Corrispondenza (jenerale^ I, page
sortir le matin aussi longtemps que le soleil n'est pas trop ardent. Je désire que mes étudiants aient bonne santé, et peu importe qu'ils perdent deux heures d'étude. »
Mais il avait surtout à cœur de développer dans Tàme de ces jeunes gens la science des saints, c'est-à-dire Tamour de Dieu et le zèle apostolique. Il leur citait volontiers le mot du cardinal Tarrucci à son neveu, qui venait d'entrer chez les franciscains : « Appliquezvous principalement à la science des saints : il y a dans votre ordre plus de saints que de savants. » Aussi prenait-il toutes les précautions pour que l'amour de l'étude n'étouffât pas l'esprit d'oraison, et que la science, vaniteuse de sa nature, n'enflât point le cœur de ses jeunes gens. A chaque instant il leur recommandait l'humilité, l'obéissance et la mortification, et tenait sévèrement aux exercices de piété. Afin de les maintenir dans un saint recueillement, toute la matinée du dimanche se passait dans le silence et la prière. Comme on Tinterrogeait sur certains points controversés de la constitution des étudiants, il répondit : « Relativement à celte demi-retraite du dimanche matin, c'est trop, me semble-t-il, d'uoe heure de préparation à la communion et d'une heure d'action de grâces : il suffit d'une demi-heure pour chacun de ces exercices; qu'il y ait conférence, récitation de l'office en commun, une demiheure de lecture spirituelle. Le reste du temps, chacun l'emploiera en exercices de son choix. » Sage et pondéré toujours, il retrempait les âmes dans la piété, mais sans les écraser sous le poids d'exercices trop continus.
Pour les tenir dans l'humilité, surtout relativement à la prédication, il leur montrait que souvent le catéchiste fait plus de bien que le prédicateur du grand sermon. « La vanité, disait-il, nous fait mettre au premier rang ce rôle du prédicateur, et cependant il est plus nécessaire d'instruire les peuples que de prêcher le sermon du soir. Les vérités de l'Évangile s'impriment mieux dans les âmes au moyen des catéchismes que par les prédications solennelles. » Un jour qu'il en envoyait un certain nombre faire le catéchisme dans les paroisses : <' Mes enfants, leur dit-il, attachezvous toujoure aux âmes les plus nécessiteuses. Vous allez maintenant enseigner le catéchisme, remplissez cet office avec un vif désir d'instruire les petits enfants, et ne croyez pas que ce soit là peu de chose : Jésus fut envoyé par son Père pour instruire le^ ignorants. » Ainsi les rappelait-il sans cesse au but de l'institut, cpi est d'évangéliser les pauvres âmes abandonnées, et non de parader devant un brillant auditoire.
Chaque année, en terminant la visite canonique, il laissait par écrit des ordonnances relativement aux imperfections qu'il avait cru remarquer dans Tobscrvance régulière. On voit, par le recessus de 1761, qui nous a été conservé, combien il se montrait exigeant sur le respect envers les maîtres, l'humble acceptation des réprimandes, le silence, la modestie religieuse, Tesprit d'union et de charité, l'isolement complet des séculiers. Jusque-là il avait permis le jeu de balle aux étudiants, comme exercice corporel. Il prenait même plaisir à leurs ébats et marquait lui-même les points des gagnants; mais il supprima ce jeu en 1761 comme trop dissipant pour les jeunes gens et peu édifiant pour les étrangers.
Avec une discipline de ce genre il ne restait d'autre alternative aux étudiants que de marcher dans la voie des saints ou de quitter la congrégation. La plupart se lançaient avec ardeur dans ces sentiers escarpés où, comme dit Bossuet, « on grimpe plutôt qu'on no marche ; » quelques-uns, attirés par les bruits du monde, cessaient de regarder le ciel et finissaient, après un temps plus ou moins long, par perdre pied et regagner la plaine. Parmi les premiers, courageux imitateur de saint Louis de Gonzague, on en compte au moins sept, moi*ts comme lui en odeur de sainteté dans le coui*s de leurs études : sept bienheureux dont les noms peuvent figurer à côté de ceux des Petrosini et des Blasueci, des Piccone et des Zabbata. Rappelons seulement ici le souvenir des quatre étudiants enlevés par Dieu durant cette période de 1756 à 1762 : Jérôme Ferrazzano, Félix Cancer, Xavier de Gattis, et Dominique Telosca.
