‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 135 sur 190 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les Œuvres spirituelles. — La sainteté, c'est la charité. — L'art d'aimer Dieu. — Pour aimer Dieu, il faut le connaître. — Le Dieu de Jansénius. — Le Dieu d'Alphonse, bonté et justice. — La crèche. — Le Calvaire. — L'autel. — Le Sacré- Cœur. — Les fins dernières. — Rôle capital de l'oraison mentale. — Méthode d'oraison. — Les images de Dieu. — Le moyen des moyens.

Pendant ces dernières années, nous ravons vu, Alphonse ne pouvait plus, à cause de ses infirmités, accompagner habituellement ses confrères dans leurs courses apostoliques; il s'en consolait en évangélisant par la plume les pasteurs et les fidèles. C'est à cette époque qu'il composa, outre plusieurs abrégés de sa Théologie Morale, cette longue série d'Œuvres spirituelles*, véritables exercices de mission prêches non seulement à ses contemporains, laïques, prêtres et religieux, mais à tous les chrétiens jusqu'à la fin du monde. Pour se faire une idée de la somme de travail qu'exigea la composition de ces Œuvres spirituelles, il faut considérer que chacun de ces sept ou huit volumes résume et condense la tradition de TÉglise sur les matières traitées. Si Ton peut produire en peu de temps une œuvre d'imagination ou d'éloquence , il faut de longues recherches

1. En 1758 parurent successivement : NoH, soixante discours et méditations pour les temps de l'ATent,' de Noël et de l'Epiphanie; la Neuvaine au Sacré-Cœur de Jésus; sept Méditations en l'honneur de saint Joseph; la Préparation à la mort, ou Considé* nations sur les Vérités éternelles; neuî Discours sur les fléaux.

En 1759, le Grand Moyen d£ la Prière.

En 1760, la Vera Sposa, ou la Religieuse sanctifiée , la Sel va y ou le Prêtre sanctifié , M.' Instruction sur les Missions.

En 1761, la Passion, d'après le récit des Évangélistes ; les Cérémonies de la Messe; Lettre à U7i religieux sur la prédication apostolique ; la Manière de converser familièrement avec Dieu ; la Conformité à la volonté divine.

U faut ajouter une cinquantaine d'appendices à ces di?ers ouvrages.

et beaucoup de lectures pour composer une œuvre de tradition. Alphonse passa plus de dix ans à extraire des saints Pères et d'une multitude d'auteurs ascétiques les matériaux de ses ouvrages. Avec lui travaillait le jeune Pascal Amendolara, lequel avait succédé au père Ange Ruscigno, mort à la peine. Pascal, ordonné prêtre en 1752, passa depuis tous ses jours à côté du saint fondateur, et succomba bientôt à la fatigue. Courageux comme son vénéré père, mais d'un tempérament moins solide, il mourut en 1758. Comment Alphonse a-t-il résisté au labeur incessant de la composition, le plus épuisant de tous, surtout lorsqu'il se complique d'autres occupations et de soucis sans nombre ? c'est le secret de Dieu qui Tavait choisi pour guider les âmes dans la voie du ciel.

Les Œuvres spirituelles nous exposent en effet la doctrine ascétique de notre saint, c'est-à-dire le chemin par lequel il conduit les âmes, non seulement au port du salut, mais même au somis^^^ de la perfection.

