‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 136 sur 190 · Pratique de l'amour envers Jésus-Christ, ch · texte numérisé non relu

Pratique de l'amour envers Jésus-Christ, ch

I^Bl des

formité à la volonté de Z)ie^^ explique fort bien que Tamoar autrement compris n'est que du pharisaïsme.

Mais quel moyen prendre pour tourner les âmes vers Dieu? Le moyen nécessaire, c'est de leur faire connaître Dieu. Dieu n'est pas aimé parce qu'il n*est pas connu. On ne peut pas aimer ce qu'on ne connaît pas : si les saints au ciel sont pénétrés d'amour pour Dieu, c'est qu'ils le connaissent, et contemplent ses amabilités infinies. Persuadé de cette vérité, Alphonse entreprit de faire voir à riiomme Dieu dès ici-bas et de nous révéler ses amabilités et ses perfections adorables, en nous remettant sous les yeux son image incréée, son portrait vivant, Jésus-Christ. C'est ce portrait de Jésus, touché et retouché sans cesse, qu'il nous présente dans ses Œuvres spirituelles comme l'aimant qui doit attirer tous les cœurs.

Il était d'autant plus nécessaire de peindre à nouveau l'aimable figure du Sauveur que Jansénius l'avait complètement déshonorée. Loin d'attirer les âmes à lui, le Dieu de Jansénius les épouvante par sa dureté et les révolte par ses injustices. S'il descend du ciel, c'est pour y conduire certains favoris qui ne méritent aucune récompense, car leurs actes vertueux sont accomplis sous l'empire d'une grâce à laquelle ils ne sont pas libres de résister. Le reste à^ hommes, il les jette impitoyablement dans l'enfer pour des péctiés que, faute de grâce suffisante, ils n'ont pu éviter. On peut tremb^^^ devant un pareil Dieu, mais il est impossible de l'aimer. A cette ^' çrilège caricature Alphonse opposa, dans tout le relief de sa cél^*^ beauté la très douce et très aimable figure du divin Sauveur.

Rien de plus émouvant que le livre de Noël, ou les méditati ^^^ sur l'Enfant-Dieu. En le lisant, on croit voir le tendre et pi^^ Alphonse , agenouillé devant la crèche, contemplant amo urei-^^ ment celui que chantent les anges, et nous racontant avec la s:^*^' plicité de saint François d'Assise ce qui se passe dans le cœur*' ^^ Jésus. Tous les jours pendant deux mois, nous l'y retrouvons en extr-^**^ devant une nouvelle merveille de l'amour divin. « 11 est Dieu, dit^"» et il s'est fait homme pour notre salut; il est l'immense, il estP ^^' fini, et voyez comme il s'est fait petit, afin que le pauvre péch^ "^ n'ait pas peur de l'approcher; roi du ciel et de la terre, il a pris ^* forme d'un esclave ; innocent, il s'est fait coupable; assez fort çc:^^^ porter tous les mondes, il est devenu la faiblesse même; infinim^^* heureux, il assume toutes les souflprances; infiniment riche, il ^ fait le dernier des pauvres. En un mot, il est le Très-Haut, et nul ^^ saurait sonder la profondeur des abaissements auxquels il a daig"*^ descendre par amour pour nous. »

Après avoir fait ressortir par ces éloquents contrastes les ineffables sacrifices de TEnfant-Dieu, le saint, penché sur son berceau, ne cesse de découvrir, en le contemplant, de nouveaux motifs de Taimer. Il le voit dans ses pauvres langes, comme un prisonnier dans les fers couché sur la paille, comme il le sera bientôt sur la croix ; endormi, pendant que son cœur veille et prie pour nous. S'il pleure, c'est paur laver nos péchés par ses larmes; s'il est relégué dans une é table, c'est pour expier notre orgueil. Alphonse Tadore avec les bergers, lui offre ses présents avec les Mages, raccompagne au désert avec Marie et Joseph, le suit dans ses pérégrinations en Egypte, et 3Qfin le contemple à Nazareth, obéissant à Marie et maniant le rabot ^t la scie dans Tatelicr du charpentier. Impossible de lire ces suaves ^méditations, dont nous ne faisons qu'indiquer les titres, sans répéter ^ haque jour avec l'auteur le cri de la sainte Église : « Qui donc :b. 'aimerait un Dieu qui nous a tant aimés? »