Jérôme Ferrazzano appartenait à Tune des premières familles de Solofra. Tout enfant il vivait comme un solitaire, s'amusant à faire de petits autels et des crèches pour le Bambino Gesù. A dix ans il prit rhabit clérical, puis s'imagina que Dieu l'appelait à vivre en ermite sur une montagne voisine, appelée Saint-Ange. Comme son patron saint Jérôme, dont il avait lu la vie, il pensait toujoursau jugement et à Tétemité. Les pères du Très Saint-Rédempteur prêchant souvent à Solofra, il les considérait, dit-il, comme des saints, des messagers de la justice et de la miséricorde de Dieu. Bientôt il eut l'envie de les suivre pour se faire saint comme eux. A quatorze ans, il étudiait à Vietri la rhétorique et la philosophie , et préludait à la vie religieuse par des oraisons sublimes, des communions angéliques, et des mortifications d'anachorète. « Mon cœur débordait tellement, dit4l, que j'aurais rempli des volumes de mes sentiments pour Dieu. » Cet amour de la vie intérieure le fit hésiter entre l'ordre des
W, L\ rjiOiSADE Dl SALIT.
chartreux et riiu»Uiui du Très Saint-Rédempteor, mais u «e otcisl pour l'iu^iiut à cauie du zèle apostolique qui dérorût ^a. hj^ Deux ans il dut lutter contre ses {larents, qui désapprooTmâeu; a n- Kolution, et ctniint les pères, qui ne voulaient pas Tadmettre a^sir %a dix-huitième année. Lettres, visites, importunités, il n'eparscL rien p^/ur se faire ouvrir avant l'âge la porte de CioranL Fnin i M^;ize anfi« s*étant rendu auprès d'Alphonse, il obtint, â i-jnt àt prières, d'entrer immédiatement au noviciat. « Soyez ferme, hzi àz le «aint fondateur, car je vous prédis de rudes assauts, s ijoe^t^ae jours après, il quittait Solofra en laissant sur sa table un bilkt k^tî cen mots : » Chers parents, ne vous inquiétez pas, je suis à CîorasL » Il prit rbahit en mars ilhk.
i/jissaut commença aussitôt. Le démon lui suscita d*horrible> tentations contre la foi, Dieu sembla se retirer de lui, son père l'ao»hla de visites et de lettres, menaçant de recourir au roi s'il ne re&trait pas & la maison. JérAme répondit que sa vocation, examioce pendant deux ans, avait été approuvée par tous ses confesseurs; qat nann doute il était faible de santé, mais qu'il était parfaitement sûi> ^né au noviciat, et qu après tout, s'il mourait après quelques annm de vie religieuse, il en bénirait Dieu. <' Les jeunes gens morts ici, dit-il, sont tous morts en odeur de sainteté; on recueille même les nctcs de leur vie; tandis que ceux que j'ai vus mourir dans le monde, n'ont laissé réputation ni de sainteté, ni même d'honnêteté. »> Ijb père et la mère, excellents chrétiens, tinirent par se rendre aai désirs de leur fils, et le jeune homme fit ses vœux en mars 1755.
Il av«it recouvré la paix et la joie, mais une nouvelle épreuve latt(*n(lait nu début do ses études. Sa santé s'affaiblit, et bientôt on lut sur son visage amaigri les signes d'une fin prochaine. Courageux et fervont, Jérôme marcha toujours sans slnquiéter de sa faiblesse, juN<|u*au nionicnt o(\ les ravages de la phtisie le forcèrent de s'a^ r^ter. On employa tous les moyens pour enrayer le mal, mais sans aucun succès. Le médecin ayant conseillé l'air natal, le saint fondateur, confiant dans la vertu de son malade, lui commanda d'aller passer quelque temps dans sa famille. A peine arrivé, Jérôme se senti I frappé à mort. Sans se troubler, toujours uni à Dieu, il se prépara joyeusement au dernier voyage. Les yeux fixés sur son crucifix et sur rinmge de Marie, il rendit sa belle àme à Dieu le 28 novembre \1JM\, Après avoir pleuré ce jeune hommes de grande espérance, ()our se consoler Alphonse écrivit sur le catalogue des défunts : JélH^me Vovvazziuio, morio dasanio^ mort en odeur de sainteté.
