Corresp. gêner
LE REGALISME A NAPLES. 181
dire sans connaître assez les deux personnages qui venaient de ^''installer tout récemment au palais royal de Naples : le roi don Carlos et son ministre Tanucci , deux personnages appelés à jouer U.O g'rand rôle dans Thistoire que nous écrivons.
L an 1732, alors que Théritier des Liguori quittait Naples pour 1" ermitage de Scala, don Carlos, fils de Philippe V, roi d'Espagne, quittait sa patrie pour prendre possession de la Toscane, qui lui était échue en partage par suite d'un traité international. A son départ, ce prince de quinze ans s'agenouilla devant son père, qui le bénit en présence de toute la cour et lui mit en main une épée enrichie d'or et de diamants. « Mon fils, lui dit-il, voici Tépée que xn 'attacha au côté mon aïeul Louis XIV quand il m'envoya conquéi*îr le trône d'Espagne : puisse-t-elle sans de trop longs combats assurer votre fortune! » Deux ans après, profitant de nouvelles dissensions entre l'Espagne et TAutriche, don Carlos tira son épée, traversa les Romagnes à la tète d'une puissante armée, battit les Autricliiens, et s'empara de Naples, où il fit son entrée le 10 mai ^'^Si. Peu après il chassait les Impériaux de Gaéte et de Capoue, ^ù ils s'étaient renfermés, et enfin de toute la Sicile. En 1735, à la ^^gnalurede la paix, maître du royaume de Naples, il substituait '*^- domination espagnole à la domination autrichienne, qui avait ^viré vingt-sept ans.
Alphonse entendit souvent gronder le canon durant ces deux
f^^nées de guerre, mais les combats qu'il livrait aux démons con-
'■ ^^rés contre lui et contre son institut, l'occupaient beaucoup plus
5i^ ^e les rivalités et les luttes politiques. Il n'est pas question dans ses
^^ttres des événements qui changèrent la face du royaume. Toute la
^^ ^rt qu'il y prit fut de réconcilier avec Dieu un pauvre Napolitain
^ ^ji échappa comme par miracle aux Autrichiens pendant le siège
r^ ^ Capoue. Le malheureux passait près des murs de la ville quand
, ^^^ s assiégés se saisirent de lui et le condamnèrent, comme espion,
^'^^ être pendu. Il eut beau protester de son innocence : la sentence
^ •-Jait s'exécuter, quand un inconnu lui remit mystérieusement une
^ ^^"lage de la Vierge immaculée en lui disant d'avoir confiance et
^^ÏJVie Marie l'arracherait à la mort. De fait, trois fois on conduisit le
^^^ndamaé au lieu du supplice, et trois fois un obstacle inattendu
^^pècha l'exécution. Finalement on eut pitié de lui et on le mit en
^berté. Converti par ce miracle de la sainte Vierge, il courut raconter
*^fait à Alphonse et lui fit une confession générale de ses péchés K
t- Le P. Francesco Pepe, dans un ouTiage sur la sainte Vierge, déclare tenir ce rêcil d'Alphonse lui-même.
Ce changement de dynastie, semblable à ceux que Naples subissait fréquemment depuis de longs siècles, ne parait donc pas avoir grandement impressionné notre saint. Il pouvait même espérer que ce jeune prince de dix-huit ans, sorti de la catholique Espagne, et dont on vantait la vertu et la piété, se montrerait plus favorable aux droits de TÉglise que les gouvernements antérieurs. Don Carlos était en effet très religieux et très attaché à l'Église catholique. A son entrée dans sa capitale le 10 mai 173'», il voulut avant tout rendre grâces à Dieu de ses succès. Sa première visite fut pour la cathédrale, où il reçut la bénédiction du vénérable cardinal Pignatelli. Il fit don à saint Janvier d'un magnifique collier de rubis et de diamants. Quelques années après, lors de son mariage avec la pieuse fille du roi de Saxe, il institua Tordre des chevaliers de Saint- - Janvier, dont les statuts portent que les membres resteront inviola — blement attachés à la religion catholique et à Sa Majesté le Roi, ^ qu'ils entendront la messe tous les jours et communieront auxrs fêtes de précepte, et que jamais ils n'accepteront de duel. Le roi en-^ était le grand-maltre ; les chevaliers, au nombre de soixante-dix, « se recrutaient dans la plus haute noblesse. Du reste, le jeune prince^ affirmait en toute circonstance son respect pour la religion et ses^ pratiques. « On le voyait chanter l'office au chœur avec les chanoi — nés, laver à l'église les pieds des pèlerins et des pauvres, servir le ^ prêtre à l'autel^ et façonner de ses mains royales, pour la fête de -= Noël, la statue et la crèche de l'Enfant Jésus K »
Mais si don Carlos avait en main Tépée de Louis XIV et dans le cœur son amour de la religion, il n'était pas moins pénétré que legrand monarque de sa royale omnipotence. Imbu des idées absolutistes du dix-septième siècle, il ne reconnaissait d'autre maître que Dieu, de qui il tenait sa couronne. Le peuple, l'aristocratie, l'Église, ne devaient jouir que des franchises et immunités librement octroyées par le bon plaisir du souverain. Les droits les plus imprescriptibles et les plus inaliénables du souverain pontife, des évêques, des ordres religieux, étaient considérés par lui comme autant d'usurpations sur le pouvoir royal. Aussi arrivait-il à Naples comme un réformateur, bien décidé à éliminer du droit cano* nique en vigueur toutes les dispositions qui lui paraissaient contraires aux attributions du pouvoir civil. Tel était ce Louis XIV au petit pied, grand ami du faste, grand bâtisseur de châteaux, et, comme Nemrod, grand chasseur devant TÉternel; entêté dans