De la crèche le saint nous conduit à la croix, pour nous peindre <^us des couleurs toujours plus vives l'amour de Jésus. Le livre des ^^ flexions et Affections sur la Passion s'ouvre par ce mot de saint k^magustin : « Seigneur, gravez vos plaies dans mon cœur, afin que " y lise sans cesse vos douleurs et votre amour : vos douleurs, pour r^ "'exciter à supporter pour vous toute douleur ; votre amour, pour '^^apprendre à mépriser tout autre amour que l'amour de mon ôsus. » C'est là tout le dessein de l'auteur. Les Réflexions sur les (=>i]ffrances de Jésus nous montrent combien il nous a aimés; les ^.^y^c/io/w brûlantes qui les suivent, combien nous devons l'aimer. »^iis le second ouvrage, V Exposé des circonstances de la Passion^ Iphonse suit Jésus pas à pas depuis son entrée triomphale à Jéru- ^lem jusqu'à sa mort sur le Calvaire, nous dépeignant ses humilia- <=>iis et ses tortures jusqu'au moment suprême. « Il est mort, s'écrie- *il alors, il est mort, le Fils unique de Dieu, le Maître de lunivers! - a versé son sang, il a donné sa vie pour ses ingrates créatures, -^^arde, ô mon àme, ton Dieu crucifié par amour pour toi. Vois — ^ bras étendus pour fembrasser, cette tète inclinée pour te don- ^xr le baiser de paix, ce côté percé pour t'ouvrir son cœur. Qu'en *s^tu? mérite-t-il d'être aimé, ce Dieu d'amour? L'entends-tu te ^ î^r du haut de sa croix : Mon enfant, cherche donc dans le monde ^lîer quelqu'un qui t'aime plus que moi! »

Avant de mourir, par un acte qui résume toutes les merveilles

1^^ sa miséricordieuse tendresse, Jésus a institué le sacrement de

^Utel. Alphonse continue ses méditations au pied de cet autel où

'^side, comme le dit saint Bernard, l'amour des amours, amor

amonim. Il nous montre la \ictiine sainte s'offrant chaqae jour en sacrifice pour nous appliquer les mérites de sa passion, Tami fidèle demeurant jour et nuit au tabernacle, comme notre compagnon et notre soutien pendant notre pèlerinage sur cette terre, l'époux des âmes se donnant à nous dans la sainte commanioQ pour nous transformer en lui par sa grÀce en attendant la déification glorieuse qu'il nous prépare. Son cœur s'enflamme en méditant ces miracles du Dieu d'amour, et il s*écrie : c< 0 Jésus, jamais je ne serai satisfait si je ne parvieos à vous aimer plus qa'on n'aime un ami, un frère, un père, un époux ; car où trouver on ami, un frère, un père, un époux, qui puisse rivaliser d'amoar avec vous au très saint Sacrement de l'autel? » Le livre des Visitts n'est du reste qu'une longue effusion d'amour aux pieds de Jésos- Hostie.

Dans une ravissante Neuvaine de médiiaiiont en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus, le saint met pour ainsi dire la dernière main au portrait qu'il a tracé de Notre-Seigneur. Il nous découvre la source même d'où jaillissent ces flots de divine tendresse. « Voilà, dit-il avec Jésus, voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes! C'est le cœur le plus aimable, à cause de ses sublimes vertus; le plus aimant : témoin son incompréhensible dévoùment pour l'homme; le plus désireux d'être aimé, car il nous poursuit sans cesse comme s'il ne pouvait se passer de notre amour; le plus méprisé des hommes, qui, en retour de tant de sacrifices, lui prodiguent chaque jour l'ingratitude et l'outrage; le plus souffrant, car plus on aime, plus on souffre de se voir repoussé et abandonné; le plus miséricordieux : non seulement il pardonne, mais il expie lui-même nos iniquités; le plus libéral :non content de donner tout ce qu'il a, il se donne lui-même; le plus reconnaissant : il paie au centuple le moindre de nos actes accomplis pour lui plaire; le plus fidèle : jamais il n'a manqué ni à sa parole ni à ses promesses. En nous montrant son Cœur sacré, Jésus n'a-t-il pas le droit de nous dire : Aimez-moi de tout votre cœur. »

