‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 140 sur 190 · Viia di S' AlfoHso, lib. ii, cap · texte numérisé non relu

Viia di S' AlfoHso, lib. ii, cap

temple et qui aime, dit saint Paul, non les êtres quil voit, mais les êtres qu'il ne voit pasK Comment se figurer les choses invisibles autrement que par leur image visible, natui*elle ou révélée? Le saint, nous l'avons vu, sous Fempire de son amour, cherche partout son Dieu; l'imagination lui découvre partout la trace de ses infinies perfections, le ciel et la terre lui chantent comme à David sa gloire et ses bienfaits.

Quant à l'expression, il dispose à meiveillc de son instrument, il connaît toutes les délicatesses de sa langue, il a le sens de l'harmonie. Alphonse naquit la même année que Métastase, le poète le plus vanté, l'idole de son temps. Métastase chanta Tamour profane, mais d'une voix si douce, si moelleuse, si musicale, que ses strophes semblent distiller le miel, miel dont la saveur ravit et empoisonna ses contemporains pendant un demi-siècle. Notre saint, tout en condamnant cett« poésie païenne, n'en reconnaissait pas moins le génie de l'auteur, et qu'il le voulût ou non, son style se façonnait sur le sien. Plus simple et plus populaire, sa phrase n'en aime pas moins la douceur et la limpidité du rythme métastasien. Quelques citations nous donneront une idée des poésies de saint Alphonse, bien qu'il soit impossible de rendre en français, et en prose, la grâce et la naïve simplicité de la strophe italienne.

Les Cantiques spirituels^ composés séparément, forment cependant un ensemble parfaitement harmonisé qu'on pourrait appeler le poème de l'amour divin 2. (Jn premier chant nous met sous les yeux une âme éprise de la divine beauté, l'anima innamorata délie belle zze di Dio,

Aimez, si vous le voulez, s'écrie-t-elle, un autre que Dieu. Pour moi, c'est Dieu seul que j'aime. Dieu seul, la vie de mon Ame. 0 beauté infmie, si je ne Taimais pas, qui donc pourrais-je aimer?

Où donc trouver beauté plus parfaite, plus digne d'amour? Il est si beau, mon bien-aimé, que les saints du ciel eux-mêmes n'ont qu'une faible idée de ses perfections.

O âmes insensées, vous vous laissez captiver par des beautés trompeuses, et vous vous étonnez que ces fausses amours ne donnent pas la paix au cœur!

1. Ifon conlemplanlihus nobis qux videnturj sed qnx non vide.ntur,

2. Le R. P. Reuss, C.SS.R., a publié en 1896 une édiUon très complète des Cantiques aTCC une traduction en rers latins que le pape Léon XIU a honorée d'an bref très élogienx. La classification adoptée par l'auteur fait parfaitement ressortir l'anité des compositions. (Voir Carmina Sacra S. Alphonsi Marim de LigoriOy Rome, 1896.)

Ames éprises de Dieu, parlez : dites si je me trompe en vous appelas?/ bienheureuses, dites quelle joie vous goûtez déjà sur cette terre.

Et bientôt, plus fortunées encore, vous arriverez au port et vous direz le ravissement qu'on éprouve quand le ciel s'ouvre, quand les voiles tombent et laissent voir Dieu dans tout l'éclat de sa beauté!

Aimer Dieu, c'est faire sa volonté. Cette vérité tant de fois prèchée, le saint la chanta un jour de profonde douleur. La mort venait de lui enlever son directeur et son ami, le père Paul Cafaro. Inconsolable, il leva vers Dieu ses yeux pleins de larmes, et composa Thymne àla volonté de Dieu : Quanto siaamabile la volonté diDio,

Ton bon plaisir, non pas le mienî Je n'aime que toi, mon Dieu, je ne veux que ce que veut ta bonté. Oh! qu'aimable est la volonté de Dieul

Ton amour est un amour jaloux, mais si tendre, mais si doux, mais si brûlant pour le cœur qui se donne tout à toi ! Oh ! qu aimable est la volonté de Dieu!

De la croix tu fais un lit moelleux, tu fais aimer même le trépas. Plus de croix, plus de terreurs pour qui sait s'unir à toi. Oh î qu aimable est la volonté de Dieul

Dans l'enfer si les damnés pouvaient s'unira la volonté sainte, l'abîme de douleurs deviendrait un lieu de délices. Oh î qu aimable est la volonté de Dieu !

