CHAPITRE VIII
L'enfer et la Villa des Esclaves. —Un Judas. — Questions d'intérêt. — Le prince de ''Olonibrano. — Accusation calomnieuse. — Révolution contre les missionnaires. — Départ de Villa. — ChAtiment des calonmiateurs. — Lîx langue rongée i)ar '^s vers. ^ Le prêtre impénitent. — L'archevêque de Salerne et les missions. ^ Alphonse à Xaples. — Série de missions. — Une prophétie. — Le berceau de '•ïistitut menacé. — Intrigues contre les pères. — Départ. — Le peuple reste Hdôlo. — Les bacchanales des démons.
La congrégation tout entière prit part au triomphe de Sarnelli.
"^^Us avaient aidé le champion de la cité très fidèle en priant Dieu
^^ lui accorder force et courage. Les religieuses de Scala, dont
"^ ^^nelli ne cessait de réclamer la puissante intercession, offraient
^^-^Ur son œuvre depuis plusieurs années leurs mortifications et
'^Urs communions. Aussi bien vive fut Tallégresse quand on connut
^ décret royal qui terminait la lutte en écrasant Tennerai. Alphonse
^licita son digne ami, et le vénérable évêque de Castellamare
^^horta tous les pères à remercier le Seigneur qui, « daignant
^énir les rudes fatigues d'un membre de l'institut, avait par son
^ï^termédiaire mis un frein à Tinsolence du vice, affranchi les
^^lïiiDes honnêtes de la cité, et sauvé les bonnes mœurs dans tout
*^ royaume*. » Comme il fallait s'y attendre, le démon ne tarda
I^s à prendre sa revanche contre des hommes qui ne craignaient
pas de lui disputer la capitale et les provinces. Dans la seconde
ïnoitié de cette année 1737 qui marqua le triomphe de Sarnelli.
^ne tempête, suscitée contre Vinstitut par de vrais suppôts de
1 enfep, faillit le renverser et le ruiner. Le premier coup de vent
anéantit la fondation, peu solide encore, de la Villa des Esclaves.
^- Lettre da 19 avril 1738.
Le père Hazzini, supérieur de la maison, avait en ce momen ^ ^ sous ses ordres quatre pères: Sportelii, son premier auxiliaire. ^î Majorini, Villani et Marocco, arrivés tout récemment, et les deus^^ -ix frères servants Andréa et Francesco. La communauté se constituait «"ît. ainsi peu à peu, les bâtiments s'achevaient, et Dieu semblait bénir:*: -ir cette fondation, si favorablement accueillie par le peuple de^^^ :« Villa. Les laïques, les ordinands, les prêtres se disputaient les cel — -■!- Iules du couvent pour y faire les saints exercices sous la direction^rx- «r des missionnaires. La congrégation des artisans comptait déjà plus^ «■ de deux cents membres, fidèles aux réunions. Les jeunes gen^ ^^^ avaient renoncé aux fréquentations coupables pour vivre d'une vics^-^-'' chrétienne, quelques-uns même d'une vie sainte. Aussi Tévêqu^^ ^ Vigilante ne savait comment remercier Dieu d'avoir doté cette parti€^^ -^ de son diocèse d'une maison religieuse où ses jeunes clercs, l'espoir»- -^^ du troupeau, venaient puiser des leçons de piété et de vertu. « San^s ^^ ce secours, disait-il, loin de ma présence, combien tomberaientP" -^^ dans l'insubordination et le dérèglement! »
Hélas ! il suffit d'un Judas pour ruiner toutes ces belles espérances. « Le démon, dit un témoin * au procès de béatification, jalous du bien qui se faisait dans cette sainte maison, s'empara d'un ecclésiastique de mauvaises mœurs. Sa complice, s'étant confessée au père Rossi, promit de changer de vie et tint parole. En vain le séducteur essaya-t-il de la replonger dans l'abîme, il ne put rien obtenir. Furieux il jura de se venger de ceux qui lui avaient arraché sa victime. Dès lors il ne cessa de calomnier les pères et d'exciter les passions contre eux. Les revenus de la maison consistaient dans les quatre chapellenies, lesquelles rapportaient chacune un carlin par jour : ce léger subside lui servit de prétexte. Des étrangers, disait-il, ne devaient pas dérober aux prêtres d'une localité le morceau de pain nécessaire à leur existence. Ces nouveaux venus exploitaient les personnes pieuses et détournaient à leur profit les honoraires do messes, les offrandes, et toutes les ressources. Naturellement les ecclésiastiques vivant dans leurs familles, leurs parents, leurs amis, tous très sensibles à ces questions d'intérêt, se laissèrent peu à peu influencer par les déclamations du mauvais prêtre, et bientôt on ne s'occupa plus dans le pays que des richesses et de l'insatiable avidité des missionnaires.