Tel est l'admirable portrait du Dieu très bon, tracé par saint Alphonse dans les méditations que nous avons citées. Ce portrait forme le plus saisissant contraste avec le Dieu malfaisant des jansénistes : aussi les écrivains de la secte ont-ils poursuivi de leurs sarcasmes les plus amers les ouvrages pieux de notre saint. L^ Nouvelles ecclésiastiques y feuille janséniste du dix-huitième siècle» les qualifient « d'ineptes écrits inspirés par une dévotion idiote »• « Alphonse de Liguori, ajoute le pamphlétaire, a grandement con-

Lribué à populariser le culte fantastique, incohérent, pharisaïque, superstitieux, du cœur charnel de Jésus-Christ, culte rêvé par la visionnaire Âlacoque^ » Ces hérétiques du reste n'exagéraient »as l'influence exercée par notre saint, surtout grâce à sa célèbre Veuvaine, car déjà en 1766, le premier propagateur de la dévoion au Sacré-Cœur en Allemagne^ s'appuie sur Fautorité du aint docteur pour la faire accepter. Depuis ce temps « les ineptes crits » d'Alphonse font les délices des pieux fidèles; ses « dévo- Lons idiotes » sont pratiquées en tous lieux; la fête du Sacré-Cœur s célèbre dans toute l'Église, et la « visionnaire Alacoquc » a reçu 3S honneurs de la béatification. Quant aux Nouvelles ecclésiastiueSy Rome les a stigmatisées par ses décrets, et Paris les a brûlées •ar la main du bourreau.

Toutefois si, pour inspirer aux hommes le vrai amour de Dieu, L faut leur dépeindre sa bonté, il n'est pas moins nécessaire de ■.ire resplendir sa justice. « Dieu est infiniment juste comme il est mfiniment bon : ne scindez pas Dieu, dit saint Basile, pour n'en onsidérer qu'une moitié 3. » La miséricorde de Dieu sans la jus- .^5e ferait de Dieu le père débonnaire dont tous se moquent, et jftrtout ses enfants. Or ne pourrait-on pas soutenir qu'à force de &agir contre le Dieu sans entrailles des jansénistes, nous l'avons emplacé par le Dieu sans justice qu'on peut outrager impunéi.^nt? Saint Alphonse, l'homme du juste milieu, rapporte cette SLPole de Dieu à sainte Brigitte : << Je suis miséricordieux, mais 5 suis juste : or les pécheurs ne veulent envisager que ma miséioorde* ». Les pécheurs d'aujourd'hui ressemblent sous ce rapport VM.ii pécheurs des siècles passés, mais ce qui caractérise notre poque, c'est qu'on laisse assez volontiers ces malheureux hypnos^^ dormir dans leur funeste erreur. Qui leur parle de la justice ^ Dieu, de la colère de Dieu, de la mort prochaine, de l'épouvante le jugement de Dieu, de lenfer éternel? Non seulement on t*^he des carêmes entiers sans parler des vérités éternelles et sans ^l:iorter à la pénitence les malheureux pécheurs; mais au milieu Vin monde impie et presque athée, on avance parfois du haut ^ la chaire que le péché mortel est une chose assez rare, que la ^^nde majorité des chrétiens et même des païens se sauvent, et

*. Nouvelles ecclésiastiques^ 17 sept. 1784.

^. Le P. Goldhagen, vid. de Triumpho finali, par le P. Nilles, p. 230.

^. Bonus est Deus, sed etiam justus; nolite Deum ex dimidia parte cogitare.

^. Ego sum misericors et justus, sed peccatores misericordem tantum nie existi-

que, d'ailleurs, Tenfer n'est pas aussi brûlant qu'on se Timagine. Le résultat du silence sur les fins dernières et de ces thèses plus dangereuses que le silence, c'est de jeter les Âmes dans la présomption, et par la présomption dans la perdition.