Puissè-je finir mes jours, mon cœur uni à ton cœur. Mourir ainsi, ce n'est pas mourir : c'est commencer la vie qui ne finit pas. Oh 1 qu'aimable est la volonté de Dieu I

Ce chant devint un des plus populaires de saint Alphonse. Un jour le bienheureux Gérard distribuait des vivres aux pauvres rassemblésà la porte du couvent de Caposele. Parmi eux se trouvait un mendiant aveugle qui jouait de la flûte d'une manière ravissante : « Jouez-nous un air à la gloire de Dieu, lui dit Gérard. — Et que voulez-vous que je joue? demanda Taveugle. — Ton bon plaisir, ft non pas le 9nien, s'écria le saint religieux, que le cantique de la volonté de Dieu passionnait toujours. I/aveugle commença, mais à peine les pauvres eurent-ils entonné le premier vers : Il tnogusto e non il taio, que Gérard entra en extase. Que drames brisées ont trouvé force et consolation en murmurant les paroles de ce chant tout céleste!

Le poète célèbre ensuite Tunion de Tàme avec son Dieu. Il emprunte au Cantique des cantiques ses sentiments les plus sublimes.

et les développe en homme qui connaît par expérience les suavités du divin amour. Il connaissait aussi, nous le savons, les épreuves et les délaissements par lesquels le céleste époux fait passer les cœurs qui lui sont unis. Pour sa consolation et celle d'une de ses pénitentes qui subissait ce purgatoire, il mit en scène Tâme désolée, ^'anima amante diDio desolata. On reconnaîtra facilement à la prenîèrc strophe Thomme qui vivait alors sur la montagne boisée d'ili- 'cto :

• Forêt sombre el solitaire, j'aime tes sentiers ténébreux, tu es vrainent la compagne qui convient à ma douleur. Compatis donc à mes ourments : laisse-moi pleurer et gémir.

Je pleure, et mes larmes ne cesseront de couler jusqu'au jour où aurai trouvé mon bien-aimé. 0 Dieu, vie de mon Ame, où donc es-tu? lans quel désert as-tu fui, et pourquoi me laisser ainsi languir sans 3i?

Le temps n'estplus, ô Dieu d'amour, où ton simple regard m'enivrait e joie. Hélas I au calme a succédé la tempête. Je ne vois partout u'épouvanle et terreur, et dans mon triste abandon, personne qui uisse me consoler.

Viens donc à mon secours, ù bien-aimé : tu vois que jour et nuit je oupire après toi. Tu m as blessée, mais tu peux me guérir; tu avais sans oute de justes raisons de me fuir, mais je n'ai point pourtant brisé les haines qui me lient au Dieu de mon c(Hur.

Dussè-je ne jamais obtenir mon pardon, sache que je t'appartiens et appartiendrai toujours. Et quand bien même tu me fuirais jusqu'aux xtrémités du monde, fidèle toujours, j'y serai près de toi.

Ici-bas Tàme, même la plus attachée à Dieu, ne le possède qu'imparfaitement : aussi soupire-t-elle comme Paul après sa délivrance, îonime Thérèse « elle se meurt de ne pouvoir mourir ». Alphonse ï dépeint admirablement Vanitna che sospira il paradiso.

Je me meurs, mon Jésus, du désir de le voir; je me meurs d'ennui sur cette terre. Être exilé loin de loi, mon bien-aimé, c'est un tourment que je ne puis plus supporter. J(^ ne sais plus que dire el redire : Paradis, paradis !

Tout ce que le monde peut me donner n'est que cendre ou fumée, illusion passagère, scène de IhéAlre qui finira bienltM. Encore puis-je y perdre mon Dieul Vous qui l'aimez, comprenez mon chagrin. Aussi, les yeux levés au ciel, ne fais-je que soupirer : Paradis, paradis î

En vain tu m'offres les faveurs, o monde, tu ne saurais me tromper.

Prodigue tes biens aux insensés qui les cherchent. Honneurs et plaisirs, n'attendez de moi que le mépris. Mon cœur brûle pour d'autres biens, mon cœur au ciel aspire : Paradis, paradis î

Belle patrie, où Tamour se donne en salaire à Tamour, où le grand roi se montre dans toute sa splendeur, quand donc me sera-t-il donné de te voir et de m'unir à mon Dieu? Jusque-là, ivre de joie et d'espoir, j'irai, répétant sans cesse : Quand m'ouvriras-tu tes portes : paradis, paradis I

Après avoir ainsi décrit les merveilles du saint amour, le poète passe aux deux objets de sa tendresse, Jésus et Marie. Vingt-cinq cantiques sont consacrés à leur exprimer, en strophes pleines d'ha^ monie, les sentiments dont son cœur est pénétré. Nous n'en citerons que deux, comme exemples. Le premier s'adresse A Gesà sacramentaio nel ciborio. Qu'on se représente Alphonse, déposant snr Tautel le bouquet de fleurs qu'il aimait à ofl*rir au saint Sacrement, et puis adorant le Dieu caché.