Il avait eu pour compagnon au noviciat François Xavier de Gattis,
sur le tombeau duquel on put écrire aussi deux ans plus tard : morto da santo. Comme Ferrazzano, de Gattis était faible de santé. Enfant, il allait toujours nu-pieds. En hiver, par des froids rigoureux, ses parents lui mirent des souliers, mais son maître, qui Taimait beaucoup à cause de son intelligence et de son bon naturel, les lui fit ôter sous le prétexte, raconte François-Xavier, qu'à pieds nus on apprend mieux les sciences. Quoi qu'il en soit de cette méthode pédagogique, Télève fit de rapides progrès. A douze ans il revêtit rhabit clérical, et voulait même se faire religieux, mais ses parents s'y opposèrent formellement. Il vécut alors d'une vie assez dissipée pendant deux années, et peut-être, entraîné par de mauvais compagnons, allait-il se perdre, quand les pères du Très Saint-Rédempteur donnèi*ent une mission à Nusco, son pays. Les premiers jours, au lieu d'aller au sermon, il courait s'amuser avec ses camarades; mais comme on lui demandait à la maison ce qu'on avait dit au sermon, il se vit obligé d'assister au moins pendant quelques minutes aux exercices. Les prédications lui plurent, sans toutefois faire grande impression sur son cœur. Un soir, après le sermon, il se donna la discipline avec les hommes. Pendant qu'il se flagellait, les versets du Miserere l'attendrirent jusqu'aux larmes. Le lendemain un de ses compagnons lui dit en parlant des missionnaires : « Ils sont heureux ceux-là, parce qu'ils sont saints et servent Dieu de tout leur cœur. Si nous partions avec eux? » Xavier ne répondit pas, mais il alla se confesser à un père, qui lui donna pour pénitence de faire tous les jours pendant la mission un quart d'heure de visite au saint Sacrement. C'est là que Jésus l'attendait. A la première visite, une voix intérieure lui dit avec insistance : « Laisse là le monde, et pars avec les pères. » Bouleversé, mais hésitant, il répond : « Si un père s'approche de moi, je me présente. » Il avait à peine articulé ces mots qu'un des missionnaires vient se placer près de lui. Trois fois il veut s'aboucher avec le père, et trois fois il recule; mais enfin, vaincu par la grâce, il lui ouvre son cœur et demande son admission au noviciat. Le père remit l'examen de sa vocation au lendemain. Joyeux, il conta son histoire au camarade qui la veille lui avait proposé de suivre les pères, et tous deux furent acceptés. Seulement il dut partir seul pour Nocera, car, au moment où ils allaient quitter Nusco, les parents de son ami l'attachèrent à un banc et le battirent sans pitié jusqu'à ce qu'il criât merci. Plus heureux, de Gattis entra au noviciat en mai 1751, et mourut en 1758, après avoir, comme novice et comme étudiant, donné l'exemple des vertus qu'on admire dans les saints.
En 1756 prenait Thabit du Très-Saint-Rédempteur un jeune clerc de seize ans, nommé Félix Cancer, vrai prodige de science et de sainteté. A quatre ans il pleurait quand le mallre expliquait uoe chose que sa petite intelligence ne parvenait pas à comprendre. A sept ans, entendant lire Thistoire sainte, il se passionna tellement pour Abraham qu'il voulait à toute force imposer le nom du saint patriarche à son frère nouveau-né. A douze ans il savait le latin et composait de très belles poésies. Après l'avoir examiné pour l'admission à la tonsure et aux ordres mineurs, les juges, étonnés, se disaient entre eux : « On pourrait l'admettre au sacerdoce : » il avait treize ans. De douze à seize ans, pendant ses cours de poésie et de rhétorique, il se délectait dans la lecture des saints Pères, particulièrement de saint Jérôme. Un jour qu'il se trouvait chez son oncle, Tarchiprôtre Cancer, le poème du Tasse lui tomba sous la main. L'archiprêtre lui conseilla de le lire : « Je ne lis que les livres des saints, répondit-il, ou ceux qui traitent de la sainteté. »
C'est que Félix était aussi saint que savant. Il aimait Dieu avec passion et faisait ses délices de l'oraison. Le plus léger mensonge répugnait à sa belle àme. Ses confesseurs ne trouvaient jamais matière à absolution. Il voua une sainte haine à une malheureuse qui avait essayé de le tenter. Pour mortifier son corps, il couchait souvent sur la terre nue ou sur une planche, se donnait la discipline jusqu'au sang trois fois la semaine, et s'imposait toutes sortes de privations. Une année il jeûna tout un carême au pain et à Teau. A force de s'humilier et de se crucifier, il était arrivé à une sorte d'impassibilité stoïque. Ni le froid ni les coups ni les injures n'avaient d'empire sur lui. Il se cassa un jour l'os de la jambe, et ne se plaignit pas. « Tout pour Dieu, » disait-il, et il souffrait en silence. Il avait quinze ans quand il perdit son père. Le jour des obsèques, sa pauvre mère, restée veuve avec six enfants, pleurait toutes les larmes de ses yeux, ses frères et sœurs pleuraient avec elle. Pendant tout le service, Félix, les yeux secs, servit la messe à plusieurs prêtres qui offraient le saint sacrifice pour l'àme de son père- Sa mère lui reprocha cette apparente insensibilité. <( Ma mère, répon-^ dit-il on doit pleurer quand l'âme se sépare de Dieu, mais non quanC^ l'âme se sépare du corps pour aller jouir de Dieu. »