Saint Alphonse, lui, croyait que, pour être solide et durable, Tamour divin doit être mélangé de crainte, et procéder d'une notion complète de Dieu, de sa justice aussi bien que de sa bonté. Si rhomme veut triompher de ses passions, surtout au commencement de sa conversion, il doit méditer sur Tamour de son Dieu, et toutefois ne pas oublier la recommandation de TEsprit-Saint : Penses à vos fins dernières, et vous ne pécherez pas. « Celui qui craint Tenfer, dit saint Bernard, fait tous ses etTorts pour n'y pas tomber; celui qui néglige dy penser, s'y précipite tête baissée. » C'est pourquoi, conjointement avec ses ouvrages sur l'amour de Jésus- Christ, Alphonse publia sa Préparation à la mort, où se trouvent développées plus de cent méditations sur les vérités éternelles, bien propres à faire trembler, non pas seulement les tièdes et les pécheurs, mais tout chrétien qui connaît sa faiblesse et les dangers du monde. Impossible d'approfondir les pensées de notre saint sur l'importance du salut et le prix du temps qne Dieu nous donne pour l'opérer, sur Tabus de la divine miséricorde et le nombre des péchés après lequel Dieu abandonne le pécheur, sur la folie de l'homme qui préfère à Dieu les vanités de ce monde, sur la mort et le désespoir du pécheur à cette heure suprême, sur le jugement, sur l'enfer, sur l'éternité ; impossible, disons-nous, de creuser ces grandes et terribles vérités sans se retourner avec épouvante vers le Dieu de miséricorde pour lui demander le pardon des péchés passés et la grâce de persévérer dans son amour. Ainsi la bonlé de Dieu et la crainte de ses jugements conspirent ensemble pour nous attacher à lui.

Mais ce portrait du Dieu juste et bon, comment l'imprimer dans les âmes de manière que, toujours présent à l'esprit, il eicilc toujours l'amour dans le cœur? Alphonse, fidèle écho de la tradition, répond : par Voraison quotidienne, qui consiste précisément à prendre tous les matins un temps déterminé pour fixer notre regard sur le Dieu d'amour et nous exciter à l'aimer. Dans la pensée du saint docteur, l'art d'aimer Dieu se confond avec l'art de méditer ou de faire oraison, parce que, dit-il, c'est dans la méditation q^c l'âme acquiert la connaissance de Dieu et s'éprend d'amour po^ lui, selon le mot de l'Écriture : In meditatione mea exardesctt ignis. De là l'importance suprême qu'il attachait à la pratique de

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D mentale. D'après lui, « le chrétien apprend à aimer Dieu exercice comme le soldat apprend à se battre par les exerilitaires. Plus on progresse dans Toraison, plus on progresse

sainteté. L*oraison, c'est la fontaine au centre du jardin, ix bienfaisantes donnent aux fleurs et aux plantes la vie et beur. Supprimez la fontaine, les fleurs tombent, les plantes it, tout languit et meurt. De même Toraison fait croître ' et les vertus; supprimez-la, Tâme n'est plus qu'une terre u. Il est moralement impossible que sans l'oraison l'homme )e pas dans le péché mortel. Au contraire, il est impossible lomme persévère dans l'oraison et vive dans le péché. Avec Q, l'homme se perfectionne chaque jour; sans l'oraison, dit

il ne peut, à moins d'un miracle, s'élever jusqu'à la vie me. »

si ra]:t d'aimer Dieu se confond avec l'art de méditer ou de raison, il faut donc l'enseigner à tous les chrétiens. C'était nt la conviction de saint Alphonse que ses CKuvres spiria'ont pour ainsi dire pas d'autre objet. Les ouvrages cités Lut sont, au moins pour la plupart, des livres d'oraison e à l'usage des fidèles, et il est curieux de voir comment ces Dpulaires, sans apparat comme sans prétention, sont fondés, ur les sujets que pour la méthode, sur les principes les ofonds de la psychologie naturelle et surnaturelle, néditations d'Alphonse sont divisées en deux parties : la •e contient une considth'alion; la seconde, des affections et kres. La considération s'adresse à l'esprit : c'est une vue sur ur Jésus, sur ses amabilités, capable d'émouvoir le cœur, nous l'avons expliqué dans tout ce chapitre. Hais ce premier 'est qu'une introduction, et si l'on s'adresse à l'esprit c'est •river au cœur, si l'on contemple Dieu c'est pour l'aimer. »nsidération , c'est l'aiguille après laquelle doit venir un fil mposé ^* affections y de prières et de résolutions, » Cette tion, le saint la jugeait si essentielle que, dans une cireuses religieux en date du 26 février 1771, il disait : « Je lande que, pour la méditation, on se serve le plus ordinaide mes livres. Je dis cela, non pour prôner mes misérables îs, mais parce que ces méditations sont mêlées de pieuses as et, ce qui importe plus encore, remplies de saintes prières, le trouve guère dans les autres livres. » iffections, auxquelles il faut joindre les résolutions et les , forment, dans les livres d'Alphonse, un entretien familier