0 fleurs, que vous êtes heureuses! Près de mon Jésus vous restez nuit et jour, vous ne le quittez jamais, vous vous fanez et périssez près de lui sur cet aulel. Que ne puis-je aussi longtemps que vous prolonger mon séjour dans ce saint lieu î Que ne puis-je partager votre sort et terminer ma vie près de celui qui est la vie de mon àmeî

Flambeaux, heureux flambeaux, qui brûlez en l'honneur de mon Dieu, je voudrais que mon cœur devînt un jour comme vous tout ardeur, loUt lumière ; je voudrais me consumer comme vous dans les flammes du divin amour. Oh I que je vous porte envie et que volontiers j'échangerais mon sort contre le vôtre !

0 saint ciboire, plus heureux encore, vous renfermez en vous Jésus, mon bien-aimé. Qui donc est plus fortuné que vous, noble asile du grand roi? Si seulement un seul jour vous pouviez céder votre office à mon pauvre cœuri Dépositaire du feu sacré, il deviendrait tout fe» et tout amour.

Mais quoi I fleurs, flambeaux, ciboire, combien je suis plus heureux que vous quand mon Jésus, doux et tendre agneau^ daigne descendre en moi I Misérable ver de terre, je reçois dans la sainte hostie mon trést^r (4 mon Dieu I Et comment se fait-il que je ne brûle pas, que je ne meure point d'amour quand mon ])ion-aimé se donne tout à moi?

Quelle riche poésie, et comme le saint sait profiter de toutes les créatures pour s'élever jusqu'à Dieu ! Parmi les nombreux cantiques à la sainte Vierge, citons celui qui célèbre la Mère de miséricorde, A Maria madré di misericordia.

De votre trône céleste, ô Marie, tournez vers nous, pauvres pécheurs, fie fût-ce qu'une seule fois, vos yeux compatissants, et si votre cœur l'est pas ému de pitié, détournez-les de nous pour toujours, nous y consentons.

Voyez combien nous avons été ingrats et coupables envers votre "ils. Voyez comme son cœur, pourtant si bon, se soulève d'indignation îontre nous. Cependant, si vous voulez apaiser sa colère, une parole de rous suffit, et cette parole qui nous obtiendra le pardon, vous seule, i Marie, pouvez la dire.

0 tendre mère, si vous voulez nous sauver, dites que nous sommes ros enfants, et il aura pitié de nous. Il est vrai qu'après tant de péhés, nous ne sommes plus dignes d'être appelés vos enfants, mais rous n'en êtes pas moins notre mère.

Abritez-nous sous votre manteau : protégés par vous, nous serons lans crainte. Exaucez l'enfant qui vous invoque, sauvez celui qui vous ime et met en vous toute sa confiance.

Ces quelques extraits suffisent pour justifier les appréciations que lous avons citées au début de ce chapitre. Alphonse fut un poète [ans toute la force du terme, et non pas un versificateur, suant sang t eau pour mettre en bouts rimes le Credo et le décalogue. L'indination qu'éprouvait Juvénal en voyant les vices déshonorants de 3S compatriotes le rendit poète : il les flétrit dans ses vers immorîls. On peut dire aussi que le glacial et désespérant jansénisme 3ntribua pour sa part à exciter la verve de notre poète. De plus, ^n horreur des chansons erotiques répandues dans le peuple, lême des compositions de Métastase qui, disait-il, faisait plus de lal que Voltaire, excitait en lui Fardent désir de lutter contre ces vandales. Il se fit le poète de Tamour divin afin de réchauffer les Deurs glacés par Jansénius et corrompus par les chantres de Tamour rofane. Aux rigoristes qui ne connaissaient que la crainte, il *avait cessé dans ses ouvrages de prêcher la bonté de Dieu, la sndresse de l'Enfant de la crèche, la miséricorde du divin Crucifié, incompréhensible amour du Dieu de Tautel ; dans ses cantiques pirituels sur Jésus et Marie, il met en scène ces mêmes vérités et 5S présente à Timagination d'une manière si vive qu'elles remuent le oeur et en tirent des larmes. De même aux âmes sensuelles, amollies lar les poésies voluptueuses du temps, il montre l'àme enivrée lu divin amour, il raconte ses joies et ses tristesses, il emprunte lu Cantique des cantiques les plus belles images et les plus célestes «ntinients pour allumer dans tous les cœurs le désir d'aimer celui |ui seul mérite d'être aimé.