Depuis sou enfance Félix pensait à la vie religieuse, mais il ne savai quel ordre choisir. Un jour, en lisant l'introduction des Visites at^ saint Sacrement, il fut frappé de ces paroles d'Alphonse : « Je n'a--—
quitté le monde qu'à vingt-six ans, et j'exhorte vivement ceux qui veu
lent se sanctifier à le quitter plus tôt que moi. » J'ai seize ans, se di"^
Félix, il est temps de mettre la main à l'œuvre, — et il se décida à entrer dans l'institut. Il en parla à son oncle, un saint prêtre, qui lui dit : « J'ai moi-même désiré toujours me retirer au couvent, mais la décadence des ordres religieux m'en a empêché. Si j'étais moins âgé, je t'accompagnerais dans ce nouvel institut. » Sur le conseil de aon oncle, il écrivit au saint fondateur une fort belle lettre latine pour solliciter son admission. On lui répondit de se présenter à l'examen. Aussitôt il se jeta aux pieds de sa mère pour lui demander sa bénédiction, et comme ses frères et sœurs étaient en larmes : « Je pars pour faire mon salut, leur dit-il ; vivez de manière à ne pas manquer le vôtre. » Puis, la joie au cœur, accompagné d'un de ses amis, il prit le chemin de Nocera. Le long de la route, toutes les créatures, les arbres, les fleurs, les vallées, les montagnes, lui donnaient l'occasion de bénir Dieu. Le soir, il se coucha sur la terre nue, et comme son compagnon s'en étonnait : « Je n'avais pas d'autre lit à la maison, » lui dit-il. Il soupirait après le moment où on l'admettrait dans la congrégation : « Qu'ils me reçoivent, s'écriait-il, et puis qu'ils me tuent s'ils le veulent. »
Alphonse apprécia bien vite cette âme d'élite. Félix prit le saint habit le 26 juillet 1756 et fit profession l'année suivante à la même époque. Inutile de dire qu'au noviciat ses vertus héroïques étonnèrent ses confrères, pourtant si vertueux. Du noviciat il passa au studendat, où bientôt le travail, la mortification, l'application constante à Dieu, affaiblirent sa santé mais non son courage. Quand Alphonse, en 1758, demanda des hommes de bonne volonté pour aller prêcher aux infidèles, FéUx lui répondit avec son calme de stoïcien : « Je désire vivement évangéliser les infidèles, et voici les motifs qui excitent de plus en plus ce désir : d'abord, l'espérance du martyre, qui est le sacrifice le plus complet de notre être à Dieu, et par conséquent la chose du monde la plus désirable. Quand la volonté de Dieu n'y est pas manifestement opposée, il faut tenter l'impossible, me paraît-il, pour y arriver. Mon second motif, c'est la compassion pour tant de pauvres âmes qui s'en vont, sans presque s'en douter, dans Tablme éternel. Le troisième, c'est la volonté de faire connaître et aimer Jésus-Christ de tous les peuples, et cela au prix de toutes les souffrances, fatigues et voyages, faim et soif, veilles et tribulations. Enfin, le quatrième motif, ce sont les fruits de salut, qui seront, nous pouvons l'espérer, plus abondants dans ces pays que dans les nôtres. » Il terminait sa lettre en suppliant le saint fondateur de l'inscrire sur la liste de ceux qui auraient la bonne fortune de s'expatrier pour Jésus-Christ.
Jésus était son unique amour. « Ha vie, écrit-il, doit être une vie d'amour; mon unique occupation consiste à faire la volonté de Dieu. Voilà quel doit être mon unique désir, la nourriture de mon àme, Tunique but de mes pensées, à l'exemple du divin Maître, qni fut obéissant jusqu'à la mort. » C'est bien ainsi, dans cet acte d'amour perpétuel, que se consuma sa courte existence. Plusieurs crachements de sang lui annoncèrent que le départ était proche : il n'en fut ni surpris ni ému. Dans une pièce de vers latins écrite peu auparavant, il disait : « Déjà fuit l'automne, déjà la nuit triomphe du jour, déjà le vigneron cueille les grappes vermeilles. Ainsi la vie s'écoule, et la mort s'avance à grands pas. Donc, puisque la scène du monde va disparaître, n'abusons pas des créatures qui nous disent en leur langage: Recevez les dons de Dieu, mais remerciez ou tremblez ! » Lui qui n'avait abusé de rien mais qui avait dès son enfance tout sacrifié pour Dieu, vit arriver la mort sans trembler. Il la salua comme sa libératrice, comme une amie qui lui prenait la main pour le conduire dans le sein de Dieu. Plein de joie en pensant qu'il mourait dans la congrégation du Très Saint-Rédempteur, il embrassa son crucifix une dernière fois, arrêta son regard sur sa bonne mère Marie, et rendit le dernier soupir le 7 juillet 1759. Félix Cancer avait vingt ans : il n'en passa que trois dans la congrégation, mais jamais ne disparaîtra le souvenir de ses vertus.