avec Dieu, et c^est là proprement Toraison. Mais il ne faudrait pa.^^ croire qu'il s'agisse d'a£Pections sensibles ou de sentiments romanes^^ ques. Les affections sont des actes de volonté : c'est, par exemple:^ l'acte d'amour par lequel l'àme se donne à Dieu sans réserve, li^rsacrifiant les faux biens qui l'attirent encore; c'est l'acte de coo^^ trition, qui lui fait détester par amour pour Jésus-Christ les faut^^ commises; c'est l'acte de conformité à la volonté divine dans ^^^ travail comme dans la souffrance.

Mais pourquoi entremêler les prières aux affections? On ne trouv^^ point généralement cette particularité dans les méthodes d'oraisoj^ mentale. Est-ce lacune dans ces méthodes ou superfluité dans celle d'Alphonse? Bien loin qu'elle soit une superfluité, notre saint docteur regarde la prière comme la cheville ouvrière de l'oraison, en ce sens que tous les autres actes ne se font bien qu'avec le concours i de la prière. Il faut que Dieu nous aide pour faire comme il faut | un acte d'amour, un acte de contrition, un acte de conformité éla volonté divine, et c'est pourquoi la prière est nécessaire. « Il est extrêmement utile, dit Alphonse, et peut-être préférable à toute autre chose, de faille de fréquentes prières dans l'oraison, ei de demander à Dieu avec humilité et confiance les lumières dont on a besoin, la résignation, la persévérance, et surtout le don de son amour. » En tète de la Préparation à la Mort, il ajoute : « Je prie le lecteur de ne pas s'ennuyer en m'entendant toujours demander l& grâce d'aimer Dieu et de persévérer dans son amour, car ces deu-^ ^ grâces sont les plus indispensables au salut étemel. » Personal n'a insisté comme Alphonse sur le rôle de la prière dans l'oraisoi^ • Aussi le père Olivaint, de sainte mémoire, a-t-iL écrit dans ses sot>' venirs de retraite que la lecture des ouvrages de notre saint lui ^ fait mieux comprendre le rôle prépondérant de la supplication-^ dans l'oraison. ^

La conclusion logique de tous ces actes, c'est la résolution nous donner complètement à Dieu par l'accomplissement fidèle tous nos devoirs, car telle est la vraie pratique de Tamour. A cetl résolution générale, l'àme joindra quelque résolution particiilièi comme par exemple de combattre tel défaut ou de faire poi— ^'^ plaire à Jésus-Christ tel sacrifice déterminé.

Il est donc vrai de dire que, d'après saint Alphonse, l'art d'aim — ^ Dieu, c'est l'art de faire oraison. Quiconque pratiquera ïonia^^oo selon ces règles deviendra nécessairement un saint, surtout s'i^ ^ soin de ne pas laisser s'éteindre durant la journée le feu allaiv^' dans le cœur par ce saint exercice. Pour l'entretenir et le raviver, il

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fût de jeter de temps en temps un peu de bois dans ce feu par le bonne pensée, un acte d'amour, une courte prière. Alphonse •us donne encore ici les plus utiles enseignements dans son petit Te d'or sur la Manière de converser familièrement avec Dieu, et

nous servir de toutes les créatures pour nous rappeler sa justice

sa bonté. On y trouve les pensées les plus familières au saint teur, pensées si sublimes que nous ne résistons pas au désir d*en îttre quelques-unes sous les yeux de nos lecteurs. « Quand vous êtes au lit ou dans votre cellule, dit-il, pensez qu'un jr vous y serez jugé par le Seigneur Jésus. Quand vous voyez rter un mort au cimetière, pensez que vous passerez bientôt par même chemin. Quand vous voyez le soleil descendre sur Thori- Ei, pensez qu'à chaque seconde vous descendez la pente qui conit au tombeau.