Après avoir ainsi surexcité les esprits, ce malheureux alla trouver le prince de Colombrano, seigneur de Villa, qu'il savait indispol^
1 Le préire Izzo.
c^ontre le couvent, lui représenta le tort que ces moines accapareurs faisaient aux gens du pays, et complota, de concert avec lui, leur ^^l'ochaine expulsion. En revenant de Formicola, résidence du prince, il rencontra un habitant de Savigano qui lui demanda des :«:iouvelles des pères. « Je viens de compter cent ducats au prince, ïrépondit-il, pour qu'il nous débarrasse de Liguori et de sa séquelle. »
Il lui fallait trouver un moyen de soulever le peuple contre ses ^-ictimes : Tindigne prêtre imagina de leur attribuer sa propre conduite. On attaqua les mœurs des missionnaires; on les traita publicjuement d'hypocrites et de débauchés; Alphonse lui-même ne dit pas épargné. En preuve de leurs accusations, ces calomniateurs désignaient une femme qui, disaient-ils, pénétrait dans le couvent pendant la nuit. Interrogée juridiquement, cette malheureuse osa jiarer que tous les pères avaient entretenu avec elle un commerce oriminel, sans en excepter Alphonse, dont elle avait reçu, ajoutait- ^lle, de grosses sommes d'argent.
Le saint ne s'émut pas d'abord de ces inqualifiables outrages,
<=^SLr, il le savait, les œuvres de Dieu ne s'établissent solidement
qu'au sein des tribulations. Il recommanda aux pères d'être plus
q^ne jamais prudents et circonspects. Mais quand il vit que sa patience
^^c faisait qu'encourager ses ennemis, il accourut immédiatement
*- ^'illa, et se rendit chez le prince de Colombrano pour réclamer
J'taslice et protection. En le voyant arriver, celui-ci se tourna vers
^«s familiers et leur dit en ricanant : « Admirez donc ce dégue-
^ï^îllé! » L'entretien fut digne du compliment. Égaré par ses pré-
'^^ entions, le prince ne voulut rien entendre, traita son interlocuteur
^vec le plus profond mépris, et le congédia brusquement. Il réserva
boules ses faveurs pour les méchants et desservit les pères de tout
^n pouvoir.
Enhardis par cette complicité de leur seigneur, les ennemis portèrent leurs accusations devant les tribunaux de Naples, demandant à grands cris l'expulsion de leurs victimes. Mais les ministres et les juges, connaissant la parfaite honnêteté, bien plus, la Aaale sainteté d'Alphonse, instruits d'ailleurs par le marquis de Montallegre du complot tramé contre la maison de Villa, ren- Foyèrent ignominieusement les persécuteurs. Ceux-ci, se sentant couverts par leur prince, eurent alors recours à la violence. Un matin, quand le frère sacristain se présenta pour sonner VAngeins, une bande de vauriens, conduite par un des administrateurs, lui arracha les clés de l'église et le poursuivit jusque dans la
maison après Favoir accablé d'injures. « Allez-vous-en tous, hurlaient-ils, on ne veut plus de vous ici. » Non contenis de ce premier exploit, comme ils craignaient de voir le peuple prendre la défense des pères et enfoncer la porte, ils se munirent d'armes à feu et montèrent au clocher pour tirer sur les groupes qui oseraient les attaquer. A partir de ce jour, la panique fut si grande dans le village que personne n'osa plus s'approcher du couvent. Enfermés dans leur maison, les pères y subirent un véritable blocus.