D'abord, Alphonse pose en principe que la sainteté n'est point "^ privilège réservé à certaines catégories de personnes. Tout chrétî cû peut et doit y prétendre. « C'est une erreur de croire, enseigne-t-^^' que Dieu ne nous veut pas tous parfaits. Dieu veut que nous soy^^^^ tous des saints, dit saint Paul, mais chacun selon notre état : le ^ ligieux comme religieux, le prêtre comme prêtre, l'homme m»^ ^^^ dans le mariage, le marchand comme marchand, le sol^ciat comme soldat. Il est certain qu'en nous appuyant sur Dieu, ncr:^^* arriverons graduellement, par de constants efforts, là où beaucc]^ *^P de saints sont parvenus *. » Conformément à cette doctrine, Alphoi^^^ veut que ses missionnaires, après avoir prêché la conversion î^^^^ pécheui*s, les initient à la vie parfaite. Ils ne doivent jamais quit^^*®^ le peuple qu'ils ont évangélisé, sans l'avoir formé aux pratiques "® la vraie piété, lesquelles affermissent les résolutions prises, fc^^^ naître et croître l'amour divin dans les cœurs, et assurent ainsi ** persévérance. De là, tant de livres de piété adressés à tous les fidèl^^^' et dont Léon XIIl a dit : « Saint Liguori a su mettre très habileme=ï!==^^ les vérités catholiques à la portée de toutes les intelligences, poi^^^' voir à la direction morale de toutes les âmes, et exciter admirabl ^^ ment la piété dans tous les cœurs. Par ses nombreux et doct:::::^^*^ ouvrages ascétiques, comme par des charbons ardents, il a entr""^^' tenu ou ranimé la charité languissante, principalement à l'égard ^'^^ Notre-Seigneur et de sa très douce Mère, pour qui, au grand avar — ^'

ue de l'amovr envers Jésus-Christ, ch. I«'.

tage du peuple fidèle, lia su enflammer d'amour les cœurs les plus glacés ^ »

11 est donc faux qu'un chrétien, baptisé dans le sang de Jésus- Christ, doive borner ses aspirations vers Dieu à réciter du bout des lèvres une courte prière matin et soir, à entendre une messe basse le dimanche, à faire la communion à Pâques. Sous cette loi du moins possible^ selon Texpression d'un docte évêque, les hommes vivent et meurent, non seulement sans avoir pratiqué, mais même sans avoir connu la vie chrétienne, presque aussi étrangers au vrai christianisme que les païens d'autrefois. Saint Alphonse, lui, demandait du peuple le plus possible, et ne faisait pas difficulté d'enseigner à tous, avec le saint Évangile, que les enfants de Dieu doivent être parfaits comme leur Père céleste est parfait.

Ce principe posé, le saint docteur explique en quoi consiste cette perfection et cette sainteté à laquelle tous les chrétiens sont tenus d'aspirer. La définition de la sainteté s'impose à tous^ car elle a pour auteur le divin Maître. En effet, au docteur qui lui demandait quel ^st lechemin du salut, Jésus répondit: Aimez Dieu de tout votre cœur. «< Donc la vraie sainteté, conclut Alphonse, consiste dans l'amour ^6 Jésus-Christ, notre Dieu, notre souverain bien, notre Sauveur. f lacer la sainteté dans l'austérité de la vie, dans de longues oraisons, ^ans de larges aumônes, c'est se tromper : la sainteté consiste à ^imer Dieu de tout son cœur 2. » Il s'ensuitque le grand art, l'art par excellence, celui qu'il faut enseigner à tous, c'est Tart d'aimer Dieu. Un ancien a enseigné l'art d'aimer les créatures, et il s'est donné ^n cela une peine bien inutile, car^ pour s'attacher aux choses créées, 1. ''homme n'a qu'à suivre la pente de sa nature. Entraîné par la c^oncupiscence vers ces idoles qui le fascinent, il foule aux pieds, pour \es saisir, son Dieu, les commandements de son Dieu, et ne recule pas devant l'abîme étemel. L'art d'aimer Dieu consiste précisément ^ détacher son cœur de toute créature et de sa personnalité propre pour rattacher à Jésus et l'unir tellement à la volonté de Jésus que Yhomme, transformé, puisse s'écrier comme saint Paul : Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. C'est donc l'art de crucifier la nature viciée et de porter la croix avec amour, selon cette parole de Notre-Seigneur : 5e vous voulez être mon disciple, renoncez-vous vous-même, prenez la croix, et suivez-moi. Ainsi entendu, l'art d'aimer Dieu, c'est l'art de créer des héros plus forts qu'Alexandre et plus invincibles que César. Le traité de la Con-

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