‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 53 sur 190 · COLBTTA, lib. I, cb · texte numérisé non relu

COLBTTA, lib. I, cb

LE REGALISME A NAPLES. 183

ses idées, ne souffrant pas la contradiction, il était capable, en %jLTi jour de colère, de se livrer aux actes du plus effréné despo- -t.îsii)e.

Et pourtant avec sou noble cœur, son intégrité morale, sa générosité royale, son amour du peuple, on peut croire que don Carlos aUt exercé le pouvoir avec justice et modération s'il ne se fût oonstitué l'élève et l'esclave d'un des hommes les plus néfastes de ce triste dix-huitième siècle, je veux dire Tavocat Bernard Tanucci. Né à Pise en 1698 de parents pauvres mais honnêtes, Tanucci se créa une position par ses talents et surtout par ses préjug-és contre TÉglise. Non seulement il professait les principes régaliens comme à peu près tous les légistes, mais le philosophisme ^vollairien de l'époque ne déplaisait pas à son esprit frondeur. Jamais il n'attaqua la foi, on peut même croire que jamais il ne la perdit, mais les contempteurs du droit de l'Église sympathisent facilement avec les contempteurs des révélations divines. Une thèse qu'il soutint contre le droit d'asile revendiqué par l'Église, décida de sa fortune. Le jeune don Carlos, alors duc de Parme, en fit son confident. Devenu roi de Naples, il le nomma conseiller d'État, *i^tendant général des postes, et premier ministre. C'est à ce titre que Tanucci, pendant plus de quarante ans, de 173'* à 1777, devint ■^'^me du gouvernement et l'exécuteur acharné des hautes œuvres du ^^gralisme.

Son rôle de persécuteur se trouvait du reste préparé par un avocat ^<ipolit6dn, Pierre Giannoni. Son Istoria civile dd liegno, publiée en ^"^ài, avait disposé les esprits à la guerre contre l'Église. Ses quatre ^normes volumes ne sont qu'une longue diatribe contre les privilèges ^e l'Église, les empiétements des papes sur les droits des rois, et surtout contre Texcessif développement des ordres rehgieux. Chacun des livres de son histoire se termine par une effrayante nomenclature de moines napolitains et une statistique plus effrayante encore ^es propriétés de l'Église. Le peuple indigné de tant d'insultes au clergé chassa l'insulteur. Rome anathématisa ses odieux in-folios, "^ais l'empereur Charles VI, déjà imprégné des idées régalistes, assigna au célèbre historien une pension de mille florins, qui lui fui payée jusqu'à l'avènement de don Carlos.

Si Giannoni fut le prédicateur de la croisade régaliste à Naples, Tanucci s'en fit l'organisateur. « Ami du roi, mais non de son pays, défenseur zélé de Tomnipotence du prince telle que la comprenait la pédantesque impiété de ce temps, animé d'un esprit orgueilleux et despotique qui ne tenait compte ni de l'histoire, ni du

caractère national^ » Tanucci réduisit peu à peu TÉglise à Tétai d'ilotisme, ruina son influence sur le peuple, et prépara ainsi dans le royaume le triomphe de la Révolution.

Évidemment il ne pouvait être question d'obtenir l'approbation d'un nouvel ordre religieux, de ce régaliste qui cherchait, non à augmenter, mais à réduire le plus possible le nombre des prêtres et des moines. Quant à don Carlos, au commencement de 1736, lorsque Alphonse envoyait un aperçu de sa règle au marquis de Montallegre, il était depuis longtemps déjà brouillé avec le pape Clément XU. Même il avait rappelé son ambassadeur de Rome et renvoyé de Naples le nonce du pape. Sans compter ses plans de réforme et ses parties de chasses , le jeune roi se voyait trop d'afl'aires sur les bras pour s'occuper des règles et de la congrégation du Saint-Sauveur. L'intervention du marquis de Montallegre n'eut aucun résultat, et dès ce moment, au nombre des obstacles qui empêchaient les développements de sa congrégation, Alphonse vit s'ajouter ie plus insurmontable de tous , le régalisme. Mais il était de cette race de fondateurs qui, sans négliger les moyens humains, savent par-dessus tout s'appuyer sur Dieu seul, avancer quand tous reculent, espérer contre toute espérance. Abandonné de ses novices, dans la presque impossibilité de recruter des sujets, n'ayant pour l'aider que trois ou quatre hommes de bonne volonté, il entrepris néanmoins de mener à bonne fin une troisième fondation, celle de Ciorani.

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