Pour échapper k ces bandits, dont Tavcugle fureur pouvait se porter aux plus coupables excès, les assiégés, trompant leur surveillance, se réfugièrent dans une retraite solitaire qu'on appelle Sainte- Marie de Vignarello, pendant qu'Alphonse et Mazzini se dirigeaient en toute hâte vers Castellamare pour aviser, de concert avec Falcoia, aux moyens de sorKr de cette impasse. Alphonse était d'avis de tenir tête à Torage, mais Falcoia, outré, conseilla de rappeler les ^
pères et de fermer la maison. Le bien lui paraissait impossible au j
milieu d'un clergé dont l'hostilité se traduisait par de telles violences. Son avis prévalut, et les pères reçurent l'ordre de prendre les dispositions nécessaires pour sauvegarder le mobilier de Téglise * et du couvent , puis de quitter Villa secrètement et de porter les e clés à l'évèque de Cajazzo.
Les fugitifs arrivèrent au palais épiscopal alors que M^ Vigilante ^
ignorait encore la détermination prise par les supérieurs d'abandonner Villa. Grande fut sa surprise et plus grande sa douleur rm. i quand on lui remit en main les clés de cette église, témoin de tant ^j-jp de conversions. Tout en constatant la difficulté de la situation, il ne -;> ( put s'empêcher de blâmer ce départ précipité, mais les pères lui mmii citèrent en guise d'excuse la parole du maître à ses apôtres : Quand V^rf on l'Otis persécnt€r(( dans une ville, fuyez dans une autre. Au reste, ^ -s, deux jours après, Falcoia lui écrivait « qu'on avait dû prendre cette ^^de résolution extrême pour éviter aux pères de nouveaux affronts, et à jô à Tévêque la juste nécessité de sévir contre les persécuteurs. L'esprit ^Hi de Dieu, ajoutait-il, est un esprit de mansuétude. Si les opposants slM\& ont agi de bonne foi, Dieu les excusera ; s'ils ont agi par passion, il Mm.'\\ faut les plaindre et demander à Dieu qu'il leur ouvre les yeux. » <« » Il est à croire que Tévéque de Cajazzo ne goûta pas tout à fait *ii< ce genre de consolation, car il écrivait trois jours après au saint ^ ^' fondateur : « Je ne puis croire que l'ordre d'évacuer Villa ait été -» -^ inspiré par vous. Du reste, si je me plains de cette mesure, c'est *«* parce que je vois avec un profond chagrin les suites funestes de votre
départ, suites que j'espère conjurer en vous réintégrant avant peu <3a.ns votre domicile, avec Tagrément du prince de Colombrano K » A^lphonse partagea quelque temps cette illusion, tant il lui en coût£tit d'abandonner ce pauvre peuple qui ne cessaitde pleurer la perle de* ses missionnaires. Plusieurs fois il fut question de leur retour, msiis on ne parvint jamais à l'effectuer. Vingt ans plus tard, la bellefille du prince de Colombrano, pour réparer sans doute les fautes do son beau-père, sollicitait encore la réouverture delà maison de Villa, mais des obstacles, provenant des décrets royaux, paralysèrent sa bonne volonté.
Les auteurs de ce désastre ne se félicitèrent pas longtemps de leur triste victoire, car Dieu leur infligea des châtiments exemplsiires. Le prince de Colombrano tomba quelques années après <la,ns la disgrâce du roi» qui le relégua à Gaëte, oii il mourut miséra.blement. La femme criminelle qui n'avait pas craint d'accuser Alphonse et ses frères devant le peuple et devant les juges, mourut la langue rongée par les vers, et dans un tel état de décomposition qu'on ne put lui administrer le saint viatique. Au dernier inoment, bourrelée par les remords de sa conscience, elle rentra ^n elle-même et confessa publiquement que ses accusations n'étaient qu^un tissu de calomnies. Nicolas Masucci, qui avait trempé dans le <îoiiiplot, mourut aussi peu après comme un désespéré, en poussant d'aO'reux hurlements. Jean-Baptiste Ricciardi , un des principaux ïï^eneurs, termina sa vie dans d'atroces convulsions. Pierre Irolda, ï^^coleur de faux témoins dont il rédigeait lui-même les dépositions, ^i sa main se dessécher, et son fils unique mourir d'une mort prématurée; lui-même fut frappé de folie et mourut dans la misère. ^'û autre conspirateur, Pierre Paolillo, bien que jeune et robuste, périt de mort violente immédiatement après le départ des missionnaires. Enfin un certain Antoine Musello qui, pour un sac de grains, ^vait plusieurs fois attesté la calomnie, finit dans Tinipénitence, ^^s prêtre et sans sacrements. Tous les contemporains, dit Tan- "^oia, affirment que, des fauteurs ou complices de la persécution, ^ucun n'échappa à la vengeance divine.