♦)IH LA CROISADK Dr SALIT.

PiMMlif^iK'fi's hiriis aux insensés ([iii los rli(*r(*ln'nL *' ^ ses poésies,

iralli'iidr/. (Il' moi (jiH' !<■ mépris. iMon «mimit l>n iilaires, popu-

innu rn'iii- an rii'l a.sjrin» : Paradis, paradis! jt d'être ffoiitées

Ht'llc |)atrie, oh l'amour se; donno en salaire s. Afin d'être com-

roi se montre dans tonte sa spliMidi^ur, qnanc' antiques en dialeoto d(» Ir voir el de m'nnir à mon Dieu? .lusi|no-l yede Jésus à Bethléem j'irai, répétanl sans cesse : Quand m'ouvri paradis I

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Après avoir ainsi décrit les merveill ^.'rno'. passe aux deux objets de sa tendres

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• l^<ion^ répétés par une multitude «le

() fleurs, que vous êtes .• ."^jes temples; la voix rude des nioiitanuil el jour, vous ne le qi ... '^^fetentir sur les collines: que dis-je?ih de lui sur eet autel. Qiu .-. ^ ' /e,seiirneuiH5, et les nobles dames qui mon séjour dans re so .'v-'-^.., dettes du poète impérial .'Métastaseminer ma vie près dr ,.,iirJ'^ , , i, ,. -.

' tfiWc ^^ P^^^® "^^ nouvelles poeîsies. uiv

Flambeaux, lieui li'^^J^^ oubliée du Calvaire-. >»

je voudrais que n ;,,^'''^.^ ^^^^ j^,,.„j,, . ,.||es sont nées d'un même lunnère : je vou ',,^tl^ f^^i ^u même but, passionner 1 Ame pour

divin amour. »*" ^/^'^ . , ip i i • r • i^

;." ^échautie le cœur, la musique lemvre. Le m*raismonsf • nffO^ , x • • ^ x »

' t:^ /tovid. est musicien en même tein[)s (|uc poète.

() saint ci '^^ii^^^^^ ^^ à la gloire de son Dieu, mais ce n'est pa;?

mon bien- ^''^^^f^^Li^e^^^^^ cbanter par un cbœur de musicien^

^'' "* ^*^ ■ j//«^*^'^ «cantique nouveau en rhouneur de Jéliovali. •

0''*''''iiiiC'^"^*' emprunte au Propbète-Koi ses sublinu-»

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lUUl # (.V nrfO"

' -'k^'^t fç0oose à son tour pour exprimer son am<^ur.

l***" ^'^'**^'^j tout naturellement de son talent musical pour

^uà!^ ^ nùêÀe^ ^^^ ^^^è^oàiQs les plus capables d'élever le>

poi tr^'' -finis* même, dès son jeuue A.w, d'accpiéru* lt'>

ijî^ii '** artistiques qui ilevaieut servir à son apostolat, ^iïiî^ I ,|rentilsbommes de sou temps, don Jtisepli de Liguori 0i^^^^ (lueavec passion. Il voulut que son (ils cultivAt asti-

que V «»n IP el n

$it^ » JèiUS à BcUïUmmu, il rlaif nuit, vl l'on se serait nu on |»li'iii mi'l'

|i^ e JèiUS à BcUïUmmu, il «lai

^TE ET MUSICIKN. G21

^^f;^y 9 dit Alphonse, j'aime bèaiicoiip

î^ ^. ^^ ^beaucoup quand j'étais encore

y/, ^^'^A *^ "^ art qu'il faut posséder dans

-^^ y^^^*\> '^^Ok * *^ ^^ charmer, il dégoûte. »> Et

'^*^;.. ' "'v , '^^-fc. n, dit Tannoia, que, devenu vieux,

'^>A,^ vv/y. -'ux cantiques. L'historien cite en

'''%/y *• célèbre que le saint faisait exécuter,

V;c,^ 'v/^^ jn, dans la grande église de Naples,

-''■A ^ '^j^ '^•^ ns, lorsqu'il y donnait les exercices

'-'< iy^^^./ . . • .. ,

• ws,^ urd'hui contrôler l'appréciation de Tan-

àiportaute composition littéraire et musicale

^ 'y/^^ ins. Cette pièce, perdue depuis plus d'un siècle

V* rscments politiques et religieux deTItalie, vient

i. a British Muséum de Londres. Elle est intitulée :