Deux mois avant sa mort, arrivait au noviciat un autre Louis de Gonzague qui, lui aussi, ne devait que traverser l'institut pour aller au ciel. Dominique Telesca, tout enfant, jeûnait au pain et à l'eau trois fois par semaine, se livrait à l'oraison, et récitait le rosaire chaque jour. Il convint avec un de ses compagnons de se retirer dans un ermitage; mais au jour fixé pour le départ, le compagnon fit défaut. Dominique alors se mit à étudier avec l'intention d'embrasser la vie religieuse. Les pères du Très Saint-Rédempteur étant venus prêcher la mission à Potenza, son pays, il les suivit et fnt admis au noviciat. Il avait alors dix-huit ans. Deux ans après, en 1761 , la phtisie, « le mal de ces premiers temps », dit le père Landi, saisit le saint étudiant parmi ses livres et l'envoya rejoindre au ciel ses trois émules en sainteté, Ferrazzano, de Gattis et Cancer.
Ces jeunes héros, qui prenaient le ciel d'assaut, réjouissaient le cœur d'Alphonse. Il recueillait les actes de leur sainte vie pow l'édification des générations futures, et remerciait Dieu d'avoir placé dans les fondations de son institut les ossements de ces mft^ tyrs volontaires. Hais, à côté de ces braves, il y avait les £aibles6t
les inconstants, qui reculaient devant le sacrifice. Le saint pressait, suppliait, menaçait; puis, quand un sujet se montrait absolument incorrigible , il l'expulsait. Mais il n'en venait à cette extrémité que pour des raisons très sérieuses. « Dès qu'on a reçu un sujet, il faut des motifs graves pour le congédier, disait-il. Après la profession, il en faut de très graves, joints à l'incorrigibilité. Ce serait un péché mortel que de congédier un sujet sans motif suffisant^». D'un autre côté, si un sujet lui demandait une dispense non justifiée, ou même commettait des fautes dans le but de se faire expulser, il refusait nettement de briser les liens qui l'attachaient à Dieu. Si l'infidèle quittait l'institut, il le forçait à revenir ou à traîner dans le monde une chaîne que personne ne pouvait lui enlever. « Jamais, disait-il, je n'accorderai de dispense à un déserteur avant qu'il soit rentré dans la congrégation. Quand il aura réintégré sa cellule et accepté la pénitence que je lui imposerai, je verrai quelles mesures prendre à son égard. Ainsi doit agir, à mon avis, tout recteur majeur qui ne veut pas se damner et ruiner la congrégation. J'ai prévenu le cardinal grand pénitencier, et si je voyais que le pénitencier accorde de pareilles dispenses, je suis résolu d'écrire et d'écrire encore au souverain pontife. » De fait, on ne voit pas à quoi serviraient l'engagement des vœux perpétuels ni le serment de persévérance, si le sujet pouvait demander et le supérieur accorder, sans raison légitime, la dispense de ces obligations sacrées.
Durant cette période, Alphonse donna certaines dispenses pour des raisons de famille ou de santé, que la gravité des circonstances le forçaient d'accepter. Ainsi, par exemple, un jeune frère de Jérôme Ferrazzano, Uichel, Âgé de seize ans, malgré les supplications de ses parents, entra au noviciat au moment où Jérôme faisait profession. Pieux et vertueux comme son frère, il émit lui-même ses vœux quand celui-ci partait pour le ciel. Mais, comme son frère, il avait hérité de leur mère les germes de la maladie qui ne pardonne pas. Bientôt des commencements d'hémorragie firent craindre pour ses jours. Ses parents, au désespoir, supplièrent Alphonse de l'envoyer à Solofra pour quelques mois afin d'y respirer l'air du pays. Or, à peine arrivé dans sa famille, le pauvre jeune homme, moins héroïque que son aîné, céda aux importunités de ses parents, auxquelles vinrent se joindre les coupables exhortations de certains religieux, et demanda sa dispense. Par pitié autant pour le père et