Un seul pourtant paraissait oublié de Dieu : c'était le prêtre dont 1 iuconduite avait été la première cause de tant d'iniquités. Dieu ^^i donna et du temps pour se repentir et des avertissements capa- Wes d^ébranler le cœur le plus endurci. A peine les pères avaient- ^'s quitté Villa, qu'une tempête furieuse éclata sur le village, et la
*• UUrcdu 10 juin 1737.
foudre tomba aux pieds du coupable dans sa propre chambre. // resta longtemps prive de ses sens et comme anéanti, mais ce co-u/? du ciel ne changea nullement ses dispositions. Bientôt il se "xni disgracié par ce même prince de Colombrano dont il avait fait le complice de ses crimes, puis frappé d'interdit par son évèque à cause de ses scandales, et ces châtiments ne firent que l'endurcir dans le mal. Un an s'était à peine écoulé depuis la fermeture da couvent qu'un matin on trouva Timpénitent au pied de son lit, inanimé et baigné dans son sang. On se rappelle involontairemeIl^ en voyant cette triste fin, le mot de saint Grégoire : « Souvcn*^ ceux que Dieu a longtemps tolérés, il les frappe de mort subite^ en sorte qu'ils ne vei»sent pas avant leur mort une larme de re--'"'^^ pentir. » -
Ainsi se termina cette persécution^ dont le démon tira un dou- ^^ ble profit : les persécutés y perdirent une de leurs maisons, et les persécuteurs, au moins pour la plupart, y perdirent leur Ame. ff:
L'époque des missions apporta aux exilés de Villa une diversion 0
à leur chagrin. L'archevêque de Salerne venait de donner un ^
témoignage public de l'importance extrême qu'il attachait à leurs travaux. « Considérant, dit-il dans une lettre du 17 septembre, ^
avec quelle sollicitude nous devons remplir les devoirs de notre charge épiscopale, et réfléchissant en même temps aux moyens les plus efficaces de sauver les âmes dont nous avons la garde, nous mettons toute notre confiance dans le zèle et la prudence des pères de Ciorani, et nous leur laissons toute liberté de prêcher des missions et retraites dans notre diocèse. Pour que leurs labeurs soient profitables à tous, nous leur accordons le pouvoir d'absoudre de tous les cas qui nous sont réservés. Nous ordonnons de plus à tous les prêtres des paroisses qu'ils voudront évangéliser, de leur faire bon accueil et de les aider dans leur saint ministère. » Naturellement, après cette recommandation du premier pasteur, les curés du diocèse réclamèrent à Tenvi Tévangélisation de leurs peuples.
Avant de les satisfaire, Alphonse dut prêter main forte à ses confrères de la Propagande, lesquels exigeaient son concours sous peine de lui enlever la fameuse chapellenie dont il touchait les fruits bien malgré eux. « Si vous désirez la conserver, lui écrivirent-ils, il faut coopérer h notre œuvre toutes les fois que vous en serez requis. » Kt comme Alphonse tenait aux revenus de la chapellenie, lesquels, joints à la pension qu'il s'était réservée en cédant son droit d'aînesse, l'aidaient à soutenir ses pauvres fondations, il promit de leur venir en aide quand il lui serait possible de le faire
sans nuire atix intérêts de son institut. Par suite de cet engagement, au mois d'octobre 1737, il prêcha tous les jours le grand sermon éL la mission que la Propagande donnait à Naples dans Féglise du Saint-Esprit. Sa parole apostolique, qu'il y faisait entendre pour la troisième fois, eut un tel succès « qu'on remplirait un volume, dit Tannoia, des conversions opérées pendant ces quinze jours. »
Dès les premiers mois de 1738, pour répondre aux désirs de Tarchevéque, il se mit à parcourir avec ses compagnons le diocèse de Salerne. On le vit tour à tour évangéliser Acigliano, Carifi, Fiorino, Pretura, Contrada, Penla, Saint-Georges, Prati et Pellizzano. L»*Esprit-Saint parlait par sa bouche, et au besoin faisait de lui, comme des apôtres, un thaumaturge ou un prophète. A Saint-Georges, il prêchait un jour sur la dévotion à la sainte Vierge, quand soudain un éclat de lumière, semblable à un rayon de soleil , jaillit d'âne image de Marie placée à la droite du prédicateur, et vint se reposer sur son visage, qui parut absolument transfiguré ^ Il ne iaiit pas s^étonner si les habitants, témoins d'un pareil prodige, renoncèrent à leurs habitudes de blasphème, d'ivrognerie et d'immoralité, et si après la mission on ne trouvait plus une seule famille où chaque jour le père et la mère ne récitassent le chapelet avec Uurs enfants. A Prati, pendant que le missionnaire se flagellait en chaire, un de ses auditeurs, ému jusqu'aux larmes, lui arracha sa discipline. Après un sermon sur Texcellence de la virginité, une J«mie fille dont les noces devaient se célébrer le soir même, se coupa !« cheveux, ne voulant avoir d'autre époux que Jésus-Christ.
