‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 141 sur 190 · Ibid,, cap. 32, page · texte numérisé non relu

Ibid,, cap. 32, page

dans sa poche. » En recevant cette communication, don Michel rougit, et il allait exhiber le papier, mais déjà le saint continuait son chant. Rentré à la maison, il dit plaisamment à don Michel, confus et déconfit, qu'il lui intenterait un procès pour vol de manuscrit.

Ainsi devinrent populaires les Cantiques spirituels. Après les missions, citadins et campagnards répétaient les refrains qu'ils avaient chantés tous les soirs, et ces belles mélodies, transmises de génération en génération, charment les oreilles et émeuvent les Âmes aujourd'hui comme aux temps de notre saint. « Un soir du mois de février, écrit Mario Palladino, je me trouvais sur la cime d'une montagne, dans un pays où Ton venait de clôturer la mission. La neige couvrait de son blanc manteau les monts et les vallées, les toits des maisons et les arbres dépouillés de leur feuillage. Tout à coup je vois des lumières scintiller çà et là dans les champs, puis se rapprocher, et finalement se grouper, formant un vaste cercle rougeàtre sur ce linceul de neige. C'était tout un peuple qui entourait la maison des missionnaires. Et dans le silence de la nuit, à travers les vallées et les montagnes, résonna bientôt un chant d'espérance et d'amour. Tout ce peuple répétait les strophes joyeuses du cantique de saint Alphonse à Marie :

0 hella mia speranza, Dolce amor mio. Maria, Tu sei la vita mia, La pace mia sei tu ^

Les missionnaires pleuraient, ajoute le narrateur, mais, dans ce tableau digne de Rubens, comme se dessinait, suave et douce, la figure du poète de Marie, de notre saint Alphonse! »

Terminons cette étude sur le poète-musicien par une remarque essentielle. La musique ne parut jamais à notre saint qu'un moyen de porter les âmes à Dieu. Aussi condamnait-il comme une anomalie et presque un sacrilège l'introduction de la musique profane et théâtrale dans les temples. Pour lui comme pour la sainte Église, comme pour tous les musiciens dignes de ce nom, le chant qui convient à une assemblée de fidèles unis au pied des autels dans une même prière, c'est cette mélodie toujours simple, pieuse, mystérieuse, que nous appelons le plain-chant. Devenu évéque, nous le verrons interdire aux religieuses le chant musical. Il porta mèma

1. G Marie, mon espérance, ô Marie, mon tendre amour, vous <^les la vie de mon Ame et la paix de mon cœur.

un décret rétablissant Tusage da chant grégorien dans toutes les ^ églises de son diocèse, « comme répondant mieux à la gravité desg fonctions saintes, plus propre aussi à maintenir le respect et les recueillement et à bannir la curiosité et la dissipation, causer de beaucoup de péchés *. » S'il admet de temps en temp^ remploi de la musique, c'est à condition que les compositioa^ seront tout à fait religieuses et se rapprocheront, quant à la forme et au style, du chant grégorien, in concerto e al modo di canto fermo. « A Toccasion d'une solennité, un diacre, engagé au conservatoire de Naples, entonna un jour devant lui des litanies d'un goût tout à fait profane. Alphonse l'interrompit en disant : «Nous ne sommes pas au théâtre. Au lieu de porter à la dévotion, ce chant ne fait que dissiper les fidèles. » Et sur son ordre, on continua les litanies en chant grégorien -. >>

Poète et musicien, il se faisait même peintre pour représenter aux yeux d'une manière saisissante les objets de son amour. On a de lui un Christ en croix, tout couvert de sang et de plaies, tel quil apparut un jour à sainte Thérèse ; un Enfant Jésus, assis sur le bord d'un fleuve, tenant d*une main un cœur et de l'autre un hameçon avec lequel il attire et prend les âmes qu'il est venu sauver; une image de la sainte Vierge qu'il fit graver en tète des Gloires de Marie avec ces mots : Spes nostra^ salve; enfin le Sacré-Cceur représenté comme un foyer d'où jaillissent des torrents de flammes. Ces peintures n'avaient d'autre but que d'imprimer dans les cœurs les images de Jésus et de Marie. Des copies du Christ sanglant furent envoyées à toutes les maisons de l'institut pour être exposées devant le peuple quand les missionnaires, avant de quitter une paroisse, enseignaient pratiquement à faire l'oraison sur la passion de Jésus- Christ.

Ainsi notre saint se servait des beaux-arts, que tant d'autres consacrent à fomenter les plus viles passions, pour élever lésâmes à la connaissance et à l'amour de la suprême beauté.

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