiscopale; un autre, aux chanoines de la cathédrale et â tous les prêtres de la ville, à qui j'ai intimé Tordre d'y assister. Après Pâques, ils sillonneront mon diocèse, et je vous réponds qu'ils ne seront pas oisifs. Ils sont ici estimés et aimés; j'espère qu'avec la grâce de Dieu nous pourrons perfectionner cette œuvre et la rendre stable ^ »

Ce dernier mot indiquait la difficulté capitale de l'entreprise. L*évèque de Girgenti ne se rendait pas aussi bien compte qu'Alphonse des exigences du gouvernement. Il ne croyait pas que

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