Pendant son séjour à Cariti, eut lieu une de ces étonnantes prophéties dont notre saint fut favorisé jusqu'à sa mort. Le fait est ^insi raconté au procès de béatification par don Joseph Imparato, il ordre des carmes : « Ma mère, Angiola Catalano, pénitente du «ttviteurde Dieu, était demandée en mariage par un jeune homme de Carifi, son village natal. Elle consulta don Alphonse, qui lui rtpondit aussitôt de ne point penser à cette alliance, qu'elle aurait pmr époux un Napolitain, et que son premier enfant entrerait au 6annel. Or, tout se vérifia de point en point. Quatre ans après, un ccHicours de circonstances amena le mariage de ma mère avec don Ooofrio Imparato, de Naples, qui fut mon père; et vers l'âge de luinze ans, malgré les avances que me firent divers religieux, je oivis un instinct secret qui me poussait vers le carmel. »
. TinQOÎa, qui raconte ce fait, le tenait du P. Yillani et de plusieurs témoins ocu-
I^es bénédictions spirituelles que Dieu répandait sur les travaux du zélé missionnaire, lui faisaient oublier les tribulations de la Villa dcH Esclaves, lorsque le démon, plus furieux que jamais, démolit une autre de ses fondations, sa maison de Scala, le berceau do rinstitut, Termitage béni témoin de tant de larmes, mais aussi do saintos joies dont le souvenir faisait encore tressaillir son hnu\ Depuis quatre ans qu'il avait quitté Scala, le peuple était roslo lidMe à ses enseignements; les religieuses du Saînt-Sauvour piH>spéraient sous le sage gouvernement de deux Âmes vraîujont saintes, Mathilde et Marie de Vico, en religion Marie-Raphrt<M do la Charité, et Marie-Angèle du Ciel, qui furent tour à tour durant de longues années supérieures du couvent. Au contraire , la pauvre communauté des hommes n'avait pu sortir du cluHif provisoire où il Tavait laissée. Infidèles à leurs promes- SOS, les administrateurs de la ville ne voulaient fournir aux pères 4 ni habitation convenable, ni église où ils pussent décemment oxtMTcr leur ministère, ni revenus suffisants pour leur entretien, et • se contentaient d'exploiter leur dévouement, c'est-à-dire de les « voir travailler, sans qu'il en coûtât une obole à la ville, au salut J des ûmes et à l'éducation des enfants.
Ce régime ne pouvant durer indéfiniment, après avoir cherchée partout un emplacement convenable pour la fondation, Alphonsesn résolut de s'établir au hameau de Positone, sur le territoire maiasi à quelque distance de Scala. Un digne chanoine offrait de lui assa — j rer une maison contiguë à une église dont disposaient les munici— i paux. Mais ils ne cessèrent d'opposer des fins de non-reccvoit» aux propositions les plus raisonnables, ou d'imposer des condi- i tions absolument injustes, de manière à lasser la patience du^" supérieur et à décourager les sujets, exposés à perdre la santv** dans leur masure inhabitable. En vain le père Sportelli, chargé d^v négocier cette affaire, essaya-t-il d'arriver à un accommodement -^ il ne put rien obtenir.
