‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 144 sur 190 · Déposition de Villani, Summar., page · texte numérisé non relu

Déposition de Villani, Summar., page

servants, novices, étudiants, missionnaires, ainsi que -le prouvent surabondamment les documents et mémoires de cette époque.

Les frères servants avaient part à sa sollicitude comme les religieux choristes. Il ne négligeait aucun moyen de procurer leur avancement spirituel. « Ils sont des marins, disait- il, qui se fatiguent à ramer pendant que le pilote travaille avec d'autres dans Imtérieur du vaisseau. S'ils nous aident dans le temporel, il est juste que nous les secourions dans le spirituel. » Il établit qu'ils seraient nourris et traités comme les pères. D'après sa règle, ils devaient assistera Toraison du matin et du soir ainsi qu'à Texamen, réciter chaque jour le chapelet, faire la visite au saint Sacrement et la lecture spirituelle, communier trois fois la semaine, et faire, outre la retraite du mois, trois jours de retraite à tous les Quatre-Temps. On ne les admettait à la profession quaprès deux noviciats, de six mois chacun, séparés par un temps plus ou moins long de probation. Alphonse exigeait d'eux, comme vertus propres de leur état, l'humilité, l'obéissance, l'amour du travail. II ne tolérait pas l'orgueil dans un missionnaire, mais il le regardait comme une monstruosité dans un frère servant. « Humiliez ce frère, écrivait-il au père Margotta, et dites-lui que, s'il ne s'anéantit pas, il sera chassé, comme un autre Lucifer, de la maison de Dieu. » Un autre frère laïque se montrait plus fort en horlogerie qu'en obéissance : « Envoyez-lemoi, écrit-il au père Cajone, et, s'il ne change pas de conduite, il ira exercer son métier où il voudra. Nous n'avons pas besoin d*ho^ logers habiles, mais de frères édifiants. »

Le frère François Tartiglione avait vécu depuis longtemps dans la congrégation en marchant sur les traces des Vitus et des Gérard. C'était l'homme dévoué par excellence. Alphonse l'avait envoyé à Rome avec le père Villani, et le prenait presque toujours aveclui pendant son séjour àNaples. Mais il arriva que, dans un mouvement de colère, François s'emporta jusqu'à lancer à la tête d'un confrère l'objet qu'il tenait en main. Instruit de cette brutalité, Alphonse l'exclut de la congrégation; mais les pères de Ciorani, où se trouvait le frère François, l'ayant supplié de revenir sur sa décision en considération du mérite et du profond repentir de cet excellent frère, il écrivit au père recteur : <( Le frère François ne mérite pas àe compassion, mais parce qu'il a longtemps servi la congrégation et qu'il s'humilie de sa faute, je veux bien le garder, à la condition toutefois qu'il acceptera une pénitence longue et sévère. Otez-lui 1* soutane et qu'il revête l'habit séculier. Sa condition sera celle d'un postulant ordinaire. Consigné au noviciat, il y prendra ses repas et

n*assistera point aux récréations communes. Quant à son âme, ayez-en grand soin, et permettez-lui la communion une fois la semaine ^ » Le bon frère se soumit humblement à cette dure expiation et n'obtint de renouveler ses vœux qu'après une année révolue. Dès lors Alphonse le traita avec sa bonté ordinaire, Tenvoya à Naples comme compagnon du père procureur Margotta , et c'est lui qu'il chargea de veiller sur sa mère mourante , alors qu'il dut la quitter pour prêcher la mission de Bénévent.

Au commencement de janvier 1756, poussés par des frères carmes, qui avaient obtenu de ne plus laver la vaisselle, et par des frères dominicains, qui avaient bataillé pour gagner je ne sais quel autre privilège, les frères d'Iliceto prétendirent faire aussi leur petite révolution. En qualité de profès, ils voulaient marcher avant les novices choristes, faire la sieste en hiver comme en été, bien que le repos de la nuit soit suffisant quand les journées sont courtes; vaquer, comme les pères, aux exercices ordinaires de l'après-midi et ne plus les remettre après les travaux de la journée; enfin ne plus laver la vaisselle. On s'imagine facilement quel dut être l'état d'esprit d'Alphonse, l'humble et l'anéanti, en lisant ces prétentions aussi ridicules qu'orgueilleuses : « Je viens d'apprendre les belles prouesses de vos frères, écrivit-il au pèreTannoia, recteur d'Iliceto ; les organisateurs du complot mériteraient tous d'être chassés, mais je leur pardonne pour cette fois à cause de leur repentir. » 11 renvoya cependant un novice qui avait trempé dans cette affaire et remit au noviciat le principal meneur ; puis il leur adressa cette lettre où respire, en même temps que la bonté, une juste sévérité :

« Dieu sait, mes frères, avec quel chagrin j'ai appris vos nombreuses fautes, fautes d'orgueil, ce qui m'afflige davantage encore puisque l'humilité doit être la vertu propre des frères servants. Je vous pardonne pour cette fois, du moins en général; mais à l'avenir ne m'obligez pas, je vous prie, à vous infliger un châtiment qui pourrait entraîner votre perte éternelle. Une fois chassés de la congrégation, je ne sais ce que vous deviendriez, et il faudrait trembler pour votre salut. Et ne pensez pas m'etfrayer en disant : « Nous partirons. » Je renvoie chaque jour une foule de postulants, et d'ailleurs, quand vous partiriez tous, le surplus des autres maisons suffirait abondamment à la maison d'Iliceto. Donc que je n'entende plus cette parole : « Nous partirons. » Il ne m*en faudrait pas plus pour me forcer à vous congédier.

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