*/><a e Gesà Criato, Dialogue entre l'ûme et Jésus,

jn Alphonse de Liguori, recteur majeur du T.-S.-Ré-

.760. Le manuscrit porte deux corrections qui sont in-

iicnt de la main de Tautcur, C'est bien Tœuvre dont

.nnoia, œuvre qui dénote un artiste au double point de

la musique et de la poésie.

sujet de celte composition vraiment dramatique, c'est une

contre de l'àme avec Jésus allant au Calvaire. Après quelques

sures d^une introduction grave et majestueuse, Tâme, agitée,

erDentémue, entre en scène par cette apostrophe indignée contre

lie :

uge inique, plusieurs fois tu as déclaré mon Seigneur innocent, et intenant tu le condamnes, comme un criminel, A mourir sur un gi- . Barbare, pourquoi Tas-tu fait flageller si tu voulais ensuite le damner à mort? Mieux valait le livrer de suite î\ ses féroces enne- (, puisque tu leur abandonnes la sainte victime !

Zes reproches se succèdent rapidement et avec une gradation 3 le chant fait ressortir. La voix monte, le cœur s*émeut, quand t à coup le chœur d'instruments annonce une nouvelle scène, entend le bruit lointain des soldats et les cris de la populace [ accompagne le Sauveur au Calvaire.

) Dieuî qu'enlends-je? s'écrie Tâme; d'où viennent ces bruits d'ars, ces cris, ces plaintes? quel est ce son terrible, lugubre? Hélas î

Taonoij, lib. 1, cap. Ml.

c*est lu trompette qui publie en tous lieux Thorrible aouvelle : lésfus est condamné à mort !

La trompette sonne toujours, et Tàme aperçoit dans le lointalo la victime qui s'avance. Elle distingue ses traits, elle pousse un cri ;

0 mon Dieu, c'est lui! 0 douleur! c'est mon bon Maître afOigé, ensanglanté, marchant à pas tremblants. Hélas, hélas ! il peut à peine so soutenir, son sang rougit le sol partout où posent ses pieds. Voyez la lourde croix qui pèse sur ses épaules meurtries, la couronne d'épines aiguës qui entoure sa léte adorable! Ahl Seigneur, Tamour t'a fait roi, roi de douleur et d'ignominie !

Il est difficile d'imaginer une scène plus émouvante. Le récitatif finit par ces exclamations de Tàme éplorée; mais déjà Torchestre, par une marche lugubre et plaintive, annonce que Jésus approche, et Tâme peut lui parler. Alors commence un sublime dialogue :

-~ 0 mon Jésus, où vas-tu?

— Je vais mourir pour toi.

A cette réponse de Tamour, T&me n'y peut tenir : « Que dis-tu, ô mon Seigneur? » Et le Seigneur de répondre avec plus de force : « Je vais mourir [îbur toi. » Sur ce mot, Tàme semble réfléchir, puis soudain, sur un ton résolu et presque joyeux, elle reprend : « Puisque mon Dieu s'en va mourir pour moi, je veux le suivre et mourir avec lui. »

L'orchestre accentue cette déclaration d'absolu dévoùment, mais bientôt la voix grave du Sauveur y répond par ces paroles d'ineffable tendresse :

Reste en paix^ chère âme.

Comprends combien je t'aime, Et quand je serai mort Souviens-loi de moi!

L'àme ne se rend pas d'abord, elle proteste qu'elle veut mourir avec Jésus, et les deux voix s'unissent, l'une répétant : « Je veux mourir avec toi, » l'autre redisant : « Reste en paix, et souviens-toi de moi, » jusqu'à ce qu'enfin Jésus tranche le différend en demandant à Tâme un autre acte de dévoùment :

Reste en paix, chère âme, Et, coronie preuve de ton amour, Donne-moi ton cœur Et conserve- moi ta foi.

e répond avec une indicible émotion :

Oui, mon Jésus, mon trésor, Je te donne tout mon cœur.

Tout ce que j'ai, tout ce que je suis, Tout est à toi, ô mon roi !