« Quand vous entendez les grands du monde s'enorgueillir de irs parchemins et de leurs trésors, compatissez à leur folie et dit-vous que Dieu suffit. Quand vous voyez un superbe mausolée essé sur un cercueil, dites-vous : S'il est damné, le pauvre trépassé, beau marbre ne le sauvera pas. Quand vous voyez un arbre desîhé, rappelez-vous que l'àme sans Dieu n'est que du bois mort stiné à l'enfer.

« Si vos yeux tombent sur un coupable tremblant devant son je, représentez- vous l'effroi du pécheur comparaissant devant son 3U. Quand vous tremblez de frayeur aux grondements du tonrre, pensez à l'épouvante des damnés quand passe sur eux l'ouçan des vengeances divines.

« Quand règne sur l'océan le calme ou la tempête, figurez-vous le âme dans la grâce ou la disgrâce de Dieu. A la vue d'une fourlîse ardente, rappelez-vous, pauvre pécheur, que vous mériteriez être plongé pour l'éternité dans l'abîme de feu. Quand le ciel )U8 apparaît tout constellé d'étoiles, pensez qu*un jour vous jouiez là-haut des divines splendeurs si dès ici-bas Dieu règne dans >tre cœur.

« Quand vous traversez des jardins en fleurs, des campagnes veroyantes, des plages enchantées, songez aux ineffables délices que Leu réserve à ceux qui l'aiment. Quand vous voyez les ondes des >prents se précipiter du haut des montagnes pour s'unir aux :>t8 de l'océan, courez, vous aussi, vous jeter dans le sein de Dieu, uand à votre oreille arrive le gazouillement des oiseaux chantant

leur manière les louanges du Seigneur, que votre cœur fasse iissi monter vers lui l'hymne de l'amour.

« Si par hasard quelque objet vous rappelle un de vos péchés, renouvelez aussitôt votre acte de repentir et vos promesses d^éternelle fidélité. Quand vous voyez le chien fidèle lécher la main qui lui présente un morceau de pain, proposez-vous d'aimer toujours le Dieu qui se donne à vous en nourriture. Quand vous voyez monter les flammes d'un brasier, désirez que de votre cœur s'élèvent vers Dieu autant de flammes d'amour.

« A la vue d'une étable, d'une crèche, représentez- vous l'enfant Jésus sur la paille de Bethléem. Si vous cheminez dans une plaine aride, pensez au di\dn Enfant traversant les déserts de rÉgjpte. Quand vos yeux s'arrêtent sur une scie, une hache, un rabot, reportez-les sur l'humble apprenti de Nazareth.

« Quand vous voyez des cordes, des épines, des clous, réfléchisseï aux tourments de Jésus dans sa douloureuse passion. Quand vous suivez un tendre agneau conduit à la boucherie, suivez par la pensée Jésus montant au Calvaire. Quand vous voyez un autel, un calice, la grappe ou l'épi mûrissant au soleil de Dieu, pensez à l'amour de Jésus au très saint Sacrement de l'autel. »

Ainsi les choses visibles élèvent continuellement Tâme vers les choses invisibles et l'aident à produire de temps en temps les mêmes affections que dans Toraison du matin, affections courtes et vives que nous appelons oraisons jaculatoires, parce qu^elles nous tirent un instant de nos occupations pour nous relancer vers Dieu.

Cette dernière considération nous conduit au dernier mot de notre saint docteur sur l'art d'aimer Dieu et de persévérer dans son amour. L'oraison bien pratiquée inspire à l'âme des actes intérieurs très sanctifiants et des résolutions généreuses, parfois même héroïques ; mais ces résolutions, il faut les tenir, cette pratique même de l'oraison, il faut la continuer malgré les difficultés et les tentations. Or l'homme, surtout avec sa volonté affaiblie et inclinée au mal,ttc peut produire ces actes de vertu ni persévérer à gravir cette pente escarpée du sacrifice sans le secours de la grâce divine. L'art d'aimer Dieu doit donc finalement nous mettre en main le moyen sûr d'obtenir ce secours di\dn sans lequel l'Ame ne saurait ni faire oraison ni pratiquer ses résolutions. C'est ici qu'Alphonse achève de nous instruire par son ouvrage capital Le Grand Moyen de la Prière.