Au fond, les autorités de Scala, en se refusant à tout établissement sérieux, obéissaient, inconsciemment peut-être, à quelques envieux plus préoccupés de leur bien-être personnel que du salut . des âmes. Comme à la Villa des Esclaves, on entendit bientôt certains ecclésiastiques déclamer contre la rapacité des missionnaires, l'accaparement des honoraires de messes, et surtout Tintrusion des étrangers dans des chapellenies enlevées aux prêtres du pays. Ces indignes accusations firent déborder le vase, déjà trop plein. D'accord avec Falcoia, Alphonse comprit qu'il fallait mettre fin à
ootte situation intolérable. Les sujets reçurent Tordre d'abandonner Seala et de se transporter au couvent de Ciorani.
Ainsi disparut, le 25 août 1738, six ans après la fondation de l'institut, cette maison de Scala, où il avait pris naissance. Les niéchants se réjouirent de cette nouvelle ruine, mais Dieu changea leurs rires en larmes. Les missionnaires étaient à peine sortis de la ville qu'un ouragan détruisit toute la récolte du pays. Quant au peuple, plus chrétien et plus reconnaissant que ses magistrats, il ne perdit pas le souvenir des hommes de Dieu qui l'avaient évangélisé et sanctifié. Longtemps il conserva les saintes pratiques que les pères avaient établies : la visite au saint Sacrement, la récitation du rosaire, la fréquente communion. On voyait les ouvriers, et jusqu'aux portefaix chargés de leurs fardeaux, traverser les rues en égrenant leur chapelet ou en chantant de pieux cantiques. Deux ans après la fermeture de la maison, le père Sabbatini, des pieux-ouvriers, prêchait une mission à Scala. A la fin des exercices , il donna la bénédiction au peuple, puis, ne pouvant plus contenir son émotion à la pensée de tout ce qu'il avait vu et entendu, il s'écria : « Vraiment il n'était pas besoin que nous vinssions à Scala : nous n'y avons pas trouvé un péché véniel volontaire. C'est le fruit des travaux de vos anciens inissionnaires. Toutes les pratiques que nous avons coutume d'établir dans nos missions sont ici en pleine vigueur. Malheureux ^ux qui ont causé le départ de ces vrais apôtres de Jésus-Christ, OQaisplus malheureuse encore la ville de Scala qui les a perdus*. » Aussi Alphonse ne put-il abandonner tout à fait cette population qu'il ne cessa jamais d'aimer. De temps en temps ses compagnons ^venaient prêcher la neuvaine du Crucifix, et lui-même retourna plusieurs fois à Scala pour donner à ses chères filles du Saint-Sauveur les exercices spirituels.
Après avoir raconté comment s'opéra la ruine du couvent, Tannoia rapporte qu'une sainte religieuse entendit, la nuit qui suivit le départ des pères, les esprits de Tablme célébrer leur triomphe par des danses, des cris et des rires bruyants. Il tenait ce récit de la religieuse elle-même. Le prêtre Izzo, dans sa déposition au procès de béatification ' relate un fait semblable arrivé à Villa lors de l'expulsion des missionnaires : « Ce jour-là même, dit-il, une servante de Dieu qui se trouvait en oraison aperçut une multitude de démons en grande liesse. Ayant de-
f. Tinnoia, Ht. II, cb. x.
;. Tome IV, fol. 1630 seqq.
• 206 APOTRE ET FOxNDATEUR.
mandé au Seigneur la cause de ces bacchanales de Tenfer, il 1 fut répondu que les démons fêtaient le départ d'Alphonse et ( ses compagnons. » Que Dieu ait fait voir à ces saintes âmes 1 démons dansant sur les ruines de ces deux couvents, cela n'est p de foi, bien qu'affirmé par des témoins digne de foi; mais qi les esprits infernaux se soient réellement réjouis en ces deux circoD tances, qu'ils aient poussé des cris de joie en voyant le prêt attaquer le religieux et le pasteur s'armer contre l'apôtre, ce n'est pas douteux. Le vrai triomphe de Satan, c'est de voir les sa liens de l'Église se déchirer les uns les autres et se creuser ul tuellement leur tombeau, au grand détriment des peuples qui lei sont confiés.