$ deux voix, entrelacées comme les deux cœurs, s'unissent i duo final; Tune dit : « Conserve-moi ta foi, » et l'autre : à toi, 6 mon roi! »

in peut apprécier l'originale beauté de cette composition e. Quant à l'inspiration musicale, voici le jugement qu'en naguère un artiste romain : « La musique, écrite avec une ble clarté, commence par un récitatif d'une tendresse indi- )ur passer ensuite au chant le plus élevé, chant céleste qui lit avec une douceur infinie le drame de la passion. L'heuveloppement du motif mélodique et la pureté de l'harmonie une pièce très suave. Elle révèle par le style un disciple des se, des Gluck et des Astorga, et les meilleures plumes du i*auraient point fait difficulté de la signer. » Tel est aussi ment d'autres excellents maîtres de musique religieuse, qui dié le DueftoK

I saint était donc un compositeur de grand mérite, comme ! cette œuvre de sa jeunesse sacerdotale; il aurait pu se faire »utation d'artiste, mais, tout entier au but apostolique qu'il a de poursuivre, il ne se servit de son talent que pour po- ;r, par des mélodies pleines de douceur et d'onction, les es spirituels appropriés aux missions et aux retraites. Il t ses missionnaires à les chanter et les chantait lui-même peuple. C'est ainsi qu'ils sont devenus populaires en Italie, dans le royaume de Naples. Ces chants aussi gracieux qu'éits, dit Tannoia, enthousiasmaient les auditeurs non moins ; prédications. La voix d'Alphonse était douce et sonore. Elle »ait les plus vastes églises. Son articulation était si nette qu'on ; aisément le comprendre des endroits les plus éloignés, nait à chanter un cantique sur la passion du Sauveur, qu'il )mposé sur un ton lent et plaintif, et dans lequel le mission- Iternait avec le peuple. « Mon Jésus, demandait le missionjui donc t'a ainsi garrotté comme un criminel? » Et le peuple

\, P. Bogaerts, C.SS.R., a reproduit le Duetto, paroles et musique, dans son le oj[>uscnle: 5. Alphonse de Liguori musicien, qne hous avons largement uti-

f)i>4 LA CROISADE DU SALUT.

répondait : « C'est moi, malheureux ingrat; ô mon Dieu, pardon et miséricorde! »

Sono slata io l'ingrata :

Ah Dio mio, perdon, pietà!

Le prêtre multipliait les questions : « Qui donc a osé souffleter ta face adorable? qui donc n'a pas craint de couvrir ton beau visage de boue et de crachats? » Et à chacune de ces interrogations, la foule, de plus en plus émue, répétait :

Sono stata io l'ingrata :

Ah Dio mio, perdoD, pietà!

La longue série des souffrances du Sauveur n'était pas épuisée que tout Tauditoire éclatait en sanglots.

Saint Alphonse prêchait un jour les exercices spirituels dans une église de religieuses. Avant de commencer le sermon, il s'agenouilla au pied de l'autel et chanta un de ses pieux cantiques. Au fond de l'église se trouvait un soldat espagnol, et non loin de lui un prêtre confessait. Le soldat écoutait attentivement le chant du missionnaire : la mélodie et les paroles lui perçaient le cœur. Tout à coup, comme hors de lui, il met son sabre de côté, prend son ceinturon, et se flagelle impitoyablement. Au bruit des coups et des gémissements, les religieuses, alarmées, accourent à la grille; mais Alphonse les rassure et commence le sermon. Le soldat alla se jeter aux pieds du prêtre, confessa ses fautes avec des larmes de repentir, et se rail à travailler de toutes ses forces à la conversion de ses camarades '.

Un cantique encore célèbre aujourd'hui en Italie, c'est celui qui commence par ces mots : Tu scendi dalle stelle, pour la fêle de Noël. Alphonse le composa en mission, chez don Michel Zambadelli, qui lui donnait Thospilalité. Le cantique achevé, don Michel demanda la permission d'en prendre copie, mais le saint lui répondit qu'il ne pouvait y consentir avant que le morceau eût été livré à l'impression. Alphonse se rendit à l'église, laissant le cantique sur sa table. Don Michel en prit secrètement une copie et la mit dans sa poche. Le. soir, comme on était au temps de Noël, le saint chanta le nouveau cantique devant le peuple émerveillé. Don Michel Técoutait avec ravissement, lorsque tout à coup, ayant oublié quelques vers, le chanteur s'interrompt et dit au clerc lassis auprès de lui '. (( Allez demander à don Michel la copie de mon cantique : il Va

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