Pour montrer l'importance qu'il attache à cette question, il suffit de citer quelques lignes de son introduction : « J'ai publié, dit-"» divers ouvrages spirituels, mais je ne crois pas en avoir écrit d« plus utile que celui-ci. Je voudrais qu'il me fût possible d'en impn-

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mer autant d'exemplaires qu'il y a de chrétiens sur la terre, afin d'apprendre à tous la nécessité absolue de prier pour faire son salut. Cette nécessité absolue de la prière, je la vois enseignée avec insistance dans tous les Livres saints et dans tous les écrits des Pères. D'un autre côté, je vois.les chrétiens oublier ce moyen de salut, et, ce qui m*afflige le plus, les prédicateurs et les confesseurs négligev d'en parlera leurs auditeurs ou à leurs pénitents. Les livres spirituels qu'on met entre les mains des fidèles n'insistent pas sur ce point. Or tous les prédicateurs, tous les confesseurs, tous les livres, ne devraient rien inculquer avec plus de chaleur que l'obligation de prier. Oa recommande plusieurs excellents moyens pour se conserver danâ !a ^àce de Dieu, par exeqpiple la fuite des occasions, la fréquentaion des sacrements, la résistance aux tentations, la méditation des mérités éternelles ; mais, je le demande, à quoi servent tous ces moyens ans la prière, puisque le Seigneur, comme il Ta déclaré, ne veut acîorder ses grâces qu'à celui qui prie '.Petite et accipietis. Sans la >rîère, selon la conduite ordinaire delà Providence, nos méditations, los résolutions, nospromesses, resteront inutiles. Nousserons infidèles L nos engagements les plus sacrés, parce que, pour lés tenir, le bon >ropos ne suffit pas : il faut le secours actuel de Dieu, qui s'obtient )ar la prière. Lisez donc ce livre avec toute l'attention qu'il* mé* rite, non point parce qu'il est mon œuvre, mais comme un grand moyen de salut que le Seigneur vous présente. Et quand vous l'aurez lu, ayez la charité de le faire lire à vos amis et à toutes les personnes avec lesquelles vous êtes en relation. »

Le saint développe sa thèse sur la nécessité de la prière en commentant le texte de Notre-Seigneur : « H faut prier toujours, oportet semper orare » . 11 faut prier toujours, parce que, dans l'ordre de notre salut, nous ne pouvons rien faire sans un secours actuel de Dieu, comme l'Écriture le dit expressément. Jansénius enseigne qu'il y a des commandements dont l'observation est impossible, même aux justes, dans notre état actuel de déchéance, et cette proposition pourrait s'entendre dans un sens orthodoxe, mais il ajoute : « La grâce qui les rendrait possibles leur fait défaut )>, et c'est cette propositon hérétique qui l'a fait condamner. « Non, Dieu ne commande rien d'impossible, affirme TÉglise avec saint Augustin, mais en nous imposant ses commandements, il nous avertit de faire ce que nous pouvons, et de demander le secoui*s plus puissant dont nous avons besoin pour agir en certains cas. Si nous demandons ce secours, il supplée à notre impuissance. » • ' -.

D'après ce texte de saint Augustin, que le concile de Trente, b'^st

approprié, il y a des choses faciles et que nous pouvons faire avec la grâce ordinaire qui est donnée à tous les hommes, mais il y en a d'autres difficiles, vu la faiblesse de notre nature, et que nous ne pouvons accomplir sans un secours extraordinaire de Dieu. Parmi ces œuvres difficiles, il faut ranger les luttes que nous avons à soutenir contre la concupiscence, contre le monde et contre le démon pour observer les commandements de Dieu. Certaines tentations sont tellement fortes que, sans le secours de la grâce puissante que les théologiens appellent efficace par elle-même {ab inimseco)^ rhomme est dans Timpossibilité morale d*y résister. Saint Alphonse insiste fortement sur la nécessité de cette grâce triomphante, par laquelle Dieu non seulement excite Tâme à vouloir, mais encore, sous la pression des motifs d'amour, d'espérance ou de crainte qu'il lui inspire, la détermine à vouloir infailliblement, bien que librement, ce qu'il veut lui-même.

