‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 150 sur 190 · Lettre au père Cagone, 3 juin · texte numérisé non relu

Lettre au père Cagone, 3 juin

on peut regretter qu'Alphonse n'ait pas lui-même réalisé son programme, car on verra plus tard, par ses œuvres dogmatiques sur toutes les questions de la théologie, qu'avec son grand discernement et son sens pratique, il eut facilement condensé dans uncompendium Les trésors de science et d'érudition accumulés dans ces ouvrages.

Une autre question capitale pour les étudiants, c'était le choix des professeurs. Rien de plus aisé pour un maître habile que de faire dévier l'esprit des jeunes gens, et de leur donner, avec un bon auteur, de très mauvaises leçons. L'exemple de Muscari tenait l'attention d'Alphonse très éveillée sur ce point. Le maître devait professer les opinions communes dans la congrégation ou descendre de chaire. Le saint enseignait lui-même la théologie morale, et ne permettait nullement au professeur de dogme d'adopter, dans certaines parties qui relèvent également de la morale, des opinions contraires à celles qu'il soutenait lui-même. « Touchant les questions importantes, dit-il, qui ont rapport aux sacrements, telles que l'attrition, le ministre du sacrement de mariage, l'intention que doit avoir le ministre de faire ce que fait l'Église, et autres semblables, je veux que l'on défende les opinions communes et celles que j'ai enseignées dans ma Théologie morale. Sur ce point, je n'admets aucune réplique. Si le professeur est d'un sentiment contraire, qu'il le garde pour lui, mais qu'il obéisse en défendant nos opinions par les meilleurs arguments qu'il pourra trouver, et mieux encore en s'efforçant de conformer son jugement à celui de ses supérieurs ^ » — « Sur la grâce, dit-il ailleurs, je recommande au père Rizzi de pénétrer les étudiants du système que j'ai développé dans mon opuscule sur la prière 2. »

Le père Rizzi, religieux plein de piété, non moins savant qu'éloquent, était entré dans l'institut après avoir professé longtemps dans un séminaire certaines thèses gallicanes sur l'infaillibilité du pontife romain. Alphonse l'aimait et l'estimait à cause de ses talents et de ses vertus ; toutefois il ne craignait pas de lui reprocher ses tendances. A i)ropos d'une retraite que Rizzi devait prêcher dans une communauté religieuse, il lui recommandait une àme très unie à Dieu, mais très tourmentée par les scrupules. « Exhortez-la, lui écrivait-il , comme je l'ai fait moi-même, à ne pas omettre la communion quotidienne. Vous n'êtes pas, j'espère, un disciple d'Arnauld, comme vous l'êtes, me dit-on, de Juenin, qui refuseau pape l'infaillibilité à moins que l'Église n'accepte ses décrets. A vous

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