AU COLLEGE DES « CHLNOIS
La chapelle des « Chinois »' devint ainsi le refuge des pécheurs et Toasis des âmes pieuses durant les deux ans et demi qu'Alphonse y exerça le saint ministère. Aussi, dans ses Mémoires sur sa congrégation, Ripa a-t-il consacré au pieux chapelain une page des plus élogieuses. « Nous avions au nombre de nos pensionnaires, écrivit-il, don Alphonse de Liguori, gentilhomme très distingué par sa naissance, mais plus encore par l'excellence de ses vertus et ses grandes qualités de missionnaire. Bien qu'il ne fût pas agrégé à notre institut, il avait le plus vif désir d'aller en Chine pour y prêcher l'Évangile , et se tenait prêt à répondre à l'appel de Dieu, comme il Ta maintes fois répété à son directeur. Confiant dans son zèle et ses talents, je faisais reposer sur lui presque toute la charge de notre église, en ce qui concerne la prédication et la confession, il s'acquitta de cette charge au plus grand avantage des âmes. »
Ces travaux incessants, qui auraient absorbé l'activité de plusieurs hommes, laissaient encore à notre saint le temps de s'occuper d'autres œuvres. Non seulement il assistait à certains jours aux réunions de Barbarese et de Nardone, mais il prêchait l'adoration des Quarante heures toutes les fois que les curés réclamaient son concours, et participait, comme ses collègues de la Propagande, à la grande œuvre des Missions apostoliques. Six mois après son entrée chez Ripa, il donna une mission dans l'église du Saint-Esprit, h Naples, mission qui lui procura une des plus grandes joies de sa vie.
Don Joseph s'était, avec le temps, bien relâché de ses anciennes fi^ueurs â l'égard de son fils, mais jamais cependant il ne lui avait tout à fait pardonné des déboires dont il souffrait toujours. Alphonse priait pour ce cœur ulcéré, mais sans arriver à le guérir. Op, pendant la mission donnée dans l'église du Saint-Esprit, il arriva qu'un soir don Joseph, passant devant cette église au sortir du palais royal, entendit la voix de son fils qui, en ce moment, prêchait à une foule immense. Poussé par la curiosité, le capitaine des galères franchit la porte du temple. Le prédicateur parlait de l'amour de Dieu avec de tels accents que tout l'auditoire ému, silencieux, était à la lettre suspendu à ses lèvres. Don Joseph fut bientôt, comme tout le monde, subjugué par cette éloquence simple et vraie qui allait droit au cœur. L'émotion des assistants Je gagna bien vite, et il sentit que ses yeux se remplissaient de larmes. Après le sermon, il sortit de l'église en gémissant de s'être si vivement et si longtemps opposé à la vocation de son fils,
et pour la première fois il remercia Dieu d'en avoir fait un apôtre de rÉvangile. Il était encore sous cette impression quand Alphonse rentra, car, en raison de la proximité de 1 église, il logeait chez son père pendant cette mission. Don Joseph, qui l'attendait, s'avança au-devant de lui, lui ouvrit ses bras, et le serra sur son cœur en versant d* abondantes larmes. « 0 mon fils, s'écria-t-il, combien je vous suis reconnaissant ! Vous m'avez appris tout à l'heure à connaître Dieu. 0 mon Alphonse, soyez mille fois béni d'avoir embrassé un état si agréable à Notre-Seigneur. » Depuis ce jour, totalement transformé, l'excellent père ne cessa d'aimer et de vénérer celui qu'il regardait comme un saint de Dieu.
Trois mois après, en janvier 1730, Alphonse commençait avec ses collègues une nouvelle mission dans le bourg populaire de Marano, où il dut, tout en entendant de nombreuses confessions, remplir le rôle de prédicateur et de catéchiste, c'est-à-dire occuper la chaire deux heures chaque jour. En le voyant arriver couvert d'une soutane usée et rapiécée, les gens du pays ne purent s'empêcher de plaisanter sur son accoutrement. « Si les sermons de ce déguenillé, disaient-ils, ressemblent à ses vêtements, malheur à nous ! » Mais à son discours d'ouvertui*e, ravis d'admiration , ils ne pouvaient détacher leurs regards de ce pauvre de Jésus-Christ, dont l'habit râpé cachait tant de sagesse et d'éloquence.
A la suite de trois autres missions, données aux peuples de Casoria, de Capodimonte et de rAnnunziata de Naples, Alphonse tomba dans un tel état de fatigue et d'épuisement que ses collègues lui conseillèrent d'aller respirer quelque temps l'air pur de la campagne pour réparer ses forces. Se sentant incapable de continuer les travaux de son ministère, il accepta cette idée de villégiature, et il fut convenu qu'il se rendrait, accompagné de quelques amis, dans une charmante solitude des environs d'Amalfi, d'où l'on jouit à la fois des magnificences de la mer et des beautés pittoresques de l'incomparable baie de Naples. Au jour fixé , cinq de ses compagnons, Mazzini, Mandarini, Panza, Jorio et Porpora, s'embarquèrent avec lui à destination d'Amalfi, mais une violente tempête les jeta sur la côte de Minori, où ils durent attendre le calme pour regagner Amalfi. Là ils trouvèrent par hasard chez l'archevêque un vicaire-général de Scala, qui les pressa fortement de s'établir, pour leurs vacances, à Sainte-Marie-des-Monts, dans le voisinage de Scala. « Vous y trouverez, leur dit-il, une habitation convenable à côté d'une chapelle où vous pourrez garder le saint Sacrement, et vous y vivrez comme dans un ermitage. De plus,