Corrispondenza générale, I, page
LE RECTEUR xMAJEUR. 663
la doctrine, le bien suprême d'une société quelle qu'elle soit. 11 se croyait donc obligé de donner à ses jeunes gens des maîtres absolument sûrs, n'admettant pas qu'un supérieur, c'est-à-dire un père, pût permettre à des orgueilleux ou à des fantaisistes d'empoisonner l'esprit de ses enfants. Quant aux étudiants, il exigeait d'eux l'application sérieuse à la leçon du jour, tant comme pratique de la vertu d'obéissance que comme moyen d'acquérir une vraie science. Il n'aimait pas voir le jeune philosophe ou le jeune théologien papillonner dans les livres, moins encore s'abattre sur les orateurs sacrés sous prétexte d'amasser de beaux extraits pour la chaire. « C'est négliger, disait-il, l'essentiel pour l'accessoire. On ne rassemble des matériaux utiles qu'après avoir achevé ses cours. C'est donc travailler sans fruit et au détriment des études. » Rien de plus vrai, car si Boileau a dit qu'avant d'écrire il faut apprendre à penser, il n'est pas moins vrai qu'avant de collectionner il faut avoir assez de science et assez de jugement pour discerner ce qui doit ou ne doit pas entrer dans la collection. L'n étudiant, emporté par cette manie des extraits et plusieurs fois réprimandé, ne voulait pas se corriger. Le saint le renvoya chez lui, en lui prédisant les tristes suites de sa désobéissance. En efl'et, après avoir mené une vie errante et méprisée, le malheureux, réduit à exercer le métier d'aubergiste, mourut inconnu dans une misérable taverne.
La vie religieuse et la vie d'étude combinées ruinent assez facilement, si la modération fait défaut, la santé des jeunes gens. Alphonse veillait avec la plus grande sollicitude sur ce point, persuadé qu'un âne vivant, comme dit le proverbe, vaut mieux qu'un lion mort. Sans la santé, que fera le missionnaire le plus savant? « On me dit, écrivait-il au père Cajone, que le frère de Michèle a repris sa mauvaise mine d'autrefois. Voyez, je vous prie, où il en est au point de vue de la santé. S'il le faut, interdisez-lui non seulement les études dont je l'ai dispensé, mais toute étude, car vienne une rechute, il ne s'en relèvera pas. D'autres encore, me dit-on, souffrent plus ou moins. Diminuez comme vous l'entendez le temps consacré à l'étude, et, dans le doute, inclinez toujours du côté de la santé. Je vous donne tous mes pouvoire, mais vous voudrez bien me rendre compte de l'usage que vous en ferez*. » Le 15 juillet 1757, il ajoutait : « J'apprends que plusieurs étudiants sont un peu indisposés. Par ces chaleure, faites-les