AU COLLEGE DES . CHLNOIS
tout en restaurant votre santé, vous rendrez un immense service aux pauvres chevriers qui, sur cette montagne déserte, sont à peu près dénués de tout secours spirituel. Je vous accorde les pouvoirs nécessaires pour travailler au salut de ce peuple abandonné. » Une invitation si cordiale ne pouvait manquer d'être acceptée par Alphonse, qui désirait vivement utiliser ce temps de repos. Les six voyageurs prirent donc la route de Sainte-Marie-des-Monts.
La chapelle de ce nom s'élève, à une lieue et demie de Scala, sur une colline spacieuse que dominent les hautes montagnes de Corbelliano et de Correto. La petite caravane n'arriva sur ce plateau qu'après une longue et pénible ascension, mais le spectacle grandiose qui s'offrit aux regards d'Alphonse et de ses amis leur eut bientôt fait oublier la fatigue. D'un côté la splendide côte d'Amalfi avec ses jolis villages, ses hameaux disséminés sur les bords de la mer, et par delà l'immense nappe d'eau se confondant avec l'horizon : de l'autre côté, les majestueux Apennins aux cimes couronnées de verdure; enfin, à leurs pieds, le petit ermitage, silencieux et désert, au milieu d'une riche et abondante végétation. Loin des bruits du Daonde, seuls en face du grand Dieu auteur et conservateur de cette l>elle nature, nos six touristes émerveillés crurent avoir retrouvé k paradis terrestre. Aussi décidèrent-ils de consacrer un jour de repos à l'exercice de la contemplation, aux pieds du saint Sacrement ou en présence de ces splendeurs de la création qui leur révéleraient la puissance et la beauté du Créateur. Mais ils s'aperçurent bientôt que Dieu ne les avait pas conduits sur cette montagne pour y mener la vie cénobitique.
Ayant appris l'arrivée parmi eux d'une escouade de missionnaires, les campagnards et les chevriers disséminés sur le plateau accoururent à la chapelle de Sainte-Marie des-Monts dans l'espoir que ces hommes de Dieu leur adresseraient quelques instructions. Leur attente ne fut pas trompée. Alphonse les accueillit avec bonté, les interrogea sur la religion, et s'aperçut bientôt que ces pauvres délaissés n'en savaient guère plus que les troupeaux dont ils avaient la garde. Nos apôtres se mirent donc à leur apprendre, comme à des enfants, les vérités nécessaires au salut, puis les dispositions requises pour recevoir les sacremenis. Ignorants mais pleins de bonne volonté, ils recueillaient avec avidité ces vérités saintes dont ils n'avaient jamais entendu parler. Après leur avoir enseigné ces premiers éléments de la religion, Alphonse fit retentir à leurs oreilles les terribles vérités qui arrachent l'àme au péché pour lajeter aux pieds de Dieu. On comprend l'impression que produisit sur ces
âmes simples et naïves la prédîoatioa du jugement et de Tenfer Quand ces bons paysans, déchargés de leurs péchés, eurent reçu h sainte communion, ils s'en allèrent raconter leur bonheur aux ha bitants des hameaux plus éloignés. Ceux-ci arriérèrent à leur tou à la petite chapelle de la montagne, suppliant les missionnaires d< vouloir bien aussi s'occuper de leurs âmes; de sorte que la villégia ture se changea en une longue et continuelle mission .
Alphonse n'avait guère évangélisé jusque-là que les grande villes ou tout au plus les bourgs populeux, abondamment pourvu de prêtres et de secours religieux, il ne s'était fait aucune idée d( l'ignorance de ces campagnards, pâtres et laboureurs, éloigné des églises paroissiales, abandonnés dans leurs pauvres chaumières L*état lamentable des chevriers perdus en ces parages fut pour lu une véritable révélation. Le gentilhomme qui s'était dévoué i évangéliser sur les places publiques les lazzaroni de Naples, s demanda pourquoi des missionnaires zélés n'iraient point à traver les campagnes, sur les collines, sur les plateaux des montagnes, su les rivages de la mer, chercher ces enfants de Dieu qui connaissen à peine leur Père, pour les instruire et les convertir. La voix au: appels mystérieux, qui lui inspirait ces réflexions, ne tardera pas ; lui révéler pourquoi la Proridence l'avait conduit à Sainte-Marie des-Monts au milieu des chevriers de la montagne.
Dès les premiers jours de son installation en ce pays, Alphons rendit visite à Tévêque de Scala. C'était alors Nicolas Guerriero, l bienveillant docteur qui, cinq ans auparavant, raccueillait à se conférences du soir en compagnie de quelques iotimes. Connais sant les talents de son ancien disciple et la réputation qu'il s'étai faite h Naples, Tévêque le pria d'évangéliser son peuple le diman che suivant, qui tombait dans Toctave du saint Sacrement Alphonse accepta Tinvitation, et prêcha sur Tamour que nous de vons au Dieu du tabernacle. Il en exposa les motifs avec tant d< force que tout l'auditoire éclata en sanglots. Puis, quand le prédi cateur fit rxintraster Tamour de Dieu pour l'homme avec Tindiffé renc^î, les crimes, les sacrilôges des pécheurs, la foule poussa d< tels cris de repentir qu'ils furent entendus des religieuses du Saint Sauveur, dont le monastère se trouve pourtant à une certaine dis tance de la cathédrale. L'évèque lui-même, vivement impressionné s'éprit d'une si grande amitié pour les missionnaires, qu'il voular à toute force les attacher à son diocèse. Il ne consentit à les laisse partir qu'après avoir obtenu d'Alphonse la promesse de revenir, ai mois de septembre, prêcher à Scala la célèbre neuvaine du Crucifix