Or ces grâces efficaces, sans lesquelles l'homme ne résbte pas aux tentations, ne sont nullement des grâces communes â tous. Si elles étaient données à tous, aucun homme ne se perdrait puisque ces grâces obtiennent infailliblement leur effet. Hais, parce que Dieu est la bonté même et qu'il veut sauver tous les hommes, il a dondé à tous un moyen sûr et infaillible d'obtenir ces grâces nécessaires au salut : c'est de les demander. De là cette parole du concile de Trente : « Dieu ne commande rien d'impossible : il vous avertit de faire ce que vous pouvez (avec les grâces ordinaires) et de demander les grâces extraordinaires, sans lesiquelles en certains cas vous vous trouvez dans l'impuissance d*agir, et il vous donnera le supplément de force qui vous manque ».

11 s'ensuit que la prière est nécessaire pour se sauver, non seulement de nécessité de précepte et parce que Notre-Seigneur nous en a fait une obligation, mais de nécessité de moyen et parce que^ suivant sa Providence ordinaire. Dieu n** accorde ses grâces efficaces qu'à celui qui les demande. Alphonse cite à l'appui de cette vérité une longue série de preuves tirées de l'Écriture, des Pères et des conciles, lesquelles reviennent toutes â cette parole de saint Augustin : « Dieu veut donner ses grâces, mais il ne les donne qn^ celui qui les demande : Dem dore vtdi, sed non dat nisi pelenti- »

Voici donc deux choses également vraies : Dieu veut que l'hominc» humilié devant lui, reconnaisse son impuissance et implore le secours de sa grâce; mais si l'homme prie sincèrement, Dieu exauce sa prière : Demandez ^ et vous recevrez, r— Dieu est fidèle, dit saifl* Paul, il tiendra ses promesses. Il ve permettra pas que vom soy^*

tenié au-^elà de vos forces^ mais au moment de la lutte il vous donnera le secours nécessaire pour remporter la victoire. De ces deux vérités Alphonse tire cette double conclusion que tout chrétien doit méditer : a Celui qui prie se sauve certainement, celui qui ne prie pas se damne certainement. »

Telles sont, d'après le saint docteur, les lois providentielles du salut. Dieu veut le salut de tous les hommes. Il est vrai que les grÀces efficaces nécessaires au salut ne sont pas données immédiatement à tous, mais la grâce de prier, moyennant laquelle on obtient la grâce efficace, est accordée à tous, même aux plus endurcis, aussi longtemps qu'ils vivent sur la terre. — Des théologiens ont prétendu que l'homme n'a pas toujours le pouvoir réel de prier, et que de fait il ne priera jamais sans qu une grâce efficace l'y détermine, grÀce qui n'est pas donnée à tous. Saint Alphonse combat de toutes ses forces cette doctrine au nom de l'Écriture et des Pères, et surtout au nom de l'espérance chrétienne. Nous sommes tenus d'espérer avec une ferme confiance que Dieu nous accordera sa grâce en ce monde et sa gloire dans l'autre. Or si Dieu n'accorde sa grâce qu'à la prière, et si je n'ai pas toujours le pouvoir de prier réellement, en d'autres termes s'il me faut attendre pour prier une grâce efficace qui n'est pas donnée â tous, comment puis-je faire Tacte d'espérance? — Je ne pourrai faire qu'un acte conditionnel : j'espère faire mon salut si vous me donnez la grâce efficace. Si nous n'étions pas certains, dit Alphonse, que Dieu nous donne à tous la ^râce de pouvoir prier actuellement sans avoir besoin pour cela d'une grâce spéciale et non commune à tous, personne au monde, â moins d'une révélation particulière, ne pourrait espérer le salut comme on doit l'espérer ^

I^ lecteur trouvera peut-être que nous nous sommes trop étendu sur les Œuvres spirituelles de notre saint, et particulièrement sur sa doctrine de l'oraison, de la grâce et de la prière; mais il faut remarquer que la vie d'un saint doit faire ressortir avant tout sa note caractéristique. Or on pourrait définir saint Alphonse en trois mots : c'est l'homme, c'est le docteur, c'est l'apôtre de la prière. Dans sa conduite , il a résolu le problème , en apparence insoluble, de prier toujours en travaillant toujours. Dans aucune de ses prédications il ne manque de recommander la prière, et dans toutes les missions ses religieux doivent faire un sermon sur la nécessité de la prière. La prière était tellement pour

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